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Jours tranquilles à Paris

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15 mai 2020

Fais pas ci, fais pas ça...

interditsautorisé

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15 mai 2020

Marisa Papen - bibliothèque

marisa bibiotheque

15 mai 2020

Coronavirus : faute de festival de cinéma, Cannes, Venise et Berlin organisent un événement sur YouTube

Vingt événements de premier plan vont participer à un programme virtuel qui offrira gratuitement des films sur YouTube du 29 mai au 7 juin.

L’avenir à court terme des festivals de cinéma se jouera en ligne. VingMédia d’appel t manifestations de premier plan, notamment Cannes, Venise, Berlin ou Toronto, vont participer à un événement virtuel qui offrira gratuitement des films sur YouTube, a annoncé, lundi 27 avril, le festival américain de Tribeca, partenaire, dans un communiqué.

Le We Are One : A Global Film Festival (« nous sommes un : un festival mondial du film ») se tiendra du 29 mai au 7 juin en ligne et proposera des longs-métrages, des courts-métrages, des documentaires, de la musique et des tables rondes virtuelles.

Le programme exact n’est pas encore connu. Les organisateurs ont fait savoir que le contenu serait un mélange de films nouveaux et anciens.

De « nouvelles formes » de festivals

Prévu à l’origine du 12 mai au 23 mai, le Festival de Cannes avait envisagé un report à la fin juin, mais les autorités françaises ont depuis interdit tous les rassemblements jusqu’à la mi-juillet. Ses organisateurs ont rapporté qu’il pourrait prendre de nouvelles « formes ». Les sections parallèles du Festival de Cannes ont, elles, annulé leur édition 2020.

Une partie du produit du We Are One : A Global Film Festival sera versée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ainsi qu’à des associations caritatives ont annoncé les organisateurs. Les internautes qui se rendront à l’adresse YouTube.com/WeAreOne pour visionner du contenu pourront faire, eux aussi, un don à des associations.

« On parle souvent du rôle que peuvent jouer les films pour inspirer et réunir les gens par-delà les frontières, pour aider à apaiser le monde », a commenté la directrice générale du festival de Tribeca, Jane Rosenthal, citée dans le communiqué. « Le monde entier a besoin d’apaisement en ce moment », a ajouté celle qui a cofondé cette manifestation avec l’acteur Robert De Niro et l’entrepreneur Craig Hatkoff.

15 mai 2020

RANKIN

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15 mai 2020

Salariés en première ligne : un «merci»… et c’est tout ?

Par Dominique Albertini - Libération

Les travailleurs au front pendant l’épidémie craignent de ne pas être reconsidérés malgré les beaux discours. Si oppositions et syndicats appellent à une hausse des salaires, la majorité penche pour des accords par branche et veut développer l’intéressement.

«Combien méritons-nous ?» Parmi les nouveaux droits ouverts aux «héros» de la crise, le premier sera sans doute de poser la question. Soignants, livreurs, éboueurs, caissières, personnel des Ehpad…, les hommages se sont multipliés depuis deux mois envers les professions de «première ligne», honorées par des applaudissements depuis les balcons. Une reconnaissance qui, souvent, n’a rendu que plus évidentes la précarité de beaucoup de ces travailleurs. Emmanuel Macron en a convenu, actant dans son allocution du 13 avril que le pays «tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal». Et promettant pour l’avenir de «donner toute sa force» aux termes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, selon lesquels «les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune». S’adressant plus spécifiquement au personnel hospitalier, fin mars à Mulhouse, le Président avait annoncé un «plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières». En 2017, le rapport entre la rémunération du personnel infirmier français et le salaire moyen national était l’un des plus mauvais des pays de l’OCDE.

En cette «année De Gaulle» marquée par plusieurs jubilés, et qu’inaugurera dimanche le chef de l’Etat, ce dernier ouvrira-t-il la porte à un vaste «Grenelle» social ? Sans reprendre le terme, la ministre du Travail a annoncé qu’elle recevrait les responsables des branches concernées pour les inciter à revaloriser la rémunération de leurs salariés.

Consensus politique

Mais pour l’heure, ces annonces peinent déjà à convaincre le personnel soignant, lessivé par deux ans de mobilisation pour réclamer plus de moyens et trois mois de crise sanitaire. Plusieurs de leurs représentants ont réagi avec agacement aux distinctions honorifiques promises par l’exécutif - «médaille de l’engagement», fête nationale dédiée aux personnalités «engagées dans la lutte contre le Covid-19» ou encore dons de RTT aux soignants, comme l’ont proposé une centaine de députés LREM. «On ne demande pas de médaille, on a fait notre travail», a réagi jeudi Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat et membre du collectif Inter-hôpitaux, jugeant insuffisante la prime déjà promise aux soignants : «On demande une revalorisation des salaires, on ne veut pas de prime. C’est obligatoire.» Le chef de l’Etat devait échanger avec des soignants en visioconférence en fin de journée.

Qu’il s’agisse du public ou du privé, l’ouverture de la question salariale semble faire, ces jours-ci, l’objet d’un consensus politique. De nombreuses personnalités ont réclamé un travail de fond sur le sujet. Dans un appel publié jeudi, 150 personnalités de gauche réclament «des primes immédiates et légitimes, mais aussi une amélioration significative et sans délai [des] conditions d’emploi et des salaires» de ces travailleurs. La droite, à son tour, rappelle avoir de longue date réclamé que «le travail paye». Chez les syndicats, aussi bien la CFDT que la CGT appellent à une meilleure répartition des richesses. Mais le consensus ne s’étend pas aux moyens d’y parvenir : si gauche et syndicats réclament une taxation accrue de la fiscalité sur le capital, le patrimoine et les hauts revenus, la droite et le patronat en tiennent, eux, pour une augmentation du temps de travail. Deux options pour l’instant écartées par l’exécutif.

Celui-ci n’est pas le seul décisionnaire. L’Etat employeur a la main sur la rémunération des agents publics mais c’est des chefs d’entreprise que relèverait l’augmentation de certains salaires du privé. «A un moment où elles perdent énormément en profitabilité, augmenter les salaires va s’avérer compliqué», a objecté, jeudi dans le Monde, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.

Pour trouver un terrain d’entente, une partie du camp présidentiel réclame l’organisation d’une grande conférence sociale, où serait notamment posée la question des salaires. «Les syndicats ont joué le jeu pendant la crise, il faut discuter avec eux, estime le député LREM Sacha Houlié, membre du groupe de travail ad hoc formé par le parti. L’idée n’est pas d’augmenter tous les salaires mais de travailler par branches, par secteurs de métiers.» Trouver le bon levier ne sera pas simple, convient l’élu : «On pourrait augmenter la prime d’activité, mais j’ai rencontré des gens qui la considèrent comme une "aumône" et ne la demandent pas. On pourrait augmenter le salaire net en baissant les cotisations, mais idéologiquement une partie de la gauche répondrait que la cotisation est une partie du salaire.» Ayant supprimé les cotisations chômage et maladie, l’exécutif a réduit ses marges de manœuvre en la matière.

«Vieilles lunes»

«Il faut faire complètement différemment de ce qu’on a fait jusqu’à présent», estime le président du groupe Modem à l’Assemblée, Patrick Mignola, qui plaide pour une révolution de l’intéressement. «Seulement 1,5 million de salariés sont couverts par un tel dispositif. On peut le généraliser, d’abord par la négociation puis, au bout d’un certain délai, en imposant un accord-type. Chaque fois qu’une entreprise fera du bénéfice, une partie en sera distribuée à ses salariés. Cela contribuera à augmenter tous les salaires, et ça permet d’échapper aux vieilles lunes des uns et des autres, augmentation du smic contre augmentation du temps de travail. Et si on veut que ce soit efficace, on lie le système aux distributions de dividendes : lorsqu’elles augmentent, l’intéressement doit augmenter aussi.» Une autre idée gaulliste mise à la disposition du chef de l’Etat.

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15 mai 2020

Extrait d'un shooting - Photos ; Jacques Snap

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15 mai 2020

Libération de ce 15 mai 2020

liberation 15 mai

15 mai 2020

Le renouveau des drive-in, avant le retour des salles de cinéma

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Article de Clarisse Fabre

Plusieurs initiatives voient le jour en France, encouragées par les municipalités

CINÉMA

En attendant le « monde d’après », et la réouverture des salles de cinéma (peut-être début juillet ou mi-juillet, rien n’est encore sûr), le drive-in, une pratique héritée du siècle dernier, est en train de ressurgir en France et dans quelques pays étrangers (en Allemagne, au Danemark, aux Etats-Unis, berceau des drive-in, etc.). Assis dans leur voiture, les spectateurs regardent un film sur un écran géant, installé sur une aire de parking ou sur une grande place. Le son est généralement retransmis par les autoradios, mais les occupants des véhicules peuvent aussi baisser les vitres pour écouter les dialogues.

Les municipalités semblent assez friandes de ce concept vintage qui procure du rêve à leurs administrés sans les exposer au virus, et donne une image positive de la ville alors que les élections municipales ne sont pas terminées. La ville de Crest (Drôme), dirigée par Hervé Mariton (LR), a organisé son premier drive-in mardi 12 mai, sur un écran gonflable de quinze mètres par neuf, avec la projection de La bonne Epouse, de Martin Provost – sorti le 11 mars, ce film a vu sa carrière brutalement interrompue avec la fermeture des cinémas le 14 mars. « On a fait le choix d’un film d’actualité, il n’est pas question de passer La Septième Compagnie ! résume le directeur de la culture et du patrimoine de la ville, Eric Aubert. On part sur une séance par semaine : mardi prochain ce sera Papi-Sitter, de Philippe Guillard. Les projections sont gratuites, sur réservation. Mardi soir, on a pu inscrire 120 véhicules pour environ 200 demandes. »

Le drive-in de Crest a été mis en place rapidement, en une dizaine de jours, dans cette commune où le patron du cinéma d’art et d’essai l’Eden, Jean-Pierre Point, est aussi le premier adjoint du maire. De plus, la coopérative (SCOP Le Navire) qui dirige l’Eden ainsi que trois autres établissements dans la région a l’habitude d’organiser des projections en plein air, notamment au festival de Lussas, les Etats généraux du documentaire. Directeur technique de la SCOP Le Navire, Pascal Nardin résume la spécificité du drive-in : « Dans le drive-in, chacun est dans sa bulle, ce n’est pas tout à fait pareil que le cinéma. Dans les séances en plein air, avec des spectateurs assis côte à côte, il y a un partage des émotions. Actuellement, nous sommes très sollicités pour monter des drive-in dans le quart sud-est du pays, mais rien n’est encore tranché. Les événements doivent être validés par les autorités. »

« Associatif et rassembleur »

Dans l’Ouest, la ville de Bordeaux vient de donner son feu vert au Drive-in Festival, qui aura lieu du 16 au 24 mai, sur la place des Quinconces. Cette manifestation itinérante, qui devrait migrer ensuite à Marseille, puis dans les Hauts-de-France et ailleurs, a été lancée par l’ancien patron de la société de production et distribution Bac Films, le trentenaire Mathieu Robinet. « C’est un drive-in associatif et rassembleur, explique-t-il. A Bordeaux, les gens qui n’ont pas de voiture pourront en profiter grâce à un dispositif d’autopartage. Mon rêve, c’est que deux parents viennent avec leur ado voir Hippocrate samedi 16 mai, le film de Thomas Lilti que nous projetons en hommage aux soignants. » Il ajoute ce message à l’attention des exploitants : « Notre objectif est de recréer un désir de cinéma, pas de concurrencer les salles. Depuis le début du confinement, j’ai rencontré des gens qui ont traversé un vide existentiel, comme moi. Et là, il y a un truc exaltant qui fait du bien aux gens. Il y a trois semaines, j’étais tout seul, aujourd’hui nous sommes une trentaine : que des bénévoles avec lesquels nous travaillons par visioconférence. »

La Fédération nationale des cinémas français (FNCF) surveille d’un œil perplexe ces alternatives à la salle. Le drive-in de Bordeaux est payant (10 euros pour les adultes, 5 euros pour les moins de 18 ans) et sans but lucratif : Mathieu Robinet prévoit de « reverser les recettes aux cinémas en difficulté », mais ne sait pas encore selon quelles modalités. Le modèle économique devra être précisé. « Nous n’avons aucune idée des sommes qui pourraient être réattribuées aux salles », confirme François Aymé, le patron du cinéma Jean-Eustache, à Pessac, près de Bordeaux, et président de l’Association française des cinémas art et essai (Afcae). Il ajoute : « Les drive-in sont des initiatives originales dans le temps actuel, mais, à l’échelle de nos préoccupations, c’est annexe. Là, nous travaillons sur la réouverture des salles, et le plus dur sera de trouver des films. Si le redémarrage est mauvais, il y aura un climat anxiogène et les distributeurs risquent de choisir la VoD. Nous allons demander une incitation financière des pouvoirs publics en direction des distributeurs. »

Le futur drive-in de Caen (Calvados), qui accueillera les premiers spectateurs mardi 26 mai, entend fédérer la profession : piloté par le directeur du cinéma d’art et d’essai LUX, Gautier Labrusse, il prévoit d’associer tous les exploitants de la ville, lesquels pourront chacun à leur tour programmer les films (à raison de quatre séances par semaine, dans un premier temps). Chaque ticket vendu déclenchera, comme dans la billetterie classique d’un cinéma, une taxe (TSA, taxe spéciale additionnelle) alimentant les caisses du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Dernier détail, d’ordre écologique celui-là : les drive-in sont une belle échappée mais avec beaucoup de pots d’échappement… Gautier Labrusse, qui a par le passé organisé des séances en plein air « écolos » où l’énergie était produite par le pédalage des spectateurs installés sur des vélos fixes, reconnaît que les drive-in vont générer une empreinte carbone. Mais tout cela ne sera qu’éphémère, en attendant donc « le monde d’après ».

15 mai 2020

Mario Testino

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Venise, Rome, Naples, Florence. Voici l’Italie comme nous ne l’avons jamais vue. Au bord de la mer et dans les rues, de Turin à Montepulciano, découvrez un portrait intime de l’Italie que Mario Testino connaît et aime. Rassemblant des photographies personnelles et encore jamais publiées, c’est une ode au peuple, à l’art, à la gastronomie et à la mode italienne.

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«Découvrir l’Italie a été une expérience puissante qui a captivé mon imagination. J’ai ressenti un lien profond avec tout ce que je voyais autour de moi. J’ai aimé les gens, le paysage, l’architecture, et la manière dont l’art et la beauté faisaient si naturellement et ordinairement partie de la vie.»

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15 mai 2020

«Le virus a pour l’instant mis la mode KO»

Par Marie Ottavi - Libération

Benjamin Simmenauer, professeur à l’Institut français de la mode, détaille l’impact de la crise sur le secteur et explique la volonté de plusieurs grands acteurs de repenser le calendrier de leurs présentations ou de ralentir le rythme.

Les Américains appellent cela le «fashion carnage». Depuis le début de la propagation du Covid-19, l’industrie de la mode vit des jours difficiles, avec la conscience que les effets de la crise sanitaire devraient se ressentir fortement dans les mois, voire les années à venir. L’un des premiers impacts, outre la production en difficulté et la baisse des ventes, c’est l’organisation des fashion weeks où les collections sont présentées. Fin mars, la Fédération de la haute couture et de la mode a ainsi décidé d’annuler la semaine de la mode parisienne homme, prévue fin juin, et celle dédiée à la haute couture en juillet. Et plusieurs acteurs majeurs ont pris position sur des changements à engager en profondeur. La maison Saint Laurent a annoncé qu’elle ne «présentera pas ses collections dans le cadre des calendriers officiels de l’année 2020. Saint Laurent décidera de son agenda et ses lancements suivront un plan optimisé et guidé par les besoins de la créativité». Le 3 avril, Giorgio Armani a publié une lettre ouverte dans WWD appelant à une levée de pied générale : «L’urgence actuelle montre qu’un ralentissement prudent et intelligent est la seule issue, une voie qui va enfin apporter de la valeur à notre travail et qui permettra aux clients de percevoir sa véritable importance et sa valeur.» Marc Jacobs a, lui, estimé, lors d’une table ronde organisée par Vogue, «qu’il devrait y avoir deux défilés par an […]. La quantité de pièces que nous produisons me paraît excessive au vu du peu de temps où elles seront présentées [en boutique]». Mardi, dans une lettre ouverte, plusieurs maisons de prêt-à-porter, telles Tory Burch, Thom Browne, Proenza Schouler ou Dries Van Noten se sont engagées à présenter désormais des vêtements de saison dans leurs collections, donc à renoncer au décalage traditionnel de six mois lié aux délais de fabrication. Exit la course à l’échalote perpétuelle.

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Benjamin Simmenauer, professeur à l’Institut français de la mode (IFM) où il enseigne la théorie de la mode et la stratégie des marques, détaille pour Libération les effets de la crise sur cette industrie.

Quelles réflexions la crise nourrit-elle ?

Le projet même de la mode, qui est de représenter et d’accompagner le présent, est mis en suspension. Il n’y a plus de présent, tout le monde vit dans une parenthèse temporelle où il ne se passe rien et où l’on a peu d’horizon. Nous sommes dans une incertitude complète face à ce que le monde deviendra quand on sortira. Le concept de mode est remis en question. Cette secousse quasiment culturelle ou civilisationnelle a des effets sur les acteurs de l’industrie. La crise est importante pour le secteur, pas seulement au niveau de l’argent perdu ou de ce que l’on va vendre. Plus largement, elle est majeure parce que tout l’écosystème de présentation, de défilé, de rapport au corps, est privé de son sens sous l’effet d’une crise qui impose la suspension du temps et la distanciation physique. Le fait qu’il y ait du présent, que les gens puissent se rencontrer et se voir, et que les corps soient mis en présence sont les conditions de possibilité de la mode. Si on enlève ça, que reste-t-il ? Chacun tente de s’adapter à cette donne complètement inédite, qui leur paraît probablement totalement absurde.

L’impact de la pandémie est très supérieur à ce qu’on aurait pu anticiper ?

Personne dans l’industrie n’avait prévu un tel bouleversement. Il n’y a qu’à regarder la dernière fashion week qui s’est tenue à Paris [du 24 février au 3 mars, ndlr]. Tout s’est déroulé dans des conditions absolument normales à part deux défilés annulés ou reconfigurés, et quelques journalistes masqués. Il y avait un côté «c’est le dernier truc à la mode, le coronavirus». Le virus a pour l’instant mis la mode KO. La mode représente le changement perpétuel, à travers la saisonnalité et le principe de renouvellement constant des collections, mais ce spectacle ne fonctionne, ne suscite le désir et l’intérêt que parce qu’on a par ailleurs la certitude d’une certaine stabilité des rapports humains, d’une organisation sociale, économique, etc.

La mode, c’est aussi une façon de s’afficher. Cette donnée est aussi perturbée…

C’est l’autre chose. A quoi bon s’habiller, se mettre en scène, si c’est pour n’être vu de personne ? Mais ça fait déjà un moment que la mode s’est virtualisée : on s’habille autant pour être vu à travers des images et des médias que pour être vu dans un espace physique réel. Le bémol, c’est aussi toute la marmite des influenceurs qui, elle, continue de bouillir. Ils reçoivent encore des produits, ils les mettent en scène, pour faire consommer, pour produire des images, dans un contexte qui n’est pas tout à fait le même et avec des moyens différents. Et ça semble encore marcher parce que le public est captif : en confinement, les temps d’écran explosent et les médias sociaux battent des records d’audience.

Si on pense à tous les impacts sur la mode, les métiers de styliste, de photographe de mode, etc. sont très touchés puisqu’on ne peut pas organiser de shootings. Les mannequins vont peut-être devoir devenir stylistes et photographes, puisqu’elles vont se photographier avec les fringues qu’on leur enverra, et qu’il n’y aura plus personne pour les prendre en photo. On ne sait pas quels scénarios sont imaginés, mais dans ce contexte, les déclarations des grandes marques révèlent l’ampleur de la crise.

Que signifient selon vous les déclarations de Saint Laurent, Marc Jacobs et Armani ?

Saint Laurent et Armani disent des choses un peu différentes. Giorgio Armani a 85 ans, il en a vu d’autres. Sa carrière est faite, il ne prend pas grand risque à dire qu’il va ralentir avec l’idée que les modes de consommation et de production doivent changer. Au moins pour un temps, il va être compliqué d’écouler autant de collections. Armani est quand même l’homme qui a inventé le principe de décliner sa marque en 53 marques différentes, ce qui en matière de parcimonie n’est pas un exemple. Mais il a été assez visionnaire dans son défilé à Milan [au début de la crise du Covid-19, en février, Giorgio Armani a décidé de filmer son défilé sans public et de le diffuser sur Internet]. Il a senti la gravité de la situation avant tout le monde et c’était un très bon coup de com. Quant à Marc Jacobs, on a du mal à l’associer à une idée de frugalité, mais il dit qu’on est dans l’excès depuis un moment : on fait trop de collections, de présentations, il y a trop de marques, trop de fringues et de produits, trop de pubs et d’images, trop de tout.

La problématique de Saint Laurent, c’est le moment où les marques présentent leur collection, le moment de la révélation de l’offre. Ça ne semble pas complètement opportuniste car c’est quelque chose qu’ils ont déjà entamé. Ils avaient déjà «sorti» les défilés homme des fashion weeks en les présentant une fois par an à un cercle restreint, un peu comme les défilés croisières, pour recréer une forme d’exclusivité autour de leurs événements. Cette idée de s’extraire du calendrier de la mode et de faire exception, ils l’ont donc déjà expérimentée. Ça semble accélérer une stratégie d’émancipation, plutôt qu’un revirement complet, c’est assez cohérent avec ce qu’ils ont fait avant. Mais il n’est juste plus possible de faire une fashion week en ce moment. Ce n’est pas eux qui l’ont décrété : la fédération annule la semaine de la mode et ils n’ont donc pas d’autre choix que de prendre acte. Au moins, Saint Laurent est parmi les premiers à annoncer une stratégie.

La crise déclenchera-t-elle une prise de conscience profonde sur nos façons de consommer la mode et les images de mode ?

Parce que le temps s’est ralenti, on a l’impression que le temps plus rapide, dans lequel on évoluait avant, était un temps d’hyperactivité et de surexcitation inutiles. Comme si on voyait l’artifice du temps accélérer. C’est un effet de perspective : tout est ralenti, on vit plus lentement, comme si on avait sauté hors du manège. On voit les gens sur le manège d’avant et on se dit «ah ils étaient pris dans le manège, ils ne se rendaient pas compte que c’était un manège». Mais le jour où on pourra remonter dedans, ne va-t-on pas considérer comme ridicule cette parenthèse au ralenti, cette période où on a pris de la hauteur, où on s’est tous considérés comme de grands philosophes, prêts à renoncer au luxe et à adopter les «idéaux ascétiques» dont parle Nietzsche ? Est-ce qu’on ne va pas se moquer de tous ceux qui se sont dits «c’est quand même formidable le confinement, ça permet de se concentrer sur l’essentiel» ?

Hélas, dans les situations de crise, on cherche souvent les explications les plus simples et on oppose les choses. Par exemple, opposer les besoins et les désirs, ça me paraît philosophiquement très douteux. Je ne sais pas où le besoin s’arrête et où le désir commence. J’ai vu que les syndicalistes de la CGT étaient scandalisés parce que les clients d’Amazon se faisaient livrer des sex-toys, ils considéraient que ce n’était pas des besoins primaires, vitaux. Mais si la sexualité n’est pas un besoin primaire, je me demande bien ce qu’est un besoin primaire. La discussion sur la nature de l’extension des besoins, me semble douteuse.

Si demain on organise des fashion weeks virtuelles, ouvertes à tous, l’exclusivité si chère au monde de la mode n’existera plus.

Dans un premier temps, la question de l’exclusivité va en effet se poser. Si le défilé est diffusé sur le Net en direct, tout le monde verra le défilé en même temps. Mais c’était déjà le cas. Le privilège était d’être dans la salle et il va falloir abandonner ce principe. Quand les défilés reprendront leur forme initiale d’événement physique, l’accès sera encore plus difficile. On peut imaginer que les défilés du futur ne vont s’adresser qu’au cœur de la cible, c’est-à-dire les acheteurs. La presse, les influenceurs, les célébrités et autres amis de la marque resteraient chez eux. Ce serait un retour en arrière car c’était comme ça au début du XXe siècle. Les défilés avaient lieu dans les maisons, il était très compliqué d’y entrer, il y avait très peu de presse. On voulait filtrer les copieurs éventuels. Revenir à une formule différemment exclusive, c’est peut-être une idée qui pourrait germer. Aujourd’hui ce n’est pas le sujet. Aujourd’hui, le sujet, c’est comment susciter un désir pour la marque et la collection en n’ayant plus la possibilité de la présenter physiquement.

Quid des petites marques ?

Comme dans toutes les économies, c’est encore plus dur pour les petits. Ce qu’on peut prévoir, c’est que le secteur va encore se concentrer. Ce n’est pas ma spécialité, mais il me semble que les lois de la finance vont prévaloir, ce sera l’occasion pour les acteurs majeurs du système, qui ont les reins les plus solides, d’acquérir les pépites qui leur semblent avoir du potentiel. Les petites marques seront obligées d’abandonner leur indépendance car il sera très compliqué de trouver des financements et surtout d’être soutenu par la consommation. Si cette situation est amenée à durer, les petits souffriront en premier.

Les grands acteurs vont-ils tirer leur épingle du jeu ?

Oui et non. Ils vont racheter beaucoup de marques, des emplacements. Dès qu’ils verront une opportunité intéressante, ils intégreront des marques à un bon prix. Le marché sera encore plus concentré. La logique de groupe sera prédominante. Mais le problème des grands groupes du luxe, c’est qu’ils ne sont pas du tout aussi bien équipés que les pros d’Internet. Jeff Bezos [le patron d’Amazon] a quand même gagné 24 milliards de dollars supplémentaires (comparé à la même période de 2019) depuis le début du coronavirus…

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