La lettre politique de Laurent Joffrin
Votez Johnny ?
Johnny était-il un personnage politique ? Il eût été bien étonné qu’on se pose la question. Pour la politique, voyez Line Renaud, aurait-il sans doute répondu. Et pourtant… Sa carrière, débutée en 1958, recouvre très exactement l’histoire de Ve République : cette coïncidence oblige à réfléchir. Certes, on ne se souvient pas qu’il ait dit un mot de la guerre d’Algérie qui batttait son plein aux temps de ses débuts. Mais dans la France du Général, il était à coup sûr subversif. Un pseudonyme américain et des chansons traduites du rock yankee aux temps de la grandeur française rétablie et de la politique d’indépendance à l’égard de Washington, avec la sexualité montée sur scène et un public de «blousons noirs» qui terrifiait les chaisières gaullistes : il avait beau chanter juste, il n’était pas dans le ton.
Un peu comme Elvis, il a vite tourné sa veste de cuir. Rebelle devenu conservateur comme le King, il s’insurge contre le succès d’Antoine, ce Bob Dylan du pauvre, ses chemises à fleurs et ses oreilles de chien sur les épaules. Avec «Cheveux longs, idées courtes», il lance son manifeste néo-con. Mais il comprend vite son erreur et laisse à Sardou le rôle du réac de service. «Jésus-christ est un hippie» symbolise ce virage politique à 180 degrés, digne des politiciens les plus ondoyants. Il est alors le rocker du peuple mais rejette vite ce début de populisme en s’attachant les services de Michel Bergé ou de Jean-Jacques Goldman et en tournant avec Godard, tous personnages plus ou moins progressistes qui le «boboïsent» avant l'heure.
Johnny monte en gamme avec des mélodies plus soft et plus travaillées, avec quelques thèmes sociaux – «Je suis né dans la rue» – ou droits-de-l’hommistes – «Diego». Tel Chirac passé du pompidolisme agressif à la fracture sociale, Johnny embrasse large et chante de plus en plus consensuel. Yéyé, baba, bobo, il aura tout fait, tout chanté et tout imité. «Et de droite et de gauche» : dans une France divisée, Johnny annonçait-il Macron ? Souple dans ses boots, à l’inverse de Juppé, il savait composer (sauf des chansons…). Tourneur infatigable, en tout cas, agrégeant tous les publics, recueillant une gloire unanimiste, il était en marche bien avant l’actuel président…
LAURENT JOFFRIN
Face à des résultats scolaires en « dégradation constante », Blanquer fixe son cap
Par Mattea Battaglia - Le Monde
Selon l’étude internationale Pirls, les compétences en lecture et en compréhension des écoliers français en classe de CM1 sont en nette baisse par rapport au début des années 2000.
Enquête après enquête, c’est à une érosion de ses résultats scolaires que la France est confrontée. Les acronymes désignant les grandes évaluations internationales se succèdent, comme autant de mauvaises nouvelles pour l’école. Après le « choc PISA », la voilà acculée à un « choc Pirls » : la divulgation, mardi 5 décembre, des résultats du Programme international de recherche en lecture scolaire (Pirls), portant sur les compétences en lecture, dans une cinquantaine de pays, d’élèves de CM1 ou d’un niveau équivalent, octroie à notre système éducatif 511 points.
C’est plus que la moyenne symbolique fixée, depuis 2001 (année de la première édition de Pirls), à 500 points par l’association internationale IEA qui pilote ce programme. Mais moins que ce que font la plupart des pays européens : la France se situe aujourd’hui à la dernière place des 34 pays dépassant les 500 points. Elle est surtout, avec les Pays-Bas, le seul pays de l’étude à réussir de moins en moins bien, d’un Pirls à l’autre. A l’âge de 10 ans, un écolier français lit plus difficilement que la moyenne des élèves européens du même âge mais aussi moins bien que ce que faisait, au même âge, son aîné il y a quinze ans.
Ce constat d’une « dégradation constante » avait déjà permis à la gauche, en 2012, de justifier des grands axes de sa refondation de l’école – la priorité au primaire, l’accent mis sur la maîtrise des compétences de base en français et en mathématiques… L’école française écopait, alors, d’un score à peine plus élevé (520 points).
Plan d’action
En convoquant toute la presse, le 5 décembre, pour sonner la mobilisation autour de la maîtrise du français et des « fondamentaux », le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer réitère l’exercice, s’emparant, comme ont pu le faire ses prédécesseurs, d’une enquête internationale pour légitimer son plan d’action – n’en déplaise au monde enseignant pour qui l’« instrumentalisation politique » des classements internationaux tend plutôt à en entamer la crédibilité.
Quel plan d’action ? L’« évaluation », la « recherche » et la « comparaison internationale » sont les maîtres mots d’un projet pour l’école que le locataire de la Rue de Grenelle assure vouloir placer au-delà des clivages idéologiques. Quitte à risquer les redites : ce mardi, M. Blanquer a surpris le microcosme scolaire en promettant de rendre effective, dans les classes du primaire, cette « dictée quotidienne » qu’avait tenté de promouvoir à la rentrée 2015 sa prédécesseure, Najat Vallaud-Belkacem, qui avait, en pleine fronde contre sa réforme du collège, provoqué un tollé parmi les enseignants.
Deux ans sont passés, et M. Blanquer agite à son tour ce chiffon rouge vieux comme l’école ; il va même plus loin en défendant, dans la même veine, le recours à la « récitation quotidienne » et à la « lecture à voix haute », à un « livre par mois » voire à une « histoire par jour »… Des préconisations encore floues, mais laissant entendre qu’il aurait prise sur ce qui se fait en classe quand les portes sont closes.
Au grand dam de la liberté pédagogique ? « La liberté pédagogique n’est pas l’anarchie pédagogique », a martelé M. Blanquer ; idem de « la liberté éditoriale [qui] ne doit pas être une anarchie éditoriale ». Aux enseignants, il promet des recommandations sur l’état de la recherche pour choisir les « bonnes méthodes », s’appuyant sur le « déploiement de pédagogies explicites, progressives et structurées fondées sur l’expérience » ; des recommandations, aussi, pour choisir entre des manuels qui « ne se valent pas tous », avec la promesse que « 100 % des élèves en soient dotés au CP ».
Aux élèves et parents, il réserve de nouvelles évaluations : en plus de celles initiées, depuis septembre, à l’entrée du CP et de la 6e, il annonce l’introduction de tests, conçus par le tout nouveau Conseil scientifique de l’éducation nationale présidé par Stanislas Dehaene, en milieu d’année en CP et CE1. Deux niveaux de la scolarité dont ce gouvernement a fait sa priorité : la promesse phare du candidat Macron, les dédoublements en éducation prioritaire, devrait concerner 12 000 classes et 340 000 élèves à la rentrée 2019. Une ambition que les syndicats jugent difficile à tenir, faute de postes. « La véritable bienveillance envers les élèves consiste à faire en sorte qu’ils ne sombrent pas dans la difficulté, fait valoir M. Blanquer. Cette culture de l’évaluation doit être comprise comme une culture de l’aide et du soutien au service des plus fragiles. »
Maquis d’annonces
Difficile de s’y retrouver dans le maquis d’annonces declinées ce mardi : l’introduction de « repères annuels » dans les programmes, tout juste réécrits dans une logique de cycles de trois ans, jouxte l’organisation d’une « grande conférence sur l’école maternelle » promise en mars 2018. L’annonce d’une formation « renforcée » des enseignants à la lecture voisine avec le recentrage des activités pédagogiques complémentaires, à l’école primaire, « spécifiquement consacrées à la lecture » ; idem de l’accompagnement personnalisé proposé au collège.
Blanquer en fait-il trop ? « A une situation des plus préoccupantes, le ministre répond par un plan hors sujet axé sur le déchiffrage et la maîtrise du code, réagit-on au syndicat d’enseignants SE-UNSA. Il évacue la question de l’accès au sens. » C’est cet accès au sens qui pose problème, souligne aussi l’historien Claude Lelièvre : « Pirls pointe nos difficultés, voire notre retard, pour les niveaux élevés de compréhension de l’écrit, observe ce fin connaisseur du système. Mais nous sommes honorablement placés pour ce qui est du décodage des textes. » Interrogé, M. Blanquer insiste pourtant bien sur « le lien que doit être capable de faire l’élève entre décodage et sens, lecture et compréhension », appelant à « dépasser ces oppositions pour créer autour de l'école une unité nationale, de la cohésion ».
Les chefs d’établissement du SNPDEN ont, eux, choisi de replacer les dispositions avancées sur le temps long : « La situation devient aujourd’hui alarmante malgré les innombrables annonces faites par les dix ministres de l’éducation nationale qui se sont succédé depuis la première enquête Pirls de 2001, souligne ce syndicat. Face au choc que devraient susciter les résultats de Pirls, un nouveau train de mesures pris dans l’urgence aura la même destinée que les précédentes ».
Mattea Battaglia
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NIVEAU DE LECTURE EN FRANCE : L’ENQUÊTE PIRLS RÉSUMÉE EN CINQ CHIFFRES
511
C’est le score de la France au Programme international de recherche en lecture scolaire (Pirls), dévoilé ce mardi 5 décembre. Cette cinquième édition de Pirls a été organisée en mars 2016 et a concerné 320 000 écoliers âgés de 9 à 10 ans dans cinquante pays. Les élèves français testés étaient en CM1 ; ils sont aujourd’hui en 6e. Leur cursus scolaire a été régi, pour l’essentiel, par les programmes scolaires de 2008, élaborés sous la droite – les programmes revus sous la gauche ne sont entrés en vigueur qu’en 2015-2016.
34
C’est le nombre de pays participants à l’enquête dont le score dépasse 500 points, la moyenne symbolique de Pirls. C’est aussi le rang de la France dans le classement. Notre système éducatif se place, en 2016, en retrait par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE (541 points), ou par rapport à la moyenne des pays de l’Union européenne (540 points). Et loin derrière la Russie (581 points), Singapour (576), Hongkong (569), l’Irlande (567) ou la Finlande (566), qui briguent le podium de tête. On note une accélération de la baisse des résultats des élèves français : s’ils avaient perdu 5 points entre 2001 et 2011, ils en ont perdu 9 ces cinq dernières années (520 points en 2011, 511 aujourd’hui).
2 ÉPREUVES DE 40 MINUTES
Chaque épreuve est prise en compte dans Pirls ; une première épreuve de questions sur un texte narratif, une seconde de questions sur un texte informatif. Les évaluations portent sur quatre compétences :
prélever des informations explicites
inférer directement (l’inférence consiste à connaître l’existence d’une chose qu’on ne perçoit pas directement, précise le ministère de l’éducation, mais que l’élève peut déduire d’indices perceptibles)
interpréter idées et informations
apprécier le contenu, la langue et les éléments textuels
En France, la comparaison sur quinze ans montre une baisse significative des performances sur la compréhension des textes informatifs (- 22 points) ; elle est moindre pour les textes narratifs (6 %).
4 %
C’est la part des élèves jugés très performants en France, contre une médiane de 10 % dans les pays participants à l’enquête. C’est à peu près trois fois moins que dans les autres pays européens. Le décile de bons lecteurs a, par ailleurs, diminué dans le temps : les élèves français atteignant un niveau avancé en lecture étaient 7 % en 2001, lors de la première édition de Pirls. La France compte également plus d’élèves (6 %) au-dessous d’une performance qualifiée de « basse », alors que la médiane se situe à 4 %. Il s’agit du niveau scolaire estimé le plus élémentaire. En montrant que le groupe des forts continue de se réduire, l’étude signale que même la reproduction des élites est en panne, un domaine dans lequel on a coutume de dire que la France excelle.
8 POINTS
C’est ce qui sépare, en France, le score des filles (515 points) de celui des garçons (507 points). Cet écart entre les sexes – qui se retrouve dans tous les pays à l’exception du Portugal, où il n’est pas significatif – est dans notre système éducatif l’un des moins marqués (13 points d’écart en moyenne européenne, 19 points en moyenne internationale). Il s’était réduit en 2011 ; il a de nouveau augmenté.
Libération
Couverture de Libération ce mercredi par Raymond Depardon. Alors que le cineaste Raymond Depardon vient de sortir son documentaire 12 jours, actuellement en salle, le photographe est en une de Libération avec cette image prise à Versailles en 1967. " J'ai photographié plusieurs fois Johnny. J'ai eu l'occasion de le photographier dans sa chambre de bonne vers Pigalle. Il était timide, bourru et taiseux. Et moi, j'étais encore plus timide que lui. Tous les deux, on a un an d'écart. Il a posé avec sa guitare. Puis, on a fait des photos dans sa Triumph blanche décapotable sur les Champs-Élysées. Moi, je l'ai suivi à scooter. Johnny ne jugeait pas les gens. Les photographes à l'époque n'étaient pas bien habillés et moi, je ressemblais à un fils de paysan avec mes chemises en nylon et une cravate pas fraîche. Par ses silences et sa générosité naturelle, il laissait faire, était coopératif et ne disait jamais non. Dans les années 60, on mettait beaucoup en scène les photos. Avec lui, on n'était pas obligé de justifier une photo, de faire l'article. On travaillait vite, en noir et blanc, avec des routines : une photo verticale, une horizontale et un petit coup de flash. Pour la photo en concert en 1967, je n'avais jamais vu cela, quelqu'un qui se mettait torse nu sur scène. Et ce jour là, il y avait ses copains, beaucoup de monde autour de lui et même Vince Taylor. Il ne se déshabillait pas souvent et j'étais là au bon moment. J'ai aussi un gros plan où la sueur ruisselle sur son front. Il se donnait à mort. Un jour, j'ai été boire un verre avec lui car il vous reconnaissait malgré son silence. Lui, avait souffert et moi, je venais du monde paysan. On n'était ni l'un ni l'autre très à l'aise dans ce monde du musichall. Mais on était tous les deux passionnés." Recueilli par Clémentine Mercier. #johnnyhallyday #hallyday #Johnny #frenchelvis @rdepardon © Raymond Depardon. Magnum photos

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Donald Trump reconnaît officiellement "Jérusalem comme la capitale d'Israël",
Donald Trump reconnaît officiellement "Jérusalem comme la capitale d'Israël", une décision qui aura des "conséquences dangereuses" selon les Palestiniens
"Le moment est venu de reconnaître officiellement Jérusalem comme la capitale d'Israël", a déclaré Donald Trump, mercredi 6 décembre, depuis la Maison Blanche, à Washington (Etats-Unis). Une décision qui aura des "conséquences dangereuses", avait mis en garde l'Autorité palestinienne à la veille de cette officialisation.
Des Palestiniens brûlent un portrait du président américain Donald Trump lors d'une manifestation à Bethléem, en Cisjordanie, le 6 décembre. Les mises en garde, au Proche-Orient comme en Europe, n'auront servi à rien. Donald Trump l'a annoncé, mardi 5 décembre, à plusieurs dirigeants de la région : il compte toucher au symbole politique et religieux, hautement inflammable, que représente Jérusalem, en reconnaissant cette ville comme la capitale d'Israël. -- Photo : Mahmoud Illean / AP (@ap.images) -- Lire notre article : http://lemde.fr/2zRL0Lk -- #Trump #Israel #Capitale #Jerusalem #Annonce

415 Likes, 8 Comments - Le Monde (@lemondefr) on Instagram: "Des Palestiniens brûlent un portrait du président américain Donald Trump lors d'une manifestation à..."






