Le président subliminal
François Hollande au cours de sa campagne présidentielle de 2012
Le président subliminal - Par Michel Noblecourt
En renonçant à se porter candidat, François Hollande est devenu presque invisible. Il multiplie pourtant les déplacements, tentant de laisser une trace avant de quitter le pouvoir.
Il a fallu une accolade avec son ancien ministre Emmanuel Macron, mercredi 22 février au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), pour que son image fasse une fugitive réapparition à la télévision. Depuis que, le 1er décembre 2016, François Hollande a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat, il a quasiment disparu des écrans. Invisible, inaudible, il est devenu un président subliminal. Dans la campagne présidentielle, l’inventaire de son quinquennat n’est même plus un sujet. Comme s’il avait déjà quitté la scène politique.
Commémorations, inaugurations, colloques, sorties culturelles, remises de décorations – sans oublier des sauts de puce à l’étranger et des entretiens avec des chefs d’Etat –, François Hollande fait preuve d’un activisme frénétique. Il multiplie les déplacements : le 26 janvier à Poitiers, le 7 février à Aulnay-sous-Bois – au chevet du jeune Théo L., victime de violences policières –, le 9 février dans l’Allier, le 14 février à Aubervilliers, le 17 février à Ivry-sur-Seine puis à Brest et à Rennes, le 18 février dans le Gers, le 21 février à Belfort sur le site d’Alstom, le 24 février en Seine-Maritime à l’usine Renault de Cléon, en Corse le 2 mars. De la santé au logement, il balaye un vaste spectre de sujets.
Activisme très politique
François Hollande est-il devenu l’hologramme de René Coty, son prédécesseur normand qui sous la IVe République inaugurait les chrysanthèmes ? Son activisme, très politique, le dément. Face à Benoît Hamon, un candidat socialiste qui, ancien frondeur, ne défend pas son bilan, il fait le job, conforté par de tardifs bons indices, sur le chômage par exemple. Comme s’il menait la campagne dont il s’est privé. Il délivre surtout des messages subliminaux.
Le 13 février, en décorant Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur, de la grand-croix de l’Ordre national du mérite, François Hollande souligne que « le destin de la gauche est d’accéder au pouvoir et de l’exercer, l’ambition de bâtir une Europe unie et la volonté de voir la France prendre sa place dans le monde ». Si on oublie un de ces trois « principes essentiels », lance-t-il de manière subliminale à Benoît Hamon, « on perd non seulement le pouvoir mais la gauche ».
Le 20 février, à Malaga, en Espagne, son message subliminal vise, cette fois, les populistes et le Front national : la sortie de l’Europe, martèle-t-il, signifierait « le repli, la fin des échanges, une fausse souveraineté qui se traduirait par moins d’emplois, de croissance et de libertés ».
Comme si son obsession était de ne pas quitter le pouvoir en ne laissant qu’une trace subliminale.











