
Par Philippe Baverel
Fief de la maison Berthillon depuis 1954, l’île Saint-Louis (IV e) est le théâtre d’un nouvel épisode de la guerre des glaces. Après l’Américain Häagen-Dazs qui a finalement fermé le point de vente ouvert il y a une vingtaine d’années, après le français Amorino qui y a toujours pignon sur rue, le groupe familial français Seninvest (par ailleurs fabricant de produits laitiers et desserts pour les marques de distributeurs des grandes surfaces) a inauguré le 19 mai sur cette île très prisée des touristes une boutique de glaces sous l’enseigne « Senoble, la glacerie parisienne ».
« nous ne voulons pas passer à la dimension industrielle »
Situé au 69, rue Saint-Louis-en-l’Ile, soit à 40 numéros de Berthillon (29-31), ce magasin à la devanture bleu électrique propose des glaces fabriquées dans un laboratoire installé en banlieue nord mais « turbinées, brassées sur place et travaillées de manière artisanale, sans colorant ni arôme artificiel ni conservateur », fait valoir Arnaud Bécard, directeur général de Senoble. Une vingtaine de parfums (cheesecake, noisette du Piémont, pistache de Sicile…) sont à l’affiche pour des prix sensiblement inférieurs à ceux de son célèbre voisin. Le cornet à deux boules est vendu 3,60 € chez Senoble, contre 4,50 € chez Berthillon. En revanche, le bac d’un demi-litre de sorbet est au même tarif chez les deux glaciers (10 €).
L’arrivée sur l’île de ce concurrent, nouveau venu dans le monde du sorbet, n’est pas pour inquiéter Berthillon qui jouit d’une réputation telle qu’il se permet de fermer boutique en août pour partir en vacances ! « Plus il y aura de glaciers, plus cela donnera envie aux gens de consommer de la glace. Nous, nous sommes à nos capacités de fabrication maximale et ne voulons pas passer à la dimension industrielle », répond Muriel Berthillon, petite-fille du fondateur, Raymond, disparu le 9 août 2014.
« Il y a de la place pour tout le monde », renchérit son frère Lionel, responsable de la fabrication entièrement réalisée sur place. S’il ne va pas aux Halles chercher les fruits avec un diable comme le faisait son grand-père dans les années 1960, Lionel Berthillon souligne : « Nous sommes de vrais artisans qui travaillons avec de vrais fruits : fraises, framboises… » Le sorbet à la fraise des bois est d’ailleurs l’une de leurs spécialités. Heureuse habitante de l’île, Alix, psychologue de 47 ans, est formelle : « Je resterai fidèle à Berthillon car c’est la meilleure glace du monde ».