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Jours tranquilles à Paris

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5 février 2019

Analyse - Pourquoi les Européens emboîtent le pas de Donald Trump au Venezuela

venezuela

Par Marc Semo

La France et dix-huit autres pays européens ont reconnu lundi Juan Guaido comme chef de l’Etat par intérim.

Le mot gêne toujours. Interrogé sur France Inter lundi 4 février au matin à propos de « l’ingérence » que représenterait la reconnaissance par la France et d’autres pays européens – ils étaient dix-neuf au total, mardi matin – de l’opposant vénézuélien et président du Parlement Juan Guaido comme chef de l’Etat par intérim chargé d’organiser des élections présidentielles anticipées, le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a éludé, préférant parler d’« appel » et « de demande à l’aide » d’un pays en pleine crise. La tragédie vénézuélienne est en train de remettre sur le devant de la scène le « devoir d’ingérence » au nom de l’humanitaire.

« L’indifférence serait encore pire que l’ingérence », souligne un diplomate. Emmanuel Macron s’est personnellement engagé sur la crise vénézuélienne, et il a par deux fois rencontré personnellement des personnalités de l’opposition, dont l’ancien président du Parlement Julio Borges, qui a dû se réfugier en Colombie.

Les Européens ne pouvaient rester sans rien faire. Les capitales les plus impliquées, dont Paris, paraissent pourtant agir dans le sillage de Washington. Le mouvement est en effet parti de Donald Trump qui, dès le 23 janvier, reconnaissait comme chef d’Etat par intérim et seul président légitime Juan Guaido. Il fut aussitôt suivi par le Canada et la plupart des pays d’Amérique latine, à commencer par ceux, désormais majoritaires, ayant à leur tête, comme la Colombie et le Brésil, des présidents de droite ou d’extrême droite.

Confus, imprévisible, accusé à raison d’« isolationnisme », le président américain ouvrait ainsi un processus politique à même de mettre fin à la longue agonie d’un régime autoritaire à bout de souffle et à l’inexorable descente aux enfers d’une population plongée dans la misère, alors même que ce pays pétrolier de 32 millions d’habitants dispose des plus importantes réserves au monde. Pour le moment, il garde la main, même si les menaces d’une intervention militaires inquiètent aussi bien l’opposition vénézuélienne que les Européens.

« Gorbatchev ou Al-Assad »

Dans un tel contexte, face à une Union européenne incapable d’exprimer au nom des Vingt-Huit une position qui ne soit pas un lénifiant plus petit dénominateur commun, six capitales européennes – Paris, Madrid, Berlin, Londres, Amsterdam et Lisbonne – ont lancé le 27 janvier un ultimatum donnant huit jours au président en titre, Nicolas Maduro, pour organiser une élection présidentielle, sans quoi ils reconnaîtraient, eux aussi, le chef du parlement Juan Guaido comme président par intérim afin qu’il organise un tel scrutin. Ce délai de huit jours visait, selon le mot d’un diplomate français, « à laisser un peu de temps à Nicolas Maduro pour décider s’il veut être Gorbatchev ou Bachar Al-Assad ». L’autocrate de Caracas a rejeté ces exigences. Nombre de capitales européennes dans le sillage de Madrid et de Paris ont donc à leur tour franchi le pas de la reconnaissance de Juan Guaido.

L’implication des Européens dans ce qui peut sembler être une crise interne à un pays sud-américain – mais ce qu’elle n’est pas – pourrait paraître étonnante. Les positions de Paris et des autres capitales européennes les plus en pointe, sont parfaitement cohérentes. Le Parlement, dont Juan Guaido était le président avant de se proclamer chef d’Etat par intérim au nom de la Constitution, reste aujourd’hui la seule instance vénézuélienne élue dans un scrutin pleinement légitime et accepté par tous, même s’il date de 2015.

L’élection présidentielle de mai 2018 de Nicolas Maduro pour un second mandat avait été, en revanche, marquée par des fraudes massives dénoncées par les observateurs internationaux. Les Européens, à commencer par la France, avaient considéré ce scrutin comme « illégitime ». Les ambassadeurs des Vingt-Huit ont refusé d’assister à la prestation de serment, le 10 janvier, de Nicolas Maduro.

Impossible de rester absent

Le blocage de la Grèce, de la Hongrie du très autoritaire Viktor Orban ou de l’Italie, dont la coalition gouvernementale est divisée, a empêché la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini d’exprimer une position forte au nom des Vingt-Huit. Pour Paris, comme Madrid, Londres ou Berlin, il était néanmoins impossible de rester absent. C‘est la crédibilité même de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Europe qui en cause, même si le Venezuela peut sembler un théâtre lointain.

Car la crise vénézuélienne n’est pas seulement une crise interne. Le Conseil de sécurité l’a reconnu en acceptant la demande américaine d’une réunion d’urgence, le 26 janvier, malgré l’opposition de Moscou et de Pékin.

Près de trois millions de Vénézuéliens ont fui vers les pays voisins, et il s’agit aujourd’hui de la plus grave crise de réfugiés dans le monde, du propre aveu du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. La stabilité des pays voisins – la Colombie, le Brésil, l’Equateur – est en jeu, avec des implications directes pour la France, car la Guyane est proche du Venezuela.

Clivages géopolitiques

Les Européens se devaient d’autant plus d’agir que cette crise a d’évidentes implications politiques régionales dans une Amérique latine soumise à de nouvelles divisions idéologiques, entre des présidents de droite populiste dure, comme le Brésilien Jair Bolsonaro ou le Colombien Ivan Duque, et ceux des derniers bastions de la gauche, renforcés par l’élection, au Mexique, d’Andres Manuel Lopez Obrador.

L’affrontement Maduro-Guaido est aussi le révélateur de clivages géopolitiques majeurs. Présente militairement au Venezuela tout comme Cuba, la Russie a pris fait et cause pour le président en titre dénonçant les « ingérences de Washington ». Moscou y voit une occasion de rappeler qu’il a retrouvé son rang de grande puissance globale, à même de défier les Etats-unis dans leur arrière-cour, et de faire échec à la tentative de Donald Trump de « renversement du régime ».

Le geste de Paris et de ses partenaires ne va pas changer grand-chose dans l’immédiat. « L’isolement du régime sur la scène internationale est déjà bien réel, y compris avec la mise en œuvre de sanctions financières, mais cette décision est un symbole fort qui permet aussi à Juan Guaido de ne pas dépendre seulement de Donald Trump », souligne Paula Vasquez, chercheuse au CNRS et spécialiste du Venezuela.

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a mis sur pied avec plusieurs pays d’Amérique latine, dont le Mexique et l’Uruguay, un groupe de contact pour tenter de trouver une issue politique à la crise sous 90 jours. Une démarche de fait complémentaire à celle des capitales les plus engagées, qui font monter la pression. L’objectif est de permettre un départ du pouvoir négocié de Nicolas Maduro. Nul ne se fait trop d’illusion, à commencer par Federica Mogherini elle-même, qui reconnaissait que « compte tenu des expériences passées et de la situation dans le pays, les chances d’arriver à un résultat positif sont faibles ».

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5 février 2019

Marisa Papen - In the bahamas for Playboy

5 février 2019

Women on View: Esthétiques du Désir dans la Publicité

La représentation du nu et de sa silhouette humaine idéale est une longue tradition dans l’art occidental. La montée de la modernité a libéré la nudité des contextes religieux ou allégoriques et l’a montrée ouvertement, naturellement et souvent en relation avec Eros. Aujourd’hui, les images du corps nu, essentiellement féminin, se sont révélées si omniprésentes que le paysage publicitaire serait méconnaissable sans elles.

Depuis le début de la publicité, le corps féminin a été utilisé pour renforcer l’attrait commercial des produits, tandis que la nudité masculine était à peine utilisée jusqu’à la fin du 20e siècle. En conséquence, les modèles présentés dans la publicité incarnent l’image idéale de la beauté féminine, synonyme de normes occidentales spécifiques. Pourtant, le renouvellement constant de ces normes démontre l’absence d’un canon de beauté statique ou uniforme dans leur description au cours des différentes décennies. Dans la photographie de mode et de publicité en particulier, il y a eu un changement de paradigme notable, passant de la vente de produits à la vente de styles de vie.

L’exposition de groupe Women on View aborde l’érotisation du corps féminin dans la photographie publicitaire – en commençant par les premiers produits publicitaires des années 1940, à l’époque de l’hyper érotisation de la femme dans les années 1990, jusqu’à des positions contemporaines dans la photographie publicitaire. L’exposition présente des affiches et des photographies légendaires d’artistes tels que Lillian Bassman, Guy Bourdin, Erwin Blumenfeld, Michel Comte, Patrick Demarchelier, Hans Feurer, Francis Giacobetti, Sarah Hardacre, Horst P. Horst, Frank Horvat, Paul Huf, Peter Lindbergh, Jean Daniel Lorieux, Bernard Matussière, Uwe Ommer, Marino Parisotto, Norman Parkinson, Irving Penn, Michel Perez, Hervé Plumet, Helmut Newton, Regina Relang, Herb Ritts, Franco Rubartelli, Mark Shaw, Jeanloup Sieff, Melvin Sokolsky, Tono Stano, Bert Stern, Karin Székessy, Ellen von Unwerth, et Albert Watson.

D’une part, l’exposition illustre les différentes manières dont les femmes sont représentées dans la publicité. D’autre part, il interroge les influences réciproques de la photographie de mode et commerciale dans la création de normes esthétiques. En outre, l’exposition vise à refléter l’impact socioculturel de l’imagerie marketing. La publicité fonctionne comme une image miroir des attitudes sociales et, en tant que telle, joue un rôle déterminant dans la définition de modèles à suivre et dans l’enracinement des notions de beauté. Dans le monde d’aujourd’hui dominé par les médias, on constate une tendance croissante à diffuser des valeurs plus standardisées d’attractivité et de beauté. Au cours des dernières décennies, l’utilisation d’un langage visuel dans lequel les modèles féminins ont été décrits de manière objective et provocante a conduit à une sexualisation radicale de la sphère publique. Dans quelle mesure les représentations contemporaines des femmes témoignent-elles encore de la valeur que la société attribue à l’attractivité ? La représentation des qualités féminines en tant qu’idéal de la beauté est-elle une valeur ineffable ou une inclination en mouvement ?

À l’occasion de l’exposition, un vaste catalogue bilingue sera publié, avec une préface du conservateur de la Fondation Helmut Newton, Matthias Harder, des textes de la sociologue Esther Loubradou et de nombreuses photographies publicitaires historiques.

Pour plus d’informations: http://galerie36berlin.com/2750-2/

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5 février 2019

Emmanuel Macron retrouve le charme des pratiques de l’« ancien monde »

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Par Olivier Faye

Le chef de l’Etat renoue avec le terrain, mais aussi avec le contact direct avec les journalistes, qu’il avait jusqu’ici maintenus à distance. Et n’exclut pas de toucher au non-cumul des mandats.

En astronomie, le propre d’une révolution pour un corps céleste est de repasser à son point de départ. Il peut en être de même en politique. Pendant sa campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron, auteur du livre Révolution (XO, 2016), se campait ainsi en « outsider » du « système » politique, qui allait impulser un « renouvellement des pratiques ».

Fini le « président de l’anecdote » que représentait à ses yeux François Hollande, place au « président du temps long », comme il le promettait dans un entretien au Monde, le 4 avril 2017. Finis, aussi, ces échanges informels à tout bout de champ avec les journalistes qu’affectionnait son ancien mentor, devenu contre-modèle.

« Je veux tourner deux pages. La page des cinq dernières années et la page des vingt dernières années », ambitionnait alors l’ancien ministre de l’économie. Las, son impopularité tenace et la crise des « gilets jaunes » le contraignent, presque deux ans plus tard, à revoir certaines de ces aspirations pour revenir à des méthodes plus « classiques ».

Exercice inédit

Jeudi 31 janvier, le président de la République a reçu à l’Elysée, pendant près de deux heures trente, six journalistes de différents médias nationaux pour leur exposer sa vision des choses. L’exercice, courant chez la plupart de ses prédécesseurs, était inédit pour celui qui a longtemps revendiqué tenir la presse à distance. « J’étais halluciné de le voir recevoir les éditorialistes, souffle un poids lourd de la majorité. Lui qui a passé son temps à taper sur François Hollande car il parlait trop aux journalistes… »

Le 27 janvier, déjà, M. Macron avait longuement évoqué les sujets de politique nationale avec la presse en marge de son déplacement officiel au Caire. Depuis le début de son quinquennat, pourtant, le chef de l’Etat s’était fixé comme règle de ne jamais parler de politique intérieure depuis l’étranger. « Le président s’exprime dès lors que sa parole est utile », justifie-t-on aujourd’hui à l’Elysée.

Au-delà de la forme, ce rendez-vous du 31 janvier avec la presse a été l’occasion de passer plusieurs messages, notamment sur le fonctionnement des médias en France. « Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’Etat doit financer, a estimé le locataire de l’Elysée. Il faut financer des structures qui assurent la neutralité. » Face à la propagation des « fake news », il a évoqué la possibilité que « la vérification de l’information » soit soutenue par « une forme de subvention publique assumée ».

Soucieux de la vie des rédactions, donc, le président de la République s’est aussi montré attentif à « la vie des gens ». « C’est un sujet présidentiel », a-t-il estimé, citant l’exemple de la réforme de l’Etat avec ces fonctionnaires trop affairés à leurs bureaux et « pas assez au guichet ». Une implication de tous les instants rendue nécessaire par le rythme effréné du quinquennat – Nicolas Sarkozy et François Hollande l’ont éprouvé en leur temps –, mais qui va à rebours de la manière dont le candidat Macron imaginait la fonction. « A partir du moment où le président devient le débiteur des actions du quotidien, d’ajustements, comme cela s’est passé sous les précédents quinquennats, il s’affaiblit. De manière colossale », estimait-il auprès du Monde, le 4 avril 2017.

Reprendre la main

« C’est une période de transition car la cellule de communication de l’Elysée est en train d’être réorganisée, note le communicant Robert Zarader, qui a conseillé François Hollande avant de soutenir M. Macron. Il a décidé de reprendre la main en direct sur un certain nombre de sujets : les élus locaux, les médias, pour préparer la sortie du grand débat national. » En parallèle de ses rencontres avec les maires, le chef de l’Etat doit en effet recevoir tout au long de la semaine l’ensemble des présidents de groupes parlementaires dans le cadre de consultations menées sur le grand débat.

Le premier ministre, Edouard Philippe, doit pour sa part s’entretenir avec syndicats et associations. Des acteurs qui ont souvent regretté depuis le début du quinquennat de ne pas être assez consultés. « Emmanuel Macron est en campagne, dénonce Boris Vallaud, député PS des Landes et ex-secrétaire général adjoint de l’Elysée durant le quinquennat de M. Hollande. Il parle à la presse, aux maires, mais si ce débat finit simplement en grand monologue du président de la République face à différents interlocuteurs, ce ne sera qu’une tentative de remise en selle sans rien changer au fond de sa politique. »

Il est un point sur lequel une marche arrière semble en tout cas possible : le cumul des mandats, que François Hollande avait strictement limité. Sur France Inter, le 30 janvier, Edouard Philippe a jugé pas « incompatible » le cumul éventuel entre un mandat de maire d’une petite commune et celui de parlementaire. « Si le maire d’un village était sénateur, je ne vois pas où serait le problème, explique un proche du premier ministre. D’ailleurs, je le pense aussi pour le maire de Marseille. Mais c’est une question posée seulement par les élus ou les parlementaires, je ne crois pas que ce soit une priorité. »

La porte semble néanmoins ouverte à des aménagements à la suite du grand débat. « Le Sénat est par nature une chambre de représentations des territoires, mais la question se pose pour les députés », précise-t-on à l’Elysée. Dans l’entourage de M. Macron, on plaide en faveur d’une double « réflexion ». « Sur l’organisation du temps parlementaire », d’un côté, « de manière à libérer du temps pour être en circonscription », et de l’autre « sur le cumul des mandats, en respectant l’esprit de la loi, qui est de considérer qu’on ne peut pas être maire d’une grande ville et parlementaire ». Le temps où certains députés marcheurs se voyaient comme des législateurs qui n’ont pas vocation à s’investir sur le terrain local semble révolu.

Un visiteur du soir de l’Elysée, qui a connu plusieurs présidents, raillait ces dernières semaines la prétention de la macronie à inventer un « nouveau monde » politique : « Depuis Aristote, Cicéron, Machiavel, tout a été écrit sur l’exercice du pouvoir. Si Emmanuel Macron croit encore à sa théorie du nouveau monde, il devrait les lire. » En somme, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

5 février 2019

Extrait d'un shooting

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5 février 2019

Cœur bondage

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5 février 2019

'DÉTACHÉ' PAR GREG MILES {NSFW / EDITORIAL EXCLUSIF}

Le photographe Greg Miles et le mannequin Cherry Bombshell ont récemment tourné cette histoire de beauté nue pour NAKID . Une touche de rouge avec cette énergie érotique et de beaux tons est l’ambiance idéale à l’approche de la Saint-Valentin.

Voir plus de travaux de Greg Miles ici:   INSTAGRAM

Crédits d'équipe:

Modèle: Cherry Bombshell

Coiffure & Maquillage: Phoenix Rose

https://www.instagram.com/gregmilesphotography/

https://www.instagram.com/cherrybombshellnola/

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5 février 2019

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5 février 2019

Suicide : 7,2 % des Français âgés de 18 à 75 ans ont déjà tenté de mettre fin à leurs jours

suicide

Par François Béguin

Les femmes sont particulièrement touchées. Selon Santé Publique France, près d’une Française sur dix est passée à l’acte au cours de sa vie.

Les chiffres publiés mardi 5 février par Santé Publique France (SPF) à l’occasion de la 23e journée nationale pour la prévention du suicide ne sont pas bons. En 2017, 7,2 % des Français âgés de 18 à 75 ans déclaraient avoir tenté de se suicider au cours de leur vie. Ils étaient 4,7 % à avoir pensé à mettre fin à leurs jours au cours des douze derniers mois et 0,39 % à avoir tenté de le faire. Des proportions élevées, marquées par des évolutions différentes chez les hommes et les femmes.

Si les hommes représentent les trois quarts des 8 948 décès par suicide officiellement recensés en 2015 par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc-Inserm), un chiffre stable par rapport à 2014 (8 885 décès) après plusieurs années de « lente décroissance », les pensées suicidaires et les tentatives de suicides sont davantage le fait des femmes. Un paradoxe apparent qui s’explique par le fait que les hommes utilisent des moyens plus létaux (armes à feu, pendaison).

Certains chiffres collectés dans le cadre du « Baromètre de Santé Publique France » (25 319 personnes interrogées) sont particulièrement alarmants. Près d’une Française âgée de 18 à 75 ans sur dix (9,9 %) déclarait ainsi en 2017 avoir tenté de se suicider au cours de sa vie (contre 4,4 % des hommes), une proportion en hausse de 2,3 points par rapport à 2005. Un pourcentage « énorme » qui peut s’expliquer par « le fait que c’est peut-être aujourd’hui plus acceptable de parler d’une tentative de suicide faite il y a dix ans, la majorité des tentatives ayant lieu à l’adolescence entre 15 et 19 ans », note Enguerrand du Roscoät, responsable de l’unité santé mentale à Santé Publique France, coauteur de l’étude.

Profils « à risque »

Quelques données éclairent crûment certains profils « à risque » : près d’un tiers des femmes (31 %) et un quart des hommes (25,7 %) ayant subi des attouchements ou des rapports sexuels forcés ont déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie. Et près d’un quart des personnes ayant connu un « épisode dépressif caractérisé au cours de l’année » (25,1 % des hommes, et 22,6 % des femmes) ont eu des pensées suicidaires au cours de cette période. Par ailleurs, les « graves problèmes d’argent », les « menaces verbales », les « humiliations ou intimidations » et le fait d’avoir « vécu une séparation ou un divorce » au cours des douze derniers mois « multipliaient par deux environ le risque d’idéations suicidaires », relèvent les auteurs de l’enquête.

Une autre étude montre que, « quelle que soit l’année étudiée, les taux d’hospitalisation pour tentative de suicide par âge [sont] plus élevées chez les femmes que chez les hommes, sauf au-delà de 85 ans ». Les jeunes filles de 15 à 19 ans présentent « systématiquement le taux de séjour le plus élevé ».

Une tendance confirmée par l’enquête Escapad menée en mars 2017 auprès de 39 115 adolescents de 17 ans lors de la journée « défense et citoyenneté » et publiée mardi 5 février. Elle montre une « augmentation significative » des tentatives de suicide et pensées suicidaires déclarées chez les jeunes filles entre 2011 et 2017. Si près d’un adolescent sur dix (11,4 %, soit un point de plus qu’en 2014) dit avoir pensé au suicide dans les douze mois qui ont précédé, ce sont 14,8 % des filles de 17 ans qui ont eu une telle pensée morbide (soit 62 000 filles) contre 8,2 % des garçons de cet âge (36 000 adolescents).

Autre chiffre marquant de l’enquête menée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) : 2,9 % des adolescents de 17 ans – soit 25 000 jeunes – disaient en 2017 avoir fait une tentative de suicide ayant entraîné une hospitalisation au cours de leur vie. Un phénomène là aussi très féminin : 4,3 % des filles de cet âge (+1 point par rapport à 2011) et 1,5 % des garçons (stable) disaient avoir déjà tenté de mettre fin à leurs jours.

« Deuxième cause de décès parmi les 15-24 ans »

« On peut conclure à une souffrance psychique plus forte chez les adolescentes », souligne Enguerrand du Roscoät, qui pointe à la fois « une pression sociale plus resserrée à un moment crucial de leur vie, celui de la conquête de leur autonomie », des « conditions sociales et culturelles plus difficiles », et aussi « une plus grande facilité à parler de leurs sentiments ». Les chiffres montrent d’ailleurs que ces jeunes femmes présentent davantage de troubles dépressifs, très présents dans les passages à l’acte suicidaire. « En France comme à l’international, le suicide demeure la deuxième cause de décès parmi les jeunes de 15-24 ans », après les accidents de circulation, rappelle Santé Publique France.

D’autres indicateurs sont en revanche plutôt dans le vert, ce qui « ne permet pas d’appréhender de façon claire l’évolution des conduites suicidaires depuis 2000 », relève l’étude de l’agence sanitaire. Les pensées suicidaires et les tentatives de suicide au cours des douze derniers mois sont ainsi stables ou en légère baisse chez les hommes comme chez les femmes entre 2014 et 2017.

Le taux d’hospitalisation pour tentative de suicide est également en baisse en dix ans, passant de plus de 100 000 par an en 2008 contre « un peu moins de 89 000 » en 2016 et 2017, ces chiffres ne prenant toutefois pas en compte les patients passés aux urgences après une tentative mais non hospitalisés ou ceux hospitalisés en psychiatrie sans être passés auparavant par un service de médecine.

Alors que la France continue de présenter un des taux de suicide les plus élevés d’Europe, derrière les pays de l’Est, la Finlande et la Belgique, les pouvoirs publics voudraient désormais non plus « se satisfaire d’une lente décroissance des chiffres », comme c’est le cas depuis 1985, mais souhaiteraient une « cassure de courbe importante », explique Enguerrand du Roscoät, qui cite la priorité désormais donnée à la prévention des personnes à risque, notamment via un meilleur suivi des personnes ayant déjà fait une tentative de suicide.

4 février 2019

La une de Libération de demain...

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