LES REPUBLICAINS
ALERTE-Les Républicains: Christian Jacob élu président de LR
Sans surprise, Christian Jacob est élu président des Républicains au 1er tour avec 62,58 % des voix.
Il remplace donc Laurent Wauquiez, élu fin 2017 à la tête du parti, dès le premier tour, avec 74,64 % des voix.
Julien Aubert recueille 21,28 % des voix.
Guillaume Larrivé recueille 16,14 % des suffrages exprimés.
Christian Jacob élu président des Républicains dès le premier tour
Par Julie Carriat
Favori des ténors de la droite, le député de Seine-et-Marne a recueilli 62,58 % des suffrages des adhérents du parti, devant Julien Aubert et Guillaume Larrivé.
L’heure est au soulagement pour l’establishment des Républicains : l’actuel président du groupe LR à l’Assemblée, Christian Jacob, a été élu président du parti dès le premier tour, dimanche 13 octobre, sans que ses deux adversaires, les députés Julien Aubert et Guillaume Larrivé ne parviennent à se hisser à un second tour.
La nouvelle est tombée, annoncée par le président de la Haute autorité Henri de Beauregard : 62,58 % pour Christian Jacob. Sous réserve d’éventuelles réclamations d’ici la proclamation officielle mercredi, « M. Christian Jacob sera donc proclamé élu ». Le député du Vaucluse Julien Aubert réunit 21,28 % des suffrages, le député de l’Yonne Guillaume Larrivé 16,14 %.
Pour Christian Jacob, ces 62,58 % sonnent comme un pari gagné. Après des remerciements aux militants qui « se sont exprimés en grand nombre et dans la clarté », ce dernier a félicité ses concurrents « ils auront évidemment toute leur place dans l’équipe dirigeante », eu une « pensée émue » pour son mentor, Jacques Chirac, et lancé une mise en garde.
« Chacun sait la difficulté de remettre sur les rails notre mouvement qui depuis sept ans a vécu tant de périodes critiques. Nous n’y parviendrons que si tous acceptent clairement de mettre leurs ambitions personnelles et leurs egos de côté pour se consacrer exclusivement à la préparation de notre projet d’alternance au macronisme. »
« Rendez-vous aux municipales », a-t-il ajouté, « ce sera un moment de vérité entre le macronisme et le lepénisme d’un côté, et nous de l’autre ». Parmi ses priorités : restaurer l’autorité de l’Etat, lutter contre « le poison du communautarisme et de l’immigration incontrôlée », mais aussi sur un versant social, « combattre la paupérisation des classes moyennes et des retraités ».
Aucune contestation du résultat
Ses soutiens ont salué un résultat clair, lui donnant les moyens d’œuvrer au rassemblement qu’il appelle de ses vœux. « La victoire de Christian Jacob dans ces conditions, avec une belle mobilisation, va nous permettre de reconstruire sereinement notre famille politique », a déclaré, rue de Vaugirard à ses côtés, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti. Le député du Loir-et-Cher Guillaume Peltier, qui avait un temps songé à se présenter avant de se rallier au chiraquien, a noté pour sa part : « La loyauté, en ces temps troublés, ça compte. »
Du côté des candidats malheureux, aucune contestation du résultat. Julien Aubert, qui a passé la soirée dans sa circonscription à Carpentras, lui a adressé ses félicitations, tout en se disant « fier de [son] résultat et d’avoir fait renaître nos idées ». Guillaume Larrivé, après avoir adressé à Christian Jacob ses félicitations républicaines, a évacué les questions sur un éventuel poste dans le nouvel organigramme : « Je ne demande rien, je suis un homme libre. »
Pour l’éternel second, ancien syndicaliste agricole fidèle à l’extrême aux chefs successifs du parti en commençant par Jacques Chirac dans les années 1990, la mue en dirigeant de la formation ne va pas de soi. « Je n’y vais pas le pistolet sur la tempe, les mains dans le dos, j’y vais parce que j’ai envie », se justifiait en juin celui qui brandit en étendard son absence d’ambition présidentielle et ses talents de rassembleur pour assurer la survie de LR jusqu’aux prochaines élections présidentielles. Sa campagne a été l’occasion d’un léger dépoussiérage : Christian Jacob, jusqu’alors absent du réseau social, a investi Twitter pour l’occasion.
Comme ses concurrents, il s’est consacré, depuis le lancement fin août de la campagne officielle, à un patient tour des fédérations composé d’une quarantaine d’étapes. A ce jeu-là, le président de groupe a souvent été favorisé par les ténors locaux et ses 122 parrains parlementaires, qui ont mobilisé leurs troupes pour remplir les salles. Les militants, parfois désorientés par l’absence de figure de « chef » dans cette élection, ont finalement fait le choix d’un fidèle à l’histoire du parti, plutôt qu’aux deux députés quadras qui se proposaient d’incarner la rupture, le retour à une ligne plus droitière pour Julien Aubert, nostalgique du RPR, une droite libérale et nationale pour Guillaume Larrivé.
Le défi des investitures pour les municipales
Pour un parti qui a vu ses troupes fondre au fil des défaites électorales, la participation était une composante clé. Elle aura été honorable : sur 130 000 adhérents, 62 401 (47 %) ont participé au scrutin. A titre de comparaison, lors la dernière élection interne de décembre 2017, Laurent Wauquiez avait été adoubé avec 74,6 % des suffrages exprimés et une participation d’à peu près 100 000 adhérents sur 260 000 (42,5 %).
Plusieurs défis attendent l’ancien maire de Provins. D’abord préserver aux prochaines élections municipales le trésor de guerre d’élus locaux acquis lors de la vague bleue de 2014. En ce domaine, il sera appelé à trancher des investitures polémiques qui menacent de diviser sa famille politique, notamment à Marseille (Bruno Gilles et Martine Vassal) et à Nice (entre le maire sortant Christian Estrosi et son rival Eric Ciotti) ou encore Paris où Rachida Dati ne fait pas l’unanimité.
Au niveau interne, le président de groupe entend « proposer très rapidement une équipe dirigeante renouvelée qui fera une place significative aux élus des territoires ». Le bureau politique, plus large, sera lui renouvelé après les municipales, a-t-il précisé. En outre, quelques figures jeunes semblaient espérer de ce scrutin une promotion, comme par exemple le député du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont, assidu à ses côtés pendant la campagne. A l’Assemblée, Christian Jacob devra choisir, en premier lieu sur son départ, immédiat ou non, de la présidence du groupe. « Ce n’est pas tenable dans la durée de faire les deux », estimait-il avant l’élection, mais certains, dans les starting-blocks pour le remplacer, redoutent la longueur de la transition.
Plus largement, il lui reviendra de sortir la droite de l’ornière dans laquelle elle est tombée depuis l’élection d’Emmanuel Macron, piégée entre un parti majoritaire dont l’action convient à nombre de ses anciens électeurs et le Rassemblement national, qui monopolise, à l’extrême droite, le vote d’opposition.
Et de contenir les défections, à l’heure où deux nouveaux départs ont émaillé le week-end : l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, après avoir soutenu la liste de LRM aux européennes, a annoncé au « Grand Jury » RTL/Le Figaro/LCI, qu’il allait « évidemment » quitter le parti en ne renouvelant pas sa cotisation. Et dans l’Hérault, le sénateur Jean-Pierre Grand s’en va lui aussi, citant « une opposition déraisonnable, un discours de jour en jour plus droitier, des rapprochements assumés avec l’extrême droite dans mon département ». Pour faire mentir ces critiques et redorer le blason de la droite républicaine, la pente s’annonce raide.
Du 16 octobre au 5 janvier 2020. La 46e FIAC, au Grand Palais
Au sein des espaces prestigieux du Grand Palais, à Paris, la FIAC aura lieu cette année du 17 au 20 octobre 2019 et fêtera sa 46e édition.
La 46e édition de la Foire internationale d’art contemporain accueillera près de deux cents galeries venues de dix-neuf pays et s’accompagnera d’une dense programmation hors les murs, avec pour figure de proue l’artiste japonaise Yayoi Kusama pour une carte blanche sur la place Vendôme. Aux abords piétonnisés de la foire, FIAC Projects a fait appel à Rebecca Lamarche-Vadel pour présenter une quarantaine de sculptures et d’installations (Laure Prouvost, Abraham Poincheval, Johan Creten…). Dans la continuité du traditionnel parcours d’œuvres à travers le jardin des Tuileries, la foire présentera à nouveau un ensemble d’architectures éphémères (Jean Prouvé, Odile Decq…) sur la place de la Concorde.
Maintenir le cap malgré les « frictions », le défi posé à Macron
Par Cédric Pietralunga, Olivier Faye
L’entourage du président de la République s’inquiète du retard pris sur certains dossiers-clés du quinquennat, comme l’écologie.
Tout avait si bien commencé. Après six mois de crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron était sorti rasséréné de son été, passé sans affaire Benalla ni démission surprise d’un Nicolas Hulot à gérer. Lors de ses premières prises de parole, après trois semaines au fort de Brégançon (Var), le chef de l’Etat était apparu déterminé à appliquer la feuille de route de l’acte II de son quinquennat, décidée après le grand débat. Fini « Jupiter » et les réformes anxiogènes, place à l’écoute et à la justice sociale, expliquait alors l’exécutif.
Las ! Passé le sommet réussi du G7, organisé fin août à Biarritz, Emmanuel Macron voit déjà sa « roadmap » bousculée par des événements aussi inattendus que périlleux. Ce fut d’abord la mort de Jacques Chirac, le 26 septembre, qui l’obligea à reporter son premier débat citoyen sur les retraites, prévu à Rodez. Puis l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen, le même jour, où l’exécutif n’a pas réussi à rassurer la population.
Une semaine plus tard, il y eut l’attaque au couteau à la Préfecture de police, le 3 octobre, commise par un policier radicalisé. Enfin, jeudi 10 octobre, ce fut le rejet par le Parlement européen de la candidature de Sylvie Goulard, désignée par le chef de l’Etat pour rejoindre la Commission européenne, malgré les mises en garde sur le risque éthique posé par son profil.
Ne pas tomber « dans la chiraquisation »
Au-delà de leur caractère dramatique ou inopiné, ces épreuves successives sont venues bouleverser le récit de rentrée de l’Elysée.
« Nous sommes aujourd’hui entre Charybde et Scylla, les événements se bousculent et entament notre cohérence, reconnaît un conseiller présidentiel. Dans ces moments, il est important de garder le cap et de respecter les fondamentaux de l’acte II : ni tomber dans la chiraquisation ni revenir à l’hyperprésidence. »
« Ce que les gens retiendront, c’est ce qu’on a fait. Il faut continuer notre action et faire le pari du courage politique », appuie Jean-Baptiste Djebbari, le secrétaire d’Etat chargé des transports.
A l’Elysée, on a d’ailleurs théorisé le moment, y voyant même un parallèle avec les « frictions » décrites par Carl von Clausewitz dans son célèbre traité militaire De la guerre. Instruit par les guerres napoléoniennes, le général prussien y explique que le meilleur des plans doit toujours composer avec les « frictions » générées par les différents acteurs du champ de bataille. « A la guerre, tout est simple, mais les choses les plus simples sont difficiles. Les difficultés s‘amoncellent et provoquent une friction », peut-on y lire.
Boulevard laissé aux écologistes
N’empêche, certains s’inquiètent que ces « frictions » ne fassent dérailler l’acte II. Dans la majorité, on pointe notamment le retard pris en matière d’écologie, l’une des priorités de la deuxième partie du quinquennat, au même titre que la justice sociale et les sujets régaliens.
La convention pour le climat a bien été installée par le premier ministre, Edouard Philippe, le 4 octobre, mais personne ne s’en est aperçu, et les premières propositions des 150 citoyens tirés au sort pour y siéger ne sont pas attendues avant janvier 2020. Un déplacement du président à la COP25, prévue du 2 au 13 décembre à Santiago du Chili, a été un temps envisagé, mais il ne serait plus d’actualité. « L’agenda international est surchargé. Le président ne peut pas tout faire », reconnaît l’Elysée.
Résultat, certains s’inquiètent du boulevard laissé aux écologistes à quelques mois des élections municipales. « On prend du retard, il faut faire attention », met en garde un ministre. Dans plusieurs grandes villes, les candidats Europe Ecologie-Les Verts se trouvent désormais en position de l’emporter ou, en tout cas, d’imposer des triangulaires au second tour.
Certains macronistes plaident donc pour que le sujet soit rendu plus visible dans l’Hexagone, et pas seulement dans les conférences internationales. « Il faudrait qu’Emmanuel Macron fasse sur l’environnement un ou des grands débats, comme il en a fait à Rodez sur les retraites, estime l’eurodéputé Pascal Canfin. Il a un bilan, mais il ne le met pas assez en avant, ce serait l’occasion. » Selon nos informations, M. Macron envisage de se rendre dans les prochaines semaines devant la convention pour le climat.
« Maîtrise du langage »
D’autres s’inquiètent aussi qu’à force de devoir répondre sur toutes sortes de sujets, M. Macron ne soit à nouveau rattrapé par son hubris et ses petites phrases. La façon dont le chef de l’Etat a réagi à l’annonce du rejet de Sylvie Goulard, le 10 octobre, a interloqué. En deux mots, le président en a fait porter la responsabilité à Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission.
« Le président veut être mieux compris et sait que cela passe par une maîtrise du langage », assure son entourage, où l’on veut croire que « le passé est le passé ». Dès vendredi midi, M. Macron a d’ailleurs adouci son propos vis-à-vis de Mme von der Leyen. « L’acte II, c’est aussi l’autocorrection en permanence », approuve un soutien.
Désireux de s’expliquer, Emmanuel Macron envisagerait d’ailleurs de s’adresser de nouveau aux Français. « Une prise de parole en novembre, sous forme de bilan de mi-mandat, est en réflexion », assure un proche. Après s’être rendu au centenaire du quotidien clermontois La Montagne, le 4 octobre, le chef de l’Etat veut également poursuivre son travail de réconciliation avec les médias. Un déjeuner à l’Elysée avec les rédacteurs des principaux titres de la presse nationale était prévu en octobre mais a dû être repoussé.
Reste à savoir si le volontarisme du président et la vigilance de son entourage suffiront à maintenir le cap. Dans son traité d’art militaire, Clausewitz assure qu’« une volonté de fer peut surmonter ces frictions et briser les obstacles ». Mais, ajoute l’officier prussien, « la machine s’y disloque aussi ». Emmanuel Macron est prévenu.
David Lachapelle - photographe
Né en1963, LaChapelle est un artiste sophistiqué, qui joue avec le kitsch et les références. Devenu célèbre en faisant des portraits de stars qu’il représentait en revisitant des iconographies sacrées, son travail mélange des éléments classiques et des allusions à l’ultra-contemporain. Sa première collaboration avec Lavazza se fait en 2002 où il est invité à produire le Calendrier Expresso & Fun. Earth CelebrAction, le titre du Calendrier 2020, tourné à Hawaï, exprime tout l’enchantement de l’artiste à redécouvrir une relation avec l’environnement et le désir de célébrer les merveilles de la nature au travers d’un acte de compréhension.
La relation de Lavazza avec le monde de la photographie remonte officiellement à 1993, la première édition s’est faite avec le célèbre Helmut Newton. Après déjà 28 éditions, le Calendrier Lavazza est un évènement qui renforce chaque année les liens de la marque avec le monde de la photographie.
David LaChapelle pour le Calendrier Lavazza 2020
Le photographe David LaChapelle signe le calendrier Lavazza 2020
La poésie est au centre des nouveaux clichés de David LaChapelle pour le Calendrier Lavazza 2020. Pour sa troisième collaboration avec Lavazza, sous la direction de l’agence publicitaire Armando Testa, il raconte une histoire en images à propos de la beauté de la nature. Pour 2020, l’entreprise a choisi de rendre hommage à la nature avec Earth CelebrAction, projet cherchant à célébrer le pouvoir de la beauté au service de l’idée d’action, de la capacité d’agir personnellement pour défendre l’environnement. LaChapelle a exploré ce thème avec une histoire dans laquelle les quatre éléments - feu, eau, terre et air - s’associent en présence de l'Homme dans des scénarios; les photographies étant réalisées à Hawaï, où l'artiste vit dans une ferme éco-responsable. Pour lui, " réaliser le calendrier " Earth CelebrAction " a été l'occasion idéale de poursuivre mon voyage imaginaire dans un paradis idyllique où l'Homme et la nature coexistent en harmonie. "..
Portrait - Franck Riester, le bon élève de la culture après un an au ministère
Par Sandrine Blanchard, Alexandre Lemarié
Arrivé dans l’indifférence du milieu culturel, en octobre 2018, Rue de Valois, le ministre apparaît à l’écoute, mais assujetti aux projets de la présidence.
Il arrive en homme pressé. « Depuis un an, c’est la course », s’excuse Franck Riester pour expliquer son retard au déjeuner qu’il a accepté afin d’évoquer ses premiers mois Rue de Valois. Nommé le 16 octobre 2018 à la tête du ministère de la culture, le successeur de Françoise Nyssen se dit « frappé par l’intensité du job ». De la loi Notre-Dame au projet de réforme de l’audiovisuel public, de la directive européenne sur le droit d’auteur à la création d’un Centre national de la musique, des déplacements en France et à l’étranger aux inaugurations d’expositions et soirées spectacle ou concert, il juge sa nouvelle fonction chronophage. Mais Franck Riester n’ira pas jusqu’à s’en plaindre car il avait, assume-t-il, « le désir profond » d’être à ce poste. « Il en a toujours rêvé. Se retrouver dans le bureau de Malraux et Lang, c’est le plus beau cadeau que la vie ait pu lui faire », confie un de ses amis.
Alors que sa prédécesseure y avait été catapultée, lui se préparait depuis une dizaine d’années à cette mission. Dès son arrivée à l’Assemblée nationale, en 2007, à l’âge de 33 ans, ce diplômé de gestion et concessionnaire automobile se présente comme un spécialiste des sujets culturels devant les journalistes. Membre de la commission des affaires culturelles, il travaille sur les dossiers de l’audiovisuel et, dès son premier mandat parlementaire, devient rapporteur des projets de loi Hadopi 1 et 2. « J’ai toujours été attiré par le cinéma, la musique et la peinture. J’ai fait le choix de me spécialiser sur les sujets culturels car il n’y avait pas assez de parlementaires qui s’en occupaient alors que la culture a une importance considérable pour l’émancipation, la cohésion sociale et le rayonnement du pays », justifie-t-il.
Un professionnel de la politique
A Françoise Nyssen, l’éditrice de gauche sans expérience des rouages institutionnels, a donc succédé un professionnel de la politique qui a fait toutes ses classes au sein de la droite. Maire de Coulommiers (Seine-et-Marne), proche de Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire, il est l’un des premiers à quitter le navire, en mars 2017, lorsque François Fillon refuse de retirer sa candidature en dépit de sa prochaine mise en examen.
« C’EST TOUT À FAIT COMPATIBLE DE TRAVAILLER AU SERVICE DE L’INTÉRÊT GÉNÉRAL, EN TANT QUE MINISTRE DE LA CULTURE, ET D’ÊTRE EN MÊME TEMPS PATRON D’UN PARTI POLITIQUE » FRANCK RIESTER
Avec l’élection d’Emmanuel Macron, Franck Riester, encarté au RPR dès l’âge de 17 ans, rompt avec sa famille politique d’origine et devient l’un des chefs de file des élus de droite bienveillants à l’égard du chef de l’Etat. Au point de créer Agir, un parti politique de centre droit, et un groupe à l’Assemblée, qu’il copréside avec l’UDI, pour regrouper les élus de « droite constructive ». Libéral en économie et progressiste sur le plan sociétal, Franck Riester n’a jamais approuvé la stratégie de « droitisation » de LR. En décembre 2011, il a été le premier député UMP à faire son coming out, en annonçant son homosexualité, et sera, deux ans plus tard, l’un des rares parlementaires UMP à voter en faveur du mariage pour tous.
Cet homme de parti doit sa promotion à Edouard Philippe, sa nomination ayant le mérite, aux yeux du premier ministre, d’élargir la majorité vers la droite modérée, notamment dans l’optique des municipales de 2020. « Si je n’avais pas été constructif, je ne serais pas entré au gouvernement », reconnaît l’intéressé. Il « assume » sa double casquette de président d’Agir et de ministre : « C’est tout à fait compatible de travailler au service de l’intérêt général, en tant que ministre de la culture, et d’être en même temps patron d’un parti politique. »
Mais si la nomination de Françoise Nyssen avait reçu un accueil bienveillant du monde de la culture et suscité beaucoup d’attentes avant de tourner à la bérézina, celle de Franck Riester a été vécue avec une certaine indifférence. « Il n’était pas attendu alors qu’elle l’était trop », résume le producteur de spectacles macroniste Jean-Marc Dumontet. « Il est sympathique, franc, consciencieux, mais un peu lisse », liste un bon connaisseur du secteur culturel. « Son caillou dans la chaussure, c’est le poids de Macron sur les sujets culturels. C’est le Château qui décide, d’autant qu’il n’est pas un proche du couple présidentiel », complète un syndicaliste.
L’impression qu’il est « sous tutelle »
Les chemins de Franck Riester et Emmanuel Macron ne s’étaient jamais croisés jusqu’à leur rencontre à l’Elysée lors de sa nomination Rue de Valois. « Je ne le connaissais pas, nous n’avions jamais échangé », déclare l’ex-élu LR. Avant d’assurer : « On apprend à se connaître. Il n’arbitre pas systématiquement dans mon sens mais globalement, nous sommes en ligne sur la culture. »
« POUR GEORGELIN, IL AURAIT PU METTRE SA DÉMISSION DANS LA BALANCE, NON ? » STÉPHANE BERN
En « bon soldat de la Macronie », comme le décrivent plusieurs acteurs culturels, Franck Riester donne parfois l’impression d’un ministre « sous tutelle ». « Macron trouve que la première qualité de Riester, c’est de ne pas faire de bruit et de ne pas prendre l’espace », décrypte un poids lourd de la majorité. Le 17 avril, deux jours après l’incendie de Notre-Dame de Paris, le chef de l’Etat annonce, lors d’un conseil des ministres, la nomination auprès de lui du général Jean-Louis Georgelin comme représentant spécial chargé de la reconstruction de la cathédrale. Un camouflet pour Franck Riester, présent autour de la table, qui n’était pas au courant. « Cette annonce a précarisé Franck », confie l’un de ses proches.
Le ministre doit également composer, sur le dossier du patrimoine, avec la présence, très médiatique, de Stéphane Bern, proche du couple présidentiel et considéré par certains, au sein de la majorité, comme le « vice-ministre » de la culture. « Etre ministre ? Surtout pas ! », clame Bern qui dit « connaître depuis longtemps » Franck Riester. « On se parle franchement et cela se passe plutôt bien, on travaille en bonne intelligence » assure-t-il. Tout en ajoutant, taquin : « Pour Georgelin, il aurait pu mettre sa démission dans la balance, non ? » Franck Riester, lui, jure ne pas être irrité par la présence de ces personnalités. « Plus on a de gens investis sur les sujets culturels, plus on a de chances qu’ils avancent », évacue-t-il.
« APRÈS L’ERREUR DE CASTING AVEC NYSSEN, LA RUE DE VALOIS A DE NOUVEAU UN MINISTRE CRÉDIBLE QUI APPREND VITE ET COMPREND LES ENJEUX » DENIS GRAVOUIL DE LA CGT-SPECTACLE
De toute façon, il doit suivre la feuille de route du président. Que ce soit sur le projet de transformer le château de Villers-Cotterêt (Aisne) en haut lieu de la francophonie pour un budget conséquent de 200 millions d’euros ou sur les nominations importantes. Emmanuel Macron a été particulièrement interventionniste sur le choix du producteur Dominique Boutonnat à la tête du Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC) ou dans le feuilleton de la succession de Stéphane Lissner à l’Opéra de Paris. « Ces histoires de nominations décidées à l’Elysée, c’est une anomalie, cela affaiblit le ministre, jamais je ne l’aurais accepté », confie un ancien ministre de la culture.
Sans aura médiatique, Franck Riester a pour lui son expérience d’élu local et de parlementaire qui facilite ses contacts avec les collectivités, sa connaissance des mécanismes budgétaires et sa maîtrise des débats au Parlement. « Après l’erreur de casting avec Nyssen, la Rue de Valois a de nouveau un ministre crédible qui apprend vite et comprend les enjeux », constate Denis Gravouil de la CGT-Spectacle. « C’est un “up grade” pour le ministère, se félicite l’entrepreneur Frédéric Jousset, consultant sur le Pass culture. Il connaît bien le sujet de l’audiovisuel qui constitue un poste-clé dans le budget de la culture ; pour le reste il a fait une formation en accéléré. »
« Il s’est bien battu »
Tout en constatant que, pour l’heure, Franck Riester gère l’héritage de dossiers lancés par sa prédécesseure, beaucoup de ses interlocuteurs louent sa capacité d’écoute, sa disponibilité et mettent à son crédit la remise en marche d’un ministère et de son administration alors que le cabinet avait vécu une hémorragie de conseillers et que des directions restaient vacantes. Sur le terrain, il n’hésite pas à organiser des rencontres informelles comme à Strasbourg, le 1er octobre, où il discute à bâtons rompus avec des professionnels de la musique et délivre, sans note, ses encouragements à toutes les équipes de la DRAC Grand-Est.
« IL EST LÀ POUR SERVIR LES INTENTIONS RÉFORMATRICES D’EDOUARD PHILIPPE. ON A CHANGÉ DE MINISTRE MAIS PAS DE POLITIQUE » VALÉRIE RENAULT, CGT-CULTURE
« Il vient à tous les comités techniques ministériels et est très à l’aise avec les agents », constate Valérie Renault, secrétaire générale de la CGT-Culture. Et a promis de revaloriser les régimes indemnitaires, « choqué » d’avoir découvert la différence de traitement avec les agents des autres ministères. On lui reconnaît aussi d’être parvenu, lors du projet de réforme de l’assurance-chômage, à préserver le régime spécifique des intermittents du spectacle et d’avoir obtenu un arbitrage favorable sur le maintien de la redevance audiovisuelle dans sa bataille avec le ministre des comptes publics. « Gérald Darmanin est le pire ennemi de la culture. Riester s’est bien battu sur la redevance mais aussi sur le non-plafonnement des recettes du CNC », considère Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.
Mais quelle est sa vision pour la culture, s’interrogent bon nombre d’observateurs ? Qu’y a-t-il concrètement derrière ses discours sur les « quatre priorités » de la Rue de Valois : favoriser l’émancipation, mettre les artistes et créateurs au centre des politiques culturelles, faire de la culture un levier d’attractivité des territoires, réaffirmer la souveraineté culturelle française. « Il est là pour servir les intentions réformatrices d’Edouard Philippe. On a changé de ministre mais pas de politique, c’est toujours le programme action publique 2022 engendrant des baisses de crédits et une déconcentration au détriment de l’administration centrale », estime Valérie Renault.
Le besoin de s’affirmer
Les inquiétudes sont fortes sur la création d’une holding de l’audiovisuel public, sur l’avenir des labels et le poids des collectivités locales dans le projet de déconcentration, sur la part du financement privé pour le Pass culture. « Françoise Nyssen, au moins, était une idéaliste. Là, on a le sentiment qu’ils veulent en finir avec l’héritage au lieu de s’appuyer sur l’existant », redoute Marie-José Malis, directrice du Théâtre de la Commune à Aubervilliers et membre du Syndeac, le syndicat des entreprises artistiques et culturelles. « Les industries culturelles, qui uniformisent plutôt que singularisent, sont-elles devenues un projet de société ? », se désespère Robin Renucci, président de l’association des centres dramatiques nationaux, qui rêve d’une « loi d’orientation sur la culture » notamment pour « faire des jeunes autre chose que des clients ». « Progressivement l’esprit de lucre l’emporte sur celui de service public », regrette un ancien locataire de la Rue de Valois.
Si le Pass culture, promesse phare du candidat Macron, a désormais une direction exécutive, Franck Riester ne cache pas que des interrogations demeurent sur sa possible généralisation. « Pour l’instant je n’ai pas de certitude, notamment sur le modèle économique », reconnaît le ministre. « Il aurait mieux fallu mettre cet argent sur l’éducation artistique et culturelle pour donner à tous les enfants la chance de pratiquer un art. Où donne-t-on le goût de la créativité ? », déplore un ancien ministre.
Après une année à la tête du ministère, « il faut que Riester se lâche et prenne son autonomie », insistent plusieurs personnalités qui lui veulent du bien. « Il ne pèse pas suffisamment et doit encore s’affirmer d’autant qu’il pourrait bien rester jusqu’à la fin du quinquennat », renchérit un proche. Bon élève, Franck Riester assure qu’il est « fier d’être celui qui met en œuvre les projets du président de la République dans le domaine culturel. Ce n’est pas honteux. Au contraire ». D’ailleurs, « son plus beau moment », depuis qu’il est Rue de Valois, il l’a vécu grâce à Emmanuel Macron : « Lorsque le président est venu dans la cour du Palais Royal faire un discours devant les agents à l’occasion des 60 ans du ministère pour rappeler l’importance de la culture, vous vous pincez ! »






















