Après l’attentat de Londres, l’Elysée assure que Macron est « aux commandes »
Par Cédric Pietralunga
Prévenu dès la survenue de l’attaque, le chef de l’Etat s’est entretenu dimanche avec la première ministre britannique ainsi qu’avec les familles des victimes françaises.
Un président « aux commandes ». Depuis l’attaque de Londres, qui a provoqué dans la soirée de samedi 3 juin la mort de sept personnes dont un Français, et en a blessé 48 autres dont sept Français, Emmanuel Macron multiplie les interventions et les prises de parole.
Tenu informé « heure par heure » de la situation et de l’enquête, selon son entourage, le chef de l’Etat tient à montrer qu’il est à la hauteur de l’événement, alors qu’il affronte le premier attentat touchant des Français depuis son élection le 7 mai.
Dès la survenue de l’attaque, M. Macron a été prévenu par la cellule diplomatique de l’Elysée, racontent ses proches. Après avoir réuni les premiers éléments sur les circonstances, en liaison avec les autorités britanniques, il a envoyé un tweet à 2 h 55 du matin. « Face à cette nouvelle tragédie, la France est plus que jamais aux côtés du Royaume-Uni. Mes pensées vont aux victimes et à leurs proches », écrit-il. Un communiqué de presse, personnellement validé par le président de la République, a aussi été envoyé aux médias à 7 h 50.
L’exécutif mobilisé
Dimanche midi, il a eu un entretien téléphonique – en anglais, précise l’Elysée – avec la première ministre britannique, Theresa May. Les deux responsables « ont fait le point sur la situation des victimes et les premiers éléments de l’enquête », selon l’entourage de M. Macron. « Les autorités britanniques se sont engagées à donner toutes les informations sur les victimes [françaises] et à assurer et garantir la sécurité » des Français résidant à Londres, qui votaient dimanche pour les élections législatives en France.
Dans l’après-midi, enfin, M. Macron a appelé au téléphone les familles des Français victimes de l’attaque. « Le président a voulu par ce geste montrer sa proximité avec les familles et leur apporter son soutien très fort », indique l’Elysée.
Selon une source, le chef de l’Etat a aussi lancé des « commandes » précises aux services de renseignement français, afin de préparer le conseil de défense prévu mercredi 7 juin, avant le conseil des ministres. Et il a demandé qu’une minute de silence soit observée avant la finale du Top 14, qui voyait s’affronter Clermont-Ferrand et Toulon dimanche soir au Stade de France, où M. Macron était présent pour assister au match.
Outre le chef de l’Etat, Edouard Philippe s’est également impliqué dans la crise, afin de montrer la mobilisation de l’exécutif. En déplacement privé en région parisienne samedi soir, le premier ministre est rentré à Matignon dès qu’il a été informé de l’attaque, assure son entourage. L’ancien maire du Havre a ensuite travaillé jusque tard dans la nuit, en liaison notamment avec Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée. « L’ambiance était lourde, raconte un de ses proches. Mais il n’a pas été surpris, il mesurait le poids de sa tâche en prenant ses fonctions. »
À la demande de l’Elysée, M. Philippe s’est rendu dimanche midi au centre de crise du Quai d’Orsay, qui assure la liaison avec les autorités britanniques et les familles des ressortissants français impliqués dans l’attaque. « Le premier ministre a été marqué par le professionnalisme du Quai et par l’engagement des bénévoles de la Croix-Rouge » qui sont en contact avec les familles, fait-on savoir à Matignon.
Volonté de « ne pas surréagir »
Le chef du gouvernement devrait également effectuer lundi un déplacement en France illustrant la lutte contre le terrorisme, tandis que Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, se rendra à Londres pour rencontrer les autorités britanniques ainsi que les victimes françaises, après un déplacement en Tunisie lié également à la lutte contre le terrorisme. Ce déplacement à Londres se fera « à la demande du président de la République », précise l’Elysée.
« LA MORT HABITE LA FONCTION PRÉSIDENTIELLE »
L’attaque de Londres est le premier attentat touchant des Français auquel M. Macron est confronté depuis son entrée en fonction. Pour préparé qu’il soit, il s’agit toujours d’une épreuve pour un chef d’Etat, naturellement considéré comme responsable de la sécurité de ses concitoyens. Les attentats de janvier 2015, contre la rédaction de Charlie Hebdo et des clients d’une supérette casher, qui avaient provoqué la mort de 17 personnes, avaient fortement marqué François Hollande.
Le président socialiste avait été lui-même confronté au drame lors des attentats du 13 novembre 2015, qui avaient tué 130 personnes : il se trouvait au Stade de France, pour assister au match France-Allemagne, lorsque trois explosions avaient retenti aux abords de l’enceinte, tuant un chauffeur de car et blessant une dizaine d’autres personnes. « La mort habite la fonction présidentielle », confiera quelques mois plus tard François Hollande à ses proches.
Conformément à l’image de « président jupitérien » qu’il entend incarner, M. Macron n’a pas souhaité commenter son état d’esprit à la suite de l’attaque de Londres. « Le président est concentré et organisé », a seulement confié son entourage au Monde, expliquant que le chef de l’Etat avait la volonté de « ne pas surréagir » mais qu’il « surveillait » l’évolution de la situation. « Le président veut montrer qu’il est dans le sang-froid mais aussi dans l’émotion, en appelant lui-même les familles », ajoute une proche du locataire de l’Elysée, assurant que M. Macron s’était « préparé durant toute la campagne » à vivre de tels moments.















