Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
29 décembre 2018

Promenade dans Paris

Publicité
28 décembre 2018

Place Vendôme - ce soir

temporary (3)

temporary (6)

temporary (8)

temporary (9)

temporary (10)

Photos prises avec mon Nikon KeyMission 170

28 décembre 2018

Crazy Horse également à Nice...

28 décembre 2018

« L’Homme fidèle », variation espiègle sur le triangle amoureux - vu aujourd'hui

salle cinema

L’acteur et réalisateur, Louis Garrel, met en scène un homme tiraillé entre deux femmes dans cette comédie légère et plein d’humour à l’esprit très Nouvelle Vague.

Coécrit avec Jean-Claude Carrière, ce film délicat met en valeur la magnifique maturité artistique de son actrice principale, Laetitia Casta.

hom22

Abel (Louis Garrel) se trouve pris tel une marionnette dans le jeu de deux femmes.

L’Homme fidèle de Louis Garrel - film français, 1 h 14

Il y a des films dont on sait qu’on va immédiatement les aimer. Question de rythme, de ton, d’atmosphère. C’est le cas de cet Homme fidèle, joli cadeau de Noël, dont la séquence d’ouverture est à elle seule un vrai petit bijou. On suit Abel (Louis Garrel) rentrer chez lui dans un bel appartement parisien haussmannien où, comme il nous l’explique en voix off, il vit en couple depuis trois ans avec la belle Marianne (Laetitia Casta).

À l’intérieur, sa compagne l’attend avec une triple nouvelle. Elle est enceinte, pas de lui mais de son meilleur ami, Paul, avec lequel elle a une liaison. Le mariage est déjà prévu (« C’est mieux pour le bébé, tu ne trouves pas ? »), et d’ailleurs, il est invité si jamais l’envie lui en prenait. De la réaction d’Abel, qui repart immédiatement ses sacs sous le bras, on n’entendra que le bruit d’un corps qui tombe dans les escaliers, une fois la porte refermée.

Une comédie pétillante et drôle

Cette formidable entrée en matière, qui doit beaucoup à la science et l’expérience de son coscénariste, Jean-Claude Carrière, annonce d’emblée ce que sera le film : une comédie pétillante et drôle, nouvelle variation pleine d’espièglerie autour de la figure du triangle amoureux, dont l’idée a été lointainement inspirée à Louis Garrel par La seconde surprise de l’amour de Marivaux.

"Les deux amis", fable grave et burlesque

La veuve ici, c’est Marianne que l’on retrouve dix ans plus tard lors des obsèques de son mari, Paul. Abel est présent bien sûr, et tout disposé à consoler et reconquérir cette femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer. Deux obstacles vont pourtant se dresser sur son chemin. D’abord Joseph (Joseph Engel), l’enfant que Marianne a eu de Paul, qui n’aime pas Abel et lui laisse entendre que sa mère aurait tué son père. Ensuite Ève (Lily-Rose Depp), la sœur du défunt Paul, entichée d’Abel depuis l’adolescence et bien déterminée à assouvir son fantasme et à l’arracher aux bras de Marianne.

S’ensuit un chassé-croisé amoureux dans lequel Abel apparaît comme une simple marionnette, transportant en permanence ses affaires d’un endroit à l’autre, aux mains de ces deux femmes puissantes. Mais à ce petit jeu de la manipulation perverse, c’est l’aînée, Marianne, qui s’avère la plus diabolique et la plus déterminée. Incarnée par une Laetitia Casta, éblouissante de naturel, elle apparaît dans toute l’assurance de sa maturité et de son expérience de l’amour, acceptant de faire semblant de tout perdre pour mieux au final remporter la mise.

Un univers à mi-chemin entre Truffaut et Woody Allen

Après Les Deux amis (2015) – déjà l’histoire d’un triangle amoureux – l’acteur Louis Garrel parvient avec L’Homme fidèle, à construire un univers particulier, à mi-chemin entre François Truffaut et Woody Allen. De la nouvelle vague dont il est l’un des rejetons, il emprunte volontairement certains codes : la voix off, le décor des rues de Paris, l’économie de moyens (le film a été tourné en quatre semaines), le personnage de l’enfant rebelle.

Des références assumées mais qu’il s’empresse avec un malin plaisir de détourner. Il y ajoute de l’absurde, de l’humour, et même un faux suspense, passant ainsi allègrement par tous les genres, de la comédie de mœurs au thriller en passant par la comédie romantique. C’est ce qui donne à ce film, à l’histoire et aux décors volontairement intemporels, toute sa modernité.

Cette brève romance – le film dure 1 h 14 – est drôle, rythmée, remarquablement écrite et dialoguée. Et au fond assez morale. Si Abel apparaît faible et laisse le destin décider à sa place, il est l’homme fidèle à celle qu’il aime comme à lui-même, celui qui n’utilise jamais de masques. Les chemins tortueux de sa vie sentimentale ne représentent alors que les étapes nécessaires pour éprouver la solidité de son amour et accepter sa paternité. Un film à déguster sans modération.

=================

Jean-Claude Carrière, scénariste prolifique

Né en septembre 1931 dans l’Hérault, Jean-Claude Carrière est un écrivain, scénariste et homme de théâtre, auteur de plus d’une soixantaine de films de cinéma et d’une dizaine à la télévision.

Il débute au cinéma avec Jacques Tati et Pierre Etaix avant d’entamer une longue collaboration avec le réalisateur espagnol Luis Buñuel (Le Journal d’une femme de chambre, Belle de jour, Le Charme discret de la bourgeoisie, Cet obscur objet du désir…).

Il a également régulièrement travaillé pour Louis Malle (Viva Maria, Le Voleur, Milou en mai), Jacques Deray (La Piscine, Borsalino), Milos Forman (Taking Off, Valmont), Volker Schlöndorff (Le tambour, Un Amour de Swann, Le Roi des aulnes), Andrzej Wajda (Danton, Les Possédés) et Jean-Paul Rappeneau (Cyrano de Bergerac, Le Hussard sur le toit).

Il a reçu le César du meilleur scénario original en 1983 pour Le Retour de Martin Guerre avec Daniel Vigne.

Céline Rouden

28 décembre 2018

Extrait d'un shooting

shooting belle

shooting11

Publicité
28 décembre 2018

BILAN : 2018 ou l'échec cinglant d’un homme

macron

Qu’on le prenne d’un côté ou d’un autre, le bilan politique de l’année 2018 renvoie d’abord à l’échec d’un homme, Emmanuel Macron, quand 42% des Français lui faisaient toujours confiance en janvier, mais que 18% seulement le soutiennent encore en décembre.

Avec Christophe Boutin 

Certes, tous les Chefs de l’État récents, les Chirac, Sarkozy ou Hollande ont connu de telles baisses de leurs cotes de confiance dans leur première année de mandat, ce qui effectivement peut relativiser les choses. Mais on notera que les causes de ces effondrements successifs étaient sans doute différentes. Jacques Chirac, élu rappelons-le contre Jean-Marie Le Pen au second tour de 2002, se refusa lors de son second mandat à mener la politique de droite qu’attendaient ses électeurs après la phase de cohabitation avec Lionel Jospin, le « raffarinisme » de la première année étant tout sauf gaulliste. Nicolas Sarkozy Sarkozy trahit lui aussi un électorat très à droite qu’il avait séduit avec des formules choc, en pratiquant l’ouverture à gauche comme en excluant certaines questions des réformes prévues. Et François Hollande, engoncé dans sa « normalité », mena une politique fiscale trop à droite qui lui valut – entre autres – le mouvement des « bonnets rouges », et une politique « sociétale » trop à gauche qui conduisit à la Manif pour tous.

On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Emmanuel Macron, mais, d’une part, contrairement à certains de ses prédécesseurs, il a choisi d’engager des réformes, et, d’autre part, celles-ci correspondent assez largement à ses engagements de campagne – en n’oubliant toutefois pas que ces derniers étaient formulés en termes assez subtils, autour du fameux « et en même temps », pour permettre à de nombreux Français de s’y retrouver dans un même flou. D’où vient alors cette dégringolade de 2018 ?

La première explication tient dans l’erreur faite par les Français sur le « remplacement » qu’il était censé incarner et la déception qui en résulta. Après l’élection par défaut de Chirac pour éviter Le Pen, ou de Hollande par lassitude de Sarkozy, l’élection de 2017 a été le moment de l’expression d’une vague de « dégagisme » qui traduisait une hostilité de fond aux hommes politiques en place, auxquels les Français reprochaient de ne pas oser se saisir des problèmes qui les concernaient et de se comporter en oligarques. Ils voulaient « que cela change », et pour cela (re ?) trouver chez le titulaire du pouvoir suprême un dynamisme que n’arrivait pas à incarner François Hollande. Il fallait tout à la fois restaurer une certaine verticalité, ou, au moins, une certaine dignité du pouvoir, tout en renouant le dialogue entre ce pouvoir et les citoyens. Bref il fallait un pouvoir fort au service de la nation.

Emmanuel Macron a su incarner cela, et le faire même avec assez de talent pour que sa cote de popularité résiste plus longtemps que celle de ses prédécesseurs. Favorisant ce relatif « état de grâce », la presse n’avait alors pas de mots assez forts pour nous vanter le jeune chef et son équipe de « premiers de cordée ». Et puis… et puis l’affaire Benalla. Et de manière très surprenante, sur laquelle il faudra un jour se pencher, cette même presse qui, non seulement, laisse passer l’information, mais la crée, l’amplifie, et se retourne contre l’homme qu’elle encensait la veille. Car Emmanuel Macron a ici beaucoup plus été trahi en 2018 par ceux-là même qui avaient contribué à son arrivée au pouvoir en 2017 que mis à bas par ses ennemis politiques.

Viennent alors les erreurs majeures du Chef de l’État et de son entourage en termes de communication de crise, des erreurs qui vont changer, de manière peut-être irrémédiable, la perception qu’avaient les Français de l’homme. Sa confiance en soi devient de l’arrogance, sa hauteur de la suffisance, sa distance du mépris, et cette autorité dont les Français souhaitaient la restauration semble soudain moins légitime.

À partir de là, c’est un château de cartes qui s’écroule, car si le mode de gouvernement d’Emmanuel Macron pouvait être cohérent dans une phase offensive de réformisme, il ne l’était pas dans une phase défensive. Le Président dirige en effet la France avec une équipe réduite de conseillers placés à l’Élysée, jeunes, brillants, mais peu enclins à composer avec ceux qui osent mettre en doute la nécessité de leurs décisions, et la bulle médiatique qui a entouré - et partiellement permis - son arrivée au pouvoir a enfermé l’acteur-né et les siens dans une impression de toute-puissance qui les conduit à accumuler les erreurs. Le système macronien repose essentiellement sur la confiance en un homme, et lorsque celle-ci n’existe plus – et c’est ce qui est apparu avec l’affaire Benalla -, quand la perception qu’ont les Français de la personnalité du Président change, il faut impérativement tenter de restaurer son image. Mais avec quoi ? Le problème est qu’il n’y a rien autour, ni soutiens importants, ni « fusibles » politiques.

Le Premier ministre n’est ainsi que l’exécutant zélé de la politique décidée par le Chef de l’État, quand ses ministres sont pris en étau entre le contrôle des conseillers de l’Élysée et les freins des hauts fonctionnaires. Les élus de La République En Marche ensuite, ce parti qui n’est jamais que le parti du Président, censés exprimer la richesse de la société civile et remplacer des politiques déconnectés des réalités, sont apparus eux aussi comme terriblement éloignés des préoccupations de leurs concitoyens et tenus par une stricte discipline de vote. Dans les deux cas, gouvernement et assemblée, le bon côté de la disparition de certains hiérarques locaux, ces tout - et trop - puissants barons, cette absence voulue de contrepoids à la volonté absolue du titulaire de la fonction présidentielle et de ses affidés, se paye par l’impossibilité de trouver des appuis convaincants… ou de pouvoir désigner d’autres coupables que l’hôte de l’Élysée.

La disparition des corps intermédiaires a elle renforcé l’isolement du pouvoir au risque de le rendre autiste. Certes, Emmanuel Macron n’est pas responsable du discrédit qui a frappé les partis politiques, les syndicats et les collectivités locales – on oubliera les usines à gaz inopérantes comme le CESE -, en grande partie détruits par leurs propres dérives. Il a même bénéficié de ce discrédit, on l’a dit, en surfant en 2017 sur la vague du  « dégagisme ». Mais il s’est bien gardé de tenter de les restaurer, quand c’étaient autant de moyens de prendre le pouls de la société et que leur absence le laissait nu face aux attaques. Quant aux médias, quand bien même se seraient–ils rendus compte qu’ils étaient allés trop loin en déboulonnant la statue du Commandeur que le mal était fait.

Et de fait, il est apparu crûment que, de ces temps nouveaux qu’ils annonçaient début 2018, il ne restait rien à la fin de l’année. Emmanuel Macron allait définir, nous disait-on, un nouveau rapport de forces avec les USA de Donald Trump, le voilà ridiculisé à Washington et à Paris. Il portait un nouveau multilatéralisme international, ses coups de poings rageurs à la tribune de l’ONU n’ont suscité aucun élan. Il allait repenser l’Europe, il se montre seulement servile envers une Allemagne dont la chancelière, en fin de vie politique, le soutient comme la corde le pendu. Il allait redonner un nouvel élan à l’économie française, il se contente de brader les « bijoux de famille » pour continuer d’emprunter, sans vraiment se poser la question des gouffres financiers sans fond. Il allait enfin renouer le dialogue avec ses concitoyens… et c’est le mouvement des « Gilets jaunes ».

Car c’est en effet dans cette société déçue que ressurgit, à la fin de l’année 2018, cette question essentielle du consentement à l’impôt qui va amener des centaines de milliers de Français à manifester à partir de la mi-novembre. Des Français qui, pour beaucoup, travaillent, qui comprennent parfaitement qu’ils doivent nécessairement payer un impôt pour bénéficier des protections sociales (retraite, sécurité sociale…) dont ils veulent le maintien, mais qui estiment que l’impôt est devenu inéquitable dans notre pays. Inéquitable pour ces contribuables pressurés qui ne font partie ni de ceux, sociétés ou individus, qui peuvent échapper à l’impôt par l’évasion et l’optimisation, ni de ceux qui n’en payent pas et bénéficient amplement des aides générées par ces mêmes impôts.

Au-delà, en cette fin d’année 2018, certains Français croient comprendre qu’Emmanuel Macron ne représenterait finalement qu’une nouvelle forme, plus performante que les précédentes en même temps que plus radicale, d’un pouvoir oligarchique qui entend bien continuer de transformer de fond en comble les bases mêmes de nos sociétés, ses bases économiques, institutionnelles ou anthropologiques. Des bouleversements qu’ils perçoivent comme dangereux et auxquels ils entendent bien s’opposer.

Mais comment ? On a évoqué l’atonie des corps intermédiaires. L’année 2018 est aussi celle de l’échec d’une partie de l’opposition politique. Lorsque, après un mois de crise violente, le chef revendiqué d’une partie de l’opposition, Laurent Wauquiez, est considéré dans les sondages comme ayant moins bien géré la crise que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, tout est dit ou presque. Le parti des Républicains, bateau ivre, oscille depuis 2017 – si ce n’est avant - au gré des tensions internes et des pusillanimités de ses chefs. Très logiquement, 2018 aura donc aussi été l’année où le Rassemblement national s’est remis de l’échec de Marine Le Pen aux présidentielles, et où Debout La France de Dupont-Aignan a presque doublé son capital électoral, quand, à gauche, La France Insoumise s’est affirmée à la Chambre comme une des principales forces d’opposition.

Pensant renouer les liens avec la nation lors de son « itinérance mémorielle » destinée à commémorer la fin des combats de la Grande Guerre, Emmanuel Macron, même s’il a alors eu plusieurs confrontations directes avec les citoyens, n’a pas mesuré l’ampleur de la vague qui arrivait. Mélangeant les messages, trop occupé à ne pas vexer l’Allemagne et à utiliser le moment comme une plateforme vers les élections européennes de 2019, avec comme rhétorique simpliste : « le nationalisme c’est la guerre, l’Europe c’est la paix », il a perdu son ultime chance de désamorcer le conflit. Un conflit avec une frange de la population qui, lassée, déçue, s’est affranchie des médiations en engageant une action directe sur le terrain.

Quelles sont donc les leçons politiques de cette année 2018 ? Que pour un pouvoir rien ne peut se faire sans légitimité. On sait que Max Weber en distinguait trois, les légitimités traditionnelle, charismatique, et légale, et il faut constater qu’aucune d’entre elles ne s’applique plus au pouvoir politique en France. La première d’abord, qui traduit un conservatisme certain, ne saurait être invoquée par un pouvoir qui détruit avec rage les fondamentaux et les structures de la société qui lui précédait. La seconde a pu être construite autour de la personnalité d’Emmanuel Macron, mais les limites de l’acteur sont apparues quand son impression de toute-puissance l’a conduit à accumuler les erreurs de communication. Peut-elle être restaurée ? La question est posée pour 2019.

Reste la légitimité légale, mais sur ce point la réponse des « Gilets jaunes » est claire : la loi ne peut selon eux être uniquement faite par les élus, et l’on doit mettre en place parallèlement des procédures de consultation populaire, les référendums, des consultations qui doivent avoir comme source potentielle, parmi d’autres, une demande exprimée parles citoyens. Il ne s’agit pas ici d’en terminer avec la démocratie représentative, mais de tempérer celle-ci par des éléments de démocratie directe, autant pour éviter certaines dérives que pour pouvoir débattre en France de questions qui, sinon, ne sont jamais évoquées par les titulaires du pouvoir. Bref, sa seule légalité n’implique pas, ou plus, aux yeux de nos concitoyens, la légitimité de la norme invoquée par le pouvoir.

On le voit, l’année 2018 nous renvoie ainsi, au-delà de l’anecdotique question de savoir qui est vraiment Emmanuel Macron et pourquoi il choisit de mener telle ou telle politique, ou qui, à droite ou à gauche, aurait vocation à le remplacer, à des interrogations essentielles sur le fondement et le devenir de nos démocraties, des interrogations que nous partageons d’ailleurs avec de nombreux autres peuples, en Europe ou aux USA, et qui pourraient bien avoir des impacts importants, tant sur les politiques à mener que sur la manière de les décider. 2018 année charnière ? Peut-être.

marianne

28 décembre 2018

Bettina Rheims

bettina19

bettina22

bettina23

bettina24

bettina26

bettina27

28 décembre 2018

Exposition JR à la MEP (Maison Européenne de la Photographie)

JR26 (2)

EXPOSITION jusqu'au 10.02.2019

MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE

JR

MOMENTUM

LA MÉCANIQUE DE L’ÉPREUVE

« Momentum, la mécanique de l’épreuve » est la première grande exposition de JR au sein d’une institution française. Elle rassemble notamment les premières photographies de l’artiste, des collages de format monumental de ses plus grands projets, et plusieurs installations inédites.

Travaillant à la fois la photographie, le cinéma, le spectacle vivant et les arts visuels en général, JR mobilise des communautés, des quartiers et des villages entiers. Par des formats démesurément grands, il donne une voix aux anonymes.

L’exposition présente de nombreux projets et immerge le visiteur au sein même du processus créatif de JR, en revenant sur ses débuts lorsqu’il réalisait des graffitis, ainsi que sur ses premières photographies et ses premiers collages. Le parcours de l’exposition présente également des séries d’envergure : Portrait d’une génération (un projet d’affichage illégal de portraits réalisés avec un objectif 28 millimètres) ; Women are heroes (soulignant la dignité des femmes qui sont souvent les premières victimes lors de conflits ou de guerres) ; The Wrinkles of the City (dont les actions visent à révéler l’histoire et la mémoire d’un pays ou d’une ville en se focalisant sur les rides de ses habitants) ; Unframed (dans lequel JR s’approprie des images réalisées par d’autres photographes et qu’il recontextualise en leur donnant un sens nouveau)…

L’exposition « Momentum, la mécanique de l’épreuve » dévoile également une fresque interactive inédite. Celle-ci explore l’impossible contrôle des armes aux États-Unis. À travers des centaines de portraits et d’entretiens, et grâce à une plateforme en ligne spécialement conçue pour l’occasion, JR invite le visiteur à découvrir les témoignages et points de vue de nombreux personnages.

« Seulement 2% de l’œuvre de JR est connue du public, exposée en galerie ou en musée, explique Fabrice Bousteau. L’autre partie, tout aussi importante voire plus, constitue son processus de travail créatif et esthétique, en interaction avec les gens ou depuis son atelier. »

Un cycle de projections accompagne cette exposition, le week-end dès 15h à l’auditorium de la MEP. Seul, mais aussi en commun avec des artistes et réalisateurs dont il est proche, JR signe la réalisation de plusieurs films de ce cycle. Ils font ainsi partie intégrante de son œuvre, et ne sont pas de simples « making-of » documentant son travail plastique.

jr24

jr25

JR26 (4)

JR26 (5)

JR26 (6)

JR26 (7)

JR26 (8)

JR26 (9)

jr26

28 décembre 2018

M le Monde de ce week-end. Étonnant, non ? cette couverture...

le monde

m le monde

28 décembre 2018

Aux Champs-Elysées, splendeurs et misères d’Emmanuel Macron

Par Ariane Chemin - Le Monde

L’ostentatoire avenue parisienne s’est transformée en rendez-vous des « gilets jaunes ». Un retour de bâton pour le président qui y a régulièrement mis en scène son pouvoir « jupitérien ».

Raide comme un lancier dans son command car, Emmanuel Macron remonte les Champs-Elysées. Il a posé sa main sur l’arceau du véhicule militaire. Derrière lui, le Louvre et sa Pyramide, point de départ de la fameuse « voie royale », perspective esquissée au XVIIe siècle par le jardinier Le Nôtre, qui file désormais sans obstacles jusqu’au quartier d’affaires de la Défense. Un sourire pincé assouplit légèrement les lèvres du héros. Regard martial, maxillaires saillants, il faut clore la séquence du « président normal ». Représenter les Français, mais d’abord incarner la France.

À chaque président, son mini-coup d’Etat dans des protocoles trop huilés. Ce dimanche 14 mai 2017, la passation des pouvoirs s’est déroulée selon le rituel constitutionnel : tapis rouge, garde républicaine, tête-à-tête avec François Hollande, visite du PC Jupiter, ce bunker réservé au commandement militaire. Emmanuel Macron est devenu à 39 ans le 25e président de la République française.

Mais, au moment de quitter l’Elysée pour gagner la place de l’Etoile et raviver la flamme du tombeau du Soldat inconnu, surprise : ce n’est pas la traditionnelle Citroën qui patiente devant la grille du Coq, sortie la plus discrète du Palais. Emmanuel Macron n’a pas fait son service militaire mais raffole de l’uniforme. Sa griffe, ce sera ce VLRA (véhicule léger de reconnaissance et d’appui) en « livrée camouflage ».

CE JOUR-LÀ, LES CHAMPS-ÉLYSÉES S’IMPOSENT COMME LA SCÈNE POLITIQUE DU POUVOIR MACRONIEN

Hormis les cordons de chevaux et de motards de la garde républicaine, rien ne protège le nouveau président des spectateurs postés le long des trottoirs. De quoi aurait-il peur ? On ne hait pas un inconnu. À mi-parcours, plusieurs chevaux se cabrent brusquement, manquant de semer la panique dans le cortège, mais les ruades sont vite oubliées, un épiphénomène dans ce cours radieux. Qu’importe s’il a été élu par moins de 21 millions d’électeurs : Macron a conquis le pouvoir à la vitesse d’un Rafale, sans mandat ni parti. Il a raflé 66 % des voix au second tour, face à Marine Le Pen, et savoure son apothéose sur l’avenue de la mémoire nationale.

Le pays tout entier a pris l’habitude de s’y rassembler pour fêter ses triomphes, deux millions de personnes pour la libération de la capitale en août 1944, un million et demi pour la victoire des Bleus de Zidane en juillet 1998. Ce 14 mai 2017, dans l’objectif des photographes, le visage juvénile du président sur « la-plus-belle-avenue-du-monde », encadré par l’écarlate des plumets, le cuivre des casques, le bleu des gyrophares, symphonie de couleurs devenue spécialité française, offre des clichés de rêve. Comment imaginer que l’avenue de son sacre deviendra bientôt le théâtre de sa disgrâce, l’artère d’une tragédie en plusieurs actes ? Ce jour-là, les Champs-Élysées s’imposent comme la scène politique du pouvoir macronien.

Un spectacle en trompe-l’œil

14 juillet 2017. C’est encore l’état de grâce. Le lendemain de son investiture, Emmanuel Macron a rendu visite à Angela Merkel, puis reçu Vladimir Poutine à Versailles. Pour son premier défilé militaire, il a même convaincu le président des États-Unis, installé six mois plus tôt à la Maison Blanche, de traverser l’Atlantique. Comme pour chaque fête nationale, les Champs ont sorti le grand jeu. Tout au long de ses deux kilomètres, l’avenue est pavoisée, drapeaux, fourreaux et kakémonos. Le président savoure le spectacle. On lui donne même les clés des jardins des Tuileries, qu’il traversera à pied, sous la lune, le 8 mars 2018, au retour d’un dîner officiel.

Cette année, centenaire de l’engagement américain dans la guerre de 1914-1918 oblige, cinq militaires en uniforme de « Sammies » défilent avec l’armée française. Somptueux. Des chars vieux d’un siècle descendent les pavés de l’avenue. « Il y avait beaucoup d’avions », commente Donald Trump, emballé. « Les gens ne savent pas quels grands guerriers il y a en France », s’émerveille le chef d’Etat américain. Il repart même à Washington avec un projet fou : copier ce défilé sur Pennsylvania Avenue, entre le Capitole et la Maison Blanche. « France is back », se réjouissent les diplomates.

Seuls quelques gradés le savent, les Champs-Elysées offrent ce jour-là un spectacle en trompe-l’œil. En arrivant place de l’Etoile, le président a tapé en souriant sur l’épaule galonnée du chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, comme si de rien n’était. Après son élection, Emmanuel Macron a souhaité garder près de lui le général de 60 ans une année supplémentaire. Mais, deux jours plus tôt, on a rapporté au locataire de l’Elysée le coup de gueule du haut gradé devant la commission défense de l’Assemblée à l’annonce de coupes programmées dans le budget militaire : « Je ne vais pas me faire baiser comme ça ! »

Macron n’a pas apprécié. Villiers veut faire de la politique ? O.K., il va comprendre. Le nouveau chef de l’Etat l’a recadré lors de la traditionnelle garden-party du ministère des armées, la veille du défilé. « Il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique. J’aime le sens du devoir. J’aime le sens de la réserve. » Réserve, devoir, le président reprend à son compte les obligations des militaires pour mieux mettre au sol le chef des armées. « Je suis votre chef ! », claque aussi Macron en poussant les octaves jusqu’au fond des jardins de l’hôtel de Brienne.

Macron tremble un court moment

Depuis, les deux hommes n’ont pas échangé un mot. Sur le command car, le visage de Villiers reste blanc comme la nuit qu’il vient de passer. Seule son épouse a pu le convaincre d’aller défiler. Il est seul à savoir que cette revue des troupes est sa ronde d’adieu : allez, se persuade en effet l’Elysée, il ne partira pas, aucun chef des armées n’a osé le faire depuis 1958. La Macronie se trompe. Les militaires ont l’habitude de se faire broyer le dos par des rangers, pas par des souliers vernis, et Villiers est une sacrée tête de lard. Cinq jours plus tard, après la parade sur les Champs, le général cinq étoiles démissionne.

Macron tremble un court moment, à l’automne, en apprenant que son ancien chef d’état-major s’apprête à publier un livre : il se rassure en notant que l’ouvrage ne comporte aucune petite phrase ou règlement de comptes. Un coursier a d’ailleurs apporté courtoisement le premier exemplaire de l’ouvrage dédicacé à l’Elysée.

Dans les jours suivants, Servir (Fayard) est dans toutes les librairies. Depuis les années 1970, les salles de cinéma de l’avenue demeurent, chaque mercredi, le meilleur baromètre du succès d’un film, et le drugstore Publicis, au pied de l’Arc de triomphe, est un bon sismographe des ventes de livres. Dès le 8 novembre, les écrits du général y font chauffer les étals.

Le grondement de 700 bikers déboulant sur les Champs, le 9 décembre, couvre heureusement cette onde de choc. Johnny Hallyday, ce morceau du patrimoine français, est mort. C’est l’une des dernières mythologies nationales qu’on enterre. L’Elysée a décidé de lui offrir des obsèques XXL. Des dizaines de milliers de fans patientent entre l’Etoile et la Concorde. Des motards venus de tous les pays se joignent aux Harley rutilantes qui escortent le cercueil blanc du rocker. « Johnny était là pour vous, vous êtes là pour lui » : pour mettre en mots les liens tissés par un autre, Macron, ce jour-là, est très bon. Jeunes, vieux, femmes et hommes, urbains et « périphériques », une foule accourue de toute la France pleure un gilet de cuir sur l’avenue la plus courue de France.

Ici siègent l’argent, le pouvoir, la réussite

C’est ici, en 2015, qu’Emmanuel Macron a testé pour la première fois sa popularité. Manuel Valls avait pris l’habitude chaque 11-Novembre de prendre un verre avec quelques-uns de ses ministres sur une terrasse des Champs-Élysées. Mais sur BFM-TV, autour de la table du bistrot, c’est le tout frais patron de Bercy qui prend la lumière. Il a l’habileté de descendre seul le trottoir des Champs. « Vous êtes le seul intelligent de ce gouvernement, les autres on ne veut pas en entendre parler », lance une vendeuse de chaussures. Cette fois, la caméra du « Petit journal » est là et immortalise ce premier bain de foule, sa première échappée.

LE CHEF DE L’ÉTAT CONNAÎT BIEN LE QUARTIER. C’EST LÀ QUE BANQUIERS ET AVOCATS D’AFFAIRES SE DONNENT RENDEZ-VOUS.

Vuitton et ses monogrammes dorés, Ladurée et ses macarons parfumés, Lancel, Guerlain, Cartier… Entre l’avenue Montaigne et l’avenue George-V, le « triangle d’or » des Champs-Elysées concentre toutes les griffes du luxe français. Ici siègent l’argent, le pouvoir, la réussite. Le chef de l’Etat connaît bien le quartier. C’est là que banquiers et avocats d’affaires se donnent rendez-vous. Là qu’ils ont leurs bureaux. À l’été 2014, Antoine Gosset-Grainville avait hébergé quelques semaines Emmanuel Macron dans son cabinet, lorsque le trentenaire avait quitté le secrétariat général de l’Elysée et réfléchissait à se lancer dans les affaires.

Les Champs, c’étaient surtout Henry Hermand. Le mécène d’Emmanuel Macron donnait ses rendez-vous au Lancaster, un palace de la rue de Berri, l’adresse de ses premiers bureaux avant d’emménager rue Lamennais. Le vieux monsieur s’était entiché d’« Emmanuel » en 2002, et le président sait bien que son « casse » électoral aurait été impossible sans ce généreux patron de la grande distribution. Hermand s’est éteint quelques mois avant la présidentielle, au 288e rang des fortunes françaises, sans avoir vu son protégé au faîte de la gloire.

Les gênantes punchlines du président

L’aurait-il mis en garde, cet homme de la « deuxième gauche », contre ses saillies de plus en plus gênantes, de plus en plus voyantes ? Ces « gens qui ne sont rien », « le Gaulois réfractaire au changement », « les fainéants, les cyniques, les extrêmes ». Et puis cette phrase volée à de Gaulle : « La seule chose qu’on n’a pas le droit de faire, c’est de se plaindre. » Un festival.

Les punchlines présidentielles glissent sur les pavés des Champs-Elysées, mais pas sur le bitume des nationales et des départementales, ces routes des triangles de détresse que déploie la France des vieux diesels, des petites retraites, cette France des cuves à fioul qu’il va falloir remplacer au plus vite pour se mettre aux normes.

POGNON, C’EST DE L’ARGOT DE RICHES, UN MOT DE TRADEURS ENCANAILLÉS DEVANT LES FILMS D’AUDIARD.

Le pays silencieux a la mémoire longue. Les formules tournent dans les têtes et les groupes Facebook, prêtes à surgir sous un gros feutre ou une bombe de peinture. Tout cloche dans les phrases de ce président-là, même le « pognon de dingue ». Pognon, c’est de l’argot de riches, un mot de tradeurs ou de théoriciens de la « société inclusive » encanaillés devant les films d’Audiard, de jeunes banquiers qui fument sur les trottoirs au coin des Champs-Élysées, en bras de chemise et pantalons slimissimes.

L’été 2018 approche. 2017 avait laissé croire au retour de la croissance, mais elle semble désormais un brin compromise. En bas des Champs, côté pair – celui que préfère la banlieue –, les galeries et boutiques de prêt-à-porter notent que l’économie nationale donne des signes de faiblesse. Mais la veine sourit au président. Dimanche 15 juillet, l’équipe de France de football remporte le Mondial 2018. Dans les loges du stade Loujniki, à Moscou, Macron bondit en l’air comme un coach sur le bord du terrain. Voilà à nouveau les Champs au cœur de la folie qui s’empare du pays. La foule entonne même un chant à la gloire du milieu de terrain N’Golo Kanté sur l’air de Joe Dassin : « Il est petit, il est gentil, il a stoppé Leo Messi, mais on sait tous c’est un tricheur, N’Golo Kanté… »

Le bus accélère, le quinquennat s’emballe

En écho aux réseaux sociaux, la RATP rebaptise la station de métro en bas de l’avenue « Deschamps-Elysées Clémenceau », spéciale dédicace au sélectionneur des Bleus. Les noms des vingt-trois joueurs s’affichent sur le fronton de l’Arc de triomphe. Ces dernières années, hélas, le monument a surtout servi d’épitaphe : « Paris est Charlie », pleurait en janvier 2015 une bannière noire projetée sur le monument. Deux ans plus tard, un policier, le capitaine Xavier Jugelé, mourait sous les balles d’un islamiste au 104 de l’avenue, entre les magasins Marionnaud et Yves Rocher. Ce dimanche d’été 2018, le triomphe des hommes de Didier Deschamps permet de retrouver la légèreté oubliée. De l’avenue Marigny au Grand Palais s’improvise une samba endiablée.

Les champions sont attendus le lendemain, au même endroit. Ce lundi 16 juillet, l’avion de l’équipe de France a atterri à 17 heures à l’aéroport Charles-de-Gaulle, avec pas mal de retard. Quand, à 19 h 20, les héros atteignent enfin la place de l’Etoile, la foule des supporteurs cuit depuis des heures dans une chaleur d’étuve. D’un coup, dans le halo des fumigènes, apparaît le bus à impériale. L’avenue s’efface dans une brume rose, presque un spectacle de Disney. Trop courte extase.

JEAN LASSALLE INSCRIT LE « SCANDALE DES CHAMPS » AUX QUESTIONS D’ACTUALITÉ DE L’ASSEMBLÉE. « M. MACRON A VOULU ACCAPARER [LES JOUEURS] À L’ELYSÉE. RÉSULTAT : UN PEUPLE ENTIÈREMENT DÉÇU, MOINS DE DIX HEURES APRÈS AVOIR DANSÉ TOUS ENSEMBLE. »

Il y a vingt ans, le bain de foule de l’équipe d’Aimé Jacquet avait duré quatre heures. Cette fois, les groupies de Kylian Mbappé et d’Antoine Griezmann n’ont droit qu’à une parade express. À l’avant du bus, un jeune homme a l’oreille vissée à son portable. Il raccroche et fait un geste au conducteur. Le bus accélère, et c’est tout le quinquennat qui s’emballe avec lui.

Les 1 700 mètres du parcours prévu sont bouclés en vingt minutes. Tant pis pour la foule massée le long des trottoirs : le couple Macron guette les joueurs sur le perron et aimerait faire profiter les JT de 20 heures de leurs retrouvailles. À 19 h 51, les Bleus prennent la pose entre coupe et président. Place de l’Etoile, la fan-zone commence à comprendre qu’elle s’est fait voler ses champions.

Furieux qu’on soit « capable de faire tourner au vinaigre ce qu’il y a de plus beau », le député Jean Lassalle, fils de bergers occitans de la vallée d’Aspe, un fort en gueule réélu sans souci depuis 2002, inscrit le « scandale des Champs » au menu des questions d’actualité de l’Assemblée nationale. « M. Macron a voulu accaparer [les joueurs] à l’Elysée. Résultat : un peuple entièrement déçu, moins de dix heures après avoir dansé tous ensemble. (…) le petit peuple [n’aurait] pas le droit de voir l’équipe qui vient de triompher en son nom devant la planète tout entière ? Il est trop petit, le peuple, trop petit ! »

Jamais sans Benalla

Même la coupe a été dérobée aux regards. « On la cherchait partout », a dit Philippe Tournon, l’attaché de presse de l’équipe de France. Le jeune inconnu du bus l’a gardée avec lui et trimballe pendant quelques jours et quelques nuits le trophée dans une malle en aluminium. Il la montre à ses amis de l’Elysée et de la Préfecture de police de Paris, la pose fièrement sur le bureau du commandant Jean-Yves Hunault, propose à Laurent Simonin, autre ponte de la « préf », de l’admirer à son tour.

Le nom de ce conseiller ? Alexandre Benalla. Depuis la campagne, cet adjoint au chef du cabinet d’Emmanuel Macron ne compte pas ses heures et peut tout dire ou presque au chef de l’Etat. Brigitte Macron a « Mimi » (Marchand), le président peut compter sur Alex. Dans les moments délicats, Benalla sait tout faire, même faire accélérer le bus des Bleus sur les Champs-Elysées.

Emmanuel Macron a pourtant failli le perdre. Le 1er mai 2018, Benalla a été autorisé à assister en « observateur » aux manifestations aux côtés des forces de l’ordre. Bien qu’il ne soit pas policier, il portait ce jour-là un casque et un brassard. Face à un manifestant, puis à un couple lançant des bouteilles sur des agents, place de la Contrescarpe, il n’a pu se retenir d’intervenir, avec balayette et clés de bras. Suffisant en principe pour saisir la justice. Mais, en un an à l’Elysée, Benalla a tout vu, tout su, et s’est rendu indispensable : le chef de l’Etat a choisi d’étouffer la faute.

« S’ILS VEULENT UN RESPONSABLE, IL EST DEVANT VOUS. QU’ILS VIENNENT LE CHERCHER », LANCE, FIN JUILLET, EMMANUEL MACRON DEVANT LES DÉPUTÉS DE SA MAJORITÉ.

Le 18 juillet, trois jours après la victoire des Bleus, le chauffeur de Laurent Simonin est occupé à admirer la Coupe du monde quand il entend Benalla souffler : « Mon affaire va sortir. C’est une question d’heures. » Dès le lendemain, l’« affaire » vire au scandale. Le parquet de Paris ouvre une information judiciaire, le Parlement deux commissions d’enquête. « S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent le chercher », lance, fin juillet, Emmanuel Macron devant les députés de sa majorité. Etrange formule, aussitôt moquée sur les réseaux sociaux et qui ne tombe pas dans l’oreille de sourds.

Le 11-Novembre. Donald Trump est de retour sur la place de l’Etoile, pour célébrer le centenaire de l’armistice de 1918. Il a cette fois sa tête des mauvais jours : Emmanuel Macron vient d’avancer sur CNN l’idée d’une « armée européenne », un projet « très insultant », a tweeté, de son avion, le président américain. Il sèche la remontée des Champs, comme Vladimir Poutine.

Un souci de plus pour Emmanuel Macron qui sort à peine d’une minitornade médiatique : il s’est englué tout seul dans un débat sur l’opportunité d’un hommage au maréchal Pétain, choquant pas mal de Français et, surtout, d’historiens. La chanteuse béninoise Angélique Kidjo peine à détendre l’atmosphère. L’ambiance a bien changé depuis juillet 2017.

Et les « gilets jaunes » vinrent chercher Macron…

Six jours plus tard, les premiers « gilets jaunes » fleurissent sur l’avenue. Ils n’ont pas supporté l’annonce de la hausse du prix des carburants. Ils se donnent rendez-vous sur Facebook et sur les ronds-points des zones commerciales. Parmi eux, peu d’ouvriers, pas de banlieusards, mais des tas de gens qui se sentent seuls et viennent se réchauffer autour des flammes des braseros. Beaucoup pensent que tous les journalistes et tous les politiques mentent. Ils ont la rage.

Qu’ils viennent me chercher, disait Macron. « On vient te chercher chez toi ! », crient les manifestants. Ils ont l’intention d’approcher aussi près que possible du palais de l’Elysée. Les rues qui bordent le Faubourg-Saint-Honoré sont bloquées ; le repli se fait donc sur les Champs. Le samedi 17 novembre, ce ne sont que de petites grappes, du côté de la Concorde. Le 24, ils investissent la place de l’Etoile, sur du Joe Dassin encore : « J’manifestais sur l’avenue, mais mon gilet leur a pas plu… ».

Sur leurs dossards fluo, des doléances sur la vie chère, le smic, l’ISF. « Macron, invite-nous au Fouquet’s ! » Il y a surtout le RIC, ce référendum d’initiative citoyenne, qui pourrait peut-être permettre de renverser le président. L’un des porte-parole du mouvement rêve tout haut du général de Villiers à l’Elysée ; d’autres crient « All cops are Benalla » (« tous les flics sont des Benalla »), détournement improvisé de « All cops are bastards ». Tout s’emmêle, mais un slogan, « Macron démission », fédère les participants, et l’arrière-plan demeure le même : les Champs-Elysées.

Début décembre, cette fois, ce sont des blindés de la gendarmerie qui encerclent la place de l’Etoile, du jamais-vu depuis la guerre. Le samedi précédent, l’Arc de triomphe a en effet été vandalisé. De Tokyo à New York, la photo fait la « une » des magazines de la planète, qui racontent même que Paris brûle. Dans les entrailles de son musée, la réplique en plâtre d’une statue de François Rude a perdu un œil.

Le lendemain, Macron s’y rend à pied. Se recueille devant le Soldat inconnu. Ne dit rien. Sauf ces quelques mots, glissés au président du Centre des monuments nationaux : « Rouvrez le plus vite possible. » En s’éloignant, il peut voir des touristes faire des selfies devant les piliers de l’Arc tagués d’insultes. Le 15 mai 2017, l’avenue était le champ d’honneur d’un jeune président. Aujourd’hui, on photographie les stigmates d’un champ de bataille. Ariane Chemin

IMG_3601

Publicité