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Jours tranquilles à Paris

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5 août 2018

Gay Games à Paris: Découvrez les temps forts de l’événement qui débute ce samedi

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Dès ce samedi et jusqu’au 12 août, la 10e édition des Gay Games se déroulera dans la capitale. Cet événement planétaire né en 1982 à San Francisco va attirer à Paris plus de 10.000 participants, de 70 nationalités différentes et plus de 40.000 visiteurs sont attendus.

« Paris est reconnu dans le monde entier pour son combat en faveur de l‘égalité et de la défense des droits des personnes LGBTQI. Accueillir les Gay Games 2018 est une satisfaction et un honneur pour notre ville. Nous aurons à cœur que cet événement, qui fera rayonner Paris à l’échelle internationale, soit le plus réussi possible », avait souligné en octobre dernier, la maire de Paris, Anne Hidalgo. 20 Minutes fait le point sur les temps forts de cet événement.

Cérémonie d’ouverture

Une cérémonie d’ouverture se déroule ce samedi au stade Jean Bouin (XVIe arrondissement). L’événement débute devant le stade à partir de 16 heures pour « un moment de convivialité entre artistes et athlètes venus du monde entier », annonce le site officiel. Puis, un grand défilé des nations sous forme d’une grande parade colorée traversant le stade se déroulera. Enfin « un spectacle d’ouverture digne des plus grands événements de classe mondiale », ponctuera ce moment. Attention, seulement 5000 places seront attribuées aux spectateurs non-inscrits aux Gay Games. Elles sont disponibles sur la billetterie au tarif de 50 euros. La cérémonie sera suivie d’une soirée de gala au Grand Palais.

36 sports

Escrime, patinage artistique, golf, bowling ou encore badminton… Plus de 36 sports seront représentés lors de cette 10e édition. Une des spécificités des Gay Games : « les compétitions sportives sont non discriminantes et donc ouvertes à toutes et tous, sans sélection ! La majorité des événements sportifs sont gratuits », rappelle la mairie de Paris. « Nous souhaitons une participation la plus large possible, quels que soient l’âge, la religion, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le sexe, l’état de santé ou le niveau sportif. Tout le monde est le bienvenu », mentionnent les organisateurs.

« Point culminant et grand final des compétitions aquatiques de la semaine, le Pink Flamingo est le spectacle à ne pas manquer de la semaine ! Les clubs de natation, synchro, water-polo et plongeon présentent un spectacle aquatique haut en couleurs et plus délirant que vous ne l’aurez jamais imaginé », ajoutent-ils.

Les lieux de compétition

Paris et sa région vont accueillir de nombreuses rencontres. Sont notamment mis à disposition, le Bassin de la Villette, les Arènes de Lutèce, l’Hôtel de Ville, la Cinémathèque française, Jean Bouin ou encore la base nautique de Vaires-sur-Marne. A noter que durant toute la semaine, se tiendra un village des Gay Games sur le parvis de l’hôtel de ville. Des animations s’y dérouleront tous les jours jusqu’à 22 heures.

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5 août 2018

Olivier Ciappa (photographe) et Anne Hidalgo place de l'Hôtel de Ville de Paris - GAY GAMES

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5 août 2018

Isabelle Huppert

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5 août 2018

Bons baisers d’Instagram : des vacances approuvées par le réseau social

Par Catherine Rollot - Le Monde

Hashtags percutants, cadrages valorisants, selfies réussis, la photo de vacances est désormais plus importante que le voyage lui-même. Une tendance qui modifie l’offre touristique.

Sous le soleil californien, ils patientent de longues heures pour plonger dans une piscine de vermicelles colorés, se balancer sur une banane géante, grimper sur une licorne aux couleurs acidulées. Prêts à débourser 38 dollars (32 euros) pour pénétrer dans une pièce aux murs dégoulinant de faux Esquimau géants. L’attraction tient en quatre initiales, MOIC, pour Museum of Ice Cream ­ (« musée de la crème glacée ») de San Francisco, un paradis rose, de la façade jusqu’à la tenue des employés, devenu destination de rêve pour toute une génération de touristes connectés.

DES GLOBE-TROTTEURS EN SMARTPHONE, POUR QUI L’INTÉRÊT D’UN LIEU TIENT PLUS À SA PHOTOGÉNIE ET À SON SUCCÈS SUR INSTAGRAM QU’À SON APPORT CULTUREL.

Dans la dizaine de salles d’exposition, point de chefs-d’œuvre d’Andy Warhol ou de Roy Lichtenstein comme chez le voisin SFMoma (San Francisco Museum of Modern Art) – l’un des plus grands musées d’art moderne du monde –, ni même d’histoire sur l’élaboration des sorbets et autres tranches napolitaines, mais des installations spectaculaires, écrins parfaits pour des selfies réussis. « Plus de 500 000 visiteurs venus du monde entier » – selon Maryellis Bunn, sa cofondatrice âgée de 26 ans – auraient déjà tenté « l’expérience de se mettre en scène » dans l’un des quatre espaces ludiques ouverts depuis 2016 (New York, Los Angeles, San Francisco et Miami). Et posté plus de 160 000 photos sous le hashtag #museumoficecream. Des globe-trotteurs en smartphone, représentatifs de ces nouveaux voyageurs pour qui l’intérêt d’un lieu tient plus à sa photogénie et à son succès sur Instagram qu’à son apport culturel.

A l’époque de la dictature du hashtag, l’application de partage de photos remplace l’agent de voyages. Sur les 40 milliards de clichés mis en ligne sur la plate-forme depuis ses débuts, plus de 300 millions se retrouvent sous l’item « travel », près de 6 millions sous sa version française, « voyage ». Une galerie planétaire plus efficace qu’une brochure touristique. « Instagram est un prescripteur redoutable, confirme la philosophe et psychanalyste Elsa ­Godart, auteure de Je selfie donc je suis. Les métamorphoses du moi à l’ère du virtuel (Albin Michel, 2016). Dépourvu de texte, le cliché posté fait office de publicité permanente. »

Plus fort que les étoiles

Trois quarts des 18-34 ans choisissent leur destination en fonction des contenus partagés sur les réseaux sociaux et, notamment, les photos, selon une étude du site de voyage Expedia (réalisée en ligne, en avril 2018, auprès de 1 480 Français ayant voyagé au moins une fois au cours des douze derniers mois). En matière d’hébergement, « l’instagrammabilité » est en passe de remplacer le nombre d’étoiles. Un tiers des voyageurs internationaux (32 %) y prêtent attention, selon une étude menée par le site Booking auprès de 19 000 voyageurs du monde entier en mai 2018.

« ON SUIT LES MÊMES RECETTES À BASE DE FILTRES ET DE HASHTAGS PERCUTANTS, DE SOURIRES FIGÉS, DE CADRAGES VALORISANTS, DE SELFIES ÉGOCENTRIQUES DEVANT UN PAYSAGE ULTRACONNU, DE POSES CLICHÉS. » ANAÏS GUYON, BLOGUEUSE

L’industrie touristique l’a bien compris, le bon emplacement, la qualité de service et le confort des chambres ne suffisent plus pour se distinguer dans la jungle des réseaux sociaux. Pour finir sur Instagram, il faut offrir le cadre naturel, la déco, l’ambiance, le petit plus qui donnera envie de partager sa séance photo. Bungalows de luxe disposés en arc de cercle sur un lagon turquoise, immenses hamacs, piscines à débordement, restaurant sous-marin où l’on dîne en regardant passer les poissons… toutes ces mises en scène ont permis au Anantara Kihavah Maldives de se voir décerner par un jury de visiteurs du site Luxury Travel le prix du meilleur hôtel « instagrammable » en 2017. Toujours dans l’archipel de l’océan Indien, le Conrad Maldives Rangali Island, autre ­resort de luxe, a lancé un service « Instagram Butler ». Un majordome est mis à disposition pour emmener les clients aux meilleurs endroits et à l’heure la plus propice pour réussir leurs clichés.

Mêmes points de vue, même lumière, même pause : les « reporters » tombés de leurs lits king size, téléphones greffés à la main, participent à la création d’un monde de plus en plus stéréotypé où les destinations se résument à quelques « spots ». « On suit les mêmes recettes à base de filtres et de hashtags percutants, de sourires figés, de cadrages valorisants, de selfies égocentriques devant un paysage ultraconnu, de poses clichés, type bras ouverts en signe de liberté, devant un coucher de soleil », analyse Anaïs Guyon, auteure du blog The Travellin’side, consacré au voyage et au bien-être. « Consciente de faire partie de cette génération qui collectionne les images plutôt que les expériences », elle a toutefois décidé de lever le pied dans sa course à la publication.

« Consommer des lieux plutôt que les contempler, c’est ce qui distingue le touriste du voyageur », rappelle le géographe Eudes Girard, coauteur de Du voyage rêvé au tourisme de masse (CNRS, 288 p., 22 euros). Et tant pis si « la réalité est en décalage avec l’imaginaire touristique savamment entretenu par la profusion d’images souvent retouchées, l’important c’est d’y avoir été et de le faire savoir ».

Le vacancier met à l’envi son périple en libre accès, convaincu que la splendeur de ce coucher de soleil sur les pyramides retombera un peu sur lui. « Les photos de vacances d’autrefois nourrissaient le récit familial, on les ressortait pour se remémorer des souvenirs, souligne Elsa ­Godart. Aujourd’hui, on en prend par milliers mais on ne les regarde pas, on les poste. Elles sont devenues un objet d’autopromotion. » En quête permanente de reconnaissance et de valorisation, le ­Narcisse en espadrilles n’a alors de cesse d’entretenir son potentiel Instagram, devenu le reflet de sa propre valeur.

5 août 2018

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5 août 2018

Erdogan annonce à son tour des sanctions contre des ministres américains

Washington et Ankara multiplient les menaces. Le sort d’un pasteur américain en résidence surveillée en Turquie est au cœur des tensions.

L’escalade continue. Après avoir menacé de le faire, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a demandé samedi 4 août le gel en Turquie des avoirs des ministres de la justice et de l’intérieur américains, répliquant à des sanctions similaires prises par Washington en lien avec la détention d’un pasteur américain, Andrew Brunson.

« Jusqu’à hier soir nous sommes restés patients. Aujourd’hui j’en donne l’instruction : nous gèlerons les avoirs en Turquie des ministres de la justice et de l’intérieur américains, s’ils en ont », a déclaré M. Erdogan lors d’un discours télévisé à Ankara. « Nous ne voulons pas de jeux perdant-perdant. Déplacer une dispute politique et judiciaire sur le terrain économique nuit aux deux pays. »

« La Turquie est un Etat de droit », a rappelé le président turc, qui affirme toujours ne pas pouvoir intervenir dans le procès du pasteur américain. « Ceux qui pensent pouvoir faire reculer la Turquie avec un langage menaçant et des sanctions absurdes ne connaissent pas ce pays », a-t-il ajouté.

Relations tendues

La tension est montée d’un cran ces derniers jours entre Washington et Ankara, autour du sort du pasteur Andrew Brunson. Placé en résidence surveillée en Turquie après un an et demi de détention, le religieux, accusé d’activités « terroristes » et d’espionnage, rejette toutes les accusations portées contre lui. Il risque jusqu’à trente-cinq ans d’emprisonnement.

Washington a imposé mercredi soir des sanctions aux ministres turcs de l’intérieur et de la justice, pour leur rôle présumé dans cette affaire.

Les relations entre la Turquie et les Etats-Unis, qui ont les deux plus grandes armées de l’OTAN, sont aussi compliquées par des désaccords sur le dossier syrien et le sort du prédicateur et opposant turc Fethullah Gülen, exilé en Amérique, dont Ankara réclame avec insistance l’extradition pour son implication présumée dans le putsch avorté de juillet 2016. Cette demande est restée pour l’heure lettre morte.

5 août 2018

C'était la Gay Pride à Hambourg

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5 août 2018

La Corée du Nord poursuit ses programmes nucléaire et balistique, selon l’ONU

Selon un rapport remis au Conseil de sécurité, le pays continue aussi d’exporter ressources et armements, en violation des interdictions qui lui sont imposées.

La Corée du Nord n’a pas mis fin à son programme nucléaire et a eu recours à des transbordements illégaux de produits pétroliers en mer, de bateau à bateau, pour contourner les sanctions des Nations unies (ONU), selon un rapport d’experts remis au Conseil de sécurité de l’instance internationale. Selon ce rapport, la Corée du Nord a également « continué de défier les résolutions du Conseil de sécurité à travers une hausse massive des transferts illicites de produits pétroliers en mer en 2018 ».

Le panel d’experts de l’ONU a évoqué des violations d’une interdiction d’exportation du charbon, du fer et d’autres marchandises nord-coréennes, notamment de fer et d’acier à la Chine, à l’Inde et d’autres pays, qui lui a rapporté près de 14 millions de dollars d’octobre à mars au régime de Kim Jong-un. Ces violations ont rendu le dernier train de sanctions des Nations unies adopté l’an dernier « sans effet » en bafouant les restrictions imposées par l’ONU, ajoute le texte.

Pyongyang a en outre « tenté de fournir du petit armement et des armes légères ainsi que d’autres équipements militaires » à la Libye, au Yémen et au Soudan. Le rapport identifie un trafiquant d’armes syrien, Hussein Al-Ali, qui a fourni « un éventail d’armes conventionnelles, et dans certains cas des missiles balistiques, à des groupes armés au Yémen et en Libye ». Les armements étaient fabriqués en Corée du Nord, précise le rapport.

Les diplomates nord-coréens ont joué un rôle essentiel dans ce processus, en ouvrant de multiples comptes bancaires à l’étranger. En dépit d’une interdiction des coentreprises avec la Corée du Nord, le rapport dévoile l’existence de plus de 200 de celles-ci, beaucoup avec la Russie.

Le panel d’experts est chargé du suivi de l’application des sanctions adoptées après le sixième test nucléaire et balistique de Pyongyang.

Pas de rencontre entre les émissaires américain et nord-coréen

Présent au forum de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) à Singapour, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a insisté sur « l’importance de maintenir la pression diplomatique et économique sur la Corée du Nord, afin d’arriver à une dénucléarisation définitive et totalement vérifiée à laquelle la Corée du Nord s’est engagée ». Lors d’une conférence de presse, il a ajouté avoir demandé aux membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) d’« appliquer strictement toutes les sanctions, y compris la cessation totale de transferts illégaux de pétrole entre navires » à destination la Corée du Nord.

Le secrétaire d’Etat américain, qui est chargé des négociations pour la mise en œuvre de cet engagement, a déclaré que « le monde est uni vers cet objectif », « je suis optimiste dans notre succès », a-t-il assuré. Mais « nous savons tous que cela prendra du temps », a-t-il ajouté, pour relativiser l’absence de progrès concrets, admettant que « le calendrier final pour la dénucléarisation sera[it] fixé par le président Kim, au moins en partie ».

Le chef de la diplomatie américaine a cependant assuré ne pas avoir rencontré les Nord-Coréens lors des réunions de Singapour, malgré la présence de son homologue, Ri Yong-ho. Lequel a réagi, après le départ du secrétaire d’Etat américain, en déclarant que Washington « donne de la voix pour maintenir les sanctions », ce qui trahit « des mouvements aux Etats-Unis voulant revenir en arrière, loin des intentions de leur dirigeant ». « L’impatience n’aide pas du tout à construire la confiance. Surtout quand on avance des exigences unilatérales », a-t-il ajouté.

« Tant que les Etats-Unis ne montreront pas dans la pratique leur volonté d’éliminer ce qui nous pose problème, il n’y aura aucune possibilité que nous avancions de notre côté », a mis en garde le chef de la diplomatie nord-coréenne.

Pompeo critique la Russie

En l’absence d’un véritable entretien, la délégation américaine a remis au ministre nord-coréen une lettre de Donald Trump destinée à Kim Jong-un, nouvel épisode de la diplomatie épistolaire qui accompagne le rapprochement, depuis le printemps, entre les deux pays ennemis. Le département d’Etat n’a toutefois pas précisé le contenu de la missive, qui est une « réponse à une récente lettre » du dirigeant nord-coréen, se bornant à voir dans ce bref échange un « pas dans la bonne direction ».

M. Pompeo a en outre critiqué la Russie, évoquant des informations selon lesquelles elle continuerait de faire affaire avec des Nord-Coréens et d’offrir du travail aux travailleurs expatriés nord-coréens, source importante de revenus pour le régime de Pyongyang. « Ce serait une violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies » et « toute violation » sera « prise très au sérieux par les Etats-Unis », a-t-il lancé, promettant d’en parler avec Moscou.

Après une escalade des tensions sans précédent en 2017, ponctuée par des tirs de missiles et un essai nucléaire majeur de la part du régime reclus de Pyongyang, ainsi que par des sanctions internationales de plus en plus strictes en retour, l’année 2018 a été marquée par un dégel spectaculaire. Il a abouti au sommet historique le 12 juin, à Singapour, entre le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, et le président des Etats-Unis, Donald Trump.

5 août 2018

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5 août 2018

Ces règles tacites qui dictent nos comportements sur la plage

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Par Anne Chemin - Le Monde

Comme tous les espaces publics, la plage est régie par des conventions informelles et sophistiquées. Elles permettent aux estivants de se côtoyer à moitié nus, sans heurts et sans conflits, en instaurant un « effacement décisif du corps ».

Depuis l’entre-deux-guerres, la pla­ge est devenue la scène d’une suspension des habitudes, d’un autre rapport au corps. C’est sur le sable, dans un espace public ouvert à tous, que les estivants viennent cultiver des plaisirs qui étaient encore impensables il y a deux siècles – le plein air, le soleil, la (quasi) nudité et la baignade. C’est dans ce lieu, ajoute l’historien Christophe Granger dans La Saison des apparences (Anamosa, 2017), que s’imposent « le souci du bronzage, la stylisation des postures et l’habileté à se dévêtir en public ».

L’histoire de la plage est en effet intimement liée au lent dévoilement des corps. Au XIXe siècle, les femmes qui se hasardent au bord de l’eau portent un pantalon qui descend jusqu’aux genoux, une chemise, une ceinture, un bonnet, des bas et des chaussures. « Le costume de bain digne de ce nom doit être ample, voire bouffant, non seulement pour envelopper et protéger le corps des intempéries, mais surtout, pour brouiller son contour et occulter sa chair, souligne l’anthropologue Jean-Didier Urbain, auteur de Sur la plage (Petite bibliothèque Payot essais, 2016). Il s’agit avant tout de crypter silhouette et carnation, la forme et la substance corporelles, et les soustraire au regard de l’autre. » A la fin du XIXe siècle, cependant, émerge un puissant mouvement de libération des corps.

« A cette époque, le naturisme, une philosophie morale qui proclame les vertus du sport, du plein air et de la nudité, ainsi que la médecine, qui affirme que le soleil guérit certaines maladies comme la tuberculose, préparent le terrain à une nouvelle manière d’exposer son corps en public, explique Vincent Coëffé, maître de conférences en géographie à l’université d’Angers (Esthua, tourisme et culture). Dans l’entre-deux-guerres, les femmes issues d’une élite culturelle et sociale, appartenant notamment à l’univers de l’art, commencent, l’été, à se dénuder sur le sable tout en suscitant la controverse autour de l’immoralité. Elles s’affranchissent peu à peu de certaines convenances en exposant aux regards leurs bras et leurs jambes. »

Un « immense remuement »

En 1907, la nageuse et comédienne australienne Annette Kellerman fait ainsi scandale en revêtant, sur une plage de Boston, un maillot « une pièce » qui lui vaut des poursuites judiciaires. Cette tenue « moulante » finit par s’imposer sur le littoral français dans les années 1920, avant d’être concurrencée au début des années 1930 par le « deux-pièces » : un maillot qui montre pour la première fois le ventre, même s’il cache encore pudiquement le nombril. En 1946, le Français Louis Réard va plus loin en inventant le bikini, un maillot minimaliste auquel il donne le nom d’un atoll du Pacifique où se déroulent des essais nucléaires.

« LE DÉNUDEMENT A BEAU AVOIR GAGNÉ LA PARTIE DANS LES ANNÉES 1960, SE “METTRE À NU” DANS UN LIEU PUBLIC RESTE, AUJOURD’HUI ENCORE, UNE OPÉRATION COMPLEXE »

VINCENT COËFFÉ, CHERCHEUR

Si son créateur choisit d’associer le bikini à une explosion, c’est sans doute parce qu’il comprend qu’une révolution culturelle est en cours. Exposer son corps aux regards publics est en effet un « immense remuement », estime l’historien Christophe Granger. Pour « qu’il devienne possible de s’allonger en public, souligne-t-il, sur une plage à moitié nu sans susciter l’effroi ou la curiosité », il a fallu bousculer une montagne de conventions sociales. « Le dénudement a beau avoir gagné la partie dans les années 1960, se “mettre à nu” dans un lieu public reste, aujourd’hui encore, une opération complexe, ajoute Vincent Coëffé. Il a fallu imaginer des règles encadrant cette exposition des corps. »

Les premières de ces règles furent administratives et réglementaires. Dès le XIXe siècle, une police du corps veille scrupuleusement au respect de la décence et de l’ordre moral dans les stations balnéaires. En 1837, une affiche de la « police des bains de mer » de Granville (Manche) partage ainsi la plage en trois secteurs : « Une partie exclusivement réservée au bain des femmes, une partie exclusivement réservée au bain des hommes habillés, une partie exclusivement réservée au bain des hommes non habillés. » Le règlement interdit en outre « aux hommes de se promener ou de stationner sur ou le long de la grève occupée par les femmes durant le bain de celles-ci ».

Dans l’entre-deux-guerres, les conflits s’exacerbent sur le « périmètre des nudités acceptables », selon les mots de Christophe Granger. Dans un article publié en 2008 (revue Rives nord-méditerranéennes), l’historien raconte les « batailles de plage » qui ont rythmé les années 1920 et 1930. « Les arrêtés, dont le recensement reste malaisé, se multiplient à partir du milieu des années 1920, à la fois pour les plages du littoral et pour celles, intérieures, de rivières, d’étangs, etc. Les administrations municipales, pour lutter contre la “licence des plages”, se prévalent de leur compétence à maîtriser la “voie publique” et ceux qui l’occupent. »

« Bon ordre » et « décence »

A Moliets-et-Maa (Landes), en 1933, le maire, considérant que les « tenues malséantes » ne sauraient être tolérées sur le sable, oblige les estivants à s’y promener revêtus d’un maillot de bain « couvrant entièrement le torse, le bassin et la partie haute des membres inférieurs ». A La Rochelle, un arrêté de 1934 contraint les baigneurs à « s’envelopper d’un peignoir boutonné ou fermé et couvrant le corps tout entier pour effectuer le trajet de leur habitation à la plage ». A Boulogne-sur-Mer, en 1934, le maire proscrit « les caleçons de sport » sur la plage au nom du « bon ordre et de la décence ».

Trente ans plus tard, Le Gendarme de Saint-Tropez, film de Jean Girault sorti en 1964, est le lointain héritier de cette police des corps. Ludovic Cruchot, le gendarme incarné par Louis de Funès, et l’adjudant Gerber, joué par Michel Galabru, y traquent les tenues indécentes sur les plages tropéziennes. Le film exagère à peine la réalité : alors que le monokini apparaît la même année sur la Côte d’Azur, le ministre de l’intérieur de Georges Pompidou, Roger Frey, fait savoir aux maires, par circulaire, que cette pratique relève de l’outrage public à la pudeur et que la justice poursuivra les délinquantes.

Les règles administratives ou judiciaires, toutefois, ne sauraient régir à elles seules l’exposition des corps sur le littoral. Comme tout espace social, la plage est gouvernée par des normes informelles d’une immense complexité. « La plage passe pour un lieu de liberté, de tolérance et d’authenticité où chacun rêve d’un retour à l’état de nature, analyse Vincent Coëffé. C’est pourtant un fantasme : elle est une scène sociale où se déploient des conventions très sophistiquées qui régulent en détail les apparences corporelles, les gestes, les postures et les regards. »

L’étrange ballet social

Pour comprendre la profondeur et la subtilité de ces règles, les chercheurs qui travaillent sur ce thème en appellent au sociologue allemand Norbert Elias (1897-1990). Dans les années 1930, ce théoricien des relations d’interdépendance s’intéresse à l’étrange ballet social qui se joue sur le sable. « Il est impensable qu’une femme ait pu se montrer au XIXe siècle en public, sans se faire conspuer par la société, dans un de ces costumes de bain qui sont aujourd’hui d’usage courant », constate-t-il en 1939 dans La Civilisation des mœurs (rééd., Pocket, 2003), un ouvrage consacré à la transformation des régimes d’émotions en Europe de l’Ouest.

SUR LA PLAGE, LES ESTIVANTS CONNAISSENT CE CODE DES MŒURS SUR LE BOUT DES DOIGTS : TOUS SAVENT PARFAITEMENT SURVEILLER LEURS POSTURES, DÉSAMORCER LES TENSIONS, GÉRER LEURS REGARDS, APPRIVOISER LA QUASI-NUDITÉ DES VOISINS

Si ce dévoilement des corps est possible, analyse Norbert Elias, c’est parce qu’il s’inscrit dans le long processus de répression de l’affectivité et de la sensibilité survenu entre le XVe et le XIXe siècle dans les sociétés occidentales. « Nos coutumes sportives et balnéaires, les libertés que nous nous accordons – par rapport aux phases précédentes – sont la marque d’une société au sein de laquelle la plus grande retenue est considérée comme allant de soi, et où hommes et femmes sont assurés que de fortes autocontraintes et des règles strictes de savoir-vivre limitent l’initiative des individus », écrit-il.

Sur la plage, les estivants connaissent ce code des mœurs sur le bout des doigts : tous savent parfaitement surveiller leurs postures, désamorcer les tensions, gérer leurs regards, apprivoiser la quasi-nudité des voisins. « Ces multiples règles, qui ont été intériorisées au travers d’un long apprentissage, permettent à chacun de se contrôler tout en mettant en scène, sur le sable, l’aisance et le relâchement, décrypte Vincent Coëffé. Il s’agit, selon lui, d’un « transfert d’urbanité » : « Le régime de civilité extrêmement élaboré de la plage permet aux estivants de vivre à moitié nus, sans heurts et sans conflits, dans un espace public ouvert à tous. »

Pour Christophe Granger, ce code de la « décence estivale », qui proscrit notamment les regards trop appuyés ou les gestes déplacés, finit paradoxalement par « opérer une sorte d’effacement décisif du corps ». Sur la plage, estime l’historien, règne un « régime de correction des regards, quelque chose comme une indifférence ou mieux encore, pour le dire avec les mots [du philosophe] Georg Simmel ou ceux [du sociologue] Erving Goffman, une “inattention respectueuse” ». C’est ainsi, conclut-il, que s’organise « une indifférence contextualisée », qui « dépouille le corps nu des lectures proprement impudiques qui, n’importe où ailleurs, s’attachent à la nudité ».

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