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Versailles : Emmanuel Macron devant le Congrès pour tenter de se donner un nouvel élan
Par Cédric Pietralunga, Virginie Malingre - Le Monde
Le chef de l’Etat tiendra lundi après-midi un discours de politique générale devant le Parlement, réuni à Versailles. Une partie des parlementaires dénoncent un exercice « monarchique ».
Une heure pour convaincre. Alors qu’il fait face à une défiance inédite dans les enquêtes d’opinion, Emmanuel Macron tiendra, lundi 9 juillet à 15 heures, un discours de politique générale lors du congrès du Parlement, exceptionnellement réuni dans l’aile du Midi du château de Versailles. Quelque 900 députés et sénateurs viendront l’écouter, même si les élus de La France insoumise (LFI), ainsi qu’une petite partie de ceux des Républicains (LR), ont annoncé qu’ils boycotteraient l’événement, dénonçant un exercice de « monarque » où les parlementaires sont réduits à l’état de « pots de fleurs de la communication présidentielle ».
C’était une promesse d’Emmanuel Macron. Chaque année, s’était engagé le candidat d’En marche ! lors de la campagne, le président de la République réunira les chambres de l’Assemblée nationale et du Sénat pour leur faire un point sur l’avancement de son mandat. « Tous les ans, je reviendrai devant vous pour vous rendre compte », avait-il confirmé lors de sa première allocution à Versailles, le 3 juillet 2017.
Une pratique directement inspirée des Etats-Unis et du discours sur l’état de l’Union, prononcé chaque année à Washington, au cours duquel le président américain présente son programme pour l’année aux membres de la Chambre des représentants et du Sénat. Son intervention sera suivie d’un débat entre les groupes, sans vote final.
Depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron travaille son discours. Outre sa plume Sylvain Fort et sa garde rapprochée à l’Elysée, le chef de l’Etat consulte beaucoup. Mercredi 4 juillet, plusieurs députés ont été encore invités au Château pour échanger avec des conseillers sur le sujet. « Mais le président écoute plus qu’il ne dit ce qu’il va faire », assure l’un des habitués de ces discussions à bâtons rompus. Selon son entourage, M. Macron devrait rester enfermé tout le week-end dans la résidence de la Lanterne, à Versailles, afin de peaufiner son texte. « Il y sera seul puisque c’est un lieu où les conseillers ne sont pas autorisés », souffle un proche.
« Raconter le macronisme »
A quarante-huit heures de l’événement, difficile de savoir ce que dira le chef de l’Etat. Beaucoup tablaient sur des annonces en matière de lutte contre la pauvreté. Mais l’Elysée a indiqué, mercredi, que le plan porté par Agnès Buzyn, la ministre des solidarités et de la santé, ne sera présenté qu’à la rentrée. Il pourrait toutefois évoquer sa philosophie en la matière.
En revanche, M. Macron devrait confirmer la tenue d’un sommet social avec les syndicats et le patronat le 17 juillet, pour « évoquer la suite des grandes transformations sociales mises en œuvre à partir de la rentrée », a indiqué le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à l’issue du conseil des ministres, qui se tenait exceptionnellement vendredi.
D’autres s’attendent à des précisions à propos de la révision de la Constitution, qui concerne directement les parlementaires. Emmanuel Macron devrait aussi rappeler la logique des réformes qui ont été lancées depuis un an, en insistant notamment sur le dédoublement des classes de CP, la plus consensuelle de ses mesures.
« Le président va faire un bilan, dire l’état du pays, rappeler ce qui a été fait. Et donner les perspectives, avance Bruno Roger-Petit, le porte-parole de l’Elysée. Mais il ne s’agira pas d’un catalogue La Redoute. Il doit porter un discours de sens, être dans le réel, le concret. Dire ce qu’on a changé et ce qu’on veut encore changer. »
« Les Français ont perçu une succession de transformations. Il y a un lien entre elles : les réformes de la formation et de la SNCF, par exemple, visent toutes deux à permettre une société de la mobilité. Je pense que le président va rappeler la cohérence de cette action », abonde Gabriel Attal, député (LRM) des Hauts-de-Seine. « Quoi qu’on en dise, on n’a pas trouvé mieux que Macron pour raconter le macronisme », veut croire un autre parlementaire.
« Moment républicain »
Avec ce moment très solennel, les partisans d’Emmanuel Macron entendent aussi montrer qu’il y a toujours un capitaine à la tête du navire, malgré les soubresauts et les vicissitudes de l’actualité. « Il y a dans le pays une demande d’autorité voire de bonapartisme qui ne faiblit pas. La mise en scène du discours du congrès peut être l’un des moyens d’y répondre », estime un député de la majorité. « La parole du président de la République doit scander la marche, et la solennité qu’il y a à Versailles en fait en soi un moment républicain », reconnaît-on à Matignon.
Seule certitude, ce discours intervient à un moment difficile pour Emmanuel Macron. Depuis plusieurs semaines, le chef de l’Etat accumule les mauvaises séquences et voit sa popularité atteindre un étiage inédit. Selon une étude Kantar Sofres publiée le 6 juillet, seulement 32 % des Français lui font désormais confiance, un recul de six points en un mois et de douze points depuis le début de l’année. Depuis 1981, seul François Hollande a fait pire, avec 27 % à ce stade de son mandat. Autre signe inquiétant pour le chef de l’Etat, les trois quarts des Français estiment aujourd’hui que la politique menée par l’exécutif est injuste, selon un sondage Elabe dévoilé le même jour, et 66 % qu’elle ne permettra pas d’améliorer la situation du pays.
Outre l’accumulation de faux pas de communication (la vidéo sur le « pognon de dingue », les remontrances à un collégien, la blague sur la « mafia des Bretons »…), c’est surtout l’absence de résultats tangibles après quatorze mois de mandat qui expliquerait ce « décrochage affectif », selon des proches du chef de l’Etat. « Au-delà des histoires de jambes gauche et droite, on parle beaucoup de transformations qui n’ont pas encore produit leurs effets », développe Philippe Grangeon, membre du bureau exécutif de La République en marche et visiteur régulier d’Emmanuel Macron.
« Le socle n’est pas fissuré »
Au sein de la majorité, certains élus pointent ainsi avec appréhension la résistance du Rassemblement national (ex-Front national) dans les intentions de vote. Selon un sondage IFOP publié le 29 juin, 19 % des Français disent ainsi avoir l’intention de voter pour la liste RN aux élections européennes de mai 2019, et 23 % pour LRM.
« Quand je fais des déplacements en province, personne ne me parle de la jambe gauche du gouvernement, mais certains disent qu’on n’a rien fait et qu’ils votent toujours Le Pen. Un an après l’élection, c’est un fait, on n’a pas réparé trente ans d’incurie », met en garde un membre du gouvernement.
Jusqu’ici, le camp d’Emmanuel Macron se rassurait en affirmant que « le socle n’est pas fissuré ». Comprendre : les électeurs d’Emmanuel Macron du premier tour de l’élection présidentielle sont toujours là. C’est ce que montraient en tout cas il y a encore peu de temps les études d’opinion, où les sympathisants de LRM se montrent les plus enthousiastes quant aux réformes de l’exécutif.
Mais certains pointent des « signaux faibles » préoccupants. Selon l’IFOP, les électeurs macronistes du 23 avril 2017 ne sont ainsi plus que 66 % à dire qu’ils voteront LRM aux européennes. Soit une perte d’un tiers des électeurs macronistes en un an. De quoi donner des sueurs froides aux stratèges de la majorité.
En signe de protestation, Emmanuelle Seigner refuse de rejoindre l’Académie des Oscars
Dans une lettre ouverte, l’actrice française proteste contre l’exclusion de son mari, Roman Polanski, de l’Académie, « pour satisfaire l’air du temps ».
Dénonçant une « amnésie » et une « insupportable hypocrisie », l’actrice française Emmanuelle Seigner annonce, dans une lettre ouverte publiée par le Journal du dimanche du 8 juillet, son refus de rejoindre l’Académie des Oscars. Une décision prise en protestation à l’exclusion par cette organisation de son mari, le réalisateur Roman Polanski.
« L’Académie américaine des arts et des sciences du cinéma me propose de la rejoindre, en compagnie d’autres actrices, au nom d’une féminisation par ailleurs nécessaire. Qui peut croire que je ne me sente pas concernée par l’égalité des femmes et des hommes ? »
« Féministe, je le suis depuis toujours, mais comment puis-je faire semblant d’ignorer que l’Académie, il y a quelques semaines, a mis à la porte mon mari, Roman Polanski, pour satisfaire l’air du temps. La même Académie l’avait récompensé de l’Oscar du meilleur réalisateur pour Le Pianiste en 2003. Curieuse amnésie ! », poursuit-elle.
« Cette Académie pense probablement que je suis une actrice suffisamment arriviste, sans caractère, pour oublier qu’elle est mariée depuis vingt-neuf ans avec l’un des plus grands metteurs en scène. Je l’aime, c’est mon époux, le père de mes enfants. On le rejette comme un paria et d’invisibles académiciens pensent que je pourrais “monter les marches de la gloire” dans son dos ? Insupportable hypocrisie ! », dénonce-t-elle.
Une « caricature machiste » de son époux
Qualifiant cette proposition d’« injurieuse », elle affirme être « la seule à pouvoir témoigner à quel point il [Polanski] regrette ce qui s’est passé il y a quarante ans ». Le réalisateur a plaidé coupable en 1977 de détournement de mineure pour avoir eu une relation illégale avec une adolescente de 13 ans. Au terme d’un accord amiable, des chefs d’accusation plus graves, dont viol d’une mineure de 13 ans sous l’emprise de stupéfiants, avaient été abandonnés.
Le conseil des gouverneurs de l’Académie a annoncé le 3 mai l’expulsion de M. Polanski et du comédien déchu Bill Cosby, condamné pour agression sexuelle. La décision se conformait au nouveau code de conduite adopté par la prestigieuse institution, dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein.
« Roman n’est en rien cette caricature machiste, symptôme du mal qui ravagerait le cinéma », conclut l’actrice de 52 ans.
Après cette expulsion, l’avocat américain du cinéaste, Harland Braun, a menacé de poursuivre l’Académie, jugeant qu’elle n’avait pas respecté la procédure en l’absence d’audience préalable de son client.
Canal+ arrête définitivement « Les Guignols »
L’émission culte de la chaîne cryptée depuis son lancement, en août 1988, disparaîtra de la grille des programmes à la rentrée.
« Les Guignols, c’est fini… » Depuis la prise de pouvoir de Vincent Bolloré à Canal+, à l’été 2015, ce refrain a quelque chose de familier. Cela a d’abord été une rumeur, puis une appréciation sur la qualité des sketches de la nouvelle émission des célèbres marionnettes, revenues à l’antenne fin 2015. Mais, cette fois, c’est vraiment fini : le mythique « JT » satirique créé en 1988 ne réapparaîtra plus sur Canal+, a annoncé la chaîne en comité d’entreprise, vendredi 1er juin. Exit « PPD », « Ah que coucou », « Supermenteur », « M. Sylvestre »…
Derrière cette mort annoncée, il y a deux symboles : le premier, évident, est la mise au pas de l’impertinence de Canal+. A l’été 2015, la menace sur le show des virtuoses de la moquerie politique avait sonné comme le signal d’une reprise en main par l’industriel breton. M. Bolloré était soupçonné de vouloir faire plaisir à son ami Nicolas Sarkozy, cible de choix dans l’émission. L’intéressé et M. Bolloré ont eu beau démentir souhaiter la mort de l’émission, la suite a confirmé que le mordant des débuts avait bien été perdu dans la nouvelle version, plus proche de la culture pop ou du divertissement que de la politique.
« Bon débarras ! »
M. Bolloré n’avait-il pas livré un jugement prémonitoire sur « l’esprit Canal » ? « Je trouve que se moquer de soi-même, c’est bien. Se moquer des autres, c’est moins bien », avait-il dit, dès février 2015, regrettant un contenu parfois « un peu blessant ou désagréable ». Alors que la « première mort » des Guignols avait déclenché des réactions politiques indignées et opportunes – d’Alain Juppé à Cécile Duflot –, leur mise au rancart définitive a réjoui Nadine Morano : « Quelle joie ! Bien fait ! Pas d’enterrement, crémation directe ! Ni couronne ni fleur, mais une plaque : “bêtes et méchants.” Bon débarras ! », s’est exclamée sur Twitter la députée européenne Les Républicains.
Mais il y a aussi un second symbole : celui de l’incapacité de Vincent Bolloré à bâtir et créer dans le domaine de la télévision et des contenus, avec Canal+. L’industriel s’était personnellement impliqué dans la nouvelle formule des « Guignols » et avait promis aux salariés de créer une « multinationale du rire », qui fasse circuler dans le monde entier, en plusieurs langues, sur les réseaux sociaux, des sketches à l’humour global, croquant Kim Kardashian ou Donald Trump… Comme la relance du « Grand Journal » ou le lancement d’un concurrent à Netflix en Europe du Sud, ce grand dessein est resté une simple promesse.







