Le SARS-CoV-2 entraîne bien une immunité protectrice
Par Paul Benkimoun
Des personnels soignants infectés par le Covid-19 ont bien produit des anticorps, mais on ignore encore la durée de la protection.
Parmi les multiples questions qui restent posées à propos du Covid-19, celle de la réponse immunitaire et de la protection qu’elle pourrait conférer aux personnes ayant été infectées n’est pas la moindre.
Plusieurs travaux, dont une étude menée auprès de soignants du CHU de Strasbourg et prépubliée le 26 mai sur le site MedrXiv.org, confirment que l’infection par le SARS-CoV-2 suscite bien la production d’anticorps et que ceux-ci possèdent une action neutralisante contre ce coronavirus encore présente six semaines après l’apparition des symptômes.
Il faudra attendre d’autres travaux pour savoir combien de temps dure cette protection contre une réinfection, tout en gardant à l’esprit que les anticorps, produits par les lymphocytes B, ne constituent qu’une partie de nos défenses immunitaires, à côté de l’immunité cellulaire s’appuyant sur des globules blancs spécialisés, les lymphocytes T.
Le rassemblement évangélique qui s’est tenu à Mulhouse (Haut-Rhin) du 17 au 24 février a été à l’origine d’un foyer épidémique qui a essaimé à travers la France et a enraciné le Covid-19 dans la région. Cet épisode de « superpropagation » a été à l’origine de nombreux cas de contamination au sein des personnels du CHU de Strasbourg à partir de la première semaine de mars.
Afin de comprendre la réaction immunitaire développée à la suite de ces infections, une équipe associant des chercheurs du CHU de Strasbourg et de l’Institut Pasteur, a mené en avril une étude auprès d’un échantillon de membres du personnel chez lesquels l’infection par le SARS-CoV-2 avait été confirmée par un test PCR.
Chez les 160 soignants et personnels administratifs inclus dans cette investigation, le type de symptômes et leur date d’apparition étaient connus. Il s’agissait de formes bénignes de Covid-19, n’ayant pas nécessité d’hospitalisation, avec des symptômes classiques : fièvre, difficultés respiratoires, perte de l’odorat…
« Déterminer la durée de cette protection »
Deux tests sérologiques ont été utilisés : un test rapide du commerce détectant la présence d’anticorps contre le SARS-CoV-2, et un test « S-Flow », plus perfectionné, mis au point par les chercheurs de l’Institut Pasteur et utilisé par eux pour une étude à Crépy-en-Valois. Ciblant une autre région du coronavirus que le test rapide, le S-Flow fournit à la fois une information quantitative et qualitative.
« Il s’agissait pour nous de suivre l’apparition d’anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2, ce qui signait la séroconversion, d’apprécier la quantité de ces anticorps et leur efficacité à neutraliser le SARS-CoV-2 », explique Olivier Schwartz (responsable de l’unité Virus et immunité, Institut Pasteur), dernier cosignataire de l’étude.
Le pourcentage de neutralisation était calculé en comparant le signal d’immunofluorescence dans le sérum d’un participant à celui généré par des sérums d’individus Covid-19 négatifs.
Le test rapide a détecté des anticorps dans 153 (95,6 %) des prélèvements, tandis que le S-Flow en identifiait dans 159 (99,4 %), soit chez la totalité des participants sauf un, pour lequel aucun des deux tests n’a montré la présence d’anticorps. Premier enseignement donc, comme on l’espérait, l’infection entraîne bien une réponse de l’immunité humorale, même dans les formes bénignes de Covid-19.
Deuxième confirmation apportée par cette étude, la quantité d’anticorps neutralisants détectés par les tests s’accroît au fil du temps : 79 % des prélèvements effectués deux à trois semaines après le début des symptômes en possédaient ; un taux qui montait à 92 % chez ceux datant de trois à quatre semaines et à 98 % pour ceux recueillis quatre à six semaines après le début des signes cliniques. « L’activité neutralisante est bien présente à un temps plus tardif que l’apparition des anticorps et c’est encourageant, note Olivier Schwartz. Nous espérons suivre plus longuement les participants à cette étude afin de déterminer la durée de cette protection. »
« Immunité protectrice mais pas stérilisante »
Outre des études in vitro sur l’action neutralisante d’anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2, des essais chez des singes ont mis en évidence le fait qu’après une première infection par ce coronavirus suivie d’une guérison, ces animaux étaient protégés contre la maladie lorsqu’on leur administrait à nouveau le virus.
« Cela n’infirme pas une réinfection, mais les chercheurs ont constaté une augmentation rapide du taux d’anticorps contre le SARS-CoV-2, une élimination plus rapide du virus, remarque Olivier Schwartz, qui ne participait pas à ces études. Ces anticorps favorisent une forme bénigne, atténuée de la maladie. C’est une immunité protectrice mais pas stérilisante. »
Parallèlement à l’étude française, deux articles émanant d’équipes chinoises consacrés aux anticorps neutralisants anti-SARS-CoV-2 sont publiés, mardi 26 mai, sur le site de la revue Nature. Ces articles s’inscrivent dans la recherche d’anticorps responsables de l’immunité contre le SARS-CoV-2 afin de produire par clonage cette lignée à partir de l’ADN d’une cellule isolée capable d’en fabriquer.
Bin Ju (Southern University of Science and Technology, Shenzhen) et ses collègues ont analysé les sérums de huit patients infectés par le SARS-CoV-2 et identifié 206 anticorps monoclonaux, réagissant spécifiquement avec une région de ce coronavirus, dite « RBD », située sur la protéine virale Spike (protéine S). Celle-ci joue le rôle de clé en se liant au récepteur « ACE2 » situé à la surface des cellules pour y pénétrer et les infecter.
Le nombre élevé d’anticorps s’explique par le fait que chaque patient pouvait avoir un répertoire de plusieurs dizaines d’entre eux. Les capacités respectives de neutralisation de ces anticorps variaient selon l’aptitude à bloquer l’interaction entre la région RBD du coronavirus et le récepteur ACE2 de la cellule.
De leur côté, Rui Shi (académie chinoise des sciences, Pékin) et ses collègues ont isolé deux anticorps monoclonaux dotés d’un fort pouvoir neutralisant spécifique in vitro contre le SARS-CoV-2 dans le sérum d’un patient convalescent après un Covid-19. Ils ont également testé l’activité de ces anticorps administrés à des singes Rhésus, soit en traitement de l’infection, soit à titre prophylactique avant que le SARS-CoV-2 soit administré dans la trachée. L’un de ces deux anticorps monoclonaux montrait une forte capacité à éliminer le virus de la trachée, dans le cas d’une utilisation comme traitement, et à empêcher la charge virale d’y augmenter, pour ce qui est de l’usage prophylactique. Des pistes intéressantes pour la mise au point de nouveaux outils contre le SARS-CoV-2.
Covid-19 - Nouvel épicentre de la pandémie, le Brésil pourrait atteindre les 125 000 morts d’ici août
COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)
Le Brésil a de nouveau dépassé, mardi 26 mai, le millier de victimes en vingt-quatre heures, pour la quatrième fois depuis l’accélération de la pandémie, la semaine dernière. Selon une nouvelle étude américaine, le plus grand pays d’Amérique latine ne serait pas au bout de ses peines : le bilan des victimes pourrait dépasser les 125 000 morts d’ici le milieu de l’été.
Le pire reste à venir pour le Brésil. Alors que le pays est devenu ces derniers jours l’épicentre de la pandémie de coronavirus, une nouvelle étude américaine publiée mardi laisse entrevoir un été très sombre pour les Brésiliens.
Selon des prévisions de l’Institut de mesure et d’évaluation sanitaire (IHME) de l’université de Washington, le nombre de victimes du Covid-19 pourrait dépasser les 125 000 d’ici à début août, rapporte le site d’information brésilien G1. Les chercheurs estiment que l’État de São Paulo devrait être le plus touché, avec plus de 32 000 décès, suivi de Rio, avec environ 26 000 décès. Ces deux États ont décrété depuis la fin mars un confinement de leur population, malgré la farouche opposition du président Jair Bolsonaro, qui ne cesse de relativiser l’ampleur de la pandémie. Mais cette mesure n’est assortie d’aucune coercition.
“Il faut absolument que le Brésil suive l’exemple de Wuhan, en Chine, ainsi que de l’Italie, de l’Espagne et de New York, en mettant en place des restrictions et des mesures de contrôle face à l’épidémie, qui se propage rapidement, afin de réduire la transmission du virus”, a expliqué le directeur de l’IHME, Christopher Murray.
Les systèmes hospitaliers des grandes villes déjà “sur le point d’être complètement dépassés”
Selon l’institut de recherche, si les autorités n’agissent pas rapidement, “le nombre de morts pourrait continuer de grimper jusqu’à la mi-juillet, ce qui engendrera des pénuries de moyens humains et matériels vitaux dans les hôpitaux”, rapporte CNBC.
Alors que “le système de santé publique du Brésil était sous tension avant la pandémie”, “les réseaux hospitaliers de certaines grandes villes sont déjà sur le point d’être complètement dépassés”, note Vox.
Le Sénat brésilien a d’ailleurs adopté mardi une loi obligeant les hôpitaux privés à mettre à disposition des lits inoccupés pour l’hospitalisation de patients malades du Covid-19, rapporte O Globo.
Le nombre de personnes infectées sept fois supérieur à celui des statistiques officielles
“Dans le même temps, le virus se propage rapidement dans les communautés les plus vulnérables du pays, particulièrement dans les favelas, dans les banlieues des villes, où la distanciation sociale est quasi impossible en raison de la promiscuité et des conditions sanitaires”, précise également Vox.
Mardi, Eduardo Macário, secrétaire adjoint à la Vigilance sanitaire, a reconnu que le nombre de cas de Covid-19 dans le pays pourrait être plus élevé que celui des statistiques officielles en raison de retards dans les dépistages et les déclarations de cas, indique Folha de São Paulo.
Selon des résultats publiés dans le cadre de l’étude Epicovid-19, la première enquête nationale sur la maladie, le nombre de personnes infectées par le nouveau coronavirus pourrait être environ sept fois supérieur au chiffre actuel, qui est de 391 222, pour une population de 210 millions d’habitants.
Noémie Taylor-Rosner
Didier Raoult s'énerve et recadre David Pujadas : "Vous avez un problème profond"
Mardi 26 mai 2020, Didier Raoult était l'invité exceptionnel de David Pujadas sur LCI. L'occasion pour le célèbre infectiologue de régler ses comptes avec les journalistes.
Didier Raoult n’aime pas les médias et ne manque jamais une occasion de le faire savoir. Mardi 26 mai 2020, l’infectiologue de 68 ans était l’invité exceptionnel de David Pujadas sur LCI. L’occasion pour lui de répondre aux nombreuses polémiques qu’il a suscitées depuis que le coronavirus a fait son apparition en Europe. Après une énième provocation envers le ministre de la Santé Olivier Véran, le défenseur de l’hydroxychloroquine s’en est pris à son interlocuteur et plus généralement aux journalistes parisiens qui, selon lui, auraient été incompétents dans le traitement médiatique de la pandémie.
Didier Raoult remet David Pujadas à sa place
"Le Paris actuel ressemble beaucoup au Versailles du 18e siècle. Ces espèces de chuchotements, de babillages, d'excitation : 'Qu'est-ce qu'il s'est passé, la marquise disait ceci, peut-être que le roi a couché avec untel.' C'est un microcosme qui est déconnecté de ce qu'il se passe dans le reste du monde. C'est comme ça que je le vois et que je le perçois", a d'abord lâché le professeur Didier Raoult. Et il ne s'est pas arrêté là. "Je pense que vous avez un problème profond. Vous n'avez pas le degré de performance dans l'analyse scientifique que vous avez probablement dans l'analyse politique", a-t-il poursuivi.
David Pujadas a alors tant bien que mal tenté de se défendre. "Je ne suis pas Parisien moi, vous savez", a déclaré le journaliste, avant que Didier Raoult ne lui coupe la parole. "Je pense qu'il y a de très bons journalistes politiques, mais dans l'analyse scientifique, je vois bien que vous n'avez pas l'usage des outils qui vous permettent de savoir qui joue en première division, qui est international et qui ne l'est pas, a répliqué le directeur de l'IHU de Marseille. Et donc c'est un problème que vous avez […] Vous êtes plus compétents à évaluer les footballeurs qu'à évaluer les scientifiques." Une mise au point cinglante qui a laissé David Pujadas bouche bée.
Macron annonce un plan historique de 8 milliards d’euros pour l’automobile.
Depuis l’usine de l’équipementier Valeo, à Étaples, dans le Pas-de-Calais, le chef de l’État a égrainé une série de mesures destinées à sauvegarder la filière automobile française : renforcement des aides à l’achat de voitures électriques et hybrides, hausse des primes à la conversion des voitures polluantes… Les constructeurs du secteur ont “pris, en contrepartie, une série d’engagements forts qui consistent à relocaliser la production à valeur ajoutée en France et à consolider et maintenir la production industrielle sur nos sites”, a annoncé Emmanuel Macron. “La facture publique est lourde. Et sans garantie de résultats”, note Le Temps, mais “il fallait agir”. Pour le quotidien suisse, “l’enjeu est évidemment social”. Pas moins de “400 000 emplois directs et 900 000 emplois indirects sont en jeu, alors que les commandes de voitures sont aujourd’hui presque inexistantes et que les sous-traitants du secteur sont à l’agonie”.




















