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Jours tranquilles à Paris

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7 juin 2017

Le point sur la situation au Qatar - Quotidien du 07 juin 2017

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7 juin 2017

Donald Trump fragilisé par son activisme sur Twitter

Une publication partagée par TIME (@time) le 6 Juin 2017 à 15h44 PDT

Par Gilles Paris, Washington, correspondant

La micromessagerie qu’affectionne tant le président pour défendre directement son point de vue lui donne aussi l’occasion de laisser libre cours à son agressivité et d’énoncer contre-vérités et approximations.

Donald Trump s’est imposé comme le premier président-Twitter des Etats-Unis. Les millions de « followers » que son compte personnel a agglomérés avant et surtout après son élection lui permettent, selon ses dires, de contourner les médias traditionnels qu’il juge, non sans raison, globalement critiques quant à son action, afin de défendre directement son point de vue.

Mais la micromessagerie qu’affectionne le chef de l’Etat lui donne aussi l’occasion de laisser libre cours à son agressivité, au point de se fragiliser lui-même. La preuve en est apportée depuis l’attentat de Londres survenu le 3 juin.

M. Trump a trouvé là l’occasion de régler de vieux comptes avec le maire de la capitale britannique, Sadiq Khan. En décembre 2015, ce dernier avait vivement critiqué celui qui n’était encore qu’un candidat à l’investiture républicaine pour son projet d’interdire l’entrée aux Etats-Unis aux étrangers de confession musulmane, après l’attentat de San Bernardino (Californie).

Mise en cause de Sadiq Khan et défense du « travel ban »

Dimanche, M. Trump s’est appuyé sur une déclaration tronquée de l’édile pour laisser entendre que ce dernier voulait minimiser le drame. La stupeur créée par cette critique et la restitution de la citation entière de M. Khan n’ont pas dissuadé lundi matin le locataire de la Maison Blanche de renchérir, dénonçant une « excuse pathétique » du maire et la complicité des médias traditionnels.

Mais surtout, les attaques de Londres ont ravivé l’acrimonie de M. Trump concernant le blocage par la justice américaine d’un décret visant à interdire temporairement l’accès au sol américain pour les ressortissants de six pays d’Afrique et du Moyen-Orient où l’islam est la religion majoritaire. L’occupant du bureau Ovale a publié un message réaffirmant la nécessité de cette mesure samedi soir, avant même d’exprimer sa solidarité avec les Britanniques.

Le texte cité est une version édulcorée de la proposition initiale de décret visant les musulmans, peu susceptible de franchir l’obstacle de l’examen de sa constitutionnalité. Le département de la justice a demandé le 1er juin que la Cour suprême s’en saisisse, ce qui n’interviendra sans doute pas avant de longs mois, après les avis négatifs rendus par des juges fédéraux et des cours d’appel en dépit d’une nouvelle rédaction du texte.

Cette deuxième mouture avait été notamment purgée de la référence au traitement préférentiel prévu initialement pour les minorités confessionnelles présentes dans les pays ciblés, qui soulignait en creux que l’islam était bien visé.

Une insistance contre-productive

L’insistance manifestée par M. Trump dimanche et lundi s’est révélée doublement contre-productive. Tout d’abord parce que le président a affirmé que son décret constituait bien une interdiction de voyager, un « travel ban ». Le secrétaire à la sécurité intérieure, John Kelly, sa conseillère Kellyanne Conway et son porte-parole, Sean Spicer, ont pourtant assuré des semaines durant qu’il n’en était pas question. M. Kelly avait d’ailleurs répété le 28 mai qu’il ne s’agissait que d’une « pause ».

En dénonçant un « politiquement correct » et en déplorant l’atténuation que constituait la seconde rédaction du décret, M. Trump a donné de nouvelles munitions aux opposants du texte, qui pourront faire valoir que le président cible bien l’islam.

En ajoutant que son administration procédait déjà à un « contrôle extrême » des étrangers arrivant aux Etats-Unis, le président a enfin remis en cause sa nécessité. Signé dès son arrivée à la Maison Blanche, en janvier, puis réécrit en mars, le décret prévoyait en effet un gel temporaire de trois mois, le temps que soient mises en place des procédures efficaces de contrôle. M. Trump a semblé laissé entendre lundi qu’elles étaient déjà opérationnelles.

Dans un de ses messages de lundi, M. Trump a également dénoncé les démocrates du Congrès, qualifiés d’« obstructionnistes », parce que ces derniers ralentiraient selon le président le processus de nomination pour les milliers de postes qui deviennent vacants à chaque alternance. M. Trump a cependant accumulé un retard dont il est le principal responsable. Il n’a ainsi toujours pas désigné officiellement d’ambassadeur à Londres, pas plus que dans les principales capitales européennes.

En l’absence d’un titulaire, un chargé d’affaires, diplomate de carrière, a exprimé ostensiblement son soutien au maire de Londres après sa mise en cause par le président.

Un usage critiqué par une majorité d’Américains

Samedi soir, après l’annonce des attaques, M. Trump avait partagé sur son compte un lien vers l’agrégateur conservateur et controversé Drudge Report, qui faisait état de leur caractère terroriste sans la moindre confirmation officielle.

L’agence Associated Press, rappelant que M. Trump avait fait de même à tort avec une attaque survenue aux Philippines le 1er juin, a publié lundi une dépêche recensant les dernières contre-vérités et approximations du président commençant par la formule suivante : « On ne peut pas considérer que le président Donald Trump donne des informations précises aux Américains lorsque des actes de violence se déroulent à l’étranger. »

Cette mise en question de la parole présidentielle a été alimentée par Mme Conway elle-même, lundi matin, lorsque la conseillère de M. Trump a déploré « l’obsession » de médias prompts à rendre compte de « tout ce qu’il dit sur Twitter », mais « très peu de ce qu’il fait en tant que président ». Sean Spicer a adopté une stratégie d’évitement face aux messages les plus controversés du chef de l’Etat. Il se contente d’indiquer, lorsqu’il est interrogé à leur sujet, que « les tweets du président parlent d’eux-mêmes ».

Une majorité écrasante d’Américains (61 %, contre 33 % qui sont d’un avis opposé) déplore l’usage que fait M. Trump de son compte personnel depuis son arrivée à la Maison Blanche, selon une enquête de la Quinnipiac University publiée en mai. Cette dernière a confirmé les résultats sur ce point de sondages précédents. Depuis quelques jours, un site permet de publier les messages du président dans la forme des communiqués officiels de la Maison Blanche, pour insister sur le fait qu’ils n’ont rien d’anodin.

trump

7 juin 2017

Extrait d'un shooting - fétichisme

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fetichisme (2)

fetichisme (3)

fetichisme (4)

7 juin 2017

Légion d’honneur : le revers de la médaille

Par Marie-Béatrice Baudet

Comme Mussolini ou Ceausescu avant lui, Bachar Al-Assad est grand-croix de la Légion d’honneur. Le nouveau grand maître de l’Ordre, Emmanuel Macron, va-t-il mettre fin à ces pratiques qui jettent l’opprobre sur la distinction suprême de la République ?

C’est un poids supplémentaire sur les épaules du jeune chef d’Etat. Certes, le collier de grand maître de la Légion d’honneur qu’Emmanuel Macron a reçu, dimanche 14 mai, lors de son investiture à la présidence de la République pèse à peine un kilo, mais les deux lettres « HP » (honneur et patrie) placées au centre du bijou en or massif sont lourdes de sens républicain.

Déjà empêtré dans l’affaire Richard Ferrand, le nouvel élu, chantre de l’éthique, va-t-il se décider à mettre de l’ordre dans l’Ordre afin que le ruban rouge ne soit plus l’objet de scandales et de railleries à répétition depuis sa création, le 19 mai 1802, par Bonaparte ? Car c’est un chagrin de voir le fait du prince et les trafics d’influence salir une décoration que tant d’autres portent si haut.

Désormais « garant suprême » des ordres nationaux, Emmanuel Macron sait-il ainsi que le président syrien Bachar Al-Assad, qui empoisonne son propre peuple au gaz sarin, est grand-croix de la Légion d’honneur ? Soit la plus haute distinction de l’ordre derrière celle de grand maître, réservée au seul chef de l’Etat français. Vient tristement à l’esprit, la phrase de Jules Renard : « En France, le deuil des convictions se porte en rouge et à la boutonnière. »

A entendre les témoignages des proches du dossier – selon l’expression consacrée –, cette tache rouge serait tombée dans les oubliettes de l’Histoire. Un trou de mémoire collectif qui s’expliquerait tout bonnement par des usages protocolaires auxquels personne ne prête vraiment attention et dont il n’existe aucun registre. La tradition veut en effet que chaque dignitaire étranger accueilli lors d’une visite d’Etat en France soit honoré par la patrie des droits de l’homme. Une sorte de « routine » pour reprendre le mot utilisé par un ancien ambassadeur.

Jeu de piste

Concernant Bachar Al-Assad, c’est Jacques Chirac qui est à la manœuvre, en 2001, comme le raconte le livre de Béatrice et Michel Wattel : Les Grand’Croix de la Légion d’honneur, de 1805 à nos jours (éditions Archives & Culture). Préfacé par l’académicien André Damien, ancien membre du conseil de l’ordre de la Légion d’honneur, l’ouvrage a été publié en 2009. « Il nous a fallu cinq ans pour réunir les données. Un incroyable jeu de piste. Nous avons dû faire la tournée des ambassades, car les noms des étrangers promus ne sont pas publiés », se souvient aujourd’hui Béatrice Wattel quand elle évoque cette somme documentaire de 700 pages, un travail de moine archiviste.

Nous parvenons à retrouver une image de la cérémonie immortalisée par l’un des photographes officiels du régime syrien. Bachar Al-Assad, sourire aux lèvres, semble s’amuser de la maladresse de Jacques Chirac, qui peine à lui accrocher une médaille au revers de la veste. On distingue mal la décoration, mais la large boîte rectangulaire rouge laissée ouverte sur la table ne laisse guère de doute. En ce lundi 25 juin 2001, le chef de l’Etat remet la grand-croix de la Légion d’honneur au jeune président syrien en visite officielle à Paris.

Le moment élyséen aurait dû être solennel. Le cliché montre au contraire un protocole –littéralement – entre deux portes. Bannie, la salle des fêtes ; éloignés, les huissiers en grande tenue. Le premier ministre Lionel Jospin n’a pas été convié, pas plus qu’Hubert Védrine, le ministre des affaires étrangères.

« LA GRAND-CROIX À “BACHAR” ? J’AI DÛ LE SAVOIR À UN MOMENT DONNÉ, MAIS JE L’AVAIS COMPLÈTEMENT OUBLIÉ… », ADMET HUBERT VÉDRINE

« La grand-croix à “Bachar” ? J’ai dû le savoir à un moment donné, mais je l’avais complètement oublié… », admet ce dernier, invité à se replonger seize années en arrière dans ce huis clos régalien. « Chirac m’avait emmené en 2010 aux obsèques du père, Hafez Al-Assad [décoré de la grand-croix en 1976 par Valéry Giscard d’Estaing]. Le président était persuadé que le changement de génération dans le monde arabe, avec l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI au Maroc, d’Abdallah II en Jordanie et de “Bachar” en Syrie, allait faire bouger les choses… » Ce pari, « qui ne paraissait pas déraisonnable à l’époque », estime un diplomate français spécialiste du Moyen-Orient, a été tragiquement perdu.

Chagall, Lévi-Strauss et Mandela

Ancien ministre des affaires étrangères de François Hollande, de mai 2012 à février 2016, Laurent Fabius dit ne pas avoir eu connaissance du geste de Jacques Chirac envers le maître de Damas. « Si je l’avais appris, j’aurais certainement demandé à ce qu’on en tire les conséquences », nous affirme solennellement l’actuel président du Conseil constitutionnel.

Comment tolérer, en effet, un assassin notoire au sein de la cohorte la plus prestigieuse de la République française ? La même médaille glorifierait donc le meilleur comme le pire ?

Le meilleur de la Légion d’honneur, c’est Valéry Giscard d’Estaing élevant en 1977 Marc Chagall à la dignité de grand-croix ; ou François Mitterrand honorant Claude Lévi-Strauss, en 1991, et Nelson Mandela, en 1994. Parmi ces dignes qu’il est impossible de nommer tous, il y a l’abbé Pierre mais aussi Marie-José Chombart de Lauwe, visage féminin de la Résistance, rescapée de Ravensbrück, 94 ans aujourd’hui et toujours en vie.

Et puis, surtout, il y a cette cérémonie, au printemps 2011. Quelques mois plus tôt, par un décret présidentiel du 13 juillet 2010, Nicolas Sarkozy confère la grand-croix à Raymond Aubrac, héros de la lutte contre l’occupation nazie.

Le vieil homme de 96 ans accepte le privilège à condition que la distinction ne lui soit pas remise par l’ancien maire de Neuilly. Il refuse toute cérémonie à l’Elysée et entend choisir le dignitaire qui le décorera. Ce sera le professeur François Jacob, 90 ans, ancien compagnon de la Libération. « Ni l’un ni l’autre ne pouvaient rester debout très longtemps. Ils s’épaulaient. Nous les avons aidés à se faire l’accolade », se souvient avec encore beaucoup d’émotion l’un des rares invités présents auprès de la famille.

« Open bar » pour la realpolitik

Comprendre. Ouvrir le code de la Légion d’honneur et lire les premières lignes : « La Légion d’honneur est la plus élevée des distinctions nationales. Elle est la récompense des mérites éminents acquis au service de la nation, soit à titre civil, soit sous les armes. » Cette charte de plus de 130 articles a été réclamée par le général de Gaulle, soucieux d’adapter les textes fondateurs de l’ordre de la chevalerie à la Ve République naissante. Elle date du 28 novembre 1962 et a été plusieurs fois amendée. Et si elle devait encore l’être ?

Revenons sur le cas des étrangers. Puisqu’ils ne peuvent pas prêter serment à la patrie française, ils ne sont pas officiellement membres de la Légion d’honneur, ils en sont juste « décorés ». Et n’entrent donc pas dans le quota de 75 grands-croix (vivants) autorisé. Qui plus est, disposition idéale pour la « routine » diplomatique, ni la grande chancellerie, ni le conseil de l’ordre n’ont leur mot à dire dans l’attribution des médailles « aux chefs d’Etat étrangers, à leurs collaborateurs ainsi qu’aux membres du corps diplomatique », précise le code. En clair, c’est open bar pour la realpolitik.

A la lecture de quelques noms piochés au hasard des pages du livre de Michel et Béatrice Wattel, le déshonneur se révèle immense. Benito Mussolini élevé à la dignité de grand-croix en 1923, deux ans après qu’il eut fondé le Parti national fasciste. Un insigne qu’il gardera sur son torse bombé même après être devenu le complice d’Hitler. Mais aussi Nicolae Ceaucescu, Bokassa, Omar Bongo, Mobutu… Tous décédés le ruban à la boutonnière. Des rumeurs insistantes évoquent également un Mouammar Kadhafi gratifié. Mais nous n’avons pas pu le vérifier avec certitude.

La jurisprudence « Noriega »

Lundi 29 mai, Emmanuel Macron recevait Vladimir Poutine dans le faste de Versailles. Savait-il que le président russe était lui aussi grand-croix ? L’ancien agent du KGB l’a reçue des mains de Jacques Chirac (bis repetita) le 22 septembre 2006, au nom de « sa contribution à l’amitié indéfectible entre la France et la Russie ».

Reporters sans frontières (RSF) avait à l’époque jugé « choquante » l’initiative chiraquienne, estimant que l’honneur conféré à Vladimir Poutine était « une insulte faite à tous ceux qui, en Russie, luttent pour la liberté de la presse et la démocratie dans leur pays ». Deux semaines après la cérémonie au palais de l’Elysée, où pas un seul journaliste français n’avait été convié, RSF manifestait de nouveau son indignation, dénonçant l’assassinat à Moscou, le 7 octobre, de la journaliste d’investigation Anna Politkovskaïa, farouche opposante au potentat du Kremlin.

Aucun article du code ne prévoyait la possibilité d’exclure de l’ordre les décorés étrangers jusqu’à la jurisprudence « Noriega » de 2010. L’ex-dictateur panaméen, décédé dans la nuit du 29 au 30 mai 2017, avait été fait commandeur de la Légion d’honneur en 1987, sous la présidence de François Mitterrand, au titre des relations anciennes entre les deux pays. Difficile d’oublier, en effet, le creusement du canal de Panama par des milliers d’ouvriers français qui se tuèrent à la tâche, frappés par la malaria.

Mais, en 1999, Paris condamne, par contumace, le général à dix ans d’emprisonnement pour blanchiment d’argent issu du trafic de drogue. Onze ans plus tard, il est extradé des Etats-Unis vers l’Hexagone pour y être jugé. Le militaire est encore commandeur. Impensable de le voir arborer dans le box des accusés cette décoration qu’il appréciait tant, sa préférée, disait-il. Son insigne lui sera retiré.

La foire internationale à la breloque

Car la France se décide enfin, après des années et des années de laisser-faire, d’en terminer avec le ridicule de cette foire internationale aux breloques. Sur rapport de François Fillon, le premier ministre de l’époque, le code de la Légion d’honneur est modifié par un décret du 27 mai 2010.

Le ruban rouge peut être désormais enlevé à un étranger « condamné pour crime ou à une peine d’emprisonnement sans sursis au moins égale à un an ». Ou s’il a « commis des actes ou eu un comportement susceptibles d’être déclarés contraires à l’honneur ou de nature à nuire aux intérêts de la France à l’étranger ou aux causes qu’elle soutient dans le monde ».

« LES DÉCRETS D’ATTRIBUTION DE LA LÉGION D’HONNEUR AUX ÉTRANGERS NE SONT PAS COMMUNICABLES ET LES PROCÉDURES DISCIPLINAIRES SONT CONFIDENTIELLES »

Plus aucun obstacle ne se dresse donc aujourd’hui – en principe – à la révocation de Bachar Al-Assad ou d’autres despotes. Mais encore faudrait-il connaître la liste précise des déméritants aux mains sales. Or, comme en témoigne la réaction de Laurent Fabius, le secret est tellement protégé qu’il peut se perdre dans les profondeurs administratives.

Soupçons de copinage

C’est bel et bien le cas. « Les décrets d’attribution de la Légion d’honneur aux étrangers ne sont pas communicables et les procédures disciplinaires sont confidentielles », nous fait savoir par e-mail la grande chancellerie, qui a refusé de recevoir Le Monde pour cette enquête.

En pièce jointe au courrier électronique, un avis de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) officialise cette loi du silence concernant les « attributions de la Légion d’honneur aux étrangers », au titre de la confidentialité inhérente à la politique extérieure de la France. Amis de la transparence, passez votre chemin, il n’y a rien à voir ou à entendre.

Le président de la République devra également se pencher sur les grands-croix français afin, là aussi, de faire taire moqueries et soupçons de copinage. Fin mai, ce cénacle illustre dont nous avons dû nous-mêmes établir la liste (elle n’est pas publiée sur le site de la grande chancellerie) comptait 74 membres vivants sur les 75 autorisés.

Le chef de l’Etat, grand maître de l’ordre, ne pourra donc proposer qu’un seul nom – sauf si un décès intervient entre-temps – lors de la prochaine promotion de légionnaires, celle du 14 juillet. Qui célèbrera-t-il ? L’ancien ministre de l’économie voudra-t-il distinguer un chef d’entreprise ou élèvera-t-il plutôt (homme ou femme) un vieux brave, un grand serviteur de l’Etat, un scientifique ou un artiste ? Son choix fera symbole, à n’en pas douter.

Le mécène, plutôt que le financier

En avril, pour la dernière promotion de son quinquennat, François Hollande avait pu mixer ses préférences : un conseiller d’Etat honoraire, François Bernard, et un fidèle ami de Jacques Chirac, l’homme d’affaires François Pinault. Pour la promotion du 1er janvier 2014, le président socialiste avait suscité quelques sourires narquois en élevant à la dignité de grand-croix Bruno Roger, patron de la banque Lazard, qu’il décorera personnellement le 17 juin 2014. « Deux ans après le discours du Bourget où il avait expliqué que son ennemi était la finance, nous avons été plusieurs à trouver succulente cette petite initiative », raconte un ami du récipiendaire, présent au cocktail.

L’Elysée avait toutefois pris ses précautions. Sur l’agenda présidentiel, il était noté pour le 17 juin 2014 à 18 heures : « Cérémonie de remise de décoration à M. Bruno Roger, président du festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence ». François Hollande honorait le mécène, pas le financier. Puisque cela allait sans dire, il valait mieux l’écrire.

Les nominations d’industriels et d’entrepreneurs dans l’ordre de la chevalerie ont toujours été les plus questionnées. Y compris du temps de Napoléon, qui imposa l’accès de l’ordre aux civils. Les critiques fusèrent après que Martin-Guillaume Biennais, l’orfèvre accrédité à la cour, ou Benjamin Delessert, l’industriel qui mit au point la méthode d’extraction du sucre à partir de la betterave, furent récompensés par l’empereur.

Renvois d’ascenseur ? Conflits d’intérêts ? Les interrogations restent les mêmes au fil du temps. Le « Penelopegate » l’a rappelé récemment. Les enquêteurs se demandent encore si le recrutement de l’épouse de François Fillon à la Revue des deux mondes par son propriétaire, Marc Ladreit de Lacharrière, pourrait avoir un lien avec la grand-croix de la Légion d’honneur décernée au milliardaire sur insistance du premier ministre. Les juges en décideront.

« Quoi le Mediator ? »

Irène Frachon, la pneumologue de Brest qui a révélé en 2009 la toxicité du Mediator, le médicament des laboratoires Servier accusé d’être responsable de la mort de 1 500 personnes, ne méprise pas la Légion d’honneur. Mais la lanceuse d’alerte a stoppé net les tentatives de celles et ceux qui œuvraient pour qu’on la lui remette : « Ce ruban rouge, c’est la fierté et l’identité de la nation. Je ne peux pas appartenir à l’ordre de chevalerie qui a honoré Jacques Servier », décédé le 16 avril 2014, à l’âge de 92 ans. Le 7 juillet 2009, dans la salle des fêtes de l’Elysée, Nicolas Sarkozy élevait ainsi à la dignité de grand-croix son « cher Jacques », dont il fut l’un des avocats d’affaires.

« CE RUBAN ROUGE, C’EST LA FIERTÉ ET L’IDENTITÉ DE LA NATION. JE NE PEUX PAS APPARTENIR À L’ORDRE DE CHEVALERIE QUI A HONORÉ JACQUES SERVIER »

Raymond Soubie, conseiller social du président de la République, assistait à la cérémonie. Lui aussi connaissait bien le docteur Servier. A la fin des années 1990, le pharmacien avait demandé à ce spécialiste de l’actionnariat salarié de réfléchir à la possible transformation de son groupe en fondation.

Le cocktail dure une vingtaine de minutes. « Nicolas Sarkozy était déjà parti quand on a passé les toasts », se souvient Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé, qui évoque un « moment convenu et rasoir, sans aspérité notable ». Et le Mediator ? « Quoi le Médiator ?, s’étonne aujourd’hui Raymond Soubie. Je n’en savais rien. J’ai appris cela par la presse. »

Le diable se cache souvent dans les détails des procédures

Le coupe-faim sera retiré des officines le 30 novembre 2009, cinq mois après les petits-fours. Mais, dès 1997, Irène Frachon et le cardiologue Georges Chiche avaient obligé le laboratoire à cesser la commercialisation mondiale de l’Isoméride et d’un autre coupe-faim, le Pondéral. Cette odeur de soufre ne serait, semble-t-il, pas parvenue jusqu’à l’Elysée. La première plainte concernant le Mediator sera déposée en novembre 2010 par une patiente aujourd’hui décédée.

Jacques Servier mourra, lui, avec sa grand-croix. Par mail, la grande chancellerie précise que toute procédure disciplinaire ne peut être engagée qu’à compter du « caractère définitif de la condamnation ». Le procès Servier n’a pas encore eu lieu, c’est exact. Mais l’honneur dans tout cela ?

Pour comprendre où, globalement, le bât blesse, il faut analyser de près les textes en vigueur car, comme pour les dignitaires étrangers, le diable se cache souvent dans les détails des procédures. Rappelons les principes. Après l’étude, par ses services, des dossiers de légionnaires pressentis, chaque ministre transmet des propositions (sous forme de mémoires) au grand chancelier de l’ordre de la Légion d’honneur – le général d’armée Benoît Puga depuis le 1er septembre 2016.

Ce dernier préside le conseil de l’ordre, une assemblée de dix-sept sages qui instruit les demandes et en prononce la « recevabilité » ou l’« ajournement ». Les noms des heureux élus sont ensuite soumis au grand maître, à l’Elysée, qui signe les décrets à paraître au Journal officiel. Fermez le ban !

Nommés, promus ou « élevés »

Mais si on lit précisément le communiqué de presse publié le 16 avril 2017 par la grande chancellerie, on comprend que ce circuit vertueux ne concerne que les candidats « nommés ou promus », c’est-à-dire ceux décorés pour la première fois (les chevaliers) ou ceux qui accèdent à un grade supérieur (officier ou commandeur). Pour les deux titres les plus prestigieux (grand officier et grand-croix), on parle, nous rappelle doctement le communiqué, d’« élévation ».

Pinaillage ? Loin de là. Pointer l’emploi de ce vocabulaire permet une lecture fine des articles R5, R31 et R119 du code de la Légion d’honneur. Tous trois assignent au conseil de l’ordre le seul examen des « nominations » et des « promotions ». Le terme « élévation » n’y apparaît pas.

« POUR LES GRANDS OFFICIERS ET LES GRANDS-CROIX, ÇA VENAIT D’EN HAUT, DU CHÂTEAU. ON N’ÉTAIT PAS DU TOUT DANS LE COUP… »

« Ce petit distinguo est fondamental car il sort du droit commun les dignités et donne officiellement la main à l’Elysée pour les titres de grand officier et de grand-croix. Leur attribution relève donc, comme les textes l’indiquent, du fait du prince », commente Olivier Ihl, professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble et auteur de l’essai Le Mérite et la République (éditions Gallimard, 2007).

La grande chancellerie réfute cette interprétation, expliquant dans un e-mail, le 28 avril, que « les élévations aux dignités sont des promotions » et qu’elles ne font donc pas exception à la règle générale.

Désert documentaire

Ce n’est pas tout à fait l’avis de Bruno Genevois, 75 ans, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, président de section honoraire au Conseil d’Etat et membre du conseil de l’ordre de la Légion d’honneur. Un savant du droit, reconnu comme tel par ses pairs. « Je prends acte de la réponse de la chancellerie, dit-il. C’est un tournant dont je me réjouis car, auparavant, le conseil de l’ordre n’avait guère de pouvoir sur les dignités. Nous pouvions donner notre sentiment mais la liste lue par le grand chancelier s’imposait à nous. »

Le juriste précise que les choses ont commencé à bouger depuis la présidence de François Hollande : « L’information du conseil de l’ordre concernant les futurs grands officiers et les futurs grands-croix est devenue systématique, ce qui nous permet de donner un avis. »

Les témoignages au creux de l’oreille – « surtout, c’est vraiment off » – de deux anciens sages du conseil de l’ordre ne font que confirmer la longue mise hors circuit des dix-sept gardiens du temple : « Pour les dignités, ça venait d’en haut, du Château. On n’était pas du tout dans le coup… », dit l’un. « Mais oui, ça se traitait à l’Elysée, qu’est-ce que vous croyez ? », répond l’autre, visiblement amusé de la question.

Surgit alors l’idée d’aller en bibliothèque se plonger dans les délibérations passées du conseil de l’ordre. Saugrenu ! Les archives nationales n’en ont aucune trace. Si l’on se montre très patient, il est possible d’accéder aux dossiers individuels des légionnaires, mais « les mémoires de proposition, c’est-à-dire l’évaluation du mérite qui conduit à la décoration, ne sont pas joints », témoigne Olivier Ihl, confronté à ce désert documentaire pour l’une de ses recherches. « La grande chancellerie est l’une des institutions les plus secrètes de la République », regrette-t-il. Grands-croix étrangers, grands-croix français… Emmanuel Macron se satisfera-t-il de la confortable opacité qui les entoure ?

7 juin 2017

Vu sur internet - j'aime beaucoup

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6 juin 2017

Vu sur instagram

6 juin 2017

T'as le look coco !

Look politique. L'irrésistible ascension de la barbe

Révolution pileuse à la tête du gouvernement : Édouard Philippe a fait entrer la barbe à Matignon, une première sous la VeRépublique, très remarquée, qui illustre la popularité de ce look auprès de toute une génération.

Si barbes, barbiches et rouflaquettes étaient de mise chez les dirigeants sous les IIIe et IVeRépubliques, le glabre l'avait, depuis, largement emporté. Et le monde politique restait jusqu'ici relativement hermétique à la tendance qui a fleuri depuis une dizaine d'années, sous diverses versions, sur les joues des hipsters, artistes, sportifs et cadres dynamiques.

Quand Emmanuel Macron, alors ministre, avait brièvement arboré une barbe naissante, en janvier 2016, l'initiative avait créé le buzz sur les réseaux sociaux. En septembre, c'est en se faisant raser par un barbier devant les caméras, au salon de la coiffure, qu'il avait assuré le spectacle.

La barbe de trois jours de Nicolas Sarkozy en 2012, elle, avait fait dire à l'ex-ministre, Roselyne Bachelot, qu'il avait renoncé à revenir en politique, car « ce n'est pas avec un look pareil qu'on reconquiert le coeur d'un électorat hanté par la respectabilité ».

Lors de l'arrivée à Matignon d'Édouard Philippe, 46 ans, considéré comme le premier chef de gouvernement à arborer une barbe depuis la barbiche de Paul Ramadier en 1947, le détail pileux n'est pas non plus passé inaperçu. D'autant qu'un autre barbu, Christophe Castaner, a, lui, été nommé porte-parole du gouvernement.

La barbe, fournie et taillée, que le maire duHavre porte depuis quelques années, est un signe de changement de génération à la tête du pouvoir, commente Samir Hammal, enseignant à Sciences Po, spécialiste de l'apparence en politique.

« Indice de jeunesse »

« Édouard Philippe correspond bien au sociotype du quadragénaire à barbe convoqué dans de nombreuses campagnes de publicité », relève-t-il. Un détail qui, par ailleurs, « lui enlève son côté technocrate, en l'humanisant ».

Ce phénomène de mode « a inversé les codes », souligne également le professeur d'ethnologie, Christian Bromberger : « Auparavant, la barbe, c'était plutôt les personnes âgées, elle était blanche, maintenant, c'est plutôt un indice de jeunesse. Une jeunesse non pas adolescente mais plus "start-up" ».

Nulle subversion dans ce type de barbe, domestiquée : « Ce n'est pas la barbe des prophètes, des ermites, des hippies, des anarchistes ou de Che Guevara. Ce n'est pas celle de la gauche républicaine voire révolutionnaire », souligne Christian Bromberger, auteur de l'ouvrage « Les sens du poil. Une anthropologie de la pilosité ».

Pierre-Emmanuel Bisseuil, directeur de recherches au cabinet de tendances Peclers, voit aujourd'hui dans la barbe « un signe d'affirmation de la virilité, face à une féminité qui revendique certaines marques de pouvoir ». L'expert « voit donc encore pas mal d'avenir dans cette mode ».

De quoi faire le bonheur des barbiers, dont les boutiques se multiplient. Sarah Daniel-Hamizi, à la tête de trois - et bientôt quatre - salons « La Barbière de Paris », n'a « pas du tout » été étonnée de l'arrivée d'un Premier ministre barbu, même si elle juge que sa barbe aurait besoin d'être « restructurée ».

Avec une clientèle âgée en moyenne de 25 à 50 ans, la barbière voit tous types d'hommes dans son salon. La barbe, souligne-t-elle, convient particulièrement aux personnes dégarnies : « Du coup, on ne regarde plus la calvitie mais la barbe bien dessinée ».

Un championnat de France

Signe des temps, le premier championnat de France de la barbe se tiendra le 17 juin, à Paris, sur le modèle de ses homologues américain, anglais et allemand. Barbes « Verdi », « Garibaldi », « freestyle », « Fu Manchu »... Les concurrents s'affronteront au sein de 17 catégories. Avec, en jeu, le titre de « plus belle barbe de France ». À bon entendeur...

6 juin 2017

KARLA IN A CAR IN LA – DANNY SCOTT LANE {EXCLUSIVE EDITORIAL/ NSFW}

Danny Scott Lane, is a photographer now based in Los Angeles. He is inspired by everyday things, women and cinema. His work creates raw and honest photographs that beautifully captures the personality and emotions of his subjects. He submitted his latest set he shot with Karla one afternoon and tells us a little about his day...

 "We shot some film in my Subaru up in the hills of Silverlake. We found a spot on the street sandwiched in between a couple of houses undergoing construction. It was a weekend, so there were no workers and we had the spot to ourselves - besides for one lady walking her dog who probably got a nice eye-full. Karla is amazing. We already have a shoot planned for next weekend in her hometown of San Luis Obispo."

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6 juin 2017

PHOTO est paru

4 COUVERTURES POUR 1 NUMÉRO COLLECTOR !

AU SOMMAIRE :

CHARLOTTE LE BON ET MATHIEU CÉSAR jouent les Catherine Deneuve et David Bailey

pour revisiter la couverture mythique du n°1 de PHOTO !

50 ANS DE PHOTO : Retour sur les meilleures couvertures par décennies : une plongée historique !

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6 juin 2017

Cara Delevingne

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