Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
8 octobre 2019

Enquête Qui est Extinction Rebellion, le mouvement qui bloque des places et des ponts dans le monde ?

manif

Par Audrey Garric, Nicolas Chapuis

De Sydney à New York en passant par Londres ou Paris, les militants écologistes ont entamé une « rébellion internationale » pour dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face à la crise climatique.

C’est un logo devenu viral sur les réseaux sociaux : un sablier à l’intérieur du cercle de la Terre, peint en noir. Lundi 7 octobre, des drapeaux verts, bleus ou jaunes arborant cet emblème flottaient dans les rues de près de soixante grandes villes, de Sydney à New York en passant par Londres ou Paris. Les militants écologistes d’Extinction Rebellion ont entamé une « rébellion internationale » – une ou deux semaines d’actions coups de poing à travers le monde – pour dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face à la crise climatique.

En bloquant des ponts, des routes ou des lieux de pouvoir, de manière parfois spectaculaire, ce mouvement de désobéissance civile non violente, lancé fin octobre 2018 au Royaume-Uni, séduit de plus en plus largement. Il revendique plus de 100 000 militants dans 70 pays.

« On désobéit parce que l’on n’a plus le choix. Un effondrement de nos écosystèmes est en cours, les scientifiques alertent depuis quarante ans sur la crise climatique, et le gouvernement ne réagit pas », dénonce Léa, une documentariste française de 31 ans qui occupe la place du Châtelet, lieu central de Paris, avec plusieurs centaines de militants.

Revendications et actions radicales

Partout dans le monde, ces « rebelles », qui dénoncent fréquemment le capitalisme, cherchent à créer suffisamment de perturbations pour forcer leurs gouvernements à répondre à leurs trois revendications : déclarer un état d’urgence climatique, réduire immédiatement les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2025 et créer des assemblées de citoyens pour surveiller démocratiquement cette transition. S’y ajoute, en France, l’appel à un « arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques, terrestres et aériens ».

Tous sont prêts à être emmenés par les forces de l’ordre. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de leur stratégie, qui prône des actions radicales, destinées à marquer les esprits, mais toujours non-violentes et à visage découvert, afin de médiatiser largement leur action et de sensibiliser l’opinion publique.

« Le risque climatique est plus grand que celui d’aller en prison », assure, bravache, Sidonie, 23 ans, en études de genre à Paris. A Londres plus de 270 personnes avaient été arrêtées lundi, et 1 200 depuis avril. Plus de 350 militants ont d’ores et déjà été jugés lors de 69 procès au Royaume-Uni, 320 ont été déclarés coupables, notamment de troubles à l’ordre public, mais aucun n’a été condamné à une peine de prison.

Extinction Rebellion, « XR » comme tous le surnomment, est né en avril 2018 autour de militants du collectif anglais Rising up !, qui défend « un changement fondamental du système politique et économique afin de maximiser le bien-être et minimiser la souffrance ».

Parmi les cofondateurs, on trouve Gail Bradbrook, 47 ans, une diplômée en sciences moléculaires et opposante au gaz de schiste, Simon Bramwell, un ancien ouvrier de 46 ans reconverti en moniteur de stages de survie, et Roger Hallam, un agriculteur bio de 52 ans. Tous disent s’inspirer de la lutte pour les droits civiques des Noirs américains ou de Mahatma Gandhi en Inde.

Soutien de centaines d’universitaires et intellectuels

Après une « déclaration de rébellion » organisée à Londres le 31 octobre 2018, ces militants multiplient les actions chaque semaine ou presque : blocages de ponts, interruption du trafic automobile, sit-in dans le Parlement écossais ou déversement de faux sang à Londres devant Downing Street.

Le soutien de la jeune Suédoise Greta Thunberg, qui a lancé le mouvement international de grève scolaire pour le climat, contribue à populariser XR, notamment auprès des plus jeunes. Et l’appui de plusieurs centaines d’universitaires et d’intellectuels (dont le linguiste américain Noam Chomsky et l’essayiste canadienne Naomi Klein) lui donne ses lettres de noblesse.

En France, le mouvement apartisan, officiellement lancé le 24 mars, revendique 8 000 militants de tous âges – avec une majorité de jeunes –, un chiffre en forte croissance. A Paris, le collectif accueille par exemple 200 nouvelles recrues chaque semaine, dont une majorité n’a jamais milité.

Alors que les climatologues appellent à diviser par deux les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2030, « le succès d’Extinction Rebellion s’explique par le fait qu’il se cristallise autour d’un temps d’action très court pour organiser la transition écologique », analyse le sociologue Yann Le Lann. « Les marches pour le climat n’ayant pas débouché sur des avancées conséquentes, les gens se tournent vers des mobilisations plus radicales, poursuit-il. Le fait de rester dans la non-violence permet de conserver l’assentiment d’une large partie de la population. »

L’attrait de « XR » vient également de son horizontalité, sa décentralisation et son rejet des porte-parole attitrés. N’importe qui peut se revendiquer du groupe et mener une action locale et spontanée, à partir du moment où il adhère aux revendications et à 10 principes fondateurs qui incluent l’action non-violente, l’accueil de chacun ou l’absence de « discours moralisateurs ou culpabilisants ».

Les nouveaux « rebelles » suivent en général une formation à la désobéissance civile. Tous se coordonnent et échangent ensuite via les réseaux sociaux et via des forums, comme La Base en France. On accède à plus ou moins d’informations en fonction de son niveau d’engagement et on s’inscrit, de manière tournante, dans des groupes de travail (actions et logistique, coordination internationale, arts ou médias et messages). « On est libres de faire ce que l’on veut, ce qui est très responsabilisant, et on se répartit les rôles en fonction de ce à quoi on est prêts : ceux qui vont quitter le blocage à la première sommation des forces de l’ordre, ceux qui vont dormir sur place », explique Amélia, lors du blocage parisien.

Succès d’estime

Mais malgré son message simple et efficace, Extinction Rebellion se heurte à un manque de diversité. « Même s’ils essaient de s’ouvrir, ses membres sont essentiellement des Blancs, très éduqués et issus du secteur public, des professions libérales ou de l’économie créative », remarque Graeme Hayes, professeur à l’université d’Aston, qui étudie le mouvement avec un groupe d’universitaires. « On veut s’ouvrir au-delà des grandes villes, aller dans les quartiers, les banlieues et les villages », confirme Léa, la documentariste parisienne.

Si le mouvement rencontre un succès d’estime auprès d’une partie de la population, son influence politique est plus incertaine. « En France, ce mouvement n’engage pour l’instant pas de transition en matière de politiques publiques », observe Yann Le Lann. Au Royaume-Uni en revanche, Extinction Rebellion n’est désormais plus ignoré des politiciens. Suite à sa mobilisation, le Parlement britannique a déclaré l’« urgence climatique » début mai, suivi par le Parlement irlandais et plus de la moitié des échelons locaux au Royaume-Uni.

Une montée en puissance que suivent de près les autorités françaises, en particulier depuis le blocage pacifiste du pont de Sully, à Paris, le 28 juin. L’incapacité de la police à gérer ce type de manifestation – le ministre de l’intérieur Christophe Castaner demandera un rapport à la préfecture de police après qu’un CRS est filmé en train de gazer, avec entrain et à bout portant, des manifestants assis – inquiète en haut lieu. Les autorités s’alarment également des éventuelles dérives radicales de certains membres, qui jugeraient à terme ce type de mobilisation insuffisant.

Les forces de l’ordre surveillent en outre de près les éventuelles jonctions avec l’ultra gauche. Après avoir investi – avec succès – le mouvement des « gilets jaunes », cette mouvance s’est mise en retrait à mesure que le phénomène décroissait. « C’est certain qu’on va les retrouver de plus en plus dans les manifestations pour le climat », assure une source policière pour qui leur mode opératoire consiste à infiltrer les mouvements sociaux les plus à même de déstabiliser le pouvoir.

Extinction Rebellion peut-il s’inscrire durablement dans le paysage ? « Leur stratégie d’“impulsion et pause” est très intelligente : elle leur permet de s’arrêter, de se regrouper et de recommencer, ce qui soutient la mobilisation dans le temps, juge Graeme Hayes, qui rappelle que « XR » bénéficie de larges dons de philanthropes et de stars, tels que Radiohead ou l’héritière du pétrole Aileen Getty. Reste à voir si la nouveauté ne s’estompe pas. »

Publicité
7 octobre 2019

Saint Cado

saint cado

7 octobre 2019

France Médias, une réforme politiquement inflammable

Par Sandrine Cassini

Le gouvernement va créer un holding chapeautant France Télévisions, Radio France, l’INA et France Médias Monde. Calendrier, gouvernance, il tente de mettre en place un système qui le prémunisse de toute critique.

Officiellement, le calendrier choisi pour créer en 2021 France Médias, cette « BBC à la française », qui doit réunir France Télévisions, Radio France, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et France Médias Monde n’a pas été décidé en fonction de l’élection présidentielle de 2022.

« Cela n’a rien à voir », a assuré, vendredi 4 octobre, Franck Riester. Le ministre de la culture livrait, lors d’une rencontre avec la presse, les derniers détails de l’avant-projet de loi audiovisuel, qui passera en conseil des ministres fin novembre, avant un examen au Parlement en janvier.

Mais, même s’il s’en défend, M. Riester fait tout pour éviter que la réforme de l’audiovisuel public, partie la plus délicate du projet de loi, prenne une tournure politique, et ne ressemble à une reprise en main. Sa crainte, être accusé d’instrumentaliser France Télévisions et Radio France, en pleine campagne présidentielle.

Le fonctionnement de France Médias se rapprochera donc d’une entreprise classique s’éloignant – sur le papier – du pouvoir en place. Un conseil d’administration de onze membres élira un président. « Nous avons verrouillé [ce conseil] afin que l’Etat soit minoritaire », a martelé le ministre de la culture. De fait, sur ses onze membres, trois seulement représenteront l’Etat, a-t-il insisté. Un administrateur viendra de Bercy, puis – c’est en cours d’arbitrage – deux autres pourront être issus du ministère de la culture et des affaires étrangères.

Premier conseil d’administration nommé début 2021

En réalité, l’Etat nommera également « deux personnalités indépendantes ». Ce qui fait passer son poids à cinq membres. « Ces personnalités n’auront aucun compte à rendre à personne. Ce que nous faisons est conforme à ce qu’il se passe ailleurs », a rétorqué le ministre, balayant toute critique sur la mainmise de la tutelle sur France Médias.

Le premier conseil d’administration sera nommé tout début 2021 et choisira dans la foulée son président. Sa mission : « définir à l’ère numérique la stratégie du groupe public, assurer les missions de l’audiovisuel public et optimiser les fonctions supports », a précisé M. Riester. Il aura le pouvoir de répartir les 3,7 milliards d’euros annuels de contribution à l’audiovisuel public entre les différentes entités publiques, une mission qui échoit aujourd’hui à l’Etat.

Il tranchera également les conflits entre les filiales. Il s’agit par exemple d’éviter qu’un projet comme le rapprochement des matinales de France Bleu et France 3 ne patine.

Le pouvoir du futur patron de France Médias sera donc central. Déjà les noms de candidats potentiels circulent. De Jean-Paul Philippot, le patron de la RTBF, à Christopher Baldelli, l’ancien patron de RTL en passant par Denis Olivennes, président de CMI France (Marianne, Elle… propriété de Daniel Kretinsky, actionnaire indirect du Monde). Une telle fonction pourrait-elle intéresser l’actuelle patronne de Radio France, Sibyle Veil ? « Pour ce type de poste, nous n’empêchons pas les présidents en poste de se présenter », s’est contenté d’indiquer Franck Riester.

Le président de France Médias choisira également les patrons de ses quatre filiales. Mais pas avant le 1er janvier 2023. Pourquoi si tard ? « Nous ne voulions pas qu’il y ait de précipitation. Ceux qui sont le plus à même de suivre le plan de 2022 sont ceux qui en sont responsables », a indiqué le ministre, se référant au plan d’économies sur quatre ans demandé par sa prédécesseur Françoise Nyssen aux groupes de l’audiovisuel public.

« Aucune fonction éditoriale »

« Ce calendrier arrange tout le monde. Qu’est-ce qu’on aurait dit, si on avait eu l’air de placer à la tête de Radio France et de France Télévisions des copains au moment des élections », reconnaît une source gouvernementale. Pour se prémunir de tout soupçon d’ingérence, le gouvernement a même logé la responsabilité des contenus dans les filiales, et non dans la société mère. Le président de France Médias n’aura « aucune fonction éditoriale », a expliqué Franck Riester.

Incongruité du calendrier, c’est donc, comme le veut le système actuel, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui sera chargé de relancer au printemps 2020 la procédure de nomination du patron de France Télévisions, le mandat de Delphine Ernotte arrivant à échéance en août 2020.

Le poste sera moins bien attractif qu’aujourd’hui. Tout d’abord, le mandat sera ramené de cinq à deux ans et demi. En outre, dès 2021, le pouvoir du prochain patron de la télévision publique se verra réduit sous l’effet de la nomination du premier président de holding en 2021. Dans ces conditions, qui postulera ?

Même si à ce stade, Delphine Ernotte ne dévoile officiellement pas ses ambitions, l’actuelle présidente, qui a présenté pour France Télévisions un plan à 2022, aurait envie de rempiler. Ce qui devrait annihiler ses chances pour briguer l’année suivante le poste de président du holding. « Il n’y a pas d’incompatibilité mais cela paraît bizarre de se présenter aux deux », dit une source gouvernementale.

7 octobre 2019

Bretagne

finistere

7 octobre 2019

Entretien - Le juge Trévidic : « Dans l’affaire Karachi, on nous a mis trop de handicaps »

Par Gérard Davet, Fabrice Lhomme

Le tribunal correctionnel de Paris va juger à partir de lundi six personnalités mises en cause dans le volet financier de l’enquête. Le magistrat revient sur les difficultés qu’il a rencontrées.

A partir de lundi 7 octobre, le tribunal correctionnel de Paris va juger six personnalités mises en cause pour « abus de biens sociaux et recel » dans le volet financier de l’enquête sur l’attentat de Karachi, qui avait coûté la vie à onze Français en 2002 au Pakistan.

Magistrat réputé pour son franc-parler et son indépendance, Marc Trévidic a eu un rôle majeur pour faire éclore puis prospérer cette affaire de Karachi, qu’il s’agisse de l’enquête terroriste ou de son versant financier. Désormais président de cour d’assises à la cour d’appel de Versailles, il a dû quitter le pôle antiterroriste en août 2015, atteint par la règle proscrivant à un juge d’instruction d’exercer plus de dix ans dans le même tribunal.

Comment avez-vous été amené à orienter l’enquête sur l’attentat de Karachi sur la piste de la corruption politique ?

C’est un avocat qui m’amène en septembre 2008 un article publié par Mediapart. Je venais tout juste de récupérer la procédure sur l’attentat de Karachi, et mon attention avait déjà été attirée à la lecture du dossier par le fait que les gens condamnés à mort au Pakistan pour l’attentat n’avaient rien fait, ce qui est quand même ennuyeux ! On avait servi une thèse ne reposant sur rien, avec des aveux fantaisistes, laissant croire par exemple que des explosifs artisanaux avaient été utilisés, alors qu’il s’agissait d’explosifs militaires.

Ces faits nouveaux liés aux rétrocommissions, vous avez pu vous en saisir tout de suite ?

L’article faisait référence à un document, le rapport « Nautilus », qui avait été saisi par un juge financier enquêtant de son côté sur la DCN (direction des constructions navales). Donc, en m’appuyant sur l’article, j’ai récupéré d’initiative les documents chez ce collègue, et comme il s’agissait d’un rapport fait par la DCN elle-même via une enquête privée, ses conclusions ont évidemment attiré mon attention.

Explorer la piste « politique », cela a été difficile dès le départ ?

Ce qui était compliqué, c’est que dans le service enquêteur, l’ex-DST, devenue cette année-là DCRI [et aujourd’hui Direction générale du renseignement intérieur, DGSI], ils ne voulaient pas entendre parler de cet aspect de l’enquête ! Quand j’ai fait une réunion de travail, ils m’ont dit que pour eux, il était hors de question de s’occuper de ça, que ce n’était pas leur boulot, qu’eux ils s’occupaient seulement de terrorisme, etc.

Or, le rapport « Nautilus » concluait que l’attentat était lié à l’arrêt des rétrocommissions, donc j’estimais être dans mon rôle en explorant cette piste, quand même ! Comment commencer à bosser avec un service, avec qui jusque-là je travaillais sans difficulté, qui freine des quatre fers ? Ils n’ont voulu faire aucune audition, ce qui fait qu’au début, j’ai dû tout faire tout seul. A tel point que quand j’ai dû aller en Suisse exécuter une CRI (commission rogatoire internationale), je n’ai eu aucun policier ! C’est la première fois dans ma carrière qu’aucun policier ne m’a accompagné sur une CR.

Vous vous êtes aussi heurté à l’hostilité du parquet de Paris…

Très vite, on a vu qu’il y avait eu des infractions financières, il fallait donc une enquête financière, mais le procureur estimait que c’était prescrit. Cela s’est révélé faux, mais peu importe, c’était une façon pour le parquet de dire, on ne fait rien.

Et ça a duré deux ans avant qu’il puisse y avoir enfin une enquête financière, grâce à une plainte avec constitution de partie civile des familles de victimes. Mais moi, pendant ces deux années, je me suis senti limité : je n’avais pas la compétence d’un juge financier, les services d’enquête ne voulaient pas enquêter, le parquet non plus…

Donc la désignation d’un juge financier, Renaud Van Ruymbeke, en septembre 2010, vous a soulagé ?

Oui, complètement. Mais dès le début, j’ai suggéré une co-saisine, c’est-à-dire un seul dossier avec deux magistrats : un financier, Renaud, et un « terro », c’est-à-dire moi-même. C’était la logique même. Mais cette hypothèse a été refusée par la présidence du tribunal. C’était même la pire qu’ils pouvaient envisager à mon avis, parce que ça aurait montré la connexion entre l’attentat et les rétro-commissions !

Le fait de scinder l’affaire a nui aux deux procédures ?

Oui, parce qu’il y a de la déperdition : il faut sans cesse s’échanger des pièces, se demander qui fait quoi, savoir qui avance dans quel sens, etc.

L’opposition régulière du secret-défense n’a-t-elle pas constitué une autre entrave ?

Oui, et ce dès les premières auditions. C’est très compliqué, vous posez des questions à quelqu’un qui vous dit, « désolé, je ne peux pas vous répondre, c’est couvert par le secret », mais comme vous n’avez pas les documents, vous ne savez pas dans quelle mesure c’est vrai ! C’est vraiment un système pervers puisqu’on vous l’oppose même en audition.

Et lorsque vous obteniez la déclassification de documents, vous tombiez régulièrement sur des notes tronquées.

Bien sûr ! Vous savez, il y a les effets d’annonce – parce que c’est de la communication – du type : « Le ministre a déclassifié pour le juge 37 documents ». Très bien, mais ensuite vous regardez, et sur les 37 documents, quand vous cherchez les passages et mêmes les lignes non caviardées, si vous retirez la date et le lieu, vous n’avez plus grand-chose 

L’Etat français était embarrassé par cette affaire ?

Ah oui, à 100 %. L’Etat et l’institution judiciaire. Mais c’est logique, tout ce qui touche aux contrats d’armement et nos relations avec certains pays sulfureux, et quand en plus il y a eu des morts… Les contrats d’armement, ça ne se passe jamais bien. Rappelez-vous, l’affaire des frégates de Taïwan avec ses décès suspects, des gens qui sautent par les fenêtres…

Tout cela s’est déroulé durant la présidence Sarkozy (2007-2012), lui-même embarrassé par cette affaire. Cela a-t-il joué ?

Oui, ça a joué, d’ailleurs, alors que je réclamais en vain depuis le début des renforts policiers, quand je les ai enfin reçus, c’est après mai 2012. Là, j’ai enfin eu des enquêteurs. Les alternances politiques ont quand même du bon !

Au moment où vous avez été contraint de partir, en 2015, vous pensiez pouvoir aboutir ?

Déjà, j’ai pu faire pas mal de choses en trois ans, entre 2012 et mon départ. Y avait-il encore de l’espoir ? La clef, ça aurait été le temps qu’on m’aurait laissé, la liberté aussi, et puis d’avoir un peu de chance au Pakistan.

C’est un pays complexe où il y a pas mal de gens qui se tirent dans les pattes, des luttes de pouvoir, avec toujours une petite chance d’avoir des informations, donc je voulais vraiment aller là-bas. Mais je n’ai pas pu. Je n’ai jamais compris pourquoi. On m’a dit, « on va voir », puis, « oui », puis, « plus tard », et enfin, plus aucune nouvelle…

N’est-ce pas regrettable que vous ayez dû partir alors que vous êtes la mémoire du dossier ?

On parle de bonne administration de la justice, mais on ne peut même pas nous laisser une semaine pour passer le relais, rencontrer les collègues, leur présenter les dossiers, assurer la transition… Moi, je pense qu’il faudrait être en doublette pendant six mois, voire un an, avec celui qui va vous remplacer. Ca ne coûterait rien. Il faut tellement de temps pour s’imprégner d’un dossier.

Aujourd’hui, vous avez acquis une certitude sur les causes de l’attentat ?

Cet attentat, j’ai la conviction qu’il est lié à cette histoire de commissions. Dès le départ de toute façon, j’avais trouvé anormal que Al-Qaïda s’en prenne à l’armée pakistanaise, ça n’arrive jamais, par rapport à ce que je sais de l’islamisme. Il y avait quelque chose qui n’allait pas. L’armée, les services pakistanais, c’est quand même ceux qui protégeaient Ben Laden !

Aux deux enquêtes terroriste et financière s’ajoute celle de la Cour de justice de la République, chargée de juger les ministres en exercice à l’époque des faits, en l’occurrence Edouard Balladur et François Léotard...

Je comprends très bien que pour les ministres en exercice, il y ait une séparation des pouvoirs. Mais quand ils ne sont plus ministres, depuis très longtemps en plus, il n’y a aucune raison qu’on ait cette juridiction, qui est abominable. On l’a vu dans le dossier Tapie, on le voit dans cette histoire de Karachi…Cela morcelle les affaires, les subordonnés se retrouvent seuls devant le juge, etc. Et puis, plus on découpe une enquête, plus on est inefficaces. Avec en plus un risque d’anomalies, avec le juge de droit commun qui va relaxer et la CJR qui va dire l’inverse par exemple... C’est un système complètement pourri.

Du coup, que penser du procès qui s’ouvre ce lundi avec des « seconds couteaux » ?

Qu’on m’explique comment ça pouvait attenter à la séparation des pouvoirs que Balladur et Léotard soient jugés en même temps que ces gens-là ? C’est ridicule.

Les politiques seraient capables de changer ce système s’ils le voulaient, on se demande pourquoi ils ne le font pas…

Vous avez accordé beaucoup d’importance aux parties civiles dans votre procédure…

Les familles sont concernées à double titre, par leur employeur, DCN, qui leur a caché l’enquête privée et ses résultats. Elles se sont rendu compte que l’exécution du contrat des sous-marins, dans ce contexte pourri d’arrêt de versements de commissions, cela avait vraiment signifié mettre en danger leurs maris, pères, fils, frères... C’est terrible pour ces familles qui se disent, non seulement on est victimes, mais en plus on n’a pas une vraie reconnaissance, parce que ce n’est pas clair.

Parce qu’ils ne savent pas qui sont les coupables ?

Mais parce qu’on ne peut pas leur dire la vérité, tout simplement ! Parce qu’ils savent que plein de gens cachent des choses dans cette histoire-là. De toute façon, pour les familles, l’idée même que des politiques se fassent de l’argent en rétrocommissions sur un contrat d’armement pendant que leurs proches risquent leur peau, à Karachi, pour exécuter ce contrat, ce simple constat-là est quand même dur à avaler… Franchement, je serais en colère à leur place. Parce que ce contrat de 5 milliards de francs, il était quand même à perte de 1,5 milliard, il faut quand même le dire ! Ça a été signé à la va-vite justement pour avoir de l’argent frais rapidement.

Peut-on parler d’un scandale entravé par la raison d’Etat ?

A mon avis, oui. En fait, l’affaire de Karachi, elle a été entravée par plusieurs raisons d’Etat ! Celles du Pakistan, de la France, de l’Arabie saoudite, même des Etats-Unis… Cela fait quand même un paquet de raisons d’Etat ! On le voit bien avec les Américains qui, après 2001, ont multiplié les enquêtes sur les Saoudiens, y compris Ben Moussalem, et puis après on arrête tout, parce que la raison d’Etat fait que maintenant on est copains avec les Saoudiens.

Ces contrats d’armement internationaux avec des pays pareils, dans des zones pareilles, c’est le summum de la complexité et surtout de l’opacité.

Connaîtra-t-on un jour la vérité et la justice sera-t-elle rendue ?

Vous savez, ce n’est pas qu’il n’y a pas de justice, c’est qu’elle passe après d’autres considérations. Dans cette histoire, on nous a mis trop de handicaps pour espérer y arriver. Cette affaire, c’est un peu un 110 mètres haies au cours duquel, à mesure que vous sautez les haies, vous vous apercevez qu’on vous en ajoute d’autres.

Publicité
7 octobre 2019

Milo Moiré

IMG_1784

IMG_1785

IMG_1786

IMG_1787

IMG_1788

 

IMG_1790

IMG_1791

IMG_1792

IMG_1793

7 octobre 2019

Finie la polémique? Le "Bouquet de Tulipes" de Jeff Koons dévoilé à Paris

koon

L'oeuvre est un cadeau des Etats-Unis à la ville de Paris après les attentats de 2015-2016.

Rarement bouquet de fleurs aura autant fait parler de lui... Après presque trois ans de polémiques, les "Tulipes" géantes de l'artiste Jeff Koons, cadeaux des Etats-Unis à la ville de Paris après les attentats de 2015-2016, ont été inaugurées ce vendredi.

"Photographes! Instagrammeurs! On y va", ont lancé les organisateurs quelques secondes avant de dévoiler la statue monumentale (haute de 12 mètres) représentant une main tenant un bouquet de tulipes, située derrière le Petit palais, près des Champs-Elysées.

Un hommage aux attentats de 2015-2016

"Il y a seulement onze fleurs. La douzième symbolise la perte née des attentats", a déclaré l'artiste américain, après un long discours de remerciements où il a invoqué l'esprit de Bartholdi, l'auteur de la statue de la Liberté.

Son bouquet évoque la main de la statue brandissant la torche et dialogue avec le "Bouquet de l'Amitié" de Pablo Picasso, a-t-il souligné dans son discours.

A l'origine, cette oeuvre avait été proposée en novembre 2016 par l'ambassade américaine, comme un hommage aux victimes des attentats ayant endeuillé la capitale.

Jeff Koons avait initialement souhaité qu'elle soit installée près du Trocadéro, entre le musée d'art moderne et le Palais de Tokyo, un lieu fréquenté par les touristes.  Devant la levée de boucliers, un emplacement plus discret, visible du petit Palais et à quelques encablures de l'ambassade américaine, avait été choisi sur un jardin municipal.

"Un cadeau, ça s'accepte"

"Je voulais rendre ce soutien visible", a souligné Jane Hartley, l'ancienne ambassadrice des Etats-Unis en France, qui avait sollicité Jeff Koons pour ce projet devenu au fil du temps un enjeu diplomatique entre les deux pays.

"Un cadeau, ça s'accepte", a renchéri la maire de Paris, Anne Hidalgo. "Tout est grand à Paris: les émotions, les polémiques...", a-t-elle ajouté, face aux nombreuses controverses ayant entouré ce projet, de son emplacement à la personnalité de l'artiste -- accusé de participer à une marchandisation excessive de l'art contemporain -- en passant par son coût (3,5 millions d'euros financés par des donateurs privés).

"Au fond de moi, je ne voulais pas rater cette opportunité extraordinaire pour Paris, d'avoir ce cadeau des Etats-Unis, de Jeff Koons", a poursuivi l'édile lors de la cérémonie d'inauguration.

Les revenus de l'artiste versés à des associations

Parmi l'assistance, figuraient notamment le milliardaire Xavier Niel, le journaliste Nikos Aliagas et des familles de victimes des attentats de l'association 13onze15. Jeff Koons a d'ailleurs été les saluer et a échangé avec elles, une fois la statue dévoilée.

L'artiste a prévu de reverser les revenus (à hauteur de 80%) perçus au titre de ses droits d'auteur aux associations des familles de victimes. Les 20% restants doivent aller à la Ville de Paris pour la maintenance de l'oeuvre.

Connu pour ses oeuvres kitsch et ses clins d'oeil appuyés à la pop culture, Jeff Koons déchaîne les passions mais fait souvent exploser les compteurs: en mai, une de ses sculptures, Le "Rabbit", moulage en acier d'un lapin gonflable, a été vendue 91 millions de dollars à New York, record pour un artiste vivant.

7 octobre 2019

Galerie Loevenbruck

loeven

loven

7 octobre 2019

Du 9 octobre au 27 janvier 2020. Léonard de Vinci, au Louvre

Pour les visiteurs, l’exposition « Léonard de Vinci » promet d’être compliquée : pour remédier à l’affluence attendue, le Musée du Louvre organise la réservation obligatoire d’un créneau horaire. A ce prix, on y verra, comme d’habitude, les cinq tableaux que le musée parisien conserve (La Vierge aux rochers, La Belle Ferronnière, Saint Jean-Baptiste, la Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne et La Joconde), mais aussi des dessins et des œuvres considérés comme venant de l’atelier du maître. On ne sait si le Salvator Mundi, actuel record du monde des ventes aux enchères, dont le prêt a été officiellement réclamé, sera du lot, ni dans quelle section (original ou atelier), ni même s’il sera prêté. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que la dizaine d’années de préparation de cette exposition a permis de restaurer plusieurs œuvres, et de parfaire la connaissance que l’on a de Vinci, ce qui est déjà une réussite.

7 octobre 2019

Pin Up

pinup

Publicité