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Jours tranquilles à Paris

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17 septembre 2017

Milo Moiré

milo2223


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17 septembre 2017

Les 500 ans du Havre

Cathédrale Notre Dame

Rare vestige de la ville originelle, la cathédrale Notre Dame a été en partie épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. Elle a conservé sa tour-clocher du XVIe siècle et ses portails du XVIIe siècle. Au fond de la nef trône un orgue colossal offert par le cardinal de Richelieu vers 1637 et reconstruit à l'identique après la guerre. Sur les bas-côtés, deux verrières  illustrent des épisodes marquants de l’histoire du Havre.

Le Havre (73)

17 septembre 2017

Intelligence artificielle - Polémique sur une étude affirmant qu’un programme peut repérer l’homosexualité sur le visage

homosexuality_symbols

Par Morgane Tual

Deux chercheurs de Stanford ont conçu une intelligence artificielle capable, selon eux, de déterminer si une personne est homosexuelle à partir d’une photo. Un travail vivement critiqué.

L’homosexualité peut-elle se lire sur le visage ? C’est ce qu’affirment deux chercheurs de l’université Stanford, en Californie, dans un article polémique publié en ligne au début du mois de septembre et dont la publication est prévue dans le Journal of Personality and Social Psychology.

Michal Kisinski et Yilun Wang assurent dans leur étude avoir conçu un programme d’intelligence artificielle capable, à partir de photos récupérées sur un site de rencontres américain, de déterminer si une personne est homosexuelle ou non. Avec 81 % de réussites pour les hommes et 74 % pour les femmes. Des chiffres qui grimpent respectivement à 91 % et 83 % quand cinq photos de la personne sont présentées au programme. Les humains ont quant à eux obtenu de moins bons scores, avec 61 % et 54 % de réussites.

35 000 photos analysées

« Nous prouvons que les visages contiennent bien plus d’informations sur l’orientation sexuelle que ce que le cerveau humain peut percevoir et interpréter », écrivent-ils dans l’étude :

« En adéquation avec la théorie des hormones prénatales sur l’orientation sexuelle, les homosexuels et les lesbiennes tendent à avoir des morphologies faciales, des expressions et des apparences faciales atypiques pour leur genre. »

Par exemple, affirment-ils, « les homosexuels mâles ont tendance à avoir des mâchoires plus fines et de plus longs nez, tandis que les lesbiennes ont des mâchoires plus larges. »

Les chercheurs soulignent que les différences vont « au-delà de la morphologie », puisque selon les résultats de leur étude, « les homosexuels mâles ont moins de barbe » et « les lesbiennes tendent à porter moins de maquillage, ont des cheveux plus sombres et portent des vêtements moins décolletés ».

Ils notent également que, « conformément à l’association entre les casquettes de baseball et la masculinité dans la culture américaine, les hommes hétérosexuels et les lesbiennes ont tendance à en porter ».

Des données potentiellement biaisées

Pour parvenir à ces conclusions, ce programme informatique, basé sur un réseau de neurones artificiels, s’est « entraîné » sur 35 000 photos de 14 000 hommes et femmes hétérosexuels et homosexuels, issues d’un site de rencontres américain. Aucun critère n’a été donné à la machine qui a, par elle-même, « appris » à distinguer les hétérosexuels des homosexuels à partir de ses propres observations.

Ce travail présente toutefois des biais et limites importants. Premièrement, comme le reconnaissent les deux chercheurs, le programme réussit très bien son exercice quand on lui présente deux personnes, dont l’une est homosexuelle et l’autre hétérosexuelle.

En revanche, ses résultats sont bien moins concluants quand on lui demande d’identifier les 70 personnes homosexuelles dans un échantillon de 1 000 personnes – une proportion conforme à la population américaine, estiment Michal Kosinski et Yilun Wang.

Qui plus est, le programme a été « entraîné » à partir d’images issues d’une population très spécifique, celles de jeunes Américains blancs. Et à partir de photos qui sont loin d’être neutres : sur un site de rencontres, les photos sont soigneusement sélectionnées, voire retravaillées, afin de renvoyer l’image souhaitée pour séduire, quitte à exagérer ou au contraire dissimuler certaines caractéristiques physiques.

« Science poubelle »

De plus, comme le soulignent plusieurs détracteurs de ce travail, l’étude omet de s’intéresser à d’autres types de sexualité, comme la bisexualité. « L’article est basé sur une vision absolument binaire, essentialiste et exclusive des orientations sexuelles humaines : t’es gay/lesbienne ou tu ne l’es pas », écrit par exemple le sociologue français Antonio Casilli dans un texte très critique.

Et il n’est pas le seul à s’indigner de la publication de Michal Kosinski et Yilun Wang. L’article a provoqué beaucoup de discussions sur les réseaux sociaux, relançant un vieux débat, toujours en cours, dans la communauté scientifique sur l’homosexualité innée ou acquise, et s’attirant les foudres de plusieurs organisations de défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et trans (LGBT), comme The Human Rights Campaign et GLAAD. Ces dernières ont dénoncé de concert un travail de recherche « dangereux et biaisé ».

« Stanford devrait se distancier de cette science poubelle plutôt que de prêter son nom et sa crédibilité à une recherche dangereusement biaisée », écrit Ashland Johnson, un des responsables de la HRC, dans un communiqué. Ce travail « menace la sécurité et la vie privée aussi bien des LGBT que des non-LGBT », prévient-il :

« Imaginez un instant les conséquences potentielles si cette recherche biaisée était utilisée pour soutenir les efforts d’un régime brutal d’identifier et/ou persécuter les personnes qu’il pense être gays. »

« Nous serions ravis si nos résultats étaient faux »

Dans un long document, les auteurs de l’étude ont répondu à ces critiques, expliquant avoir été eux-mêmes « vraiment troublés » par les résultats de leurs recherches. « Très franchement, nous serions ravis si nos résultats étaient faux. L’humanité aurait un problème en moins » disent-il, en assurant avoir « passé beaucoup de temps à réfléchir » pour décider s’il fallait ou non les publier.

« Nous avons pensé qu’il y avait un besoin urgent que nos législateurs et les communautés LGBTQ [Q pour “queer”] soient au courant des risques auxquels elles font face. Les entreprises tech et les gouvernements sont tout à fait conscients du potentiel des outils de vision par ordinateur. Nous pensons que les gens doivent connaître ces risques afin qu’ils puissent ainsi prendre des mesures préventives. (…) Nous n’avons pas créé un outil qui nuit à la vie privée, mais plutôt qui montre que des méthodes basiques et très utilisées représentent de sérieuses menaces pour la vie privée. »

Dans les colonnes du Guardian, l’un des deux auteurs, Michal Kosinski, se défend aussi en assurant que les résultats de cette étude peuvent être profitables aux personnes LGBT :

« C’est un excellent argument contre tous les groupes religieux et autres démagogues qui disent “pourquoi est-ce que vous ne changez pas, tout simplement ?” Vous ne pouvez pas arrêter [d’être homosexuel], parce que vous êtes né ainsi. »

Le retour de la physiognomonie

Par ailleurs, depuis la mise en ligne de cette étude, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer certaines activités de Michal Kosinski, et notamment son rôle de conseiller auprès de l’entreprise israélienne Faception. Celle-ci prétend avoir développé une technologie capable de « révéler la personnalité des gens à partir d’une photo de leur visage », peut-on lire sur son site. Elle affirme notamment être ainsi capable de détecter de potentiels terroristes. « Notre solution permet aux entreprises de sécurité et aux agences de détecter et d’appréhender plus efficacement des suspects avant qu’ils ne puissent faire du mal. »

L’entreprise Faception prétend que sa technologie peut détecter si une personne est terroriste à partir de son visage. | FACEPTION

Un autre des axes de recherche de Michal Kosinski, qui consiste à définir la personnalité d’un utilisateur de Facebook à partir de ses « like », a aussi servi de base à la start-up décriée Cambridge Analytica, qui affirme avoir réussi à influencer les électeurs américains en faveur de Donald Trump.

Avec les progrès de la vision par ordinateur, on assiste ces dernières années à un retour des théories physiognomonistes, « science qui se proposait de connaître les hommes par l’étude de la conformation de leur corps, de leur visage », peut-on lire dans Le Petit Larousse. Elle fut très en vue au XIXe  siècle, portée notamment par le français Alphonse Bertillon, qui affirmait être en mesure de détecter les criminels à partir de leur physique. Elle a été totalement discréditée depuis.

En mars, lors du festival South by Southwest (SXSW), à Austin (Texas), consacré aux nouvelles technologies, la chercheuse de Microsoft Kate Crawford avait alerté le public sur les dangers que présente ce retour de la physiognomonie, soutenue par l’intelligence artificielle :

« La physiognomonie a permis de justifier des choses horribles par le passé, comme l’esclavage aux Etats-Unis, où ce qu’ont fait les nazis contre les juifs. Des start-up aujourd’hui se font de l’argent en se basant sur ce principe. Je trouve que c’est très inquiétant, que ces théories du passé ressurgissent avec ces technologies. Alors même qu’on assiste à un retour des autoritarismes. »

17 septembre 2017

Extrait d'un shooting - exhibition

exhib

16 septembre 2017

Des milliers de personnes au Trocadero à Paris pour soutenir les Rohingyas

https://www.pscp.tv/w/1ynKOVwDldrxR

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16 septembre 2017

Birmanie. L'Onu craint « le scénario du pire » pour les Rohingyas

La situation humanitaire continue de se dégrader au Bangladesh, étranglé par l'afflux de près de 389.000 musulmans rohingyas fuyant les violences en Birmanie. L'absence d'issue en vue laisse redouter, selon l'Onu, un « scénario du pire ».

Après des jours de marche dans la boue, avec, sur leurs dos, des bébés ou des personnes âgées, des réfugiés rohingyas s'arrachaient, hier, les portions alimentaires distribuées dans le camp d'Ukhia, près de Cox's Bazar, dans le sud du Bangladesh. Autorités locales et organisations étrangères sont débordées par cette marée humaine qui fuit une campagne de répression de l'armée birmane consécutive à des attaques de rebelles rohingyas.

La communauté internationale doit se préparer à l'éventualité d'un « scénario du pire » dans cette crise humanitaire, a averti, hier, un responsable onusien, à savoir le déplacement de tous les Rohingyas présents dans l'État Rakhine (Ouest) vers le Bangladesh.

Les Rohingyas sont estimés à environ un million. À l'heure actuelle, entre 10 et 20.000 Rohingyas épuisés, affamés et parfois blessés franchissent chaque jour la frontière. Au Bangladesh, nation parmi les plus pauvres de la planète, les camps de réfugiés préexistants croulent sous cet afflux.

Ambiguïté de Aung San Suu Kyi

Face à l'ampleur de l'exode, l'Onu n'hésite plus, depuis quelques jours, à parler d'« épuration ethnique ». Mercredi, le Conseil de sécurité a réclamé à la Birmanie des mesures « immédiates » pour faire cesser la « violence excessive » au Rakhine. Lui emboîtant le pas, le Parlement européen a adopté, hier, une résolution demandant à l'armée de « cesser immédiatement » ses exactions. Les récits des réfugiés se font l'écho de massacres, incendies de villages, tortures et viols collectifs.

L'ex-dissidente et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est sous le feu des critiques à l'international pour sa position ambiguë sur ce dossier. Les violences et discriminations contre les Rohingyas sont allées en s'intensifiant ces dernières années : traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90 % bouddhiste, les Rohingyas représentent la plus grande communauté apatride du monde.

Depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, ils sont soumis à de nombreuses restrictions : ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation, ils n'ont accès ni au marché du travail, ni aux services publics (écoles et hôpitaux).

La dirigeante birmane, au pouvoir depuis avril 2016 après les premières élections libres depuis plus de 20 ans, a promis de sortir de son silence mardi prochain, lors d'un grand discours à la nation birmane.

16 septembre 2017

Milo Moiré

16 septembre 2017

Jan Fabre à La Villette

16 septembre 2017

LIBERATION : Les néonazis redonnent du brun à moudre

Par Guillaume Gendron , Mathieu Ait Lachkar et Ariane Debernardi

Les nostalgiques d’Adolf Hitler sortent de plus en plus de l’ombre, lors de rassemblements spectaculaires, comme aux Etats-Unis, ou dans la vie politique, en Slovaquie ou en Grèce. Une résurgence largement alimentée sur Internet.

Voilà comment tombe un tabou : début septembre, lors d’un meeting de l’AfD (parti d’extrême droite antimigrants), un dirigeant politique allemand a réclamé le «droit d’être fier des performances» de l’armée nazie entre 1939 et 1945. Une déclaration publique inouïe, révélée dans une vidéo jeudi soir (lire ci-contre), alors même que le parquet de Munich, après deux ans de procédure, venait de requérir mardi la réclusion criminelle à perpétuité contre Beate Zschäpe, seule survivante d’un trio néonazi responsable d’une série d’assassinats racistes visant des immigrés turcs. Les auteurs de ce que la presse allemande a surnommé «die Dönermorde» (les «meurtres des kebabs») étaient membres du Nationalsozialistischer Untergrund («parti national-socialiste souterrain») et avaient ensanglanté sept villes allemandes, en commençant par la ô combien symbolique Nuremberg. Mi-août déjà, la justice allemande avait ouvert une enquête sur une soirée nazie (au programme : saluts hitlériens, foot avec une tête de porc et hard rock facho) organisée sur un champ de tir par des soldats des forces spéciales. A Berlin, 500 nostalgiques du IIIe Reich étaient de sortie, toujours mi-août, pour célébrer le trentième anniversaire de la mort de Rudolf Hess, grand camarade de Hitler.

Début septembre, en Angleterre cette fois : dans les environs de Birmingham, la police arrêtait, en vertu de la loi antiterroriste, quatre soldats suspectés d’être membres de l’organisation néonazie National Action, récemment interdite.

La Grèce, elle, se débat depuis deux ans avec le procès de 69 militants et députés du parti néonazi Aube dorée, accusés d’avoir «formé une organisation criminelle».

En Suède, les fascistes en chemises blanches et cravates noires du Mouvement de résistance nordique (MNR) entendent à nouveau défiler, le 30 septembre, cette fois devant une synagogue de Göteborg, le jour de Yom Kippour, avec la bénédiction des autorités.

En Pologne, dans une relative indifférence médiatique, les phalanges du Camp national-radical, groupuscule prohibé par les autorités et connu pour brûler des effigies de juifs hassidiques en public, ont paradé par centaines dans le centre de Varsovie, en chemises brunes et brassards verts courant avril. Pour les médias polonais, il s’agissait du premier défilé nazi dans la capitale depuis 1945.

Et puis, de l’autre côté de l’Atlantique, il y a eu à Charlottesville. Ce grand raout raciste à deux heures de route de Washington DC conclu, le 12 août, par la mort de Heather Heyer, militante antiraciste, passée sous les roues de la voiture bélier d’un sympathisant de Vanguard America, groupe ouvertement nazi. Réunie sous le large parapluie de l’«alt-right», mouvance identitaire longtemps cantonnée à l’activisme en ligne et qui a fait de Trump son champion, l’extrême droite la plus radicale, du Ku Klux Klan aux néoconfédérés, en passant par les adorateurs du Führer, a marché dans les rues de cette bourgade universitaire avec flambeaux, boucliers et armes automatiques. Et les Américains de découvrir sur leurs écrans des jeunes hommes criant «sang et sol !» et «les juifs ne nous remplaceront pas !» sans que leur Président ne parvienne à choisir un camp entre manifestants à svastika et groupes antifas venus les confronter. Et ce alors que les associations antiracistes américaines, à l’instar du Southern Poverty Law Center, alertent l’opinion sur l’augmentation «incroyable» des «crimes haineux» dans le pays depuis l’arrivée au pouvoir de Trump. Le 12 septembre, le Congrès a sommé le président américain d’approuver officiellement une résolution rejetant le «nationalisme blanc» et la «suprématie blanche».

Miroir

Certes, l’accumulation de faits divers et d’épiphénomènes spectaculaires ne fait pas une tendance. Mais les événements de Charlottesville ont tendu un miroir à la Vieille Europe, et la question de la résurgence de ces groupuscules se pose à nouveau. La montée des populismes et des sentiments antimigrants en Europe, comme aux Etats-Unis, symbolisés notamment par l’accession au pouvoir de Trump, ont-ils poussé les cliques néonazies à se remettre en lumière ?

«Il est vrai que l’homme le plus puissant du monde est quelqu’un auquel une partie de la droite radicale et identitaire européenne trouve des vertus, concède le spécialiste de l’extrême droite européenne Jean-Yves Camus. A partir du moment où Trump a été choisi [par le Parti républicain, ndlr], il y a eu des groupes qui se sont dit : "Tout est possible." Mais dire qu’il est le vecteur d’une certaine évolution du néonazisme en Europe, c’est pousser le raisonnement trop loin.» Pour l’auteur de Droites extrêmes en Europe (Seuil, 2015, avec Nicolas Lebourg), il convient de nuancer : «Charlottesville, les néonazis et le KKK, ce n’est compréhensible que dans un contexte américain. C’est impensable en Europe.» Même s’il existe en Allemagne «une scène néonazie assez active» (lire aussi pages 4-5), Camus souligne la forte répression des autorités à l’échelle du continent envers ces groupes et leur développement historiquement «en dents de scie».

Bombe

Pour le spécialiste suédois du «nationalisme radical» et contributeur à la publication antiraciste Expo Jonathan Leman, son pays fait actuellement face à un réel pic de fièvre brune. Ragaillardi, le MNR, aussi connu sous le nom de «Nordfront», se fait de plus en plus visible et bruyant, y compris chez les voisins finlandais et norvégiens, et notamment en ligne. «Le mouvement a réussi à unifier la mouvance néonazie scandinave en radicalisant ce milieu suprémaciste blanc, commente Leman. Ils se revendiquent révolutionnaires, plus enclins à la violence.» Cet hiver, des membres du MNR se sont distingués dans trois attaques à la bombe visant un «bar gauchiste» et deux refuges pour migrants à Göteborg, blessant gravement un employé des services de l’immigration. Leman pointe les liens entre le Nordfront et l’alt-right américaine, dont certains membres ont collaboré au Daily Stormer (lire pages 6-7) et au site Alt-Right.com de Richard B. Spencer, inventeur autoproclamé du terme et figure de proue du mouvement. En mai, BuzzFeed révélait que Spencer avait l’intention de s’associer à deux entrepreneurs proches des néonazis suédois (l’un détenant une maison d’édition d’ésotérisme nationaliste, l’autre un serveur de podcasts racistes) pour lancer un «Breitbart (1) en plus idéologique» à l’international.

Il serait néanmoins faux de penser que l’alt-right a insufflé une nouvelle vie aux mouvements néonazis et identitaires européens : l’influence agirait plutôt en sens contraire. Les nébuleuses les plus extrêmes du Vieux Continent ont servi de modèle aux nouveaux avatars du suprémacisme américain, autant sur le plan organisationnel que doctrinaire. Dans le documentaire remarqué de Vice News sur les événements de Charlottesville, Matthew Heimbach, fondateur en 2003 du groupe suprémaciste Traditionalist Youth Network, calqué sur les Français de Génération identitaire, explicitait ce lien : «Nous suivons principalement l’exemple européen d’Aube dorée, du MNR et d’autres organisations pionnières parmi les nationalistes du monde.» En retour, l’alt-right a structuré un ensemble de codes de reconnaissance visuelle (Pepe the Frog, l’émoticône «bouteille de lait» ou encore le signe «OK» avec la main droite pour signifier «WP», comme «White Power»). Un lexique suprémaciste «trollesque», adapté à la conversation numérique et jouant sur l’ambiguïté. Au point d’être repris par le fils du Premier ministre israélien, Yaïr Nétanyahou, qui a récemment choqué le pays en relayant une caricature complotiste aux références antisémites pour attaquer la presse progressiste de l’Etat hébreu. Le rejeton du leader du Likoud s’était déjà illustré cet été en se disant plus inquiet, après Charlottesville, par la gauche antiraciste que les néonazis américains…

L’Europe fascisante exporte ainsi ses bases idéologiques (des écrits racialistes de l’Italien Julius Evola aux classiques de la Nouvelle Droite, comme le Camps des Saints de Jean Raspail) ; l’Amérique invente une façon plus moderne de communiquer. Comme en témoigne le nom d’une des phalanges présentes à Charlottesville, Identity Evropa, il s’agit plus une d’européanisation du nationalisme américain qui se joue que l’inverse. D’autant que, comme le rappelle Jean-Yves Camus, «l’anti-américanisme reste une composante structurelle de nombreux groupes de droite radicale européenne - les Etats-Unis représentent pour eux la finance, le melting-pot et une hyperpuissance qui bride quelque part les Etats d’Europe».

Paramilitaire

Une influence globale, voire virtuelle, qui ne se traduit cependant pas politiquement pour la majorité des groupes radicaux. «Je ne vois pas pour le moment, en Europe de l’Ouest, de groupes néonazis susceptibles d’entrer au Parlement d’un pays», relativise Camus. En France, comme en Scandinavie, les partis d’extrême droite, du FN aux Démocrates de Suède, ont percé dans les urnes en purgeant (ou en faisant mine de) les éléments les plus caricaturalement racistes et antisémites en faveur d’un populisme en apparence moins ethnique et plus «antisystème», concept attrape-tout. Un constat qui n’est valable que pour l’ouest du continent, alors qu’une dynamique inverse semble s’exercer en Europe centrale et orientale. Il en va ainsi au Parti populaire - notre Slovaquie (LSNS) ou au Jobbik en Hongrie, au poids politique réel dont les doctrines «s’inscrivent dans la continuité des mouvements d’extrême droite des années 30», souligne Camus. Ces derniers opèrent en public grâce à leur façade politique mais continuent d’entretenir des milices affiliées.

Ainsi le Jobbik (fondé en 2003 sur les bases d’un mouvement étudiant ultranationaliste) a créé en 2007 une organisation de type paramilitaire, la «Garde hongroise», tout en s’implantant durablement au Parlement hongrois malgré l’existence d’un parti d’extrême droite plus mainstream, le Fidesz, dont le leader de Jobbik, Gábor Vona, est d’ailleurs issu. En 2014, Jobbik obtenait 20 % aux législatives (et 23 sièges) avec une rhétorique anti-roms et son vieux fond antisémite. En Slovaquie, LSNS raflait en 2016 aux dernières législatives 14 des 150 sièges, surfant sur la popularité de son leader négationniste de 36 ans, Marian Kotleba, crâne rasé et fine moustache, adepte de l’uniforme fasciste. Ce nostalgique de l’Etat slovaque clérical-fasciste de Tiso, allié des nazis, a été élu en 2013 président de la région de Banská Bystrica. En Ukraine, le régiment Azov (à l’origine une milice largement composée de hooligans et de néonazis formée au moment de Maidan) a été incorporé au sein de la Garde nationale ukrainienne pour combattre les forces prorusses à l’Est, malgré leurs uniformes ornés de l’alphabet runique cher aux SS. Ses vétérans ont fondé un parti politique et une «ONG», qui organise désormais des camps scouts pour enfants, régulièrement comparés aux Jeunesses hitlériennes pour leur teneur nationaliste et guerrière. Sans aucune, ou presque, loi limitant la liberté d’expression ou les incitations à la haine raciale, l’espace post-soviétique est ainsi un terreau fertile pour les groupuscules néonazis, dont l’apparition coïncide avec l’effondrement de l’URSS. «En Europe occidentale, il y a eu une césure très nette en 1945 du fait de la culpabilité liée aux crimes nazis, commente Jean-Yves Camus. En Europe de l’Est, le communisme était censé éradiquer le fascisme, mais ces idées ont subsisté. Elles ne revêtent pas le même caractère inacceptable et transgressif qu’en Europe de l’Ouest. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mobilisation contre, mais il n’y a pas le même degré d’ostracisme.»

Légitimation

Idem en Grèce, patrie du phénomène Aube dorée. «Jusqu’à la guerre en Yougoslavie, le nationalisme n’était pas condamnable, il était même inculqué dans le système éducatif dès la maternelle, et se retrouvait ensuite dans les partis», rappelle Angélique Kourounis, et auteure du documentaire Aube dorée, une affaire personnelle (2015). C’est ainsi que le parti néonazi (qui compte 18 députés depuis leur percée au Parlement grec en 2012) a la même devise, «la Grèce aux Grecs», que le premier slogan des socialistes d’Andréas Papandréou. La mue d’Aube dorée, de groupuscule adepte des ratonnades à troisième force politique du pays, en a fait un exemple partout dans le monde. «Pour les néonazis, Aube dorée fascine car c’est un parti qui "va au bout des choses" [jusqu’au meurtre, parfois publiquement revendiqué] et garde la même ligne politique depuis sa création», analyse Angélique Kourounis.

Sur ce modèle, le MNR suédois (qui a créé son bras politique en 2015), prétend aux élections de 2018 en misant sur la dédiabolisation du parti xénophobe des Démocrates de Suède, qu’ils espèrent repoussoir pour ses électeurs les plus radicaux. Une autre formation néonazie, le Svenskarnas, avait également fait ce pari, sans succès, en 2014, avant de se dissoudre.

Néanmoins, ce qui réussit le mieux aux néonazis, ce sont les élections européennes. En 2014, des partis ont pu accéder pour la première fois au Parlement européen, notamment le Parti national-démocrate allemand (un élu) et Aube dorée (trois). Le Jobbik y est présent depuis 2009. Outre la légitimation problématique offerte par Bruxelles, se pose la question du financement par l’Union européenne : «Aube dorée a dû obtenir pas loin de 300 000 euros grâce aux élections», estime ainsi Angélique Kourounis. Des limites de la démocratie.

(1) Un média américain pro-Trump.

Guillaume Gendron , Mathieu Ait Lachkar , Ariane Debernardi

16 septembre 2017

Dita von Teese photographiée par Ali Mahdavi

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