Président Trump, semaine 41 : récit de voyage
Par Gilles Paris, Washington, correspondant - Le Monde
« Extraordinaire », « épique », « historique »... L’occupant de la Maison Blanche et ses hôtes ne manquent pas de superlatifs pour décrire sa tournée asiatique. Et il n’est pas resté insensible aux flatteries
La tournée de Donald Trump en Asie ? Si vous vous fiez à la parole du président des Etats-Unis et de ses hôtes, vous avez le choix entre « extraordinaire », « épique », et « historique ». Avant l’étape de Manille, et la rencontre à venir avec l’incommode président Rodrigo Duterte, Donald Trump n’a rencontré que des gens épatants.
Au Japon, le premier ministre Shinzo Abe a été le premier à estimer que cette visite était de nature à entrer dans l’Histoire. Recroisé au Vietnam, à l’occasion d’un sommet régional, vendredi, le même a ensuite assuré à un Trump élevé au rang de thaumaturge que les relations avec la Corée du Sud s’étaient soudainement beaucoup améliorées depuis son passage. Le président sud-coréen Moon Jae-in a jugé pour sa part que les Etats-Unis avaient beaucoup changé (en mieux) depuis son élection, un an plus tôt.
En Chine, le président Xi Jinping a comparé son déplacement à celui de Richard Nixon, en 1972, alors qu’il s’agissait alors du premier d’un président des Etats-Unis et que ce dernier, venu spécialement, avait passé une semaine entière sur place au lieu de quarante-deux heures, dont deux nuits, pour M. Trump. Les Chinois avaient promis une « visite d’Etat plus », mais M. Xi a assuré directement à l’intéressé qu’il s’agissait d’une « visite d’Etat plus plus ». Un bond en avant qualifé ensuite de « très intéressant » par M. Trump.
Un président très accommodant
Le superlatif est souvent le compagnon de route des speechwriters dans l’exercice de la visite présidentielle, a fortiori lorsqu’il s’agit du président des Etats-Unis. Le souci pour Donald Trump est que son stoïcisme face à la flatterie est plutôt relatif, au point de le rendre alors très accommodant.
Gratifié à Pékin d’une visite approfondie de la Cité interdite, puis de vingt et un coups de canons tirés sur la place Tiananmen, il n’a pas voulu embarrasser son hôte en exigeant comme Barack Obama, en 2014, que les deux présidents répondent à des questions de la presse au terme de leur rencontre de travail, jeudi. Deux jours plus tard, croisant son homologue russe au même sommet régional, M. Trump a trouvé convaincantes ses dénégations réitérées selon lesquelles la Russie n’avait pas cherché à interférer dans l’élection présidentielle de 2016.
« Chaque fois qu’il me voit, il me dit : “Je n’ai pas fait ça”, et je le crois vraiment quand il me le dit », a confié gravement le locataire de la Maison Blanche. Lorsque par le passé un républicain regardait Vladimir Poutine dans les yeux, il y lisait trois lettres selon la formule alors en vigueur : « un K, un G, et un B ». Avec ses lunettes de voyageur, M. Trump a déchiffré pour sa part un S, un I, un N, un C, un E, un R, un I, un T, et un E, ce qui comblera certainement d’aise le renseignement américain qui affirme le contraire depuis plus d’un an.
Devant le Palais de l’Assemblée du Peuple, jeudi, à l’occasion d’une cérémonie d’accueil, M. Trump avait croisé un groupe d’enfants enthousiastes brandissant des drapeaux des deux pays et des bouquets de fleurs (artificielles). Les mêmes avaient dûment répété une demi-heure plus tôt, avec toute l’authenticité requise pour une « visite d’Etat plus plus ».













