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Jours tranquilles à Paris

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13 novembre 2018

Rankin, Unfashionable : 30 ans de photographie de mode

J‘ai rencontré Rankin pour la première fois dans un bar appelé DNA en 1992. Il avait photographié une de mes amies, Christine Kellogg, pour une exposition dans l’ancienne boutique Katharine Hamnett, à présent appelée Collection Gallery, à Brompton Cross. Elle était petite et il l’avait photographiée d’en haut dans un panier à linge; elle était fragile et fine, il était écossais et brusque.

Rankin, Jefferson Hack et un ami d’université nommé Ian Taylor venaient de remporter des prix pour le magazine d’un syndicat étudiant appelé Untitled. Ils essayaient de lancer un magazine appelé Dazed & Confused. Je détestais le nom – pourquoi nommeriez-vous quoi que ce soit d’après une chanson de Led Zeppelin?

J’étais dans mon année finale à Central Saint Martins. Je m’ennuyais – J’emballais des cartons pour une entreprise de tricots appelée Artwork, un travail qui me paraissait inférieur et ma voiture était bloquée par un sabot de Denver pour la première et unique fois à Bermondsey. Est-ce que je voulais aller travailler pour eux à la London School of Printing? Bien sûr, tout était mieux que de se faire pincer, d’emballer des boîtes et de ne pas être payée.

Rankin commençait à se faire remarquer et réalisait à la manière de Bailey des portraits de jeunes londoniens qu’il espérait être les stars de demain. Je pense que seul Peter Cunnah du jeune groupe D: Ream est devenu célèbre. Il a également participé à une brillante série sur des club kids intitulée «Blow up». Peu importait que ces jeunes ne soient pas célèbres, et ne le deviendraient jamais. C’est une brillante documentation sur la mode de Westwood et Pam Hogg de l’époque, ainsi que sur les personnes qui n’ont pas les moyens de payer pour la mode de luxe et réalisaient leurs propres brillantes copies.

Au fur et à mesure que la confiance de Rankin augmentait (il était toujours douloureusement arrogant en public), il souhaitait changer notre façon de voir la mode. J’avais une formation pure en mode, mais je savais que pour lui, il avait besoin d’une raison, d’un concept. Je pense qu’il était nerveux de faire concurrence aux photographes de mode du début des années 1990 qui travaillaient pour The Face et i-D: David Sims, Mario Sorrenti, Corinne Day et Juergen Teller. Il avait besoin d’un truc original – ça ne pouvait pas être juste une photo.

C’est ainsi qu’a commencé une série de séances concept: “Ghosts”, “Hungry?”, “Blouse de Big Girl”, “Sad Lad”, “Animal Fashion” … Il a été l’un des premiers à photographier des modèles ‘tailles plus’ pour une séance de mode. Il voulait changer la perception normale de ce qu’était un shooting de mode. Et des années plus tard, il le fait toujours avec son magazine Hunger. Pour Rankin, cela ne peut pas être une simple image de mode: il faut une raison d’être.

Avant-propos de Katie Grand

Rankin, Unfashionable : 30 years of Fashion Photography

Rizzoli

Textes par Andrew Gallimore,  Katie Grand, Jefferson Hack and Kate Moss.

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13 novembre 2018

Exposition Gainsbourg

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13 novembre 2018

La prodigieuse fabrique des Nadar

Durant toute la seconde moitié du XIXème siècle, ils ont régné en maître. Félix, Adrien et Paul ont contribué à élever la photographie au rang d’art tout en ne cessant pas d’inventer. Une large exposition leur rend hommage à la BNF à Paris.

Le N gigantesque, en zigzag, et d’une couleur rouge, vivifiante : tel est la première lettre de la signature du nom Nadar qui apparaît  immense sur une cimaise à l’entrée de l’exposition. Façon de convier immédiatement le visiteur à la gloire d’une famille dont la signature voulait dire quelque chose : une manière de faire, une expertise certaine.

Non loin de cette cimaise, à quelques mètres, voici la première photographie exposée : la mère des Nadar, Thérèse Maillet, photographiée vers 1854. D’emblée nous sommes invités à la galerie des portraits de famille : Félix (1820-1910), son frère Adrien (1825-1903) et le fils de Félix, Paul (1856-1939). Félix est le premier Nadar. C’est lui qui troquera le nom Tournachon pour ce pseudonyme qu’il lui préférait. Adrien, lui, va rester Tournachon, mais évoluera dans le sillage de son frère, jamais loin de cette entreprise immense bâtie au début de la seconde moitié du XIXème siècle.

Esquimaux

Cette galerie de portraits nous en apprend déjà beaucoup sur ces hurluberlus, aficionados de la photographie. Sans doute fallait-il avoir un peu de folie pour se lancer dans une telle aventure. À l’époque, la photographie vient tout juste de voir le jour, en 1839 si on prend comme date la démonstration de François Arago devant l’Académie des sciences et l’Académie des Beaux-arts. Et pourtant…Celui qui sera d’abord un dessinateur, Félix, va consacrer sa vie à la photographie. Nous pouvons l’observer dès les premiers portraits présentés. Dans une scénographie élégante, aux murs rouge par endroit – la couleur de cœur de Félix Nadar – s’étalent des images de la famille posant devant l’objectif. Paul, qui est alors un enfant, passe son temps dans l’atelier de son père. Parfois, ils s’habillent tous – Ernestine, l’épouse de Félix, compris – de déguisements à la mode à cette époque : en orientaux, en esquimaux…et révèlent par là leur sens de l’humour, leur humeur d’artistes.

Victor Hugo

S’ils excellent dans leur propre portraits – il y a de nombreux autoportraits – ils réalisent aussi parfaitement bien ceux des autres et principalement des célébrités. Félix Nadar, l’aîné, fera un fameux portrait de Charles Baudelaire, les mains rangées dans son pantalon et le regard perçant, comme un aigle, illuminé. Il prendra en photographie un nombre incalculable d’artistes dont par exemple Alexandre Dumas, Jean-François Millet ou encore Honoré Daumier. Eugène Delacroix qui se voit aussi photographié lui demande dans une lettre de détruire le cliché et prie pour que personne ne le voit. Félix fera le portrait de Victor Hugo sur son lit de mort. Son fils, Paul, dira qu’il s’agit d’un des chefs d’œuvre de son père fait à la lumière naturelle quand un brin de soleil était entré dans la pièce où était étendu le corps du père des Misérables.

Le tsar

Félix n’est pas le seul à faire de magnifiques portraits. Son frère, Adrien Tournachon, immortalisera un grand nombre d’artistes et notamment le poète Gérard de Nerval quelques jours avant son suicide. Cette photographie est célèbre. On y voit l’auteur des Chimères assis, nous regardant droit dans les yeux avec un regard plein d’humanité. Le fils de Félix, Paul, va, quant à lui, photographier des personnalités illustres et difficiles à saisir. Le tsar Alexandre III vers 1891 ou encore le prince de Galles, Edouard VIII, en 1912. C’est lui, aussi, qui prendra en photographie Joséphine Baker vers 1930 et Stéphane Mallarmé à sa table, une plume à la main, vers 1897. Paul a ses entrées au club des férus d’aviation. Il photographiera Maryse Rastié, l’une des premières aviatrices françaises.

Les ateliers

Cette qualité des portraits s’accompagne d’une entreprise complexe où il s’agissait aussi de faire commerce des photographies et demandait d’être ouvert au monde de l’industrie. Une partie de l’exposition montre bien les errements de la famille quand il s’agit de trouver un atelier. D’abord installé dans un bâtiment immense au 35 boulevard des Capucines à Paris, les Nadar devront déménager tant le lieu est coûteux et investir un atelier plus modeste, rue d’Anjou. Ils peuvent néanmoins compter sur un solide réseau d’amis et surtout et avant tout dans le monde de la presse. Théophile Gautier, Louis L’Herminier, Hippolyte de Villemessant ou encore Victor Cochinat sont tous des proches de Félix Nadar et vont être, eux aussi, photographiés.

Cirque

Un autre domaine où s’illustrent les Nadar est celui des arts du spectacle. Paul Nadar, surtout, fera le portrait de Sarah Bernhardt habillée en Pierrot – image qui fait l’affiche de l’exposition. La célèbre actrice semble avalée par son costume et paraît mélancolique, comme emportée par la tristesse de son personnage. Si Paul a photographié Sarah Bernhardt dans ce costume, son père l’avait fait avant lui : vers 1854, alors que l’actrice n’est pas encore une célébrité, il l’a immortalisé drapée de blanc, drapée de noir, dans un dytique élégant où est convoqué la sensualité de cette femme hors norme. Ces portraits du monde du spectacle est également l’apanage d’Adrien Tournachon qui prend par exemple en photographie les animaux et acrobates du Cirque de l’Impératrice en 1861.

Jules Verne

Loin de se cantonner à la réalisation de portraits, les Nadar ont aussi été de farouches expérimentateurs. Ils vont, surtout Paul avec le nouvel appareil Kodak, tenter de prendre des photographies « instantanées », c’est-à-dire en réduisant le maximum le temps de pose. Par ailleurs, ils vont entreprendre de photographier les lieux sombres et la nuit grâce à la lumière artificielle. Ainsi, Félix Nadar réalisera un reportage dans les égouts de Paris, un autre dans les Catacombes. Mais surtout les Nadar sont connus pour une autre expérimentation qui feront d’eux des inventeurs de génie qui auront su marquer l’histoire : ils sont les premiers à avoir réalisé de la photographie aérostatique à bord d’un ballon. Plusieurs photographies présentées dans l’exposition en attestent, comme cette vue de Paris à 520 mètres d’altitude. Cette prouesse inspirera même Jules Verne pour son roman De la Terre à La Lune. Il écrira à Nadar : « Mon cher et brave ami (…) Le bruit de tes nouveaux exploits est arrivé jusqu’à moi au fond de la Bretagne. (…) En ce moment j’ai à mettre en scène dans un livre un homme doué du coeur le meilleur et le plus audacieux, et, je t’en demande bien pardon, c’est toi que j’ai pris pour modèle. »

Les Nadar, une légende photographique

16 octobre 2018 au 3 février 2019

François-Mitterrand / Galerie 2

75013 Paris

http://www.bnf.fr/

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13 novembre 2018

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12 novembre 2018

Who is who

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12 novembre 2018

JR est-il à sa place à la MEP ?

Texte de Lorraine Rossignol  

Il est des consécrations qui vous plombent. En présentant son œuvre faite pour le grand air et les sites emblématiques de la brutalité du monde, dans le confinement des salles d’expositions de la MEP, à Paris, le street artiste se brûle un peu les ailes...

« Je possède la plus grande galerie d’art au monde : les murs du monde entier », a toujours dit JR, dès ses débuts dans la photographie, il y a maintenant quinze ans de cela. Alors, pourquoi aller s’enfermer dans un musée ? Disposée d’étage en étage, dans le cadre étriqué du joli hôtel particulier XVIIIe qui abrite la Maison de la photographie (MEP), dans le quartier du Marais à Paris, son œuvre ressemble, sous le joli nom de « Momentum, la mécanique de l’épreuve », à un oiseau qui se blesserait les ailes à force de vouloir s’échapper d’un piège où il se serait fourvoyé.

Zorro de l’art contemporain

Cette œuvre monumentale — portraits d’anonymes, portraits de groupes, toujours sous forme de photomontages, toujours en noir et blanc — n’acquiert a priori sa force que par son déploiement dans l’espace, son inscription dans un lieu emblématique sur lequel se cristallisent souvent les pires tensions. Ainsi les murs, historiques, de Berlin, de Jérusalem ou de la frontière américano-mexicaine, mais aussi ceux, quelconques et pas moins douloureux, des favelas de Rio ou des quartiers de Clichy-Montfermeil, dans le 93, d’où partirent les émeutes de  2005… Entre ceux, clos, d’une salle d’exposition, son travail paraît tout rabougri, comme réduit à quelques mots-clés faciles, bien trouvés...

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Un autoportrait de JR.

“Tout le monde sait que JR porte un chapeau et des lunettes noires, mais, pour le reste, son œuvre est finalement très mal connue”

Les séries défilent : « Chroniques de Clichy-Montfermeil», « Géants », « 28 millimètres », et même « Expo 2 Rue », qui, pour la première fois, révèle au public les tout premiers tirages réalisés par le devenu célèbre « french artivist » (comme il aime à se définir) de 35 ans : à l’adolescence, il avait commencé à photographier ses amis graffeurs, sur le vif, depuis les toits ou les souterrains du métro de Paris. Et l’on se le demande alors : pourquoi aujourd’hui ce genre de consécration ? A qui peut bien s’adresser un tel projet ? Au gratin parisien, venu en nombre à la MEP en ce jour de vernissage, plus décalé que jamais ? Sans aucun doute. Mais non à « ceux qui ne fréquentent pas les musées habituellement » et à la rencontre desquels JR a toujours eu, justement, l’ambition d’aller, en installant ses œuvres partout où bon lui semblait, du moment que ce n’étaient pas des cimaises : jusque sur les wagons d’un train de marchandises traversant le Kenya ou sur les conteneurs empilés d’un cargo du Havre en route pour la Malaisie (série « Women are Heroes », l’une de ses œuvres les plus puissamment poétiques)...

« Tout le monde sait que JR porte un chapeau et des lunettes noires, mais, pour le reste, son œuvre est finalement très mal connue ici, répond la galeriste et éditrice Clémentine de la Féronnière, qui publie le catalogue de l’exposition. Le travail de JR est en tout cas beaucoup plus réputé aux Etats-Unis » — où l’artiste a son studio à New York et s’est vu décerner, en 2011, le fameux TED Prize, qui, chaque année, récompense une démarche ou un projet créatif innovant.

D’accord, la France ne reconnaît que mal, comme s’il n’était pas assez bien pour elle, ce « jeune photographe d’origine populaire », mais cette définition n’est peut-être pas la bonne, n’en déplaise à la MEP et à son choix de présenter désormais, sous vitrine — telle une sainte relique — le vieux Samsung qu’il trouva dans le RER, alors qu’il était encore lycéen, et avec lequel tout a commencé. A bien y regarder, JR n’est pas vraiment photographe. Plutôt un street artiste utilisant la photo comme médium. Une sorte de Robin-des-marges ou de Zorro de l’art contemporain, n’avançant masqué que pour mieux défendre de nobles causes, et dénoncer l’infinité des violences, préjugés et inégalités qui sévissent partout dans le monde. L’exposition de la MEP, avec ses lambris et moquettes de velours gris souris, a toute la pompe d’une reconnaissance tardive et officielle. Un enterrement de première classe ? JR, bien malin, n’était pas au vernissage, refusant d’emblée toute interview. Comme s’il craignait, lui, l’oiseau rare, de se prendre à son propre piège.

« Momentum ». Jusqu’au 10 février 2019, à la Maison de la photographie, www.mep-fr.org

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JR également dans le métro parisien

Tous les jours, jusqu'au 10 févr. 2019

Description :Partenaire de la MEP, la RATP accompagne l’exposition JR en présentant un projet inédit dans 11 stations et gares de son réseau. Conçu pour être évolutif, ce parcours est présenté jusqu’au 10 février 2019.

Le dispositif monumental de 26 « regards » d’anonymes, exposés dès le 6 novembre, est visible dans les stations Bir-Hakeim, Châtelet, Gare de Lyon, Hôtel de Ville, La Chapelle, Luxembourg, Madeleine, Nanterre-Université, Pyramides, Saint-Denis Porte de Paris et Saint-Michel.

En choisissant d’installer ses « regards » imposants dans un lieu de passage comme les transports en commun, JR souhaite interpeller les voyageurs sur l’identité de ceux qui les observent et l’interaction qu’ils peuvent avoir avec eux. Intitulée « Voyager avec d’autres », l’œuvre se comprend comme une invitation à réfléchir et repenser la nature des rencontres que nous faisons quotidiennement avec l’Autre, dans le métro ou le RER, chargés de nos rêves, de nos attentes, mais aussi parfois des craintes que nous portons en nous.

Pour prolonger cette rencontre, l’artiste a prévu de faire évoluer plusieurs fois son œuvre au fil des semaines : JR redescendra alors dans les espaces de la RATP pour capter les réactions et mettre en abîme l’histoire qui se jouera entre les voyageurs et ceux qui les regardent. Comme un jeu de miroir, ces premiers deviendront à leur tour les modèles à observer.

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TROIS QUESTIONS À JR

En quoi est-ce particulier pour vous d’exposer votre œuvre dans un espace comme le métro ?

C’est un retour aux sources. J’ai commencé à prendre des photos avec un appareil photo trouvé dans le métro, puis j’ai suivi des artistes qui travaillaient dans ce monde souterrain. Revenir dans le métro, exposer sur les quais, c’est l’occasion de présenter mon travail à des gens qui n’ont rien demandé, qui ne se sont pas déplacés dans une galerie ou un musée, mais qui se rendent simplement au travail ou vont voir des amis. C’est conforme à ma vision de l’art qui doit aller à la rencontre des gens.

Avez-vous pensé différemment cette œuvre destinée au métro ?

J’essaye de penser différemment toutes les œuvres en fonction du contexte et du lieu. Le métro est un des rares espaces de brassage où toutes les catégories sociales se retrouvent, où les enfants et les personnes âgées se côtoient, où les banlieusards et les Parisiens se croisent. J’ai voulu interpeller les voyageurs avec un regard, et en même temps les rendre acteurs de mon projet en les représentant dans mes images.

Que représente pour vous, qui avez vécu en banlieue parisienne, cette collaboration avec la RATP ?

Quand on a vécu en banlieue, le train et le métro sont les seuls moyens de transports. Il y a des stations qui évoquent des souvenirs, des trajets que vous avez effectués des centaines de fois, et qui vous font penser que vous êtes ici un peu chez vous. Je ne travaille pas avec les entreprises privées ou les marques. Mais je suis heureux de collaborer avec des entreprises qui ont pour mission de servir le public, et davantage encore quand il s’agit de mon public.

SERVICE DE PRESSE GROUPE RATP

+33 (0)1 58 78 37 37 / servicedepresse@ratp.fr

 

12 novembre 2018

Moi Magazine

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12 novembre 2018

VOILE : Francis Joyon remporte la Route du rhum au terme d’un final haletant

Le skipper a finalement rattrapé François Gabart, qui faisait la course en tête jusque dans les dernières heures, et s’offre un nouveau record.

Jamais une victoire ne s’était jouée dans un finish aussi serré depuis quarante ans et la première édition. A 62 ans, Francis Joyon a remporté dimanche 11 novembre la Route du rhum au terme d’un corps-à-corps grandiose avec le jeune François Gabart. La septième a donc finalement été la bonne. Depuis sa première participation en 1990, Francis Joyon n’avait jamais réussi à s’imposer sur la Route du rhum.

Et c’est dans un scénario à suspense qu’il a coupé la ligne en vainqueur à 23 h 21 heure locale (lundi matin à 4 h 21 en métropole) au terme de 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes passés en mer, soit un nouveau record (le précédent avait été établi par Loïck Peyron en 2014).

Et Gabart, qui a tenu la tête pendant la presque totalité des sept jours de cette traversée de l’Atlantique en solitaire, a fini deuxième avec seulement 7 minutes et 8 secondes de retard sur Joyon. Mais qui aurait cru que Joyon, à la barre d’un bateau vieux de 12 ans, pourrait souffler la victoire à des marins nouvelle génération, pilote de supermachines de 32 mètres de long capables de « voler » ?

Encore chimérique il y a 36 heures, la victoire de Joyon est devenue possible lorsque le sexagénaire a fondu sur Gabart pour offrir la deuxième arrivée la plus serrée de l’histoire de la Route du rhum.

Final palpitant

En 1978, pour la toute première édition, le Canadien Mike Birch, à bord de son petit multicoque de 12 mètres (Olympus), avait coiffé le gros monocoque de Michel Malinovsky (Kritter) de 98 secondes. Cette fois, le sprint final s’est joué à coups de rebondissements. Un bateau bancal pour Gabart, un filet de pêche dans la dernière ligne droite pour Joyon passé en tête.

Joyon a donné tout ce qu’il pouvait, comme jamais, pour chasser le jeune leader Gabart, 35 ans, à bord d’un bateau bleu récent, de 3 ans d’âge et complètement revisité l’été dernier pour naviguer plus vite et plus tôt. Joyon, lui, s’est aligné sur son fameux bateau rouge, celui-là même qui a remporté les deux dernières éditions, sous les couleurs de Groupama en 2010 (skippé par Franck Cammas) et de Banque Populaire en 2014 (avec à la barre Loïck Peyron).

Le mano a mano a pleinement animé cette fin de course, qui s’est jouée sur le tour de la Guadeloupe réputé piégeux et particulièrement tactique. Arrivés au nord de l’île, à la Tête à l’Anglais, vers 14 heures locales (19 heures en métropole), les deux skippers se sont lancés dans une course-poursuite encore plus intense.

Le vétéran n’a eu de cesse de grappiller mille nautique par mille nautique pour doubler son rival. Et à 21 h 10 locales (2 h 10 lundi à Paris) ce fut chose faite, Joyon a pris les rênes. Gabart s’est accroché, malgré un bateau privé d’importants appendices perdus dans les dépressions (le foil tribord et le safran bâbord). Joyon aura été plus fort.

Les deux hommes étaient les seuls à s’être extraits de la flotte de 123 bateaux au départ de Saint-Malo le 4 novembre, traversant tant bien que mal les trois dépressions qui ont balayé le golfe de Gascogne.

12 novembre 2018

Fait et Cause

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12 novembre 2018

Centenaire 11-Novembre : face à Trump, Macron et Merkel jouent la carte de l’unité

Par Marc Semo

Devant son homologue américain, le président français s’est posé en héraut de l’ouverture, de l’Europe et du multilatéralisme

Il ne s’agit pas seulement de commémoration car « cent ans après, la cicatrice de cette guerre est encore visible sur la face du monde » et l’enjeu aujourd’hui est de tirer les leçons de la paix alors ratée. Alors que Paris devenait l’espace de deux jours les 10 et 11 novembre la capitale diplomatique du monde avec quelque 70 chefs d’Etat et de gouvernement et les représentants de 84 pays et organisations internationales ces thèmes sont revenus sans cesse dans la bouche du président français Emmanuel Macron comme de la chancelière allemande Angela Merkel. Les points d’orgue des commémorations furent la cérémonie d’hommage à l’arc de Triomphe puis l’ouverture à la Grande Halle de La Villette du Forum de la paix de Paris qui doit encore durer deux jours, mais sans les chefs d’Etat.

Ces deux moments étaient aussi différents que complémentaires. Le premier dont le seul véritable acteur fut Emmanuel Macron était centré sur la mémoire, l’hommage aux morts, le tragique. Le second fut choral, afin de défendre un multilatéralisme toujours plus menacé et la gouvernance globale. Le Forum pour la paix appelé à devenir annuel a été ostensiblement boudé par Donald Trump qui, tout au long de ces quarante-huit heures, a mené un cavalier seul affirmant une nouvelle fois son obsession de « l’Amérique d’abord » et son rejet de toute règle commune qui ne soit basée sur le rapport de force. Un dur rappel aux réalités. Ce centenaire dans la capitale française a été marqué par la prise de conscience de la montée des périls.

« L’histoire retiendra une image celle de 80 dirigeants réunis sous l’arc de Triomphe mais ce qui est incertain est de savoir comment elle sera interprétée dans l’avenir : le symbole d’une paix durable entre les nations ou bien le dernier moment d’unité avant que le monde ne sombre dans un nouveau désordre », a reconnu lucide Emmanuel Macron au Forum pour la paix soulignant que « cela dépend de nous ».

Peu après, la chancelière Angela Merkel qui, symboliquement, prononçait le grand discours d’ouverture de ces trois jours de réunion entre dirigeants politiques, ONG, think tanks et entreprises rappelait à quel point « il est facile de détruire les institutions internationales mais difficile de les reconstruire ». Et de s’interroger : « Serions-nous aujourd’hui capables, en tant qu’assemblée des nations, d’approuver comme en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme ? Je n’en suis pas si sûre ».

« Les démons du passé qui ressurgissent »

Dénonçant le retour « d’un nationalisme à œillères », la chancelière allemande a souligné « que la coopération internationale, l’équilibre pacifique entre les intérêts des uns et des autres et que même le projet européen de paix sont de nouveau mis en question ». Dans la grande salle ronde évoquant quelque peu celle de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le Russe Vladimir Poutine et le Turc Recep Tayyip Erdogan ont écouté sans broncher, venus à la grande halle de la Villette comme une trentaine d’autres chefs d’Etat et de gouvernement.

Quasiment au même moment, le président américain prononçait un discours d’hommage aux soldats américains tombés pendant la Grande Guerre, au cimetière américain de Suresnes où il a salué le sacrifice des « patriotes américains et français »… Juste avant d’arriver sur les lieux puis de repartir pour Washington, le président américain s’est fendu d’un tweet dans lequel il salue la « merveilleuse cérémonie » de la matinée et « remercie » le président français.

Quelques heures plus tôt, les mots d’Emmanuel Macron devant la flamme du Soldat inconnu étaient presque les mêmes pour dénoncer « les démons du passé qui ressurgissent ». « Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme, le nationalisme en est une trahison », a déclaré le chef de l’Etat lors de cette cérémonie commencée à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année, exactement comme il y a cent ans. Le carnage était enfin fini après quatre ans et en comptant l’ensemble des pays impliqués dans la guerre quelque 10 millions de morts.

« Additionnons nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs », a-t-il lancé aux dirigeants mondiaux les exhortant au « combat pour la paix » en refusant « le repli, la violence et la domination ». Des lycéens français, anglais, américains, allemands ont lu dans leur langue des lettres de combattants de l’époque. La cérémonie fut ouverte par une Sarabande de Bach interprétée par le violoncelliste américain Yo-Yo Ma et conclue par le Boléro de Ravel joué par l’orchestre des jeunes de l’Union européenne. L’artiste béninoise Angélique Kidjo a chanté en souvenir des troupes coloniales. Mais le seul grand acteur de la cérémonie sous l’Arc de triomphe, c’était lui.

« Durant ces quatre ans, l’Europe manqua de se suicider »

Dans son discours à l’Arc de triomphe, Emmanuel Macron a voulu garder l’équilibre entre la célébration de la paix et la relance du projet européen sans pour autant effacer la victoire de 1918 et sa mémoire. Celle de « l’immense cortège des combattants » de la Grande guerre, « venus du monde entier, parce que la France représentait pour eux tout ce qu’il y avait de beau dans le monde ». Il n’a pas hésité à citer Georges Clemenceau qui, il y a exactement cent ans lançait « combattante du droit et de la liberté, la France sera toujours et à jamais le soldat de l’idéal ».

Le discours était avant tout politique alors que, pour les prochaines élections européennes, le président français se pose en héraut de l’ouverture, de l’Europe, du multilatéralisme face aux nationalismes et aux mouvements populistes. « Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider » a lancé le chef de l’Etat dans un plaidoyer pour les institutions internationales, l’Europe d’aujourd’hui et l’ONU. « Cela s’appelle, sur notre continent, l’amitié forgée entre l’Allemagne et la France (…). Cela s’appelle l’Union européenne, une union librement consentie jamais vue dans l’histoire et nous délivrant de nos guerres civiles. Cela s’appelle l’Organisation des Nations unies »

Face à un président américain toujours plus isolationniste et en retrait des affaires du monde, face à une première ministre britannique Theresa May engluée dans le Brexit et restée à Londres pour ses propres cérémonies, Emmanuel Macron aux côtés d’une Angela Merkel affaiblie se pose en leader naturel d’un monde occidental qui doute. Cette crise de la relation transatlantique évidente dès le début des célébrations, quand Donald Trump, à peine arrivé dans la capitale française le 9 novembre au soir, jugeait dans un tweet rageur « très insultants » les propos tenus deux jours plus tôt par Emmanuel Macron pour « une vraie armée européenne ». Mais dès le 10 novembre, les deux présidents ont joué l’apaisement et Emmanuel Macron insistait sur le fait que « l’Europe qui puisse prendre davantage sa part du fardeau commun au sein de l’OTAN ».

« Ne rien céder aux passions tristes »

Les cérémonies ont été, comme il est de règle dans ce genre de réunion, l’occasion de rencontres en marge. Y compris très brièvement entre le président russe et son homologue américain. Evoquant « une bonne discussion » sans pour autant en préciser l’objet, Vladimir Poutine a déclaré qu’il souhaitait rétablir un dialogue complet avec les Etats-Unis sur le traité régissant les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) ratifié en 1988 et dont Donald Trump a annoncé en octobre le retrait des Etats-Unis.

Le combat pour le multilatéralisme contre les vents mauvais qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux ne peut passer que par l’Europe. D’où l’importance accordée, tout au long de ces cérémonies, à la relation avec Berlin. La veille, il était aux côtés de la chancelière allemande à Compiègne dans la clairière de Rethondes où fut signé l’armistice. C’était la première fois qu’un chancelier de l’Allemagne fédérale se rendait sur ce lieu symbole de la défaite et des conditions humiliantes imposées par les vainqueurs. « Ici succomba l’orgueil de l’Empire allemand vaincu par les peuples libres qu’il prétendait asservir » clame l’inscription sur la dalle sacrée édifiée alors.

Désormais une petite plaque à son pied, inaugurée par Emmanuel Macron et Angela Merkel, célèbre la paix et la réconciliation franco-allemande. En discutant avec des jeunes à l’issue de la cérémonie, le chef de l’Etat les a appelés à « ne rien céder aux passions tristes, aux tentations de la division ». « Cette journée n’est pas seulement une journée du souvenir mais une incitation à l’action (…) pour faire tout le possible pour rétablir l’ordre dans le monde de façon pacifique », commentait pour sa part la chancelière allemande.

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