Le déni des pouvoirs publics face au danger des algues vertes
Par Martine Valo
Plusieurs accidents mortels, en Bretagne, soulignent la toxicité du gaz émis par les ulves en décomposition, sans pourtant changer les comportements.
Yves-Marie Le Lay et André Ollivro forment un tandem d’irréductibles lanceurs d’alerte bien connu en Bretagne. Ils dénoncent sans relâche les méfaits des algues vertes, conséquence de l’agriculture intensive, qui s’échouent sur les côtes par dizaines de milliers de tonnes chaque année à la belle saison.
Jeudi 27 avril, les deux dirigeants de l’association Halte aux marées vertes ont prévu de porter leur combat sur le terrain judiciaire à Saint-Brieuc.
Leur démarche est double. D’une part, ils veulent assister à l’audience du tribunal des affaires de Sécurité sociale consacrée au dossier de Thierry Morfoisse, un conducteur de camion décédé en juillet 2009 alors qu’il déchargeait une cargaison d’algues vertes. Sa famille attend depuis des années que sa mort brutale soit reconnue comme un accident du travail.
D’autre part, MM. Le Lay et Ollivro ont prévu de se rendre au tribunal de grande instance de la ville déposer une plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Les deux hommes souhaitent se constituer partie civile avec l’association Générations futures à la suite d’un autre décès, celui de Jean-René Auffray, un joggeur retrouvé sans vie le nez dans un mélange de sable et d’algues en décomposition, le 8 septembre 2016, dans l’estuaire du Gouessant, entre Hillion et Morieux (Côtes-d’Armor).
Affaires classées
Pourquoi ne pas admettre comme explication une banale crise cardiaque ? Parce que, à cet endroit précis, au moins trente-six sangliers ont péri, intoxiqués à l’hydrogène sulfuré (H2S), six ans plus tôt. Et parce que plusieurs accidents mortels survenus sur le littoral des Côtes-d’Armor méritent plus d’attention qu’un nouveau classement sans suite.
En 2011, après l’hécatombe de sangliers, les analyses de leurs dépouilles avaient établi la responsabilité du H2S, un gaz que les algues dégagent en pourrissant. Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l’écologie, avait commandé deux rapports d’experts.
Ces derniers soulignent que respirer pendant quelques secondes des concentrations de 1 000 parties par million (ppm) d’hydrogène sulfuré cause des formes suraiguës d’intoxication chez les humains avec des atteintes du système nerveux central et des symptômes de détresse respiratoire. La mort survient ensuite par arrêt cardiaque au bout de cinq à dix minutes.
Pourtant, le procureur de Saint-Brieuc, Bertrand Leclerc, n’a pas immédiatement été frappé par les circonstances de la mort de M. Auffray. Dans un premier temps, il n’a pas demandé d’autopsie du défunt, sportif confirmé de 50 ans, avant de se raviser et d’ordonner l’exhumation de son corps quinze jours plus tard. Entre-temps, les associations de défense de l’environnement s’étaient bruyamment mobilisées pour réclamer une enquête.
Déni
En décembre 2016, le procureur concluait que les médecins légistes n’avaient pas « exclu un décès d’origine toxique ». Il notait aussi que les vasières du Gouessant, où les émanations de gaz peuvent « atteindre rapidement plus de 1 000 ppm », paraissent constituer « un risque réel ». Néanmoins, début avril, il classait l’affaire faute « de lien de causalité direct », comme pour les cas précédents. L’appel de huit médecins et toxicologues réclamant la communication du compte rendu de l’autopsie n’a pas été entendu.
« On est dans un certain déni, parfois, reconnaît Thierry Burlot (PS), vice-président du conseil régional chargé de l’environnement. Le danger existe, je pense qu’on sous-estime les risques. » Le propos est méritoire, car, en Bretagne, on ne s’épanche guère publiquement sur ce phénomène que M. Burlot qualifie de « fléau ». La préfecture des Côtes-d’Armor, par exemple, refuse d’évoquer ce « sujet sensible » en période électorale.
Non seulement les marées vertes – ces tapis d’ulves fraîches de plusieurs mètres d’épaisseur – indisposent les touristes et les riverains par leur odeur pestilentielle lorsqu’elles se décomposent, coûtent cher en ramassage sur les plages, mais on sait désormais qu’elles peuvent tuer lorsqu’elles se putréfient dans les fonds de baies où les pelleteuses mécaniques ne peuvent accéder.
« Désinformation »
« Il y aura d’autres accidents, pronostique Pierre Philippe, médecin urgentiste au centre hospitalier de Lannion (Côtes-d’Armor), mais je ne suis pas sûr que cela changera quoi que ce soit. Tout le monde est plus ou moins au courant dans notre région, pourtant, il n’y a aucun plan d’information de la part de l’Etat, notamment vis-à-vis des services d’urgence. »
Le docteur Philippe est l’un des premiers à avoir tenté d’alerter sur la toxicité de l’hydrogène sulfuré. Il a commencé à s’interroger sur ce danger après avoir reçu, en juin 1989, le corps d’un premier joggeur, âgé de 26 ans, retrouvé sur un amas d’ulves à Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor). « J’ai essayé d’obtenir les résultats de son autopsie, on m’a renvoyé de laboratoires en procureur, je n’ai jamais pu les consulter », témoigne le médecin.
Dix ans plus tard, un conducteur d’engin est pris de convulsions et tombe dans le coma en collectant des algues vertes sur la même plage. Puis, le 28 juillet 2009, un cheval est foudroyé lors d’une promenade au bord de la mer, toujours à Saint-Michel-en-Grève ; son cavalier est envoyé aux urgences.
« Si je n’avais pas été de service ce jour-là, je n’aurais pas pu réagir assez vite et l’animal serait parti à l’équarrissage en un rien de temps, relate Pierre Philippe. Nous avons dû insister, son propriétaire et moi, pour obtenir que des prélèvements soient réalisés. Les services vétérinaires ont refusé de débourser les frais d’analyses. » La présence très importante de H2S est finalement attestée.
« Au fur et à mesure, je me suis rendu compte qu’il existe de toute évidence une volonté de désinformation sur ce sujet, affirme M. Philippe. A chaque fois, on commence par nier la réalité du lien entre des œdèmes pulmonaires et l’hydrogène sulfuré. »
Conséquence directe de l’agriculture intensive, les marées vertes s’étendent désormais de la Normandie à la Vendée, mais la Bretagne reste la plus touchée, dans huit baies en particulier.
Deux d’entre elles ont enregistré plusieurs accidents : à Saint-Michel-en-Grève et à Hillion. Avant l’épisode des sangliers, cette côte-là avait déjà défrayé la chronique à l’été 2008, avec la mort de deux chiens de 13 kg et 20 kg, tombés raides morts sur un tas d’ulves en quelques instants. Leur propriétaire avait porté plainte. La justice n’avait pas donné suite, les prélèvements réalisés sur les chiens ne permettant pas de conclure.
Les sangliers ont droit à un autre traitement : après plusieurs plaintes déposées à leur sujet par des défenseurs de l’environnement, leur cas continue d’être instruit au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris.
Plainte
La famille de Thierry Morfoisse a reçu au contraire une même fin de non-recevoir. Le conducteur de 48 ans est décédé le 22 juillet 2009, juste après avoir déchargé pour la troisième fois de la journée le contenu de sa benne à la déchetterie de Launay-Lantic. A cette époque, les ulves y mijotent plusieurs jours à l’air libre et les employés ne portent aucun équipement de protection.
Le 7 septembre, une enquête est ouverte par le procureur de Saint-Brieuc d’alors, Gérard Zaug. Il classe l’affaire sans suite deux mois plus tard, en mettant en doute l’état de santé de M. Morfoisse, sans avoir entendu les collègues du chauffeur.
Halte aux marées vertes, l’association d’André Ollivro et Yves-Marie Le Lay, s’est battue pour que l’on n’en reste pas là. En 2010, des analyses finissent par être rendues publiques : une forte présence de H2S est décelée dans le sang de M. Morfoisse. La famille porte plainte. Le pôle santé se saisit du dossier et ordonne une expertise toxicologique. Celle-ci ne sera finalement pas jugée probante faute d’un échantillon correctement conservé. Par ailleurs, la caisse primaire d’assurance maladie des Côtes-d’Armor a refusé de reconnaître le caractère professionnel de l’accident.
Le défenseur de la famille, Me François Lafforgue, va tenter d’obtenir un arbitrage plus favorable. Il tient à la disposition des juges des affaires sociales la liste des accidents survenus dans les Côtes-d’Armor. L’avocat conseille aussi MM. Ollivro et Le Lay.
Tous deux espèrent que toutes leurs démarches juridiques parviendront au moins à imposer un nouveau protocole en cas de décès suspects sur le littoral. Ils demandent que soient prélevés et conservés dans de bonnes conditions deux échantillons de sang de la victime.
Gérard Rancinan
Métro, boulot, sextos… Un(e) Français(e) sur 6 avoue avoir échangé des sextos avec un(e) collègue de travail.
Séduction Selon une étude, un couple sur trois se rencontre au bureau. Les SMS coquins entre collègues sont plus fréquents qu’on ne le croit. Et certaines pièces vous font rêver.
Par Christine Mateus
Vous avez beau regarder votre espace de travail, rien n’est moins affriolant que ces murs délavés, cette moquette hors d’âge et ces bureaux sans âme… En revanche, de l’autre côté de la cloison, le (ou la) collègue affairé(e) à son labeur rend l’environnement autrement plus séduisant.
Le sexe en entreprise, c’est justement l’objet d’un récent sondage* de l’institut YouGov pour le spécialiste du voyage sur mesure, Marco Vasco. Et si la rumeur sur ce thème incite à la prudence, les chiffres sont là pour affirmer le contraire. Près d’un tiers des couples se rencontreraient au travail, sans parler du flirt appuyé à la machine à café ou du simple fantasme version 35 heures.
Lieux les plus excitants : le bureau du patron, l’ascenseur et la salle de réunion
Le fantasme, parlons-en justement. Selon l’étude, près de 1 Français sur 4, âgé de 25 à 34 ans, admet avoir déjà fait un rêve érotique avec son (sa) supérieur(e) hiérarchique. Le fameux charisme du pouvoir… qui touche même ceux qui sont déjà en couple puisque c’est le cas pour 17 % des répondants.
En pleine réunion, votre confrère ou consœur ne lâche pas son portable et envoie frénétiquement des messages ? Il y a 16 % de chances pour que ce soient des sextos à un autre collaborateur(trice) et non la confirmation d’un rendez-vous avec un client. Soit 1 Français sur 6 qui confesse avoir déjà échangé ces SMS coquins à un(e) camarade de boulot. Le pourcentage monte même à 31 % chez les 25-34 ans. « Lorsque vous passez huit heures par jour avec des gens, l’occasion fait le larron. Et plus vous les fréquentez, plus vous les découvrez et finissez par trouver somme toute sympathique ce mec qui, au premier abord, vous semblait moche. Dans une époque où tout le monde triche dans les rapports de séduction, au bureau, on triche peu. Si un collègue n’a pas pris sa douche le matin, on le sait tout de suite », rigole Gilles Azzopardi, psychosociologue**. « Le bureau, c’est le lieu où vous côtoyez des gens que vous n’auriez pas rencontrés autrement. Ses collègues, on ne les choisit pas », explique l’expert en relation hommes-femmes.
« Oui, ça m’est arrivé deux fois de flasher sur une collègue. Ce n’est pas très original mais le coup du : Tu bois un verre après le boulot ?, ça marche assez bien. Les petits textos explicites aussi. Par contre, faut assumer de la voir tous les matins, après la rupture, et garder le sourire lorsque vous retrouvez vos dossiers dans une poubelle », sourit douloureusement Antoine, trentenaire parisien et publicitaire.
Le sondage va plus loin que le billet virtuel, signifiant vos transports, et pose carrément LA question : quel serait, selon vous, le lieu le plus excitant pour avoir une relation sexuelle avec un(e) collègue ? Arrive en premier, pour 1 Français sur 6 : le bureau du patron (mais pas forcément avec lui…), ex aequo (15 %) l’ascenseur et la salle de réunion (pour enfin y passer un agréable moment). A noter que les hommes sont plus tentés par la salle de réunion (20 %), tandis que les femmes choisissent davantage l’ascenseur (17 %). Et pour le mythe, la photocopieuse arrive bonne dernière de la liste. Elle ne serait pas en panne, d’ailleurs ?
* Etude réalisée en mars sur un échantillon représentatif de 1 007 personnes, âgées de 18 ans et plus. ** Auteur de « Soyez vous-même ! Tous les autres sont déjà pris », Editions First, 16,95 €.







