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Jours tranquilles à Paris

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24 octobre 2018

Ministère de la culture : « Franck Riester sera-t-il l’oiseau rare qui bousculera ce petit mammouth ? »

Par Michel Guerrin - Le Monde

Dans sa chronique hebdomadaire, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », revient sur les défis qui attendent le nouveau ministre.

Franck Riester est le 13e ministre de la culture en trente ans. Environ deux ans, c’est une rotation rapide, mais qui se retrouve ailleurs. En étant un peu taquin, et pour signifier la difficulté du poste, disons que celle qui a duré le moins longtemps, Audrey Azoulay, est aussi celle qui en est le mieux sortie, occupant ses quinze mois à régler les affaires courantes et à rebondir à la tête de l’Unesco.

Pourquoi un ministre de la culture s’en va souvent avec un goût amer ? Certains n’ont pas les armes, comme Françoise Nyssen, qui s’est jetée dans la mare sans savoir nager – avec sincérité, elle a confié ne pas avoir été préparée. Car beaucoup pensent que la culture, c’est fun, facile, sympa. « Tous les soirs, il faut que tu te tapes des spectacles et dire que c’est bien », a conseillé François Hollande à Fleur Pellerin, qui débarquait tel un ovni. Elle a fini concassée par un procès en illégitimité. Car la culture devient vite un enfer pour qui n’est pas de la partie, ne maîtrise pas les rouages, croit – à tort – que c’est plus aisé de la bouger que de réformer la SNCF, ne sait pas tenir tête aux artistes.

La culture flatte un ministre mais ce dernier est vite tétanisé par un secteur qui, au moindre dérapage, le méprise. Au point que Franck Riester, à peine nommé, et comme d’autres avant lui, s’est cru obligé de manier le mot ronflant et de dire que « la culture est le ministère essentiel », alors qu’elle ne l’est pas – sinon on lui donnerait plus que 1 % du budget de l’Etat.

Un boutiquier qui gère la pénurie

La réalité, c’est que 85 % des crédits alloués à la création sont engloutis dans les établissements, événements et personnels avant même que le ministre ne bouge le petit doigt. Comme son budget est stable, donc en baisse puisque tout augmente, il devient un boutiquier qui gère la pénurie et doit affronter les jérémiades du milieu. Les fins diplomates y parviennent. Mais tous vacillent quand le président de la République leur demande d’aller plus loin, bref de faire plus avec moins.

Justement, Emmanuel Macron, qui se comporte depuis un an en véritable ministre de la culture (discours, nominations, décisions), est champion pour lancer des idées tout en laissant au ministre régler la note avec un portefeuille vide. Il y a, par exemple, la restauration du château de Villers-Cotterêts (Aisne) pour 100 à 200 millions, sans trop savoir où les trouver, qui deviendra ensuite un laboratoire de la francophonie au prétexte que c’est dans cet ancien pavillon de chasse que François 1er a fait du français la langue des textes officiels. Mais cinq siècles plus tard, la francophonie a-t-elle besoin d’un machin pareil et comment le financer ?

Il y a surtout le Pass culture, qui est le projet culturel phare de Macron. Chaque jeune, le jour de ses 18 ans, recevra, grâce à une application géolocalisée, 500 euros en bon d’achat pour aller au musée, au théâtre, à l’opéra, acheter un roman, etc. Le projet est en phase d’essai mais déjà la quasi-totalité du monde culturel est contre. Parce que ses vertus éducatives sont incertaines : des expériences similaires ont montré que ce sont surtout les jeunes de milieux aisés qui profitent d’un tel pass, et que ce sont les œuvres populaires et ludiques qui sont les plus demandées (films à gros budget, jeux vidéo, etc.).

Le Pass culture pourrait devenir un boulet

Et puis ce Pass culture, comment le financer ? Des millions ont déjà été engloutis pour le mettre au point, avant un lancement prévu en 2019. Il coûtera alors 400 millions par an. A trouver chaque année. Comme il n’y a pas d’argent, le mécénat pourrait donner un coup de main. Une piste serait de demander aux fournisseurs, publics comme privés, d’offrir leurs œuvres, en leur disant : c’est bon pour vous, vous allez capter un nouveau public. La réponse fut froide, certains hurlant au racket. Bref, ce Pass culture pourrait devenir un boulet.

La priorité des quatre derniers ministres, Françoise Nyssen en tête, était de lutter contre la ségrégation culturelle. Idée louable. Sauf que le ministère de la culture est organisé autour de son offre, beaucoup moins sur l’élargissement des publics. Et puis aller chercher ceux qui ne mettent pas les pieds au théâtre, au musée ou à l’opéra coûte très cher. On ne voit qu’une solution : supprimer des actions existantes pour renflouer les caisses, revoir de fond en comble la cartographie des subventions, lutter contre le gaspillage, casser les corporatismes d’une administration enkystée.

Personne n’a osé lancer un tel chantier en trente ans, pour une raison simple : il faudra affronter une tempête. Entre des artistes à l’ego aussi (voire plus) élevé que le talent, qui savent trouver les relais politiques et médiatiques pour jouer les indignés, des responsables de théâtre ou de festival qui défendent avec acharnement leur action, une administration où l’on pense souvent plus à soi qu’au public, et des syndicats souvent très chauds, il faut être sacrément armé et avoir une vraie légitimité pour monter au feu.

Franck Riester sera-t-il l’oiseau rare qui bousculera ce petit mammouth ? D’autres personnes ont été approchées, aux profils très divers, ce qui laisse à penser que la compétence pour mener à bien des dossiers complexes n’était pas le critère prioritaire. Mais l’élu a des qualités. Il est un spécialiste de l’audiovisuel public, qui attend sa réforme et qui pèse plus (3,9 milliards) que la culture (3,6 milliards). Il aime aussi la culture, à laquelle il a consacré une belle part de son action, et il rêvait de devenir ministre. Maintenant, il est face à un choix : boutiquier ou réformateur. S’il opte pour la voie difficile, celle d’une culture ouverte à tous, il lui faudra trouver beaucoup d’argent pour irriguer le territoire, et beaucoup de temps pour que les résultats se fassent sentir. Ses prédécesseurs n’ont eu ni l’un ni l’autre.

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24 octobre 2018

Sein Bouche

sein bouche

24 octobre 2018

A Saint-Malo, les corsaires ont la peau dure

Par Marie-Béatrice Baudet

Les Malouins misent depuis toujours sur l’image de leurs ancêtres. Quitte, parfois, à exagérer leur importance dans l’histoire de la ville.

Monsieur le vicomte a belle allure. Pistolet d’abordage en main droite et mousquet de hune en main gauche, Hervé de la Choüe de la Mettrie – « Et que le dernier ferme la porte », a-t-il coutume de gouailler quand on le gratifie de toutes ses particules – a gardé une âme d’aventurier. Si son CV détaille la carrière austère d’un cadre supérieur au service d’une banque internationale, son arbre généalogique et ses cheveux blancs en bataille campent cent fois mieux le noble retraité breton.

A peine franchie la porte de sa demeure médiévale, on découvre, exposés sur la longue table en chêne de la salle à manger, des documents si anciens qu’on ose à peine les manipuler : actes seigneuriaux, cartes d’état-major, ordonnances royales… « Je ne crois qu’aux écrits, il faut se méfier du reste », prévient l’érudit.

L’un de ses aïeux, « un preux cavalier », s’est battu aux côtés de Guillaume le Conquérant en 1066, à Hastings. « C’est une immense fierté, vous pensez bien », clame-t-il, agitant son pistolet à silex comme le capitaine Haddock brandit son sabre dans Le Secret de La Licorne, avant d’ajouter : « Je descends de neuf corsaires. »

L’un des plus célèbres, Alain Porée, sieur de La Touche et du Breil, né à Saint-Malo en 1665, fut le premier Français à franchir le cap Horn. Membre de l’Association des descendants de capitaines corsaires (ADCC), dont il est l’un des présidents d’honneur, Hervé de la Choüe de la Mettrie se révèle être un intrépide gardien de la mémoire locale.

« AH C’EST SÛR QUE CITÉ CORSAIRE FAIT PLUS CHIC QUE CITÉ DE LA MORUE »

ANDRÉ LESPAGNOL, HISTORIEN

En ce mois d’octobre presque estival, le vicomte a le sourire. De ses terres de Trégon (Côtes-d’Armor), situées à une vingtaine de kilomètres de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), sa ville bien-aimée, ce passionné de combats navals se réjouit de la joute à venir : la centaine d’hardis navigateurs prêts à en découdre sur la Route du rhum, la transat en solitaire qui s’élance tous les quatre ans du port malouin et s’achève à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.

Le départ sera donné dimanche 4 novembre, mais à partir du 24 octobre, comme l’exige le règlement, tous les voiliers doivent attendre sous les remparts l’ultime inspection des commissaires de course. « L’appel du grand large ! Qui peut mieux l’incarner que Saint-Malo, notre cité corsaire ? La radio et la télévision vont comme à l’habitude célébrer Surcouf et Duguay-Trouin, nos héros ! »

« Relativiser l’historiographie locale »

Saint-Malo, cité corsaire ? Vraiment ? « Ah c’est sûr que cité corsaire fait plus chic que cité de la morue », lance un rien provocateur l’historien André Lespagnol, 75 ans, ancien président de l’université de Rennes. L’expert se montre agacé par « cette image trop réductrice de l’extraordinaire épopée maritime de la ville », qu’il a relatée dans de nombreux ouvrages, dont le précieux Messieurs de Saint-Malo. Une élite négociante au temps de Louis XIV (L’Ancre de Marine, 1991).

Difficile de résumer cinq cents ans de foisonnement portuaire mais tout commence vers 1510 avec la pêche à la morue dans les eaux du Grand Nord canadien, où s’aventurent déjà les Malouins, des marins connus pour être durs au mal. En 1535, Jacques Cartier, un enfant du pays, fils de l’un de ces audacieux, découvrira le Québec en explorant les rives du Saint-Laurent. Dès le milieu du XVIIe siècle, Saint-Malo devient l’un des principaux ports d’armement morutier au monde. Le poisson séché est livré en Méditerranée, à Civitavecchia (Italie) notamment, la résidence du pape. Il y est mangé les vendredis et pendant le Carême, quand l’Eglise enjoint de « faire maigre ». Les navires regagnent ensuite la Bretagne, les cales gorgées d’huile, de fruits et de savon. L’exportation vers l’Andalousie de toiles fabriquées à Vitré et à Fougères conforte l’essor de la cité, fortifiée par Vauban : l’Espagne paie les cargaisons drapières en piastres d’argent depuis sa conquête du Pérou et du Mexique.

Un peu plus tard, l’ouverture, en 1700, de la route maritime du Sud, par le cap Horn, va donner au bastion malouin un accès direct aux richesses de l’Amérique du Sud. Par la suite, la création de la Compagnie des Indes orientales lancera le commerce du café à partir de Moka, ce port de l’Arabie Heureuse – le Yémen aujourd’hui.

A la cour de Versailles, Saint-Malo, considérée comme l’un des coffres-forts du roi, est traitée avec noblesse. « Vous comprenez combien il est important de relativiser l’historiographie locale qui met en avant les corsaires, insiste André Lespagnol. Savez-vous d’ailleurs qu’il y eut peu de combats ? Les Malouins rusaient et prenaient la fuite si un bâtiment de guerre croisait dans les parages. La cible, c’était le navire marchand. »

Mélange des genres

Faudrait-il alors douter de cette légende que l’on croise à tous les coins de rue de la ville close ? Crêperies, cafés et boutiques de souvenirs célèbrent, intra-muros, la saga de ces héros prêts à l’abordage. Les cartes postales du bosco Mathurin Pévidic, dit « Pisse-Tafia », qui arbore une énorme verrue sur le nez, et celles du calfat Valentin Ménard, un édenté qui louche, dit « Ma Mignonne », comblent de joie les enfants.

Mais où s’arrête la mise en scène et où commence la réalité ? La question se pose d’autant plus que corsaire n’est pas le métier de toute une vie. Beaucoup furent aussi des armateurs, des négociants et des morutiers qui forgèrent la richesse de la ville.

« C’EST TOUJOURS PAR LES MECS, LES MECS ET LES MECS QUE ÇA SE JOUE. ON OUBLIE TROP LES FEMMES »

MARGUERITE ONRAËT, MEMBRE DE L’ASSOCIATION DES DESCENDANTS DE CAPITAINES CORSAIRES (ADCC)

Pour comprendre ce mélange des genres, il faut avoir en tête que le corsaire ne sévissait qu’en temps de guerre. De Louis XIV à Napoléon, ce soldat des mers était alors autorisé à pratiquer la « course », en clair à foncer sur l’ennemi – l’Anglais, il va sans dire – pour s’emparer de ses navires marchands.

Le capitaine du bâtiment obtenait de l’amirauté une lettre de marque, un passeport d’honneur en quelque sorte, qui le distinguait d’un pirate. Adoubés par les plus hautes autorités maritimes, les membres de l’équipage corsaire étaient traités comme prisonniers de guerre, tandis que les forbans au drapeau noir finissaient pendus haut et court aux vergues de leur vaisseau.

Afin d’éviter (un peu) les filouteries, Colbert s’empressa, en 1681, de fixer dans une ordonnance de marine les premiers principes des missions, comme la limitation dans le temps des lettres de marque ou les règles de répartition du butin entre l’Etat, l’armateur et l’équipage. Quand la paix était signée, les corsaires devaient retourner à leurs affaires civiles : le commerce, la pêche et l’armement naval.

Marguerite Onraët, 78 ans, connaît parfaitement ces allers-retours. A l’instar du vicomte, la truculente vieille dame compte dans ses ancêtres plusieurs corsaires, dont Claude-Dominique Avice (1711-1783). « Ce n’est pas mon préféré car si on étudie sa descendance, c’est toujours par les mecs, les mecs et les mecs que ça se joue. On oublie trop les femmes », se rebelle un instant cette ancienne infirmière qui, en quarante ans de services à l’hôpital, a dû certainement subir – elle n’en dit mot – la loi des hommes.

« Commerce triangulaire »

Son gaillard des mers à elle, le jeune Claude-Dominique Avice, débute en tant que terre-neuvas. En temps de paix, la pêche à la morue restera son commerce de prédilection.

Quand le royaume de France fait gronder ses canons, le marin se révèle être un excellent capitaine. En 1760, pendant la guerre de Sept Ans, il entre au service de René-Auguste de Chateaubriand, le père de l’écrivain, dont il fait la fortune. Ses exploits à bord de l’Amarante, douze prises et cinq rançons, permettent à son armateur, enrichi de 350 000 livres, d’acheter les terres et le château de Combourg, où François-René entendra l’appel de la muse.

« C’est vrai que Claude-Dominique était pêcheur à la morue et corsaire tout à la fois », convient Marguerite Onraët, membre, elle aussi, de la petite famille de l’ADCC, qui réunit 851 adhérents aujourd’hui, en majorité des tempes grises. Deux vies pour un seul homme, mais celle de l’aventurier bagarreur n’est-elle pas plus plaisante à raconter ? Au sourire rêveur de Marguerite, on comprend que oui.

Benoît Laude a de quoi rêver, lui aussi. Surcouf, ce roi des corsaires dont la statue de bronze qui se dresse sur les remparts de Saint-Malo pointe l’Angleterre – « l’ennemi héréditaire » –, est l’arrière-grand-père de son arrière-grand-père.

Depuis 2005, cet ancien représentant en spiritueux et sa femme sont les propriétaires du Manoir de la Baronnie, où ils proposent des chambres d’hôte. Au XVIIIe siècle, la demeure a appartenu à Pierre-Jacques Meslé de Grandclos, un armateur malouin qui fit fortune grâce à la traite des Noirs. Saint-Malo fut, avec 80 000 esclaves transportés, le cinquième port négrier français, loin derrière Nantes, le premier (550 000 captifs).

Rien dans les rues de la ville n’y fait pourtant mention. « Les touristes qui résident chez nous veulent tout connaître des exploits de Surcouf, et il y en a eu de fabuleux, c’est vrai. Mais aucun ne se doute qu’il vécut cinquante-quatre ans et ne fut corsaire que pendant quatre ans. Et qu’il participa, lui aussi, au commerce triangulaire. »

« Je souhaite qu’il sente la morue »

Il suffit de lire le dernier ouvrage du très sérieux Alain Roman, Robert Surcouf, corsaire et armateur (Cristel, 160 p., 29,50 €) pour s’en assurer. Certes, le héros malouin captura plus de quarante vaisseaux ennemis, mais il fut aussi le propriétaire terrien de 800 hectares de labours et de prairies ainsi que l’armateur d’une centaine de voyages commerciaux. Un véritable homme d’affaires, que Napoléon désigna pour être le premier civil décoré de la Légion d’honneur.

A Saint-Malo, le cabinet de monsieur le maire est tout de boiseries et de lambris, vestiges de l’hôtel particulier d’André Marion, sieur Dufresne, puissant armateur malouin sous Louis XIV. « Comme vous le voyez, c’est assez symbolique de l’histoire de la ville », témoigne Claude Renoult (divers droite), à la tête de la cité depuis 2014.

Le futur Musée d’histoire maritime, conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma et qui sera érigé en 2022 le long du bassin Duguay-Trouin, devrait permettre, selon l’édile, de restituer l’épopée malouine comme il se doit. « Chacun y trouvera sa place, les descendants de capitaines corsaires comme l’association Mémoire et Patrimoine des terre-neuvas. Et oui, je souhaite qu’il sente la morue, mais il glorifiera aussi nos marins si redoutés partout dans le monde. » Le commerce des esclaves y aura son lieu de mémoire.

Président de l’ADCC et descendant d’Alain Porée, comme le vicomte, Dominique de Ferron reste sur ses gardes, craignant de voir son ancêtre relégué au second plan. Serait-ce imaginable ? Pas à en croire les maquillages choisis par les enfants invités à se grimer dans le village de la Route du rhum. Depuis son ouverture, les quais sont envahis de corsaires en herbe.

24 octobre 2018

Menottes

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23 octobre 2018

Affaire Jamal Khashoggi

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23 octobre 2018

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Pierre et Gilles

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23 octobre 2018

Milo Moiré

milo67

milo325

23 octobre 2018

Tariq Ramadan admet avoir menti sur ses relations avec deux accusatrices

Par Yann Bouchez - Le Monde

L’islamologue, mis en examen pour viols, a reconnu des rapports sexuels, ce qu’il niait jusqu’alors. Il assure qu’ils étaient consentis.

Tariq Ramadan avait donc menti. Entendu par les juges d’instruction, lundi 22 octobre, l’islamologue de 56 ans a reconnu des relations sexuelles avec Henda Ayari et « Christelle » – un prénom d’emprunt –, les deux premières femmes à avoir déposé plainte contre lui, en octobre 2017, pour viols.

« Je voulais simplement revenir sur mes déclarations (...) je n’avais pas dit la vérité, j’avais menti, a-t-il déclaré aux magistrats, selon une source proche du dossier. Sur les deux cas. » Dans ce feuilleton judiciaire qui s’étire depuis bientôt un an, le rebondissement est majeur : l’intellectuel musulman, mis en examen depuis le 2 février, avait toujours nié le moindre rapport physique avec l’une ou l’autre.

Mais le mea culpa n’est pas allé plus loin. Après deux heures d’audition, Me Emmanuel Marsigny a résumé la nouvelle ligne de défense de son client : les relations avec les deux plaignantes ont été « parfaitement souhaitées et consenties » « Sa parole est enfin libérée, et il en est soulagé », a assuré l’avocat dans le hall du nouveau palais de justice de Paris, devant une quinzaine de journalistes.

« La raison pour laquelle Tariq Ramadan a été contraint jusqu’à présent de ne pas reconnaître avoir eu des relations, a-t-il poursuivi, tient au fait que, depuis le départ, tant sur le plan médiatique qu’au cours de sa garde à vue (…), il a eu le sentiment que la conviction était acquise de ce qu’il était coupable des faits pour lesquels il était mis en examen, sans être en mesure de disposer des éléments matériels qui viennent récemment d’être versés au dossier. »

399 SMS

Ce dernier retournement de situation résulte de la récente expertise informatique d’un ancien téléphone de Christelle, la plaignante qui l’accuse d’un viol lors de leur unique rencontre, le 9 octobre 2009 dans une chambre d’hôtel à Lyon.

Les 399 SMS exhumés de l’appareil, versés au dossier d’instruction fin septembre, ne laissaient guère de doute sur la réalité d’un rapport physique dans la chambre du théologien suisse. Le 10 octobre 2009, Tariq Ramadan avait écrit à Christelle, en début de soirée : « J’ai senti ta gêne… désolé pour ma “violence”. J’ai aimé… Tu veux encore ? Pas déçue ? » Puis, quelques heures plus tard : « Tu n’as pas aimé… Je suis désolé [Christelle]. Désolé. »

De l’été à la fin de l’année 2009, tous deux se sont envoyé des messages à caractère sexuel, ainsi que des textos plus conflictuels. Mais l’exégèse de ces SMS, rendue ardue par le fait que seuls ceux de Tariq Ramadan sont horodatés et que certains échanges sont incomplets, suscite désormais des conclusions opposées entre les avocats des différentes parties.

Si l’islamologue a désormais changé de version, son avocat adopte toujours un ton offensif, accusant les plaignantes de mentir. Il assure que les SMS démontrent que les deux plaignantes étaient consentantes. « Quel crédit donner aux accusations de [Christelle] alors qu’on retrouve un texto de sa part lui disant que si elle passait un mauvais moment elle serait partie (…), que la peau de M. Ramadan lui a manqué dès qu’elle a claqué la porte ? », s’est-il interrogé, lundi. Il a par ailleurs indiqué avoir versé au dossier de nouveaux SMS de Henda Ayari, prouvant selon lui une relation consentie.

« Eléments matériels accablants »

« L’avocat de M. Ramadan ment, comme son client a menti et sali les plaignantes pendant onze mois, a réagi Me Eric Morain, l’avocat de Christelle. Les SMS de ma cliente ne sont pas horodatés, et aujourd’hui personne, à part elle, est capable de dire quand elle les a envoyés. Elle s’expliquera devant les magistrats instructeurs si ceux-ci la convoquent. »

Confrontée pour la deuxième fois à Tariq Ramadan le 18 septembre, Christelle avait maintenu sa version et renouvelé ses accusations. Lui avait alors assuré n’avoir fait que boire un verre avec elle dans le hall de l’hôtel. Il ignorait alors les résultats de l’expertise téléphonique, arrivée sur le bureau des juges quelques jours plus tard.

« La réalité du dossier montrait que la position de Tariq Ramadan n’était plus soutenable, estime Me Francis Szpiner, l’avocat de Henda Ayari. Les éléments matériels, malgré les gesticulations de sa défense, étaient accablants. Mais ce n’est pas parce que M. Ramadan reconnaît quelque chose qu’il est obligé de reconnaître, que brusquement il dit vrai. Il a encore du chemin à faire sur le chemin de la vérité. »

Lundi, le théologien est reparti à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne), où il est détenu. Son avocat a annoncé, lundi, avoir déposé une nouvelle demande de mise en liberté, la quatrième depuis l’incarcération de son client, il y a plus de huit mois.

22 octobre 2018

Bretagne - MORBIHAN

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