Livret A
Petit soulagement pour les titulaires des plus de 60 millions de livret A. Son taux de rémunération sera maintenu à 0,75 % lors de sa révision, le 1er février, alors qu’il menaçait de baisser. Si la règle de calcul avait été appliquée, il aurait baissé à 0,5 %, une première depuis sa création en 1918. En revanche, la rémunération des plans d’épargne logement (PEL), ouverts à compter du 1er févier, va baisser à 1,5 %, contre 2 % actuellement.
Le street-artiste C215 sème ses pochoirs à la mémoire de Charlie Hebdo, dans les rues de Paris
Au pied de l'ancien siège de Charlie Hebdo, le pochoiriste C215 range ses bombes après avoir ressuscité Cabu à coups de spray : "allez, on dégage!". Depuis une semaine, "toutes les patrouilles de l'arrondissement savent qui je suis", s'amuse Christian Guémy, son nom à la ville. C'est sur ce même mur qu'il a posé à l'aube, quelques jours plus tôt, un pochoir de Charb.
Ses mains encore fraîches de peinture, C215 voit deux policiers en civil fondre sur lui... pour prendre un selfie. "Merci pour tout, ce que vous avez fait pour Ahmed, ça nous a tous beaucoup touchés, continuez", lui glissent-ils. A quelques rues, le sourire bleu-blanc-rouge d'Ahmed Merabet, le policier exécuté par les frères Kouachi, s'est posé sur un boitier électrique du Boulevard Richard-Lenoir. Une commande de ses collègues auprès de l'artiste, réalisée à la veille de la journée de commémoration des attentats contre Charlie Hebdo.
Le sourire bleu-blanc-rouge d'Ahmed Merabet, le policier exécuté par les frères Kouachi, s'est posé sur un boitier électrique du Boulevard Richard-Lenoir. Une commande de ses collègues auprès de C215 réalisée à la veille de la journée de commémoration des attentats contre Charlie Hebdo. © Michaud Gael / NurPhoto
"Un moment extrêmement intense", se souvient Christian Guémy, "très fier d'avoir été choisi" mais "écrasé par la responsabilité du portrait" accompli devant "la maman effondrée". "Ahmed, c'est un symbole très fort. C'est un enfant de l'immigration, qui a grandi en banlieue, né musulman et qui a endossé un uniforme républicain pour sacrifier sa vie en allant au devant des terroristes", admire le pochoiriste.
Devoir de sauvegarde
C'est dans son atelier-domicile d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) qu'il a scalpé sa série de portraits. Des brouillons traînent encore entre ses pochoirs de chats ou de clochards, qui l'ont fait connaître au public et ont fait grimper sa cote dans les salles de vente. Dix ans après des débuts tardifs à 32 ans - des portraits de sa fille dont il était éloigné -, ses pièces s'arrachent entre 2.000 et 10.000 euros. "Je suis à l'abri de la précarité économique et artistique", assure cet historien de formation, à ceux qui le soupçonneraient de faire "de l'autopromotion sur la commémoration".
Dans la foulée des attentats de janvier 2015, les hommages sous forme de tags, graffitis et pochoirs ont inondé les rues de Paris. Lui a préféré attendre: "je ne suis pas à l'aise avec le fait de faire le portrait de quelqu'un qui vient de décéder, j'ai un problème avec la nécrologie immédiate". A l'époque, il réalise une série de 500 pochoirs "Je suis Charlie" qu'il distribue sans signature aux Parisiens "pour qu'ils manifestent eux-mêmes leur adhésion à la liberté d'expression", en les disséminant dans la capitale.
Un an après, son constat est amer: "l'émotion s'est dissipée, on est passé à autre chose, surtout que d'autres malheurs sont survenus". "Sensible à la mémoire", il conçoit sa série de pochoirs comme "un devoir de sauvegarde de toutes les valeurs et les émotions qu'on aurait tendance à oublier". La série pourrait s'enrichir de nouveaux portraits "notamment d'autres Charb dans les lieux qu'il aimait et qu'il fréquentait", annonce ce "catholique et laïc", "fan du militantisme anti-fondamentaliste" du caricaturiste. "Mais je ne compte pas endosser le costume de Robin des Bois des causes justes", prévient celui qui aime se présenter comme "un pov' type qui cherche avant tout à se marrer".
Bettina Rheims très bientôt à la MEP
« Un portrait, c’est danser avec un inconnu »
L’interview du samedi. Depuis la fin des années 1970, les photos de Bettina Rheims accrochent le regard. Des corps, des femmes, des portraits… réunis dans un livre et une exposition.
Entretien
À l’abri des regards et des bruits de la ville, dans une arrière-cour du IVe arrondissement de Paris, la photographe Bettina Rheims règle les derniers détails de la grande exposition que va accueillir la Maison européenne de la photographie, pas très loin de son studio. Elle y répond aux interviews, dans un univers de photos, de livres d’art et d’objets exotiques.
Le corps, est-ce un sujet évident de photographie ?
C’est un médium pour parler d’autre chose. Le corps c’est l’enveloppe de la force, de la fragilité, du trouble…
Il sert aussi à provoquer ?
Je parlerais plutôt de trouble, de désir, de plaisir… Dans la société dans laquelle nous vivons, il y a, partout, beaucoup plus de nudité que dans mes photos. Ma provocation est une vieille légende.
Et les femmes, toujours une cause à défendre ?
Elles ont été mon plus grand soutien. Je travaille avec des femmes, le plus souvent pour des femmes. Ensuite, c’est une cause. Encore plus dans d’autres pays. Mais les problèmes ne sont pas réglés chez nous. Regardez les chiffres des femmes battues ! Il faut être extrêmement vigilant.
Votre dernier livre et l’exposition qui arrive retracent quatre décennies. Quel est le fil rouge ?
Le dénominateur commun est le passage. De la vie à la mort avec les animaux empaillés, quand je travaille sur le Christ. C’est aussi le passage du masculin au féminin, du plaisir à la douleur… Mais ce fil n’était pas évident à voir car chacune de mes séries a son propre langage, son écriture, voire sa propre esthétique. Mon deuxième désir avec cette exposition était de me détacher du poids de ces images pour aborder, plus légère, la troisième partie de ma vie.
Dans l’exposition, il y aura beaucoup de grands formats ?
Presque 200. Surtout, je n’avais pas envie qu’on essaie de raconter autre chose avec mes images. Alors, on a tout conçu ici, avec Vanessa Mourot, la directrice du studio. Il y a une scénographie, une dramaturgie, des ruptures, des inédits, du son, une projection d’images… On suit mes deux chemins. Celui des commandes de la publicité, de la mode, pour le cinéma, la musique… Et les séries faites dès qu’on avait un peu de sous de côté. Et parfois dans le travail commercial, une image était sauvée et passait de l’autre côté.
L’instant de la photo est-il toujours le même ?
Pour les commandes, il y a des clients, des directeurs artistiques, des gens qui s’en mêlent… Mais que ce soit avec des sujets célèbres ou anonymes, il faut un temps pour apprivoiser. Tout est préparé comme pour un spectacle, un tableau… et vient le moment où il faut donner un coup de pied dedans. C’est la différence entre une jolie image et une image qui reste, plus complexe, plus trouble. Je ne sais jamais, dix minutes avant, ce que ça va être. C’est comme danser avec un inconnu. On ne s’accorde pas… Petit à petit, on comprend l’autre, je parle, il répond avec son corps, ça s’emboîte. Jusqu’au moment où l’image arrive. Et c’est un miracle.
C’était la même chose avec les détenues de la prison de femmes de Rennes que vous avez photographiées ?
Ah, la prison, c’est une autre histoire… J’avais ça en tête depuis longtemps parce que ça me faisait peur. J’ai toujours pensé que la prison peut arriver à tout le monde, y compris à moi. Il y avait un désir de ne pas trahir ces femmes. Il y avait beaucoup d’attente de leur part. Je travaille depuis toujours autour de la féminité et c’était encore plus prégnant. Comment se réapproprier l’image de soi-même ? Ça va dans le même sens que le travail de tous les accompagnateurs des détenues dans ce système carcéral, par définition dur. Des rencontres formidables, loin des clichés. Des fois, les détenues se sont abandonnées et il y a eu des moments de grâce. J’en montrerai neuf grands tirages, à la MEP. Dont beaucoup ont été prises à Rennes.
Le tirage des photos est-il essentiel ?
Bien sûr. Il n’y en a jamais deux pareils. Et je vis un drame, Choï (qui a aussi tiré les photos d’Helmut Newton) , avec qui je travaillais depuis les années 1980, ne peut plus tirer. J’étais persuadé qu’un jour, nous arrêterions ensemble. C’est le seul à avoir la compréhension de mes images, de ma lumière… Je réapprends à travailler avec d’autres.
Quel souvenir de la photo officielle du Président Chirac ?
J’étais très émue, flattée. C’était courageux après ma série Chambre close (parodiant la pornographie). Et c’était drôle. Je suis arrivée en même temps que la famille Chirac à l’Élysée. J’étais en repérage. On a visité ensemble. J’ai eu envie de photographier le Président dehors, comme un héros de western. On a choisi la couleur de sa chemise et ça a duré 25 minutes. Ensuite, je suis partie en Chine. Quand on me disait « Ça, ce n’est pas possible », la photo du Président m’a servi de visa et même évité d’être expulsée.
Les attentats donnent une responsabilité aux artistes ?
On m’a beaucoup demandé si j’allais me modérer… Il ne faut pas baisser les bras. C’est exactement ça qu’ils ont essayé d’abattre : le plaisir, l’art, la liberté. Je ne connais la guerre qu’à travers les récits de mon père (le commissaire-priseur Maurice Rheims) qui a été résistant, compagnon de la Libération. L’antisémitisme l’aurait bouleversé. L’idée qu’un jour mon petit-fils d’un an et demi se promène dans un monde où il verra « Mort aux juifs » sur un mur, ce n’est pas joyeux.
Recueilli par Gilles KERDREUX.
Exposition. À la Maison européenne de la photographie du 27 janvier au 27 mars. Paris IVe .www.mep-fr.org.
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Les dates-clés :
1962.
Naissance à Neuilly-sur-Seine
1980.
Série sur les stripteaseuses de Pigalle.
1989.
Publication de l’ouvrage Female Trouble.
1990-1992.
Succès planétaire du livre Chambre Close .
2002.
Série sur Shanghaï.
Livre
À l’occasion de l’exposition, Bettina Rheims, chez Taschen, sortira en édition grand public à 59,99 €. Autrement, c’est un ouvrage de luxe en deux éditions limitées, l’une à 500 €, l’autre à 1 250 €. taschen.com.
Son rapport à l’Ouest
Ma famille avait une propriété près de Pont-l’Évêque (Calvados). J’y ai appris à faire du vélo, à traire les vaches. Je ne pensais jamais y retourner. J’aime la Méditerranée, le soleil, la mer chaude… Puis, en rentrant d’un an de travail sur Shanghai, avec l’homme de ma vie, nous avions envie d’une maison où se retrouver. On est allé derrière Trouville et Honfleur. Je n’étais pas emballée, la pluie… Finalement, je suis très heureuse. Il y a les plus beaux couchers de soleil du monde. Je ne nage pas dans la mer. Mais je marche en forêt, je lis, je cuisine…
AI WEIWEI au Bon Marché
Le célèbre artiste chinois de la scène artistique contemporaine expose pour la première dans un centre commercial des œuvres évoquant la thématique de l’enfance.
Après avoir été détenu 81 jours en Chine, officiellement pour « évasion fiscale » mais officieusement pour ses prises de position contre le gouvernement chinois, Ai Weiwei était en liberté conditionnelle depuis quatre ans. Désormais autorisé à quitter son pays d’origine, beaucoup d’expositions à travers le monde lui sont consacrées : la rétrospective de la Royal Academy of Arts, un solo show à l’Helsinki Art Museum et une exposition face à Andy Warhol à la National Gallery de Melbourne.
Paris se joint à cette série d’expositions pour révéler le talent de cet artiste pluridisciplinaire (sculpteur, performeur, photographe, architecte), connu pour ses photos « doigt d’honneur » face aux grands monuments internationaux.
Et c’est étonnement au Bon Marché qu’Ai Weiwei a choisi d’exposer une série d’œuvres intitulée « Er Xi » (« Air de jeux ») qui se tiendra dans l’espace commercial du 16 janvier au 20 février 2016.
Structures en bambou, dragons en trois dimensions ou cerfs-volants viendront habiller le Bon Marché. Ai Weiwei s'est inspiré du « Shanhajing », le livre des Monts et des Mers : des légendes épiques de l'Antiquité Chinoise racontées aux enfants depuis plus de 2 000 ans. Une trentaine de créatures mythologiques inspirées des cerfs-volants traditionnels sont ainsi exposées, soit en suspension et sous les verrières, soit dans l'espace d'exposition au rez-de-chaussée. En extérieur, les vitrines s'habilleront également des illustrations de l'artiste.
« Je voulais repousser les limites de ce médium qui est très populaire en Chine. Je me suis adressé au meilleur fabricant de cerfs-volants chinois, Monsieur Wong Yong Xun, dans la province de Shandong. Ces personnages sont des prouesses techniques », a expliqué l’artiste.
Une démarche qui permet une réinterprétation contemporaine de la culture chinoise dans un lieu atypique.
« Exposer au Bon Marché, c'est utiliser un nouveau médium, un grand magasin, pour rencontrer un nouveau public, aussi large que celui d'un musée, mais qui, en principe, ne vient pas pour voir de l'art », a souligné Ai Weiwei. « Cette expérience me permet de concevoir une exposition d'une autre manière, avec des contraintes différentes de celles d'un musée ou d'une galerie. »
«Er Xi» («Air de jeux») d’Ai Weixei, une exposition à découvrir au Bon Marché Rive Gauche, 24 Rue de Sèvres dans le 7ème arrondissement de Paris.














