12 raisons de ne pas regretter le Vélib’de JCDecaux
Par Olivier Razemon
Une page se tourne à Paris : la reprise du marché des vélos en libre-service a été attribuée mercredi au consortium Smoovengo, au détriment du sortant JCDecaux.
Depuis le 15 juillet 2007, le spécialiste de l’affichage publicitaire JCDecaux avait mis des vélos dans la ville. Le design des Vélib’, leur robustesse, leur petite lumière allumée de jour comme de nuit, les stations et les bornettes, tout ceci fait partie depuis dix ans du paysage parisien. Tout comme les stations vides et les stations pleines, le vandalisme et les voitures garées devant les bornes.
Alors que le marché des vélos en libre-service de Paris et de sa proche banlieue vient d’être raflé par un consortium originaire de Montpellier, Smoovengo, voici 12 raisons de regretter, ou pas, le Vélib’ du sortant JCDecaux, qui a toutefois déposé un recours contre cette décision.
1/Le poids. 22 kg tout de même. Le vélo en libre-service n’a pas grand-chose à voir avec les cycles racés en titane qui permettent de traverser la ville comme une fusée. Sur un Vélib’, on paresse sur le plat, on peine dans les montées. On le pousse même à la main sur les pentes de Ménilmontant ou de la Butte aux cailles. Sans parler des escaliers de Montmartre, où il faut carrément le porter. Smoove promet un nouveau Vélib’ à 20 kg.
2/Gris souris. Un Vélib’ façon zinc, couleur des toits de Paris, imposée par les Architectes des bâtiments de France, explique Mathieu, un excellent connaisseur des transports (on vous le recommande). C’est raccord avec cette ville désespérément grise, où tout le monde s’habille de noir en hiver. Tout de même, un peu de couleur n’aurait pas fait de mal.
3/Stations vides. C’est la hantise des vélibeurs du matin. Après 8 heures, ou 9 heures, selon la saison et l’arrondissement, certaines stations, celles du nord-est de Paris, sont désertes. Reste à atteindre la prochaine borne, ou à consulter les multiples applications, pas toujours performantes, qui indiquent le taux de remplissage des stations. Un phénomène à peine atténué par les stations bonus V +, instituées en 2008.
4/Stations pleines. Le corollaire des stations vides, ce sont les stations pleines. Pas de chance quand on « cherche une place » dans un quartier d’affaires ou à proximité d’une gare. On ne conseille à personne d’emprunter un Vélib’ avant d’avoir un train à prendre. Smoove promet de faire mieux, avec le dispositif overflow, qui permet d’attacher un vélo à un autre, en cas de station pleine (ici en vidéo).
5/Vandalisme. Ces chaînes arrachées, ces pédales détachées, ces pneus crevés, ces roues voilées, sans compter tous ces vélos gris retrouvés au fond du Canal Saint-Martin au moment du récent dragage, début 2016. Le Vélib’ que l’on convoite roulera-t-il correctement ? Les utilisateurs ont rapidement trouvé un moyen de signaler les vélos endommagés : retourner la selle.
6/Stations fermées. Une conséquence du vandalisme. Lorsqu’une station est vandalisée de façon répétée, le concessionnaire décide de la rendre inaccessible. Tant pis pour les usagers. Vélib’ paye d’ailleurs un mensonge originel, portant sur le nombre de vélos disponibles. 24 000 selon le contrat passé entre la Ville et le concessionnaire, mais en réalité de 13 000 (à l’automne) à 18 000 (au printemps) dans les rues de Paris et des communes limitrophes. La raison de cette évolution saisonnière : le vandalisme sévit surtout l’été.
7/Stationnement gratuit. Des voitures ou des camionnettes devant les stations, des deux-roues motorisés à la place des Vélib’. C’est la même chose depuis dix ans, et jamais la Ville de Paris ni le concessionnaire ne se sont exprimés pour condamner ces comportements. L’auto-école, c’est l’école où on t’apprend à garer ton auto devant une station Vélib’.
8/ L’inanité du blog Vélib’. Sur ce blog animé par la Ville, on parle de tout, sauf de vélo. Les meilleurs cafés de Paris, les expos à ne pas rater, la chasse aux poules de Pâques… Avec ce blog, Vélib’ confirme au fond sa véritable vocation : un outil au service du tourisme, et non un moyen de déplacement. Parallèlement, le comité des usagers, imaginé au départ pour faire émerger les demandes des habitués, a disparu après trois ans d’existence.
9/No data. JCDecaux a longtemps rechigné à délivrer ses données. Jusqu’en 2013, la disponibilité des vélos en temps réel n’était pas accessible officiellement. Heureusement, les données du concessionnaire étaient faciles à craquer, et des hackers, comme ce site v.mat.cc les mettent à disposition du grand public. Aujourd’hui, les données sont publiques.
10/Le vélo, c’est Vélib’. Cela est resté longtemps le credo de la Ville de Paris. Hors de Vélib’, point de vélo. Aujourd’hui encore, la communication de la maire de Paris se focalise sur cet outil, le plus emblématique. Comme s’il était illégitime, ou insensé, de posséder son propre vélo.
11/Le prix. Pour l’usager, c’est peanuts. Seulement 29 euros ou 39 euros par an, moins qu’une bonne paire de chaussures, le mode de transport le moins cher d’Europe ! Les tarifs vont progresser avec le nouveau concessionnaire, mais resteront nettement inférieurs à ceux que pratiquent les villes anglo-saxonnes. C’est pour le contribuable que la facture est salée. Chaque Vélib’ coûte aujourd’hui 4 000 euros par an, un chiffre calculé par l’économiste Frédéric Héran et jamais contesté, faut-il le rappeler, par la Ville de Paris, ni par JCDecaux. Certes, comme l’explique M. Héran, le service constitue finalement une forme d’investissement, puisque les touristes l’adorent.
12/Le mauvais exemple. En matière de déplacements et d’urbanisme, Paris et Lyon donnent souvent le « la ». Pour le meilleur et pour le pire. Vers 2008, de nombreuses villes moyennes ont cru qu’elles pouvaient engager une politique cyclable en se contentant des vélos en libre-service. Sans infrastructures ni carrefours aménagés, et à un coût astronomique. Résultat, loin de Paris, à Chalon-sur-Saône ou à Pau, le vélo en libre-service a été abandonné par les pouvoirs publics. A Caen, « les vélos sont beaucoup trop lourds, le système d’attache est défaillant, les stations ne couvrent que le centre, et il n’y a pas assez de pistes cyclables », indique un utilisateur caennais, pour expliquer le manque d’appétence des habitants pour le système.
Cet article est tiré du blog d’Olivier Razemon, L’Interconnexion n’est plus assurée.




