Entretien - Caroline Fourest : « J’ai eu besoin, d’air, de liberté, de cinéma ! »
Par Annick Cojean
Je ne serais pas arrivée là si… « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Cette semaine, la journaliste et essayiste revient sur ses combats féministes et contre les intégrismes, sur le « tourment émotionnel » de l’après-« Charlie », et sur son film « Sœurs d’armes », en salle le 9 octobre.
Sa quasi-disparition des débats depuis trois ans avait beaucoup intrigué. La journaliste et essayiste Caroline Fourest était en fait concentrée sur l’écriture et le tournage de son premier long-métrage, Sœurs d’armes, en salle le 9 octobre. Un film de guerre féministe, qui met en scène une brigade de résistantes kurdes combattant Daech [organisation Etat islamique, EI]. A 44 ans, elle explique ici son rêve de cinéma et la nouvelle orientation donnée à sa vie.
Je ne serais pas arrivée là si…
Si je n’avais pas été rattrapée par le flot d’émotions accumulées au fil de vingt ans de combats, et trop longtemps contenues, notamment après les attentats de Charlie et de Paris. J’avais longtemps résisté, refoulé ma peine, gardé mon calme, maintenu un cap, misé sur la raison, un journalisme d’enquête et d’explication. Mais la fureur du débat public après Charlie m’a ébranlée. Il tournait au lynchage. Les mêmes qui avaient désigné pour cibles mes amis de Charlie en les traitant d’islamophobes recommençaient de plus belle, les enterrant une seconde fois.
J’ai tenté de répondre, de contrer les salauds qui ne cessent d’inciter à la haine et de nourrir la machine à tuer, j’ai lutté par mes mots, écrit Eloge du blasphème (Grasset, 2015). Mais l’injustice et l’extrême violence des attaques ont eu raison de ce self-control auquel je me suis tenue si longtemps. J’ai senti un bouillonnement intérieur, un trop-plein d’émotions qu’il fallait que je transcende pour qu’elles ne me consument pas. Le cinéma m’a offert une nouvelle voie. La liberté de la fiction m’est devenue vitale.
Vous n’aviez pourtant jamais manqué de tribunes ni de lieux d’expression. Une vingtaine de livres et de documentaires, des chroniques radio et magazine, des invitations sur les plateaux télé…
Oui. J’ai beaucoup travaillé depuis mon engagement dans le journalisme, à l’âge de 20 ans. Et j’ai eu de beaux espaces pour m’exprimer. Je suis allée partout pour lancer des alertes, parfois un peu trop tôt, souvent seule contre tous. Je me suis plongée dans des enquêtes complexes en essayant de donner toutes les armes, toutes les clés, sur des sujets qui me semblaient menacer notre société.
Mais j’ai fini par avoir le sentiment que le débat public était saturé. Les réseaux sociaux n’étaient plus qu’injures. Je ne pouvais plus convaincre que les convaincus. Je sentais une impasse. Alors je me suis dit que, après tout, j’avais fait le job, tel un bon petit soldat qui avait mis toutes ses forces pour défendre ce en quoi il croyait. Le moment était enfin venu de réaliser mon rêve de cinéma, si longtemps différé.
Parce que c’était un rêve ?
Oui. Depuis toujours, je crois. Je n’avais pas les mots, je ne connaissais pas le métier, ma famille de commerçants du sud de la France n’avait rien à voir avec le milieu artistique. Mais j’aimais écrire des histoires.
« ENFANT, MON HÉROS DE L’ÉPOQUE S’APPELAIT LOUIS DE FUNÈS. FAIRE RIRE M’APPARAISSAIT COMME LA CHOSE LA PLUS NOBLE ET LA PLUS BELLE QUI SOIT. VOUS VOYEZ, J’AI UN PEU RIPÉ… »
A la maternelle, je fabriquais déjà de petits livres. Puis on m’a offert, pour ma communion, mon premier vrai cadeau : un appareil photo. Et je me suis ensuite jetée sur une caméra numérique. J’écrivais des sketches, des discours, des interviews, j’imitais des hommes politiques. Je faisais éclater de rire à la fin des banquets familiaux. Et mon héros de l’époque s’appelait Louis de Funès. Je connaissais ses films par cœur et rêvais d’être comique. Faire rire m’apparaissait comme la chose la plus noble et la plus belle qui soit. Vous voyez, j’ai un peu ripé…
En effet !
Mais je maintiens que l’humour est essentiel ! Mes amis sont de grands déconneurs. J’ai besoin de cet oxygène, de cette distance et du deuxième degré. C’est pour ça que j’ai tant aimé Charlie.
Un jour, j’ai confié à une de mes tantes : « Quand je serai grande, je serai comédienne. » Elle a éclaté de rire : « Caroline, tu serais incapable de dire une ligne que tu n’as pas écrite ! » Elle savait mieux que moi alors combien j’aimais écrire et maîtriser le show. C’est à cette époque que j’ai perdu un oncle que j’adorais. Et tout le monde s’est tourné vers moi, qui n’avais que 15 ans, en disant : « Il n’y a que toi qui puisse écrire le discours. » De fait, le texte est venu tout seul. J’avais l’écriture fluide. C’était certain : j’écrirais un jour des histoires. Mais ce rêve de cinéma, je l’ai mis en parenthèse pendant plus de vingt ans.
Pourquoi avoir tant différé ?
Parce que le journalisme m’a happée alors que j’étais étudiante. Et parce que j’y ai vu un moyen de lutter contre ceux qui menaçaient nos droits, nos libertés, une qualité de vie dans un pays que je trouve assez exceptionnel. Ce besoin de protection du pays peut paraître fou, il m’était pourtant viscéral.
Je voyais monter le Front national, les discours haineux contre les sans-papiers, les actions des cathos intégristes contre l’avortement, les droits des femmes et des homosexuels. J’avais 20 ans, j’assumais enfin qui j’étais, c’est-à-dire une femme qui aime les femmes et qui savait qu’elle le paierait très cher, et je percevais avec une acuité particulière toutes les menaces pesant contre les minorités. Il y avait urgence et j’ai foncé. Il se trouve qu’une rencontre essentielle a précipité et renforcé cet engagement.
Une rencontre qui pourrait être une deuxième réponse à « Je ne serais pas arrivée là si… » ?
Oui, car elle est fondatrice. Je travaillais pour Transfac, un journal étudiant, et m’étais lancée dans des infiltrations et des enquêtes sur l’extrême droite, quand, un soir de 1996, j’ai vu à la télévision une jeune chercheuse de sciences politiques démasquer et torpiller calmement une anti-IVG qui était en train d’embobiner tout le plateau. Elle s’appelait Fiammetta Venner et j’ai été scotchée.
Je l’ai interviewée le lendemain par téléphone et puis elle m’a donné rendez-vous, ainsi qu’à d’autres journalistes, au procès que lui intentaient les anti-avortements à la 17e chambre correctionnelle. Je suis arrivée dans un tribunal rempli de militants d’extrême droite et de féministes. Quand on s’est vues, un éclair a traversé la fenêtre du tribunal et nous a percutées. Un coup de foudre. Comme dans les films. Il y avait 400 personnes au tribunal, mais c’était comme si nous n’étions que deux dans la pièce. Voilà. On ne s’est plus quittées.
Mêmes urgences, mêmes combats, mêmes engagements ?
Oui. Elle arrivait du Liban et elle avait fait une énorme thèse de sciences politiques sur l’extrême droite, qu’elle avait d’ailleurs infiltrée. C’est une chercheuse surdouée, avec une capacité d’emmagasiner et de trier des données à une vitesse hallucinante. On a créé ensemble la revue [sur les questions politiques et religieuses et des droits individuels] ProChoix, en 1997, écrit des livres et des documentaires en travaillant de façon complémentaire. Même quand on est chacune sur un sujet, on se consulte et on se relit mutuellement. Elle est mon roc, mon bouclier, mon mentor aussi.
« APRÈS “CHARLIE”, J’AI COMPRIS QUE MÊME POUR ÊTRE UTILE, IL Y A DES CHOSES QUE JE N’ÉTAIS PLUS PRÊTE À ACCEPTER. TROP D’ENNEMIS, TROP DE PRESSION »
C’est avec elle que j’ai appris le féminisme, qui est devenu le fil conducteur de tous mes combats. Et c’est avec elle, très vite, que je me suis battue pour le pacs, fait des enquêtes pour démonter les réseaux secrets de Christine Boutin, dégonfler la pétition des maires anti-pacs. Et plus tard pour le mariage pour tous… Car je ne voulais pas vivre dans un monde qui m’interdise de me marier et d’avoir des enfants. L’idée m’était insupportable. Aujourd’hui, avec le vote de la procréation médicalement assistée [PMA, étendue à toutes les femmes et adoptée le 27 septembre par l’Assemblée nationale], je me sens citoyenne comme les autres, à ma place dans cette République que j’aime. Et libre, enfin, de me concentrer sur des envies plus personnelles.
D’autres combats vous ont retenue. Comment êtes-vous passée du sujet de l’extrême droite à celui de l’intégrisme musulman ? De Christine Boutin à Tariq Ramadan ?
Le choc du 11 septembre 2001 a créé de tels antagonismes, ranimé de telles haines, qu’on a décidé, avec Fiammetta Venner, de comparer les intégrismes juif, chrétien et musulman dans un livre intitulé Tirs croisés (Calmann-Lévy, 2003), pour bien en extirper la gangue raciste et essentialiste.
Et c’est là que je suis tombée sur Tariq Ramadan, dont je ne savais alors que faire. Etait-il moderniste ou fondamentaliste ? J’ai enquêté, lu ses discours, ses interviews, écouté ses cassettes et ai conclu au double discours. On m’est tombé dessus. Grasset m’a commandé un livre pour y voir plus clair. J’ai répondu : « Je signe pour l’enfer ! » Ce sera en fait dix fois pire que ce que j’avais prévu.
Pourquoi le faire, alors ?
Le côté petit soldat. J’ai toujours mon envie de cinéma. Je viens même de gagner un concours de scénario. Mais écrire ce livre est alors de l’ordre de la mission. Je n’ai pas le choix. Je me dis : si je ne le fais pas, personne ne le fera. Ou ce ne sera pas bien fait et il va s’en sortir. Or je suis consciente que ce type veut radicaliser l’Europe et peut la faire exploser en profitant des complaisances de partis de gauche et en faisant, au final, gagner les extrêmes droites. Il faut l’arrêter. Je m’immerge pendant neuf mois dans son univers, décortique la mécanique du bonhomme, démonte point par point son discours, prouve qu’il a une visée stratégique. Et qu’il est dans une parfaite fidélité à son grand-père, fondateur des Frères musulmans [le cheikh égyptien Hassan El-Banna, en 1928].
Que se passe-t-il à la sortie du livre, en 2004 ?
La bourrasque. Il renverse l’accusation et me traite de menteuse, repris en chœur par ses alliés, ses fidèles, ses fanatiques, le réseau des Frères musulmans. Je suis taxée d’islamophobie, moi, la journaliste antiraciste obsédée par la vérité. Cela se traduit par des chaînes d’insultes, de trolls, de procès d’intention, de menaces. Mon adresse est divulguée, mon code… Le plus douloureux est que des gens pour qui je m’étais battue sont sensibles à ses propos, car il est redoutable – des gens de gauche, des féministes, des homos. J’avais le sentiment du devoir accompli, mais un goût amer d’injustice personnelle et de terrible danger pesant sur la société.
La tragédie de « Charlie » sera un point de bascule ?
Comment oublier ce matin du 7 janvier 2015 ? L’atroce lecture de la liste des proches tombés sous les balles ? Cela faisait dix ans que nous sonnions l’alarme, qu’on dénonçait les mots tordus qui armeraient des tueurs, qu’on redoutait des morts. Et voilà que recommençaient les « oui, mais » et les accusations d’islamophobie ? C’était mettre des cibles sur nos têtes.
J’ai vécu sous protection policière juste pour avoir le droit de continuer à m’exprimer en France, alors que notre liberté se jouait en Irak et en Syrie, où les Kurdes se battaient contre Daech ! J’ai compris alors, dans ce tourment émotionnel, que même pour être utile, il y a des choses que je n’étais plus prête à accepter. Trop de furieux aux basques, trop d’ennemis, trop de pression. Besoin d’air, de liberté, de cinéma. Il était temps !
Quel est le déclic pour vous lancer dans l’écriture d’un film ?
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle on assiste à la foire aux esclaves et où l’on voit des combattants de Daech, rigolards, évaluer les petites yézidies, yeux bleus, yeux marron, qu’ils sont prêts à échanger contre un pistolet. Vous vous souvenez ? Cette scène était un sommet de racisme, de totalitarisme misogyne, de déshumanisation. Elle me hante. Je ne peux pas passer à autre chose.
« JE ME SUIS SOIGNÉE AVEC CE FILM. J’AI PU JOUER AVEC LES SYMBOLES QUI ME HANTAIENT, ENTENDRE DES MILLIERS DE CRÉPITEMENTS DE KALACHNIKOVS, VOIR DES GENS MOURIR ET SE RELEVER »
Je me rends au Kurdistan irakien, comme Charb en avait d’ailleurs le projet avant d’être assassiné. J’y rencontre des bataillons de femmes kurdes, à 800 mètres du front. J’ai envie de les rejoindre. Mais je ne sais sniper qu’avec des mots. Il faut l’ampleur du cinéma pour raconter cette histoire inouïe qui combine un sommet d’oppression misogyne et un sommet de puissance féminine. J’écris donc un film de guerre. Un film de guerre féministe !
Camélia Jordana, l’une de vos actrices, prétend que ce film fut pour vous une forme de « réparation »…
Elle a raison. Je me suis soignée avec ce film. Et le tournage a été jubilatoire. J’ai pu jouer avec les symboles qui me hantaient, entendre des milliers de crépitements de kalachnikovs, voir des gens mourir et se relever pour aller manger à la cantine, entendre Camélia Jordana crier à un djihadiste qu’elle abat : « Et maintenant, il est où ton paradis, connard ? », avant que les maquilleuses marocaines nous prennent dans leurs bras en disant : « On est fières de faire ce film. » Des figurants berbères se sont identifiés à des yézidis. Des Kurdes, des Arabes, des juifs, des homos, des hétéros et même des trans ont travaillé tous ensemble. J’ai eu l’impression qu’on s’en sortait par le haut. Nous transformions en créativité ces années sinistres. J’aime les combats joyeux.
C’est pour vous un changement de cap ?
Un changement de vie ! Je ne reviendrai pas au débat permanent. J’ai donné. Le cinéma me paraît être un outil tellement plus puissant, plus profond, qui permet d’entrer en communion avec des foules de gens différents, et notamment les jeunes. C’est le dernier vecteur universel. J’ai vingt-cinq idées. Et l’envie de faire des films jusqu’à la fin de mes jours.
Avez-vous le regret d’avoir perdu du temps ?
Pas du tout ! Je préfère débarquer dans le cinéma à 40 ans passés plutôt qu’à 20. Le journalisme a été une formidable passerelle vers les autres. J’ai accumulé les rencontres, les expériences, les épreuves. J’ai travaillé sur la psychologie de personnages multiples, proches de moi ou à l’opposé ; j’en connais la cohérence, les motivations, les aspects les plus nobles et les plus sordides. Voilà bien des atouts.
Le milieu ne reste-t-il pas profondément misogyne ?
Si ! Nous sommes dans l’ère post-Weinstein, mais ne nous leurrons pas, ça reste l’un des lieux les plus résistants au féminisme. Et je suis persuadée qu’à 20 ans, je ne l’aurais pas supporté. Je n’étais pas prête à composer avec le regard dégoulinant d’acteurs majeurs de ce milieu et l’objétisation du corps des femmes.
Aujourd’hui, j’y vois surtout un beau défi. Le cinéma est le lieu où l’on fabrique le fantasme. Or les femmes y ont été jusqu’à présent les objets du fantasme plutôt que ses fabricantes (il n’y a qu’à voir le nombre infime de réalisatrices). Eh bien, j’aime penser que mon film renouvelle le regard sur les femmes. Des hommes qui l’ont visionné me disent : « Qu’est-ce qu’elles sont belles, tes héroïnes ! » Belles ? Elles ne sont ni maquillées ni apprêtées. Elles sont en sueur et elles tirent à la kalachnikov. Belles ? Ils trouvent belles ces femmes puissantes, qui s’affirment, et même qui font peur ? Alors, c’est gagné.
« Sœurs d’armes », écrit et réalisé par Caroline Fourest, avec Dilan Gwyn, Amira Casar, Camélia Jordana…, en salle le 9 octobre.
Ultime adieu à l’ancien président Jacques Chirac en Corrèze
La famille Chirac avait souhaité que ce dernier hommage ait lieu dans le département, terre des racines familiales de l’ex-chef de l’Etat et berceau de sa carrière politique.
La longue séquence d’hommages à Jacques Chirac a pris fin, samedi 5 octobre. Après les registres de condoléances à l’Elysée et les honneurs militaires aux Invalides, après la cérémonie solennelle dans l’église Saint-Sulpice (6e arrondissement de Paris) en présence de nombreuses personnalités étrangères et l’inhumation au cimetière du Montparnasse (14e), c’était le tour des Corréziens.
Emus et recueillis, ils étaient plusieurs milliers, samedi, à s’être déplacés pour rendre un ultime hommage à l’ancien président de la République, en présence de sa famille, au musée qui porte son nom à Sarran, point d’orgue d’une « journée du souvenir » débutée à Sainte-Féréole, sur les traces de l’ex-chef de l’Etat.
Dans la matinée, à Sainte-Féréole, 200 personnes, surtout des habitants, s’étaient d’abord rassemblées sur la place de ce village pittoresque où vivaient les grands-parents de Jacques Chirac, décédé le 26 septembre à 86 ans.
L’émotion de Claude Chirac
« Je ne peux dire que merci au nom de mon père et de ma maman qui est avec nous depuis Paris », avait déclaré, visiblement très affectée, jusqu’aux larmes, Claude Chirac, au côté de son mari Frédéric Salat-Baroux mais sans Bernadette Chirac, affaiblie.
« C’est un hommage vraiment exceptionnel (…) un moment qui va faire beaucoup de bien à maman », a encore remercié Claude Chirac, dans l’une de ses rares déclarations, après une visite sur les pas de son père, en mairie puis devant la modeste demeure familiale.
La famille de Jacques Chirac avait souhaité que ce dernier hommage ait lieu en Corrèze, terre des racines familiales de l’ancien président et berceau de sa carrière politique. Elu conseiller municipal en 1965 à Sainte-Féréole, il était devenu deux ans après député de la Corrèze et y avait été réélu sans discontinuité jusqu’à son accession à l’Elysée en 1995.
Après ce premier retour aux sources, une foule compacte de 3 000 personnes, selon le conseil départemental, a ensuite participé à une seconde cérémonie – en présence du petit-fils de l’ancien chef de l’Etat, Martin Rey-Chirac – sur le site du musée Jacques-Chirac de Sarran, une commune qui abrite la résidence des Chirac, le château de Bity. L’ex-président de la République François Hollande et sa compagne Julie Gayet étaient aussi présents.
Le Moulin Rouge fête ses 130 ans - AUJOURD'HUI
Le mythique cabaret parisien célèbre son 130ème anniversaire le 6 octobre le temps d'un spectacle son et lumière ouvert à tous.
Depuis 130 ans, le Moulin Rouge s'affiche en tête de liste des cabarets les plus mythiques du monde. Forcément, cet anniversaire spécial promet d'être spectaculaire.
Un cabaret mythique
Inauguré le 6 octobre 1889 au pied de la butte Montmartre, le Moulin Rouge acquiert rapidement son éclat et le tout Paris s'y presse pour s'encanailler devant le spectacle joyeux du french cancan. Immortalisé par Toulouse-Lautrec, foyer d'inspiration pour les écrivains en quête de réalisme, scène privilégiée pour les fantasques Mistinguett et Colette, théâtre des grands et petits scandales de mœurs (en 1907, Colette embrasse sa maîtresse Missy, la Marquise de Morny à la fin de son spectacle Rêve d'Égypte, provoquant un véritable tollé), le cabaret est le témoin exacerbé de toute une époque où l'on cherche avant tout à se griser face à un classicisme rigide, du petit bourgeois au garçon des rues.
Le Moulin Rouge
Le Moulin-Rouge, machine à succès made in France
Par Nicole Vulser
Contrairement à ses concurrents parisiens, le cabaret est resté intégralement familial depuis le milieu des années 1950. La direction de l’établissement a entamé une vaste politique de diversification.
« Le French cancan, cela ne s’apprend pas en danse classique, c’est très acrobatique », assure Mégane, une des plus jeunes danseuses de la troupe du Moulin-Rouge. Longues jambes campées dans des bottines, les « girls » de la troupe s’y adonnent tous les soirs à un rythme endiablé, sous un flot de froufrous tricolores. Ce numéro reste la marque de fabrique de ce cabaret mythique de la place Blanche, à Paris, immortalisé dans le film de Jean Renoir French cancan (1955). Le Moulin-Rouge a vu le jour le 6 octobre 1889, la même année que la tour Eiffel, et fêtera donc ses 130 ans dimanche, avec un faste exceptionnel.
Dans l’imagerie populaire, le Moulin-Rouge, cabaret fondé par deux hommes d’affaires avisés, Joseph Oller et Charles Zidler, évoque les danseuses la Goulue, Jane Avril ou Nini Pattes-en-l’air, qui ont fasciné Toulouse-Lautrec. Il s’agit alors d’amuser les foules avec des attractions inspirées du cirque, des concerts-bals ou des défilés qui font parfois scandale. Plus tard, Mistinguett y a chanté Il m’a vue nue… Avant que Luis Mariano, Edith Piaf ou Charles Trenet ne montent sur scène.
Le « Moulin », véritable institution, est resté intégralement familial depuis le milieu des années 1950. Contrairement à ses concurrents parisiens directs, comme le Lido (filiale de Sodexo), le Crazy Horse, aux mains de l’homme d’affaires belge Philippe Lhomme, ou le Paradis latin, racheté par le président du fonds d’investissement BPC, Walter Butler. Repris par le Divan du monde, le cabaret travesti Madame Arthur a rajeuni son public, tandis que les Folies Bergère, dans le giron du groupe Lagardère, sont devenues une simple salle de spectacle. Sans plumes ni danseuses.
Le Moulin a été racheté en 1955 par l’arrière grand-père de Jean-Victor Clérico, l’actuel directeur général, qui travaille toujours avec son père et sa sœur. « On ne veut pas ouvrir le capital, quitte à se développer moins vite », dit-il. Ce business reste très particulier. « Les coûts fixes sont extrêmement élevés », explique-t-il. Qu’on en juge : la revue Féerie, à l’affiche depuis le 23 décembre 1999 et conçue par Doris Haug et Ruggero Angeletti, a coûté 8 millions d’euros et, chaque année, entre 4 millions et 5 millions d’euros d’investissement sont nécessaires pour financer notamment des centaines de costumes et de paires de chaussures sur mesure.
Près de 450 salariés
Le show intemporel, kitsch et hors mode, trouve son public. « La salle de 900 places est remplie à 97 % », assure Jean-Victor Clérico. Et ce, même si le spectacle va fêter fin décembre ses 20 ans. Au fil du temps, des aménagements y sont apportés, les costumes sont remplacés, mais Féerie attire toujours. Une longévité qui s’apparente à celle des comédies musicales à succès que sont par exemple Les Misérables, Le Fantôme de l’Opéra, Le Roi lion ou West Side Story.
La machinerie Moulin-Rouge, ce sont près de 450 salariés, dont une centaine d’artistes, qui ont pour particularité d’être embauchés en contrats à durée indéterminée et non pas comme intermittents du spectacle. Les soixante « Doriss Girls » et les « Doriss Dancers » sont recrutés aux quatre coins du monde : actuellement quatorze nationalités cohabitent. La direction artistique vient tout juste de revenir d’auditions au Canada et en organise, en octobre, à Londres et à Paris. Jean-Victor Clérico précise : « Ce sont des profils très demandés, difficiles à ferrer », tout comme les artistes exceptionnels du show, comme le jongleur, la contorsionniste ou les patineurs.
Descendre l’escalier nécessite, selon l’annonce du site, « une formation en danse classique et jazz, une excellente présentation sur scène, un physique harmonieux, une silhouette gracile pour les danseuses et une plastique finement musclée pour les danseurs ». Et une taille minimum de 1,75 mètre pour ces dames et 1,85 mètre pour ces messieurs.
« On commence à 3 000 euros nets par mois »
Quid des conditions de travail au sein de cette adresse culte du tourisme dans la capitale ? Mathilde, danseuse de 31 ans, fait valser les chiffres. « On commence à 3 000 euros nets par mois, avec un treizième mois. » Deux fois plus pour les trois meneuses ou meneurs de revue. Des conditions qu’elle estime être dans le haut de la fourchette pour la profession. Physiquement, pas de droit à l’erreur. Le rythme est particulièrement soutenu, à raison de deux spectacles quotidiens d’une heure et quarante-cinq minutes, six jours par semaine. Sans compter les répétitions et les entraînements. Mathilde, également licenciée en marketing, envisage déjà une reconversion dans les cinq ans à venir. Comme pour les sportifs de haut niveau, les carrières sont courtes. Après 35 ans, les danseurs quittent la scène. « Ce sera le plus dur », dit-elle.
Afin de conserver sa réputation plus que centenaire de spectacle « si français », le Moulin-Rouge a racheté le bottier Clairvoy en 2007, qui réalise sur mesure les chaussures de ses danseurs, puis la maison Février, en 2009, l’un des rares plumassiers qui travaillent encore les plumes d’autruche, de faisan, de marabout ou de coq. Trois ateliers de couture s’affairent également soir et matin à remplacer les perles oxydées, recoller des strass sur les strings ou recoudre les doublures déchirées.
Une baisse de 5 % de la fréquentation en raison de la canicule
Sur le modèle de l’industrie du tourisme, la bonne santé économique des cabarets et music-halls reste tributaire de facteurs aussi peu contrôlables que la météo, les mouvements sociaux ou les risques terroristes. Daniel Stevens, délégué général du syndicat professionnel des cabarets, music-halls et lieux de création, le Camulc, le secteur a évidemment été affecté, fin 2018 et début 2019, par le mouvement des « gilets jaunes ».
Cette année, le Moulin-Rouge a pâti de la canicule, avec une baisse de 5 % de la fréquentation. « La maison avait souffert des grandes grèves de 1995, ainsi que de la reprise des essais nucléaires en Polynésie », juste avant les commémorations du cinquantenaire des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, rappelle Jean-Victor Clérico. « Cela a fait fuir notre clientèle japonaise », alors très largement majoritaire, et acculé le Moulin-Rouge au dépôt de bilan en 1997. Un plan de continuation avait été mis en place, et les créanciers ont été remboursés avant les échéances prévues.
Clientèle composée « à 50 % de Français et à 50 % d’étrangers »
Cet épisode fâcheux affecte encore aujourd’hui – de manière assez inattendue – l’assortiment des champagnes servis tous les soirs dans la grande salle au décor Belle Epoque. Sur les 240 000 bouteilles annuelles – le cabaret reste le principal consommateur privé mondial (hors grande distribution) –, aucune n’est achetée à LVMH. « On ne trouvera jamais ici une seule bouteille de Moët ou d’une autre filiale de LVMH. Mon grand-père était fou de rage, LVMH était le seul créancier à ne pas nous avoir suivis dans le plan de continuation », explique le directeur général. Seuls les champagnes Laurent-Perrier, Duval-Leroy, Delamotte et Chaudron remplissent dorénavant les coupes des clients.
Autre leçon : le Moulin s’attache désormais à diversifier sa clientèle, composée « à 50 % de Français – en majorité provinciaux – et 50 % d’étrangers, dont le top 4 ne varie guère : d’abord les Américains, puis les Britanniques, les Australiens et les Chinois », égrène le directeur.
Aujourd’hui, l’entreprise a repris des couleurs : le chiffre d’affaires devrait atteindre 62 millions d’euros en 2019, dont 59 millions uniquement pour la salle de spectacle, et vise un bénéfice net entre 4 millions et 5 millions d’euros.
Politique de diversification
Le Moulin-Rouge a entamé une politique de diversification, en rachetant sa marque dès 2005. Le cabaret a autorisé – moyennant rétribution – l’utilisation de son nom par le parc à thèmes allemand Europa-Park. L’entreprise est aussi devenue propriétaire de ses murs et a repris La Nouvelle Eve, une salle de spectacles parisienne de 280 places, qui compte sa propre troupe. Pour toucher une clientèle plus jeune, M. Clérico a procédé à l’acquisition de la boîte de nuit La Locomotive, rebaptisée La Machine du Moulin-Rouge, puis a créé deux bars. En espérant qu’un jour ces 20-35 ans franchiront la porte du music-hall, fréquenté par une clientèle plus âgée.
Pour les cinq ans à venir, Jean-Victor Clérico ne manque pas de projets : montée en gamme dans la restauration – 450 couverts sont servis chaque soir par le chef David Le Quellec –, agrandissement de la salle de spectacle, création d’« un parcours immersif à l’entrée », et pourquoi pas le lancement d’une nouvelle revue pour succéder à Féerie. Avec en ligne de mire une déclinaison internationale. Le Moulin avait ouvert un clone, à Las Vegas, de 1975 à 1985. Mais derrière ces ambitions, un seul souhait : « Conserver un actionnariat familial. »
Histoire : Le mur est tombé, vive le mur !
Le 9 novembre 1989, un symbole de la Guerre froide et de l’oppression des peuples du bloc soviétique s’effondre : la population s’attaque au mur de Berlin, érigé en août 1961, et le détruit. Les images de la liesse qui s’est emparée des Berlinois enfin réunis font le tour du monde.
La révolution pacifique qui a conduit à la chute du mur de Berlin et à la réunification des deux Allemagnes fut marquée par des temps forts qui symbolisent encore, trente ans après, la fin du bloc de l’Est. Mais aujourd'hui, où en est-on de l’unification allemande ? La fracture entre ex-RFA et ex-RDA est-elle toujours perceptible ? ARTE se penche sur cette période mouvementée de l’Histoire à travers une programmation spéciale : du soulèvement des travailleurs polonais à Dantzig en 1980 aux derniers jours de la RDA, en passant par le concert culte de Roger Waters à Berlin ou les explorations urbaines à travers les ruines du communisme...
Bref, grâce à ARTE, vous pourrez vous aussi clamer haut et fort "Ich bin ein Berliner!"

















