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Jours tranquilles à Paris

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19 décembre 2018

Conditions de travail et salaires, les policiers sont en colère

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Par Nicolas Chapuis - Le Monde

Après un mois intense de manifestations et la gestion constante de la menace terroriste, les syndicats policiers demandent plus de moyens.

Alors que le mouvement des « gilets jaunes » semble marquer le pas sur les ronds-points, le gouvernement va peut-être devoir faire face à une mobilisation d’un nouveau genre, mais tout aussi embarrassante : celle des policiers qui dénoncent leurs conditions de travail et de rémunération.

Les trois grandes organisations de gardiens de la paix et gradés, le corps principal dans la police nationale, ont appelé chacune, et de manière non coordonnée, à des actions dans les jours à venir. Unité SGP-Police-FO avait ouvert les hostilités, samedi 15 décembre, en appelant à un « acte I » de la mobilisation en janvier, en écho aux manifestations hebdomadaire de « gilets jaunes ». Alliance Police nationale a relancé, lundi 17 décembre, en décrétant une « journée noire » mercredi 19 et en demandant aux fonctionnaires de fermer les commissariats et de ne répondre qu’aux appels d’urgence. Enfin, l’UNSA-Police a embrayé en annonçant que ses troupes feraient le « service minimum » dès mardi 18 décembre, en ne verbalisant pas les contrevenants.

23 millions d’heures supplémentaires

Une course à l’échalote qui ne fait pas les affaires du gouvernement. Du côté du ministère de l’intérieur, on sait que ces appels ne sont pas à prendre à la légère dans une profession ultrasyndiquée. Lors des élections professionnelles qui se sont tenues au début du mois de décembre, ces trois organisations ont obtenu 80 % des voix, avec un impressionnant taux de participation de plus de 80 %.

La Place Beauvau a aussi de quoi s’inquiéter à la vue de la liste des revendications, tant celle-ci semble à la fois fournie et impossible à satisfaire dans ce cadre budgétaire. Les policiers demandent notamment le paiement de leurs 23 millions d’heures supplémentaires en retard. Ce lourd passif est devenu le symbole des conditions de travail de ces fonctionnaires, qui enchaînent souvent les missions en ne respectant pas les heures légales de repos.

La crise des « gilets jaunes » – qui a provoqué une surmobilisation d’effectifs déjà fatigués en fin d’année – et l’attentat de Strasbourg ont fait exploser les compteurs. A défaut d’un règlement immédiat, rubis sur l’ongle, les organisations veulent que Beauvau fasse un geste « pour amorcer la pompe » et commencer à réduire la facture.

« L’Etat doit actuellement presque 275 millions d’euros à ses policiers au titre des heures supplémentaires – non pas de ces derniers mois ou de cette dernière année, mais depuis des dizaines d’années. C’est un chantier que je veux ouvrir, a assuré, mardi matin, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner à l’issue d’une cérémonie de naturalisation au Panthéon, à Paris. Nous n’avons pas le droit d’avoir une dette de cet ordre-là. »

Une prime exceptionnelle pour 80 000 personnes

La colère s’agrège aussi autour de la question des salaires. L’annonce, par le président de la République Emmanuel Macron, d’une prime exceptionnelle destinée aux agents mobilisés pour les « gilets jaunes » n’a pas suffi. Elle ne concernera que 80 000 personnes sur les 150 000 fonctionnaires que compte la police nationale. « Ça ne calmera absolument rien, les policiers ne veulent pas se faire acheter avec une prime », prévient Yves Lefebvre, secrétaire général d’Unité SGP-Police-FO, qui réclame une augmentation de 115 euros au 1er janvier 2019 pour tous les gardiens de la paix.

Une demande qui fait écho aux annonces du chef de l’Etat sur les salaires proches du smic. « Les propositions gouvernementales pour apaiser les “gilets jaunes” ont fait naître chez les policiers de terrain une incompréhension, car il n’y a pas eu de mesure particulière pour eux, explique Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance Police nationale. Les policiers ont été là, ils ont été le dernier rempart de l’Etat de droit, ils n’ont pas cédé. Ils ont maintenant un besoin de reconnaissance matérielle. »

Au-delà de la question pécuniaire, les syndicats demandent enfin qu’une réflexion globale soit engagée sur les conditions de travail des policiers, qui opèrent souvent avec des équipements dans un état douteux ou avec des moyens humains insuffisants.

Un plan de renforcement des compagnies républicaines de sécurité (CRS) est par exemple revendiqué, avec l’annonce de recrutements immédiats. Environ vingt-cinq à trente personnes manquent à l’appel dans la plupart des soixante compagnies de service général, qui ont été lourdement mises à contribution pendant la crise des « gilets jaunes ».

Des syndicats pour l’instant désunis

Une amorce de dialogue a eu lieu mardi avec la réception, par Christophe Castaner, des principaux syndicats, les uns après les autres.

Pour l’heure, les organisations travaillent séparément et paraissent désunies. Mais la perspective d’une entente changerait la donne dans une profession qui a été secouée ces derniers temps. Si la violence des manifestations a eu tendance à fédérer les troupes, beaucoup de policiers, qui ne gagnent pas des salaires faramineux, avouent en privé se reconnaître dans le discours social des manifestants qui bloquent les ronds-points.

« La plupart des flics ont dans leur entourage des “gilets jaunes” ou des gens qui sympathisent avec le mouvement, ce n’est pas facile d’être tous les jours de l’autre côté de la barricade », explique une source policière. Les autorités n’ont cependant pas constaté pour le moment de dérapage de fonctionnaire qui aurait pris part au mouvement : les policiers sont tenus à un droit de réserve, et s’ils ont le droit de se joindre à la mobilisation à titre personnel et en civil, défiler en tenue leur est interdit.

Un tabou qui pourrait rapidement tomber. Si les revendications ne sont pas satisfaites en début d’année, Unité SGP-Police-FO appellera les autres organisations à une grande manifestation en intersyndicale, le 26 janvier.

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19 décembre 2018

La une de Libération

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«Débat national» : les maires de toutes les batailles

Par Dominique Albertini — Libération

Cornérisés par l’exécutif durant la première année du quinquennat, les élus locaux sont subitement revenus en grâce lorsque le Président a annoncé sa grande mais encore floue consultation nationale. Ils se partagent désormais entre enthousiasme et refus de la «patate chaude».

  «Débat national» : les maires de toutes les batailles

Les voilà posés, par Emmanuel Macron, en «interlocuteurs naturels des citoyens». Chargés de s’en «faire les relais», car «ils portent la République sur le terrain». Et appelés à un rôle de premier plan dans le «grand débat national» voulu par le chef de l’Etat. Les maires voient avec intérêt l’exécutif souligner, comme jamais depuis le début du quinquennat, leur utilité politique et sociale. Et celle d’autres corps intermédiaires, souvent contournés ces derniers mois et désormais priés de concourir au dialogue avec les gilets jaunes et leurs sympathisants. Mais certains élus hésitent à jouer les utilités au profit d’un gouvernement qui, soupçonnent-ils, n’aurait rien renié de son arrogante «verticalité».

On ignorait presque tout mardi des modalités de la consultation, si ce n’est les grands sujets qu’elle aura à traiter : transition écologique, fiscalité, organisation de l’Etat et meilleure association des citoyens aux décisions. Le coup d’envoi devrait être donné début 2019 pour une durée de trois mois. Quant au reste, «il n’y a pas un ministre qui pourrait vous dire aujourd’hui à quoi ça ressemblera», reconnaissait mardi un proche du dossier. Une réunion organisée en début de soirée à l’Elysée devait arrêter le cahier des charges des débats, sa présentation officielle étant attendue d’ici la fin de semaine.

Un précédent rendez-vous, vendredi à Matignon, avait avancé quelques pistes. L’organisation des débats pourrait revenir à n’importe quel acteur local - élu, association, syndicat… - souscrivant à la «charte» élaborée par le gouvernement. L’Etat mettrait à leur disposition des «kits» reprenant les thèmes en jeu et compilant des données locales utiles à la discussion. Des groupes de citoyens, peut-être composés par tirage au sort, pourraient se voir confier le tri et l’étude des propositions sorties du débat. Les réunions seraient doublées d’une plateforme en ligne pour recueillir les contributions citoyennes.

«Fantassins»

Le gouvernement semble toutefois attendre une implication toute particulière des élus locaux, maires en tête, auxquels le Premier ministre pourrait adresser dans les prochains jours un courrier de sensibilisation. «C’est évidemment [à eux] qu’il reviendra, s’ils le souhaitent […] de participer à l’organisation de ce débat dans leur commune», avait déclaré Edouard Philippe devant les élus de l’association Villes de France, le 12 décembre. Il est vrai que le mandat municipal est le plus proche et le plus apprécié des Français : selon une enquête du Centre de recherches politiques de Sciences-Po publiée en début d’année, 55 % des sondés font confiance à leur édile, contre 35 % à leur député.

La grande concertation à venir suscite pourtant chez les élus des sentiments mêlés, entre appétit pour un débat enfin replacé «au ras du terrain» et méfiance face à un exercice normé par le gouvernement. «Tout doit partir du terrain, approuve Karl Olive, maire LR de Poissy (Yvelines). Nous sommes les fantassins de la République, et les mairies sont des maisons communes entre gouvernement et administrés. Mais il faudra être souple sur les thématiques : sur le terrain, on nous parle de pouvoir d’achat, de sécurité et d’immigration plus que de transition écologique.» Pour un responsable de l’Association des maires de France (AMF), «personne n’est dupe du changement de ton de l’exécutif, mais il ne s’agit pas de mettre de l’huile sur le feu : on veut tous sortir de la crise». D’autres élus sont moins allants : «Le gouvernement a voulu se passer des corps intermédiaires, et s’en mord désormais les doigts, estime le maire PS de Guéret (Creuse), Michel Vergnier. Pas question de se faire refiler la patate chaude : les demandes des gilets jaunes regardent d’abord le gouvernement. On participera au débat, mais on ne l’animera pas.» Chez l’association France urbaine, qui regroupe grandes villes et intercommunalités, on confirme la tiédeur d’une partie des troupes : «On leur explique qu’après des années à dire qu’on ferait mieux le boulot que l’Etat, il faut maintenant le prouver. Mais certains jugent que le gouvernement leur refile le bébé et ont envie de lui dire : démerdez-vous !»

«Sinistre»

Il est vrai que l’appel de Macron intervient après un an et demi de tensions entre exécutif et élus locaux. Suppression de la taxe d’habitation, économies réclamées aux collectivités, coupes dans les aides au logement et les emplois aidés, procès en jacobinisme à l’encontre du chef de l’Etat : ces sujets ont nourri l’amertume de nombreux maires. «On se tourne vers nous quand les choses dérapent : c’est peut-être un virage, mais surtout une question de nécessité, constate le responsable d’une autre association d’élus. Emmanuel Macron reste un énarque centralisateur, et la situation des maires demeure critique. Je suis reparti abattu du dernier congrès des maires [le mois dernier, ndlr] : l’ambiance était sinistre, l’avis général était que plus personne ne voudrait se présenter aux prochaines élections.» Le chef de l’Etat avait alors esquissé un changement de méthode, multipliant les égards envers les élus et s’offrant à leurs questions… mais à l’Elysée plutôt que sur les lieux du congrès.

Issu d’un vœu présidentiel, élaboré dans les ministères, «labellisé» par l’Etat, le grand débat national mêle curieusement, à son tour, centralisme et recours au terrain. Plusieurs maires contactés par Libération indiquent d’emblée avoir devancé l’appel présidentiel et ouvert de leur propre initiative, dans leur hôtel de ville, des «cahiers de doléances» ouverts à tous les citoyens (lire pages suivantes). Dispositif lancé «bien avant l’appel du Président», précise-t-on fièrement à l’Association des maires ruraux, où l’on dénombrait mardi «plusieurs milliers de communes participantes et, a minima, plusieurs dizaines de milliers de contributions».

19 décembre 2018

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19 décembre 2018

Créativité

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19 décembre 2018

ARTE - Xi Jinping

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19 décembre 2018

Les violences contre les journalistes repartent à la hausse en 2018

Plus de la moitié des journalistes tués ont été « sciemment visés et assassinés », à l’instar de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul le 2 octobre.

Après trois années de baisse, les violences contre les journalistes sont reparties à la hausse en 2018, avec 80 journalistes tués à travers le monde, selon le bilan annuel de Reporters sans frontières (RSF) publié mardi 18 décembre. En 2017, 65 journalistes avaient été tués pour avoir exercé leur mission d’information.

Parmi les victimes cette année, 63 journalistes professionnels, soit une hausse de 15 %, treize non professionnels (contre sept en 2017) et quatre collaborateurs de médias, souligne l’ONG basée à Paris, déplorant une violence « inédite » contre les reporters. Au total, plus de 700 journalistes professionnels ont été tués ces dix dernières années, selon RSF.

Violences démultipliées

Plus de la moitié de ceux qui sont morts dans l’exercice de leur fonction ont été « sciemment visés et assassinés », à l’instar de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, tué au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul (Turquie) le 2 octobre, et du journaliste slovaque Jan Kuciak, mort le 21 février.

« La haine contre les journalistes proférée, voire revendiquée, par des leaders politiques, religieux ou des “businessmen” sans scrupule a des conséquences dramatiques sur le terrain et se traduit par une hausse inquiétante des violations à l’égard des journalistes », déplore Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.

« Démultipliés par les réseaux sociaux, qui portent à cet égard une lourde responsabilité, ces sentiments haineux légitiment ces violences et affaiblissent, un peu plus chaque jour, le journalisme et, avec lui, la démocratie », s’inquiète-t-il, cité dans un communiqué.

L’Afghanistan, le plus meurtrier

Les victimes sont majoritairement des hommes (77 pour trois femmes), travaillant localement (75 journalistes locaux et cinq étrangers). C’est l’Afghanistan qui a été le pays le plus meurtrier pour les journalistes cette année avec quinze tués, détrônant la Syrie qui occupait cette place depuis 2012 et reste le deuxième pays le plus dangereux avec onze reporters tués.

Le 30 avril, un double attentat à Kaboul a causé la mort de neuf journalistes, parmi lesquels le photographe de l’AFP Shah Marai Fezi et des reporters de Radio Free Europe et Tolo News. Cet attentat est le plus important commis contre des journalistes depuis le massacre de Maguindanao en 2009 aux Philippines, dans lequel au moins trente-deux avaient été tués.

Autre fait notable pour RSF, près de la moitié des journalistes se sont fait tuer dans des pays en paix, comme le Mexique (neuf reporters assassinés, troisième pays le plus dangereux), l’Inde (six morts) et les Etats-Unis (six morts) qui font leur entrée dans ce sombre palmarès après la fusillade sanglante contre la rédaction du Capitol Gazette.

Hausse des détentions

Par ailleurs, le nombre de journalistes détenus dans le monde est lui aussi en hausse, souligne RSF : 348 contre 326 en 2017 (+ 7 %), une augmentation qui concerne particulièrement les non professionnels.

Cinq pays détiennent à eux seuls plus de la moitié des reporters emprisonnés : l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Turquie et la Chine, plus grande prison de journalistes du monde avec soixantes détenus, dont les trois quarts sont des non-professionnels.

« Avec le durcissement de la réglementation concernant Internet, ces journalistes sont emprisonnés, dans des conditions souvent inhumaines, pour un simple post ou un billet d’information sur les réseaux sociaux ou une messagerie privée », regrette l’ONG.

Le nombre d’otages a lui aussi augmenté de 11 % avec soixante journalistes captifs à ce jour contre cinquante-quatre en 2017. Cinquante-neuf d’entre eux sont retenus au Moyen-Orient (Syrie, Irak et Yémen). Parmi eux, six sont des étrangers.

Enfin, RSF a enregistré trois nouveaux cas de journalistes disparus au cours de l’année, deux en Amérique latine et un en Russie. RSF considère qu’un reporter est porté disparu lorsqu’il n’y a pas suffisamment d’éléments pour déterminer s’il a été victime d’un homicide ou d’un enlèvement, et qu’aucune revendication crédible n’a été diffusée.

19 décembre 2018

Craig Morey - photographe

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19 décembre 2018

Laetitia Casta : « Je reste coriace ! »

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Elle est une magnifique femme amoureuse dans « l’Homme fidèle » de Louis Garrel. Toujours aussi passionnée, sincère et pudique, elle poursuit ses rêves.

 Anne Michelet

Laetitia Casta : « Je reste coriace ! »

Du théâtre au cinéma, d’une Marianne à l’autre, l’Homme fidèle était une évidence après la pièce de Bergman ?

Laetitia Casta - C’est très étrange, ce prénom. Je me suis demandé ce que j’allais en faire parce qu’il avait déjà eu une première histoire dans Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman. J’ai retrouvé une Marianne grandie dans le film de Louis Garrel, qui est en quelque sorte la continuité du personnage de la pièce. Cette femme sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut plus. Elle a traversé des choses, elle a mûri et elle est plus déterminée que celle qui se trouvait dans une soumission totale au début de la pièce. C’était passionnant de travailler sur un personnage qui se défait de ses chaînes.

Comment avez-vous abordé ce rôle ?

Laetitia Casta - J’ai dû confirmer encore plus mon point de vue d’actrice, notamment en choisissant de tourner avec Louis Garrel [son mari]. J’ai travaillé à ma façon, avec mon identité. C’était intéressant de faire évoluer un personnage dans le temps, et un film s’écrit vraiment pendant le tournage. Ce fut une très belle expérience, très forte, pour de multiples raisons.

Marianne paraît dure, notamment quand elle se sépare d’Abel…

Laetitia Casta - J’ai eu beaucoup de mal à comprendre qu’il était possible de larguer un homme de cette manière. Je me demandais comment jouer une telle scène sans culpabilité. Puis j’ai voulu aller à la rencontre de cette femme qui pourrait être n’importe qui et préfère prendre des risques pour vivre pleinement. J’ai assumé son geste. Au début, le scénario était plus sec, mais j’ai suggéré à Jean-Claude Carrière [coscénariste du film] et à Louis Garrel de l’adoucir un peu. Finalement, Marianne a quelque chose qui me ressemble. Une maturité est apparue d’un coup. Ça m’a libérée de savoir ce que je veux sur un plateau comme dans la vie. Maintenant, j’arrive à me détacher du regard des autres.

Abel, joué par Louis Garrel, subit les décisions des femmes…

Laetitia Casta - Il les subit mais, en même temps, ne pas décider, c’est une manière d’avoir le pouvoir. En se laissant ballotter, Abel va finalement là où il veut. Toute l’ambiguïté du film est là : le rôle passif n’est souvent pas si passif que cela et ce n’est pas forcément celui qui s’est débrouillé pour que l’autre prenne une décision qui souffre le plus…

Marianne encourage cet homme à aller voir l’autre femme, Eve, interprétée par Lily-Rose Depp…

Laetitia Casta - Marianne aime Abel. Elle veut construire avec lui sur le long terme. Elle le met à l’épreuve pour qu’il choisisse, car elle ne veut pas le posséder. Ce côté qui paraît calculateur et froid ne l’est en fait pas du tout. Elle est totalement passionnée, mais elle garde ses émotions pour elle. D’où cette scène où elle rit lorsqu’Eve lui dit : « Je veux absolument Abel. » En réalité, un mur se fissure en elle.

Vous, vous êtes passionnée, loyale…

Laetitia Casta - J’y ai cru, mais j’ai parfois pensé être droite alors que je ne l’étais pas. La maturité a modifié les choses. Ce qui est magnifique dans le film, c’est justement l’ambiguïté et la complexité des êtres humains : chacun joue un jeu avec lui-même.

Ce film a beaucoup de charme…

Laetitia Casta - Avec la maturité de Jean-Claude Carrière et la fougue de Louis Garrel, ça a donné quelque chose de très fort, un cinéma à la François Truffaut ou à la Woody Allen. Le film est en décalage et, en même temps, très actuel. Un peu comme Louis Garrel, souvent un peu décalé face aux situations. Au début, quand il me parlait, je ne comprenais pas ce qu’il me disait. Il est là quand on ne l’attend pas et, dans ce film, il vient confirmer quelque chose de très fort chez lui.

Louis Garrel vous a surprise ?

Laetitia Casta - J’ai rencontré un cinéaste et il a rencontré une actrice. Au départ, je ne voulais pas tourner dans le film, parce que j’avais peur de mélanger la vraie vie et le cinéma. J’ai pris le risque car je voulais découvrir cet homme-là, que je ne connaissais pas, et j’ai vu un metteur en scène exigeant, obsessionnel, fulgurant, en recherche constante. Je me suis sentie au bon endroit avec les bonnes personnes. C’était à la fois très agréable et très éprouvant, car ça ne s’arrêtait jamais, que ce soit sur le plateau ou à la maison. Louis et moi fonctionnons différemment sur un tournage : lui a une musicalité très fine qui guide sa réalisation, tandis que chez moi il y a quelque chose d’organique qui me permet de jouer. J’ai essayé de rester moi-même et tout s’est bien passé. J’ai beaucoup de gratitude pour lui, car il m’a offert ce rôle. Ça aurait pu être explosif mais, en fait, ça nous a rendus plus forts.

Vous alternez le théâtre et le cinéma. Vous mesurez le chemin parcouru ?

Laetitia Casta - Oui, mais je m’en rends surtout compte en tant que femme. Moi qui étais extrêmement timide et complexée, j’ai gagné en assurance. Passer de la photographie au cinéma a été un processus très long, mais la passion m’a permis de me lancer. Je crois que le théâtre est le plus important pour une actrice. C’est là que je suis le plus libre et le plus en phase avec qui je suis et il m’a apporté un véritable équilibre. Au cinéma, on dépend de l’univers d’un réalisateur et il y a un moment où les rôles s’arrêtent pour les actrices. Ce côté superficiel est très dur, alors qu’au théâtre on peut continuer à jouer même si on est une vieille dame. Je ne suis pas encore âgée, mais j’y pense, parce que je veux construire quelque chose de durable et de solide.

A 40 ans, vous n’avez plus rien à prouver professionnellement et vous avez trois enfants…

Laetitia Casta - Oh, vous rigolez, j’ai beaucoup de choses à prouver ! Plus que jamais ! Je ne pense pas qu’une femme ne soit épanouie qu’à partir du moment où elle a des enfants. Nous sommes accomplies lorsque l’on y croit vraiment, quand on retourne voir l’enfant que l’on était, les rêves que l’on avait. Le plus important, c’est d’arriver à réaliser ses rêves et surtout de ne jamais les oublier.

Et vous correspondez à la femme dont vous rêviez enfant ?

Laetitia Casta - Mon but, c’est de rester la petite fille que j’étais, malgré l’éducation, les injonctions de la société et les épreuves de la vie, et je trouve que je me débrouille. Les enfants vous aiment très fort mais, au nom de leur amour, ils vous imposent des lois qui ne vous conviennent pas forcément. Quand les miens me disent : « Tu n’as besoin de rien, tu nous as », je ne vais pas tomber dans le piège ! Nous formons une équipe de foot et chacun doit essayer de bien jouer la partie. Je ne suis pas là pour tenter d’être quelqu’un de formidable. J’essaie toujours de me détacher des attentes des autres, je reste coriace.

En janvier, vous changerez d’univers avec l’Incroyable Histoire du facteur Cheval…

Laetitia Casta - Je ne connaissais pas cette histoire, mais j’ai trouvé enrichissant de jouer une femme emplie d’amour qui ne voyait pas cet homme comme un fou. Ce film m’a renvoyée à mes origines : je viens de la campagne, j’ai été élevée au milieu de la forêt, dans une ferme isolée. C’est une histoire très simple. C’était beau d’échanger avec Jacques Gamblin, qui est un acteur de théâtre très engagé, passionné. J’aime beaucoup son intelligence de jeu et notre couple fonctionne.

Vous avez eu une année très riche !

Laetitia Casta - Oui, j’ai beaucoup travaillé. J’ai tourné un film belge, une adaptation du Milieu de l’horizon. Ça se passe dans les années 70, au moment de la canicule dans les fermes. Mon personnage tombe amoureux d’une femme et décide de se libérer et de partir. J’ai adoré ce tournage. Et puis je viens de finir une série pour Arte dont l’action se déroule dans les paysages corses. J’incarne une sirène qui arrive sur Terre pour venger la nature. Elle vient punir les hommes et récupérer la dernière sirène. C’est une série très forte, très actuelle. Maintenant, je vais me poser un peu, car j’ai eu une année très intense.

Vous êtes surprise que l’on pense à vous pour des rôles aussi différents ?

Laetitia Casta - Je suis toujours étonnée par la vie. J’ignore si c’est moi ou la vie qui provoque cela, mais il y a une certaine évidence dans les rôles que l’on me propose. Soit ils me confirment des choses, soit ils me font sortir de ma zone de confort. Je ne sais pas vers quoi j’ai envie d’aller, je préfère laisser les choses se faire toutes seules.

L’Homme fidèle, de Louis Garrel. Sortie le 26 décembre.

19 décembre 2018

Extrait d'un shooting

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19 décembre 2018

“On aurait dit deux sœurs, avec le même nez, les mêmes yeux“ raconte l'auteur du cliché des ”deux Marianne”

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"J'ai réglé ma profondeur de champ à 2,8 pour isoler le regard au premier plan", explique Valery Hache, photojournaliste à l'AFP depuis 2005. / © Valery HACHE / AFP

C'est une photo puissante, un échange de regards lors de la manifestation des Gilets Jaunes à Paris, samedi 15 décembre, qui a déjà suscité de très nombreuses réactions. Son auteur, Valéry Hache, photojournaliste à l'AFP, explique comment il a pu capturer cet instant. 

"Nous étions quatre photojournalistes de l'AFP sur les Champs-Elysées pour couvrir la manifestation des Gilets Jaunes, et j'étais sur la partie basse, la plus près de l'Elysée", raconte Valéry Hache, photojournaliste de l'AFP, contacté par téléphone.

"Je suis arrivé tôt, vers 8 heures, et j'ai vu ce groupe de filles, un peu à l'écart. Elles n'avaient pas encore revêtu leur manteau rouge", poursuit-il.

Le photographe se demande alors s'il s'agit de Femen en train de se préparer, mais écarte cette hypothèse, et s'éloigne pour poursuivre son travail.

Entourées par un groupe de journalistes

Plus tard, Valéry Hache aperçoit à nouveau les silhouettes des cinq jeunes femmes.

Bustes dénudés, peau couverte de peinture argentée et veste rouge surmontée d'une capuche aux allures de bonne phrygien, elles font face à une ligne de gendarmes déployés pour la manifestation.

Toutes les bonnes places sont prises

Autour de la scène, les journalistes sont déjà nombreux. "Toutes les bonnes places sont prises, je cherche un angle et me retrouve collé contre un bouclier", se remémore le photographe qui remarque alors les deux profils qui se font face. Leur ressemblance est frappante.

"En un dixième de seconde, je vois ces deux femmes. On dirait deux sœurs, elles ont le même nez, les mêmes yeux. Je règle ma profondeur de champ à 2,8 pour les isoler. Je fais deux photos, au moment où leurs regards se rencontrent".

Je me suis juste dit que c'était une bonne photo

Valéry Hache s'éloigne pour envoyer son cliché à l'Agence-France-Presse, qui la mettra à disposition des médias.

"Je ne me suis pas rendu compte tout de suite de la force de l'image, je me suis juste dit que c'était une bonne photo", explique-t-il.

Rapidement, les réseaux sociaux s'enflamment et le cliché suscite un débat : qui est celle qui incarne vraiment la Marianne républicaine ?

La femme gendarme ou celle costumée, dans le cadre d'une performance artistique de Deborah de Robertis ?

Évidemment, l'auteur du cliché a été interrogé sur cette question : "Tout le monde m'a demandé laquelle de deux était la vraie Marianne, selon moi, mais je suis journaliste", rappelle Valéry Hache, qui refuse logiquement de se prononcer.

De son côté, le service de communication de la Gendarmerie nationale a indiqué que la femme gendarme qui apparaît sur la photo serait reçue dans la semaine par le général Lizurey.

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