Une histoire d’âme, de Bénédicte Acolas. Avec Sophie Marceau
Belle femme de 40 ans issue de la bourgeoisie suédoise, Viktoria se parle à elle-même, mais aussi à sa bonne, à son mari volage, à ses parents. A travers un monologue ininterrompu, elle livre des pans entiers de son histoire, confie ses blessures d’enfance, ranime les souvenirs de ces soirées mondaines dont elle aimait s’enivrer, se débat contre ses démons et cette solitude qui l’aspire vers la folie.
Viktoria se tord, gesticule, guette son reflet dans le miroir, se vêt et se dévêt, se pelotonne, puis se redresse comme une danseuse. Elle occupe à elle seule l’espace d’une vaste bâtisse labyrinthique, décrépite et presque vide auquel elle nous retient prisonnier, comme elle. Elle est soumise à un chaos mental dont elle tente de recoller les morceaux et à partir duquel chacun peut projeter sa propre lecture et son imaginaire.
Ecrit par Ingmar Bergman en 1972, ce monologue – dont le cinéaste voulait faire un film, qui n’a finalement jamais vu le jour – a été mis en scène au théâtre par Bénédicte Acolas avant de l’adapter pour Arte. Pour incarner Viktoria, elle a choisi la comédienne Sophie Marceau, époustouflante dans ce rôle qu’elle tient en équilibre, ni outrancière dans les émotions ni confuse dans la folie, mais toujours à la juste place. Intemporelle et terriblement réelle ; « concrète », précise la réalisatrice.
« Un lieu un peu fantastique »
Pour filmer Une histoire d’âme, Bénédicte Acolas a fait table rase de sa mise en scène théâtrale, profitant de ce que l’image, le son et la lumière pouvaient lui offrir de possibilités pour apporter du hors-champ à ce voyage intérieur. Chaque réminiscence et chaque émotion qu’elle suscite chez l’héroïne trouvent leur écho dans un décor à la fois changeant et immuable dans le caractère onirique dont il est chargé. « Je voulais créer un lieu un peu fantastique, hors du temps et déconnecté du réel. Presque un non-lieu. C’est comme si tout le film était un long rêve », souligne la réalisatrice.
Aussi fascinant soit-il par instants, et à bien des égards, Une histoire d’âme peine à retenir notre attention durant quatre-vingts minutes. Peut-être touche-t-on ici les limites de ce qu’il est possible de transposer du théâtre à l’écran de télévision. Sans la présence charnelle de l’actrice qui l’interprète, ce monologue bergmanien ne dépasse pas le stade du bel objet, réduit dans son cadre à une figure de style dont on ne saisit plus que les artifices, au détriment de l’histoire qu’elle raconte.
Une histoire d’âme, de Bénédicte Acolas. Avec Sophie Marceau (Fr., 2015, 83 min). A voir ou revoir sur ARTE+7













