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Jours tranquilles à Paris

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28 juin 2020

"L'ombre de Staline" - vu hier soir au cinéma REX à Carnac

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Pour un journaliste débutant, Gareth Jones ne manque pas de culot. Après avoir décroché une interview d’Hitler qui vient tout juste d’accéder au pouvoir, il débarque en 1933 à Moscou, afin d'interviewer Staline sur le fameux miracle soviétique. A son arrivée, il déchante : anesthésiés par la propagande, ses contacts occidentaux se dérobent, il se retrouve surveillé jour et nuit, et son principal intermédiaire disparaît. Une source le convainc alors de s'intéresser à l'Ukraine. Parvenant à fuir, il saute dans un train, en route vers une vérité inimaginable...

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28 juin 2020

Vu sur internet

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28 juin 2020

ENQUÊTE - Un bureau un peu open et très space

Par Clara Georges

De nombreux salariés ont réintégré leur lieu de travail. Problème : rien n’est vraiment comme avant. Fini les discussions à la cantine ou devant la machine à café. Et, dans le couloir, il y a un sens pour circuler

Devinette : qu’est-ce qui a l’odeur du bureau, les meubles du bureau, l’aspect du bureau, mais qui n’est pas le bureau ? Réponse : le bureau en juin 2020. Comme les écoliers qui redécouvrent leur salle de classe après les vacances d’été, de nombreux salariés français retrouvent ces jours-ci leur lieu de travail. Mais rien n’est tout à fait comme avant, et une « étrangeté familière » se dégage de ces retrouvailles.

D’abord parce qu’eux-mêmes ont changé. Pendant trois mois, 5 millions de Français ont découvert de manière empirique qu’ils n’avaient pas besoin d’être au bureau pour travailler. Qu’en pantoufles, sur un coin de table, un enfant sous le bras et un casque sur les oreilles, c’était parfois inconfortable mais cela fonctionnait aussi. Maintenant qu’ils peuvent progressivement y retourner, ce n’est donc pas tant le travail que la vie de bureau qu’ils espèrent retrouver. Tout ce qui ne se mesure pas en tâches accomplies, mais en réflexions de couloir, blagues de machine à café, discussions de cantoche.

Seulement voilà : la cantine est fermée. Les plantes vertes sont mortes. Il y a un sens de circulation dans les couloirs, l’accès à la machine à café est plus réglementé qu’un tarmac d’aéroport et, dans les étages, les plateaux sont déserts. Par une sorte de mise en abîme extrême, des entreprises ont même adopté des pratiques de télétravail dans l’open space : les salariés sont invités à rester assis derrière leur ordinateur pour les réunions, menées en visioconférence alors que tout le monde est là. Moins de risque sanitaire, et moins de bla-bla inutile, expliquent les inventeurs de ce concept déprimant.

Mais alors, à quoi ça sert, le bureau ? Alice (certains prénoms ont été modifiés) n’est pas sûre d’avoir trouvé la réponse. A la fin de sa première vraie journée de retour au travail, lundi 22 juin, cette responsable marketing de 42 ans dans une petite entreprise lyonnaise est abattue. « On fait comme si de rien n’était, alors que tout a changé. Personne ne se parle, chacun est enfermé dans son bureau, on reste à 2 mètres les uns des autres. Nous n’avons même pas eu une réunion d’accueil. Avant, on sortait tous déjeuner, là chacun prend son pique-nique dans son coin. »

Après trois mois de télétravail serein en famille, Valentine, cadre de 48 ans dans le secteur financier, a elle aussi franchi la porte de ses bureaux haussmanniens, à Paris, avec une certaine appréhension. « Lorsqu’on est arrivés, nos affaires étaient dans des cartons pour la désinfection, on avait l’impression que les locaux avaient été vidés. Il y avait un côté assez surréaliste. Quand on entre, le matin, le gardien nous fait émarger et nous remet une petite enveloppe avec nos deux masques pour la journée. Il y a des distributeurs de gel partout. On n’a pas le droit de monter à deux dans l’ascenseur, ni d’aller à la machine à café à plus de deux. Le port du masque est obligatoire. Bref, le retour à la normale, ce n’est pas pour aujourd’hui. »

Difficile aussi de renouer avec des collègues qu’elle avait pourtant envie de revoir, car chacun ne peut venir que deux jours par semaine. « On n’arrive pas du tout à faire coïncider les jours de présence. Les fois où on se croise, on fait des checks de coudes, on essaie de prendre des cafés… mais le temps de l’informel n’est pas revenu. » Tout est comprimé : pendant ces deux jours, Valentine en profite pour faire tout ce qu’elle ne peut pas faire à la maison, imprimer et photocopier des documents, regarder des dossiers avec ses collègues. Ce qui laisse peu de place à cette latence pourtant indispensable, celle du temps mort au bureau.

Valentine espère pouvoir passer à deux jours de télétravail hebdomadaires à l’avenir. Et trouve tout de même un avantage à ce retour physique au bureau : « Il devenait difficile de me motiver toute seule sur ma chaise dix heures par jour. Et j’ai apprécié de m’habiller pour aller travailler. J’ai mis une veste de tailleur, je me suis maquillée – ce que je faisais vaguement pour les visio. En gros, j’ai enfilé mon costume de cadre. C’est important parce que cela permet de jouer un personnage différent de ce qu’on est à la maison. »

Autrement dit, retourner au bureau, c’est renouer avec un rôle social et une alternance bienfaitrice, comme l’explique aussi Alain, 45 ans, téléconseiller de l’Assurance-maladie dans la région Rhône-Alpes. « Je réclamais à mon employeur de revenir depuis le 11 mai. J’étais mal installé chez moi. J’ai pu y retourner aujourd’hui et c’est une vraie libération. Je suis heureux de revoir mon open space lumineux ! Pour moi, c’est important de couper, de faire la part des choses entre la vie familiale et le travail. Sortir du bureau et marcher jusqu’à la maison, c’est un sas de décompression. »

Même si la généralisation du télétravail a pu accroître les inégalités de conditions, la période a aussi, d’une certaine manière, aplati les hiérarchies et les codes d’entreprise : soudain, nous étions tous des hommes et des femmes mal habillés, mal assis sur nos canapés, soumis aux pleurs d’enfants et aux bruits de chasse d’eau de notre environnement. Récupérer son bureau, c’est donc récupérer une place, tant au sens propre qu’au sens symbolique, que l’on n’avait plus automatiquement en restant chacun chez soi.

C’est la raison pour laquelle les jeunes actifs ont été malheureux pendant cette période, si l’on en croit les études menées sur le télétravail. Eux auxquels on prête tout un tas de savoirs quasi innés – ils seraient nomades, un laptop greffé aux mains, aussi à l’aise à la plage que dans l’open space – ont souffert de l’isolement engendré par le travail à distance. Ils ont eu du mal à trouver leur place, comme l’explique Odile Duchenne, directrice générale d’Actineo, un observatoire de la qualité de vie au travail. « Un jeune actif est en période d’apprentissage. Sur un plateau, il peut demander des conseils de manière immédiate, informelle ; c’est autre chose de devoir envoyer un mail. Par ailleurs, les jeunes habitent souvent de petits logements, seuls, ils n’ont pas encore construit une vie de famille ni un réseau professionnel. »

La vie de bureau revêt pour ces salariés une importance toute particulière : il faut en apprendre les rouages, voire incorporer une culture propre à son entreprise, pour pouvoir s’émanciper physiquement ensuite. C’est ce qu’évoque Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, dans une interview donnée en mai au site américain The Verge, dans laquelle il affirme vouloir généraliser les recrutements à distance : « Les jeunes diplômés n’ont jamais travaillé en entreprise et doivent apprendre à le faire. Or, nous en embauchons des milliers chaque année, et nous n’avons pas l’intention d’arrêter. Donc ce que nous pensons faire, c’est d’exiger qu’ils viennent d’abord faire leur apprentissage dans nos locaux. »

Le bureau comme navire amiral. Ou tout au moins comme une ancre. C’est ainsi que le conçoit Agnès, 28 ans, ingénieure dans une grande entreprise des Bouches-du-Rhône, qui avait très envie d’y retourner. Sa déception est à la hauteur de ses espoirs. « Je me rends compte que je n’ai pas les mêmes attentes que mes collègues. Certains sont revenus parce que ça les arrangeait d’avoir un grand écran, plus de confort, mais rester tout seuls dans leur bureau ne les dérange pas. Ils comptent sur ce qu’ils ont chez eux pour leur vie sociale. Or, moi, je compte plutôt sur ma vie professionnelle pour cela. Je ne suis pas d’ici, pendant le confinement je suis retournée dans ma famille. Depuis mon retour, je n’ai pas encore pu aller boire l’apéro avec mes collègues. Je ne peux plus poser des questions simplement car on n’a plus le droit d’entrer dans les bureaux des autres. La seule chose que j’ai pu faire, en infraction au protocole sanitaire, c’est d’être avec des collègues réunis dans un bureau pour manger nos sandwichs, en fermant la porte… »

A quoi sert le bureau ? Peut-être bien à cela : se rencontrer. Tous les salariés qui renouent ces jours-ci avec leur vie pendulaire le disent, ce qu’ils apprécient le plus est de revoir des collègues, de retrouver des sourires, des gestes, des mimiques qui leur manquaient. Guillaume Poitrinal, ancien patron du CAC 40, cofondateur de Woodeum et de WO2, le raconte dans une tribune publiée dans Les Echos le 26 mai, intitulée « Pourquoi je suis de retour au bureau ». L’ancien dirigeant du poids lourd de l’immobilier commercial Unibail-Rodamco, entre 2005 et 2013, bâtit désormais des immeubles de bureaux en bois – il a donc tout intérêt à ce que tout le monde retourne au travail. Mais on sent, en discutant avec ce fort en gueule dans ses bureaux parisiens, une conviction personnelle que le télétravail a ses limites : « C’est sympa, Zoom. Avec ça, on a sauvé les meubles. Mais moi, je suis incapable de convaincre un élu que j’ai la solution immobilière pour son petit bout de quartier en visioconférence !, plaisante-t-il. La richesse de la rencontre est essentielle : la démarche, la posture qui dit si les gens vont bien ou non ; la rencontre fortuite à la machine à café qui fait naître une idée… »

Certains responsables des ressources humaines ont poussé cette réflexion encore plus loin et considèrent qu’il faut aider les gens à se rencontrer sur les plateaux. Exemple : vous allez tranquillement aux toilettes, en passant par la photocopieuse pour vous dégourdir les jambes. Et là, paf ! vous tombez sur Sylvie, que vous ne croisez jamais d’habitude. Un hasard ? Pas du tout. C’est le fruit d’un savant calcul qui répond au nom poétique de « coefficient de collision », comme l’explique Vinciane Beauchene, directrice associée au Boston Consulting Group (BCG) et spécialiste des ressources humaines. Avant d’emménager dans de nouveaux locaux pour son siège new-yorkais, le cabinet de conseil a proposé à ses salariés de porter un badge qui répertoriait le nombre de rencontres qu’ils faisaient chaque jour au bureau. Une sorte de StopCovid de l’open space, en somme. Résultat : cinq interactions quotidiennes – pas assez, il fallait monter à dix, avec des « collisions » plus variées. Les nouveaux bureaux ont donc été aménagés en fonction de cet objectif, avec un grand escalier au milieu du bâtiment, des espaces pour se croiser, etc.

Appliqué à la vie de bureau du Français lambda, c’est autrement moins glamour : le seul risque véritable de collision, c’est de vous cogner dans Michel parce que vous étiez trop occupé à regarder les taches sur la moquette et que vous avez dévié du sens de circulation. Mais peut-être qu’en ces temps de distanciation toute collision est bonne à prendre.

28 juin 2020

Carnac - nouvel aménagement du Boulevard de la Plage...

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28 juin 2020

Syrie Damas, son univers impitoyable

Article de Benjamin Barthe

Argent, pouvoir, trahisons… la tumultueuse relation entre Bachar Al-Assad et son cousin Rami Makhlouf recèle les ingrédients d’un « mousalsal », série populaire arabe. Loin d’être affaibli, le président syrien fait le ménage dans son entourage

BEYROUTH - correspondant

M enhebak », (« Nous t’aimons »). Ce slogan ingénu, imprimé sur de gigantesques portraits de Bachar Al-Assad, recouvre les murs de Damas. Nous sommes en mai 2007, à quelques semaines du référendum qui va accorder un deuxième mandat au président syrien avec un score de satrape africain (97,6 %). La campagne conçue en vue de cette échéance veut donner l’impression que le pays tout entier est tombé sous le charme de ce quadragénaire (il est né en 1965) à l’allure moderne et flegmatique. Son père, Hafez Al-Assad, commandeur sec et impénétrable, régnait par la peur. Le fils, lui, veut se faire aimer.

La campagne est l’œuvre du cousin maternel de Bachar Al-Assad, l’entrepreneur Rami Makhlouf, de quatre ans son cadet, considéré comme l’homme le plus riche de Syrie. Quelques mois plus tôt, le navire amiral de son groupe, la compagnie de téléphonie mobile Syriatel, avait déroulé sur les panneaux publicitaires de la capitale une formule du même acabit, pleine de candeur, qui aurait pu tout aussi bien servir de devise au chef de l’Etat : « Daïman Maek ! » (« Toujours avec toi ! »).

Pour le régime, c’était la belle époque. Le duo Bachar-Rami, amis d’enfance, phagocytait l’espace public. La politique est dévolue au premier, les affaires au second. Aucune ombre ne semblait planer sur cette alliance bien huilée, ciment du nouveau régime, plus libéral économiquement, incarné par Assad junior. La protection du président permettait au milliardaire d’accaparer les marchés les plus juteux. En échange, ce dernier reversait une partie de ses bénéfices dans les caisses du gouvernement et dans la tirelire du couple présidentiel, Bachar et l’élégante Asma.

Treize ans plus tard, il n’est plus du tout question d’amour. Les deux inséparables sont à couteaux tirés. Le gouvernement, ruiné par neuf années de guerre civile et étranglé par les sanctions internationales, a fait main basse sur Syriatel, en arguant d’impôts impayés. Les avoirs de Rami Makhlouf ont été gelés, certains de ses employés arrêtés, et ses gros bras désarmés. Le grand argentier du système, âgé de 50 ans, est mis sur la touche.

Ses piscines de dollars

Mais dans une série de vidéos postées au printemps sur sa page Facebook, le banni a contre-attaqué. Il a contesté les accusations de fraude fiscale portées contre lui et dénoncé l’arbitraire des services de sécurité – des doléances cocasses dans la bouche de cet homme qui a financé la répression de la révolution de 2011 dans le pays. Le cousin Rami s’est même présenté en bienfaiteur de la communauté alaouite, un défi implicite au président, membre comme lui de cette minorité religieuse, issue du chiisme, qui forme le socle du régime.

« Tout autre que lui aurait été liquidé dans l’heure », remarque l’opposant Ayman Abdel Nour, ancien conseiller de Bachar Al-Assad. Sauf que l’audacieux porte un nom de famille illustre, qui le protège, et possède beaucoup d’argent à l’étranger, caché dans des comptes offshore et des sociétés-écrans. « C’est son assurance-vie, confie un homme d’affaires damascène qui connaît les deux protagonistes de ce bras de fer. S’il était éliminé maintenant, tous ses avoirs passeraient sous le contrôle de sa femme et de ses fils qui sont à l’étranger.Rami est blessé, mais il n’est pas encore à terre. »

Cette tumultueuse affaire recèle tous les ingrédients du parfait mousalsal – ces feuilletons arabes très prisés en période de ramadan. Des piscines de dollars, la gloire et le pouvoir, et puis, derrière cette façade clinquante, des haines recuites, des coups de poignard dans le dos et un clan qui s’entre-dévore. La chute de la maison Makhlouf, c’est Dallas à Damas.

L’histoire de Bachar et Rami puise ses origines dans celles de leurs pères respectifs, Hafez Al-Assad et Mohamed Makhlouf. Peu après son accession au pouvoir en 1970, à la faveur d’un coup d’Etat, le premier nomme le second, frère de son épouse Anissa, à la tête de la régie des tabacs. Caractéristique du dirigisme en vigueur à l’époque en Syrie, l’organe étatique détient le monopole de la production et de l’importation de cigarettes. Et de leur contrebande ! Grâce à cette machine à cash, Mohamed Makhlouf, dit « Abou Rami » (« le père de Rami »), s’enrichit rapidement.

Hafez Al-Assad sait récompenser ceux qui lui sont loyaux. Quand il était venu faire sa demande en mariage, dans les années 1950, les parents d’Anissa avaient fait grise mine. Le prétendant, bien qu’officier de l’armée de l’air, provenait d’une lignée alaouite nettement moins prestigieuse que les Makhlouf. Mohamed avait soutenu sa démarche et les deux hommes s’étaient liés d’amitié.

Au milieu des années 1980, en plein boom immobilier, le président transfère son partenaire de taoula (backgammon) à la tête de la Real Estate Bank, la banque d’Etat chargée du crédit à la construction. Les profits et les dessous-de-table s’envolent. Tout en conservant son titre de fonctionnaire, Abou Rami s’impose aussi comme l’interlocuteur obligé – et grassement rétribué – des importateurs de pétrole syrien.

Le futur magnat des télécoms syriens grandit dans cet environnement trompeur. Un système socialisant qui dédaigne officiellement l’argent, mais qui ménage, pour ses fidèles serviteurs, quelques rentes fort lucratives. Grisé par son ascension et par sa proximité avec le président, Mohamed élève son fils « dans l’idée qu’ils font partie intégrante du pouvoir en Syrie », écrit Ayman Abdel Nour dans un article publié par le think tank Middle East Institute.

Lorsqu’ils voyagent, les Makhlouf ont droit à un traitement VIP, avec passeports diplomatiques, lounge privé, dispense de contrôle et escorte de la présidence. « On pouvait appeler le standard du palais et demander à être transféré à leur domicile, poursuit Ayman Abdel Nour. (…) Les Makhlouf étaient les partenaires des Assad ; c’est ainsi qu’ils se percevaient. Ce n’était pas seulement le régime des Assad, mais le leur aussi. »

Lorsqu’il succède à son père, mort en 2000, Bachar reproduit ce schéma. Il offre à Rami la gestion de Syriatel, pionnier d’un nouveau marché prometteur. Selon le Syria Report, une lettre d’informations économiques en ligne, le contrat est signé après un appel d’offres de seulement deux semaines, organisé en plein été, de façon à s’assurer qu’aucun concurrent sérieux ne puisse émerger.

Le parlementaire Riad Seïf, qui dévoila au grand jour ce tour de passe-passe, paya son culot de plusieurs années de prison. La régie des tabacs, le fief d’Abou Rami, était le symbole de l’étatisme dévoyé des années 1970 et 1980. Syriatel sera l’emblème du « capitalisme de copains » impulsé par le nouveau chef de l’Etat. L’habillage change, mais le favoritisme continue.

Début 2001, Bachar Al-Assad officialise son mariage avec Asma Al-Akhras, la fille d’un cardiologue sunnite d’Homs installé au Royaume-Uni. Le président l’a rencontrée durant ses études d’ophtalmologie à Londres. Son allure glamour et sa formation d’analyste financière ravissent les gazettes people. Mais chez les Makhlouf, la nouvelle venue ne fait pas recette. Il faut dire que la famille avait un temps espéré que l’héritier d’Hafez épouserait Kinda, une sœur de Rami.

« Ouverture vers les sunnites »

« Anissa [mère de Bachar] et Mohamed étaient contre cette union, confie un consultant syrien qui travaillait à l’époque pour le couple présidentiel. C’est Bahjat Souleiman [un ponte de l’appareil sécuritaire syrien, mentor de Bachar Al-Assad au début de son mandat] qui les a convaincus de l’accepter. Il y voyait une importante ouverture vers les sunnites », la communauté majoritaire en Syrie.

L’argument laisse Rami de marbre. « Les relations entre lui et Asma ont été mauvaises dès le premier jour, assure un membre de l’élite économique syrienne. Il n’a pas aimé qu’elle soit sunnite et qu’elle ait des ambitions. » « Les Makhlouf, c’est la vieille école, renchérit le consultant. Asma, à cette époque, se piquait de réformes et de modernité. Ça ne pouvait pas marcher entre eux. »

Les opportunités économiques, à l’époque, sont suffisamment nombreuses pour combler tous ces ego. En 2006, dans le cadre de la politique de développement du secteur privé, Rami Makhlouf crée une gigantesque holding baptisée « Cham ». Soixante-dix entrepreneurs, dont des grands noms du secteur, s’associent à lui. Le nouvel oligarque a un argument massue, relate à l’époque le site d’informations économiques Syria Report : « Rejoignez-moi et vous aurez une part du gâteau, restez à l’écart et vous ne recevrez rien. »

Au même moment, Asma établit son propre groupe, Souria Holding. Le tour de table est moins prestigieux : une vingtaine d’investisseurs seulement, de seconde catégorie. L’épouse de Bachar ouvre aussi une organisation de charité, Syria Trust, la première ONG de l’histoire du pays. Mais, selon Ayman Abdel Nour, Anissa et sa fille Bouchra (la sœur aînée de Bachar) brident les ambitions de l’ex-banquière londonienne. Rami, lui, ne cesse de se développer. Grâce à ses relais au plus haut sommet de l’Etat, son empire s’étend aux hydrocarbures, aux services financiers, au transport aérien et aux assurances.

« Cette frénésie d’investissements n’a pas toujours été bien vue par Bachar, précise un homme d’affaires bien introduit à Damas. En 2004, quand Rami est parti faire des emplettes à Dubaï, dans l’immobilier et l’hôtellerie, le ton est monté entre les deux hommes. La dispute a été apaisée grâce à l’intervention d’Anissa et de Mohamed. » L’actionnaire majoritaire de Syriatel est aussi dans le collimateur du Trésor américain, qui le met sous sanctions en 2008, au motif qu’« il bénéficie de la corruption des responsables publics et qu’il l’encourage ».

Mais la punition n’entame pas son appétit. « Nous avons l’argent, nous avons le pouvoir », s’exclame-t-il un jour, en tapant du poing sur la table de son bureau, lors d’une réunion avec des partenaires. « Je veux tout le gâteau », lance-t-il une autre fois à un ministre qui lui suggère de modérer ses ambitions. La scène est relatée par le journaliste libano-américain Sam Dagher dans son ouvrage Assad or We Burn the Country (« Assad, ou nous brûlons le pays », Little, Brown and Company, 2019, non traduit)].

A la fin de la décennie 2000, il se dit que Rami contrôle 60 % de l’économie syrienne. L’estimation est disputée. Le patron de Cham Holding doit cohabiter avec un compétiteur aussi bien placé que lui, Maher Al-Assad. Le frère cadet du président, homme fort de l’armée, investit par l’intermédiaire de plusieurs prête-noms, comme Mohamed Hamsho. Mais Rami garde une longueur d’avance. Le numéro un, c’est lui.

En mars 2011, cette médaille se transforme en boulet. Dès les premiers rassemblements antirégime, à Deraa, dans le sud du pays, son nom est conspué. Des boutiques de Syriatel sont brûlées. Le roi des affaires devient le champion de la prédation. Les Makhlouf, qui redoutent d’être les premiers sacrifiés si le régime cède aux révoltés, plaident pour une réponse brutale auprès de Bachar Al-Assad.

C’est Hafez, le jeune frère de Rami, qui se distingue le plus dans ce registre. Colonel des services de renseignement, il supervise la répression à Deraa, aux côtés de Maher Al-Assad. Les deux hommes interviennent aussi à Douma, une banlieue de Damas qui s’est soulevée dans la foulée. Quand les conscrits hésitent à ouvrir le feu sur les protestataires, le colonel Makhlouf et ses sbires s’en chargent personnellement.

Rami tente de son côté une diversion. En juin 2011, il annonce qu’il se retire des affaires pour se consacrer à l’action caritative. Il crée une association, Al-Boustan, qui vient en aide aux familles de combattants morts pour le régime, principalement des alaouites de la côte. Une initiative qui fait de l’ombre au projet d’Asma Al-Assad. Mais cette organisation se dote d’une branche paramilitaire, affectée à la protection des installations pétrolières. Et, en coulisses, le banquier du régime poursuit son œuvre.

En 2012, il fait accoster des tankers dans le port de Tartous, en passant à travers les mailles de l’embargo pétrolier décrété par les Etats-Unis et l’Union européenne. Il investit aussi dans l’importation de produits alimentaires, un nouveau marché, apparu à la faveur des mauvaises récoltes de 2013 et du basculement des zones rurales dans la rébellion. « Il a été l’acteur-clé de la résilience du pouvoir syrien », reconnaît un expert sécuritaire étranger. En échange de ces précieux services, Damas rabaisse en 2014 la part des bénéfices de Syriatel devant être reversés à l’Etat de 60 % à 20 %. Une copieuse ristourne !

Quant au patriarche, Mohamed Makhlouf, il officie au début du soulèvement comme conseiller du président. « Al-Khal [l’oncle], comme on le surnomme, est alors considéré comme la voix de l’ombre, le “coach” de Bachar, souligne le politologue Joseph Bahout, fin connaisseur de la scène politique syrienne. Quand il est parti s’installer à Moscou, quelque temps plus tard, il est devenu l’homme des livraisons d’armes russes à la Syrie. »

A l’ombre du Kremlin, allié indéfectible de Damas, le magot d’Abou Rami est à l’abri. En 2014, à la suite d’un désaccord avec le président, son fils Hafez le rejoint. Le Financial Times a révélé que, dans les années qui ont suivi, le bourreau de Deraa, ses frères Ihab et Iyad et leur sœur Kinda ont acquis une vingtaine d’appartements de luxe dans des gratte-ciel moscovites. Valeur totale : 40 millions de dollars (35,5 millions d’euros). Rami, lui, est resté à Damas aux côtés des Assad. La peur d’un écroulement du régime incite les deux cousins à serrer les rangs.

Mais, après la reconquête d’Alep-Est, fin 2016, principale possession urbaine de la rébellion, le vent se met à tourner. Grâce au soutien aérien de la Russie, intervenue un an plus tôt, le pouvoir reprend confiance. En plus de faire reculer les insurgés, Assad le survivant décide de remettre de l’ordre dans la nébuleuse loyaliste. Fin 2017, il ordonne le démantèlement d’une milice prorégime, les Faucons du désert, dont les hommes sont devenus trop gourmands et trop remuants.

Soudaine disgrâce

Les patrons de cette formation, les frères Ayman et Mohamed Jaber, des affairistes de la côte, sont mis au ban du régime du jour au lendemain. Leur proximité avec Bachar Al-Assad et la participation de leurs hommes à plusieurs batailles-clés, comme celle d’Alep, ne leur valent aucune clémence. Le message envoyé par le tyran de Damas est transparent. Personne n’est à l’abri d’une soudaine disgrâce.

Pour Rami Makhlouf, les ennuis commencent à l’été 2019, quand le quartier général de sa milice, à Damas, est encerclé par des soldats. Les nervis sont mis à pied et transférés dans l’armée régulière. Au même moment, les dirigeants de l’organisation Al-Boustan, rivale de Syria Trust, l’ONG d’Asma Al-Assad, sont débarqués et remplacés par des pions du pouvoir.

Puis viennent les sanctions financières. Les avoirs de la société Abar Petroleum, l’un des maillons de l’empire Makhlouf, sont gelés en décembre. Mi-avril, le gouvernement annonce qu’il réclame 233 milliards de livres syriennes (180 millions de dollars à l’époque) à Syriatel et MTN, le numéro deux de la téléphonie mobile, en guise d’arriérés d’impôts. Dans les jours qui suivent, le nouveau proscrit poste sur sa page Facebook les trois vidéos outrées qui font éclater l’affaire au grand jour.

L’ambitieuse Asma tient sa revanche. Les photos publiées durant l’été par les deux fils de Rami Makhlouf, Ali et Mohamed, ont peut-être été la provocation de trop. Des clichés documentant leurs vacances de rock star, entre Monte-Carlo et Mykonos, au volant de Ferrari rutilantes. « Asma pense à ses propres enfants, elle veut assurer leurs intérêts à long terme, soutient Ayman Abdel Nour, l’ancien habitué du palais présidentiel, directeur du site d’informations all4Syria. Elle ne se satisfait plus des versements des hommes d’affaires prorégime, elle veut faire passer leurs avoirs sous son nom et celui de Bachar. En tant qu’ancienne banquière, elle est persuadée de pouvoir les gérer. »

Le chef d’Etat, pour sa part, n’est pas mécontent de rappeler à son cousin les règles du jeu. « Dans son esprit, Rami a toujours été un gestionnaire, et non un partenaire. C’est le malentendu à l’origine de la crise », décrypte un membre de la nomenklatura damascène. Le président a d’autant moins de scrupules à faire les poches de son cousin que celles de l’Etat sont quasi vides. Le régime a un besoin vital de dollars pour enrayer la dégringolade de la livre syrienne et la chute du pouvoir d’achat de la population, à bout de force.

Il lui faut aussi calmer ses alliés à Moscou et à Téhéran, pressés de toucher les dividendes du soutien qu’ils lui ont offert ces neuf dernières années. La publication dans les médias russes, au printemps, de plusieurs articles critiques du président syrien a été perçue comme une façon pour Moscou de signifier son impatience. « Nous investissons de grosses sommes d’argent dans l’économie syrienne mais nous ne voyons aucun résultat », pouvait-on lire dans l’un de ces articles, consacré à la corruption au sein du régime Assad.

Enfin, dans cette crise, avant tout familiale, l’absence des anciens, Anissa et Mohamed Makhlouf, les juges de paix du clan dirigeant, s’est fait sentir. La première est décédée en 2016 à Damas, après avoir vécu quelque temps à Dubaï, avec sa fille Bouchra. Le second est malade à Moscou. « Après la mort de sa mère et l’éloignement de son oncle, Bachar s’est libéré de la tutelle de ses aînés et depuis c’est la spirale infernale », juge Joseph Bahout, directeur de l’Institut Issam Farès, à l’université américaine de Beyrouth.

Aux trois vidéos sacrilèges, le pouvoir a réagi de manière habile, sans violence apparente mais par une avalanche de sanctions sur leur auteur : interdiction de voyager, interdiction de passer contrat avec l’Etat, gel de tous ses avoirs, etc. Parallèlement, les tentatives de Rami Makhlouf pour diviser la rue alaouite et l’appareil sécuritaire ont capoté. En dehors des familles subventionnées par Al-Boustan, ses jérémiades parsemées de sourates coraniques ont scandalisé ou amusé.

« Ne teste pas la patience d’Assad », lui a conseillé fin mai une figure de la communauté, Ahmed Adib Ahmed, professeur de religion spécialiste des alaouites à l’université de Lattaquié. L’ancien intouchable a même été désavoué par son frère Ihab, le numéro deux de Syriatel, qui a démissionné de son poste. Le 5 juin, le fleuron de Cham Holding a finalement été placé sous séquestre judiciaire. C’est le probable prélude à une restructuration de sa direction, sur le modèle de MTN, où des proches d’Asma Al-Assad ont été promus.

L’épilogue du mousalsal reste à écrire. Selon nos informations, des contacts sont toujours en cours entre les deux camps, par l’intermédiaire de deux notables alaouites : Ghassan Mohanna, un oncle de Rami Makhlouf, et Souleïman Haddad, un ancien ambassadeur à Berlin. Les palabres porteraient sur les avoirs de Rami dissimulés à l’étranger, dont une grosse partie a échappé aux limiers occidentaux. « Ce qu’il détient en Syrie n’est qu’une petite partie de sa fortune globale, prévient le membre de l’élite damascène. Il a des investissements en Russie, en Biélorussie et aux Emirats arabes unis bien sûr, mais aussi en Asie et dans quelques pays européens. Il est prêt à transiger sur Syriatel, mais il ne veut lâcher aucun de ses actifs à l’étranger. »

Grogne larvée

L’issue de la négociation déterminera probablement si le cousin Rami pourra rester en Syrie ou s’il devra faire ses valises et rejoindre son père à Moscou. Mais, à ce stade, quelques enseignements peuvent déjà être tirés de ces déchirements. Ceux-ci sont autant le révélateur des failles du système que de sa capacité à les surmonter. Le pouvoir central syrien est évidemment fragilisé par le marasme économique et la grogne larvée qu’il entretient dans les zones loyalistes. Mais dans le bras de fer avec son puissant cousin, Bachar Al-Assad a fait la preuve qu’il tenait toujours fermement ses services de sécurité.

Le régime semble avoir passé ce test, comme il avait passé celui de la défection, en juillet 2012, du général Manaf Tlass, ex-intime du président, exfiltré vers la France. Ou comme il avait géré, quelques jours plus tard, un épisode très délicat, l’élimination des membres de la cellule de crise, à Damas : cette opération, déguisée en attentat rebelle, avait permis de liquider en douce plusieurs hauts responsables sécuritaires soupçonnés de vouloir passer à l’ennemi, dont Assef Chawkat, le vice-ministre de la défense, mari de Bouchra Al-Assad. Le régime syrien a la particularité, quand il se rétracte, de s’endurcir, et non de s’affaiblir.

« L’affaire Makhlouf est le signe du retour en force de Bachar par rapport aux membres du premier cercle dont il était devenu l’obligé, analyse Joseph Bahout. Il a fait le ménage en interne, comme son père en avait l’habitude. Il y a deux ans, il n’aurait pas pu se le permettre, il avait trop besoin de Rami. C’est un signe de bonne santé, paradoxalement. » Les nouveaux oligarques, ces quasi-inconnus qui ont profité de la guerre pour amasser des milliards, à l’image de Samer Foz, le nouveau propriétaire du Four Seasons, palace numéro un de Damas, sont désormais prévenus. Il est peu probable que le régime les laisse jamais accéder au rang de Rami Makhlouf, l’homme qui s’est cru vice-roi de Syrie.

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28 juin 2020

Marisa Papen

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28 juin 2020

L'OEUVRE-HOMMAGE DE BANKSY VOLÉE AU BATACLAN, SIX PERSONNES INTERPELLÉES EN FRANCE

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The World of Banksy : expérience immersive à l'Espace Lafayette-Drouot, les photos

Deux semaines après que la police italienne ait annoncé avoir retrouvé une oeuvre attribuée à Bansky, volée en 2019 à Paris, l'AFP révèle que six hommes ont été déférés devant la justice vendredi 26 juin à Paris pour vol en bande organisée. Figurant sur une porte d'une issue de secours du Bataclan, elle présente un hommage aux victimes des attentats de 2015.

Suite aux attentats de Paris en novembre 2015, une oeuvre peinte au pochoir était apparue sur une issue de secours du Bataclan. Représentant une jeune fille triste, l'hommage rendu aux victimes a très vite été attribuée à Banksy, le mystérieux street-artiste. L'oeuvre a été découpée dans la nuit du 26 au 27 janvier 2019.

Aussi, Le Parisien renseigne ce samedi 27 juin à propos des supposés responsables du vol, et indique que six personnes ont été déférés devant un juge d'instruction à Paris, vendredi 26 juin, suite à une garde à vue à la direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris. Deux de ces personnes auraient été mis en examen pour "vol en bande organisée" et les quatre autres pour "recel de vol en bande organisée". L'AFP révèle que les six personnes ont été interpellées dans les départements de l'Isère et de la Haute-Savoie.

Bataclan

@bataclan_

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L’œuvre de @originaIbanksy hommage aux victimes du 13/11 a été volée.

Un emplacement qui ne devait rien au hasard puisque c'est par cette même porte qu'avaient fuit une partie du public ayant assisté au concert donné par Eagles of Death Metal. Une fois n'est pas coutume, l'oeuvre avait été dérobée dans la nuit du 25 au 26 janvier 2019.

Mercredi 10 juin 2020, la police italienne annonçait auprès de l'AFP être parvenue à mettre la main sur l'oeuvre volée lors d'une intervention conjointe avec les autorités françaises. D'après La Repubblica, l'hommage avait été retrouvé dans une ferme située dans la campagne des Abbruzes, non loin de Rome en Italie. Le vol de l'oeuvre avait provoqué un vif sentiment d'indignation notamment de la part de la salle de spectacle.

Cette création de Banksy était considéré comme un symbole de recueillement lors d'une période secouée par une série de drame au sein de la capitale. Le 13 novembre 2015, 90 personnes y avaient perdu la vie lors des attentats du Bataclan.

28 juin 2020

Libération

libé municipales

28 juin 2020

Martial Lenoir - Noemie Mazella - Normal Magazine from Normal Magazine on Vimeo.

28 juin 2020

Du beau linge, des drames, de la débauche : bienvenue au Château Marmont

Romans non-traduits, nanars introuvables, bizarreries oubliées… François Forestier dégaine ses livres du second rayon. Cette semaine, Castel Hollywood.

Par François Forestier

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Le Chateau Marmont à Los Angeles. (Wendy Connett / robertharding via AFP)Le Chateau Marmont à Los Angeles. (Wendy Connett / robertharding via AFP)

C’est là que Howard Hughes louait une suite à l’année pour espionner ses « protégées » au bord de la piscine ; Nicholas Ray y a tenu table ouverte (le lit aussi) pendant la préparation démente de « La Fureur de Vivre » ; Jim Morrison, camé, s’est suspendu aux balcons du dernier étage comme un ouistiti ; le scénario de « Butch Cassidy et le Kid » a été écrit entre deux tables dans le couloir ; John Belushi est mort dans l’une des soixante-trois chambres, noyé dans son vomi ; Helmut Newton a passé des journées entières à photographier des filles de rêve sur le plongeoir…

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Bref, au Chateau Marmont, étrange castel/hôtel en béton armé situé sur un coude du boulevard à Hollywood, il y a eu du beau linge et des drames terribles. C’est ce que raconte Shawn Levy dans son nouveau livre, « Castle on Sunset », sous-titré « Life, Death, Love, Art and Scandal at Hollywood’s Chateau Marmont ». C’est du corsé. De la sérénité ? Y en a. Mais peu.

Los Angeles, cette ville née d’une bouffée hallucinatoire

Autrefois, il n’y avait là que des avocatiers et des poinsettias. 1926 : Fred Horowitz, un avocat qui bricole dans l’immobilier, décide de bâtir un hôtel. Il a jadis fait le touriste du côté de la Loire et décide de copier l’architecture d’Amboise. Il veut s’offrir de la classe, il obtient du kitsch : tourelles en crépi, mâchicoulis de parc d’attraction, créneaux en carton-pâte. Au départ, le « Chateau Marmont » devait faire penser à François Ier. À l’arrivée, le machin évoque un châtelet en saindoux, grâce aux plans de l’architecte Weitzman, plus spécialisé dans les synagogues que dans l’Histoire de France. C’est une auberge ? Non. Un hôtel ? Vaguement. Une résidence ? Si on veut. En tout cas, c’est un flop.

« J’avais une petite chambre et six toilettes »

Le Chateau Marmont est revendu en 1932 à un anglais, Albert E. Smith, qui se pique de cinéma. Manque de bol : d’abord, la Dépression vide les poches et les chambres. Ensuite, le tremblement de terre de mars 1933 casse la vaisselle. Des émissaires nazis viennent prendre la température de la société californienne, et observent, de l’autre côté du boulevard, les bungalows du « Garden of Allah », où Scott Fitzgerald et Humphrey Bogart arrosent la fin de la Prohibition, en compagnie de la patronne, Alla Nazimova (d’où le nom du motel).

Greta Garbo reçoit ses amantes, John Barrymore fait la conversation avec William Faulkner, et Charlie Chaplin s’invite pour des siestes gourmandes : tout ce beau monde passe au Chateau Marmont avant de filer chez Ciro’s, la boîte à la mode, tandis que la maman de Bogart crée l’illustration qui orne les pots de bouillie pour bébés Gerber (drôle de nom pour de la bouffe, quand même). La menace de la guerre incite Billy Wilder, arrivé de Berlin via Paris, à chercher un logis sur Sunset Boulevard. Il n’y a pas de place ? Il s’installe dans les commodités des dames. Enfin, dans l’entrée : « J’avais une petite chambre et six toilettes », se souviendra-t-il. Le rêve, quoi.

Le souk, revu et corrigé par un Walt Disney shooté aux amphètes

Au fil des ans, le Chateau Marmont tombe dans la débine. Les créneaux se fendillent, les cafards courent dans les cuisines, les portes se gondolent. Les scénaristes impécunieux passent la nuit à taper sur leurs Underwood, des gangsters de seconde zone s’installent, John Wayne se réfugie pour fuir sa femme, et les dingues de l’Actor’s Studio apprécient l’atmosphère si… si… Si décadente. Very chic. D’autant plus qu’un jeune acteur y joue du piano : Jack Lemmon. Accoudé près de lui, Montgomery Clift, qui ne lève pas un sourcil quand Shelley Winters poursuit son mari infidèle, Vittorio Gassman, une poêle à frire dans la main. Celui-ci vient de coucher avec Anna Magnani, la « Puttana », et tout l’hôtel retentit des échos de la bagarre - à l’italienne. C’est l’antre de la débauche. Quand Dennis Hopper, allumé, s’agenouille devant Natalie Wood - qui a 16 ans - pour donner sa langue au chat, celle-ci lui dit : « Tu peux pas. - Pourquoi ? - Parce que Nicolas Ray vient de me baiser ».

Anthony Perkins se lance dans des aventures homosexuelles, Grace Kelly passe ses nuits avec des séducteurs de rencontre, Gore Vidal retape le scénario de « Ben-Hur », Marlon Brando arrive avec vingt-deux malles pleines, Marilyn Monroe fout le feu à sa chambre, Boris Karloff se plaint du parking (imaginez le réceptionniste qui se fait engueuler par Frankenstein), Dizzy Gillespie joue au golf dans le salon… C’est le souk, revu et corrigé par un Walt Disney shooté aux amphètes.

Aujourd’hui, le Chateau Marmont a été restauré, nettoyé, ripoliné. C’est un bel hôtel, vraiment. Il y flotte encore un petit air de déliquescence magistralement capté par Shawn Levy dans son bouquin. C’est calme. Presque trop, même. Le réceptionniste distribue des pommes à croquer, genre Peace & Love. Et personne ne fait le ouistiti.

Tout fout le camp.

Castle on Sunset, Life, Death, Love, Art and Scandal at Hollywood’s Chateau Marmont, par Shawn Levy, Doubleday, 368 p., 28,95 $

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