Affaire Benalla ... saison 2 ?
Que faisait Benalla au Tchad ? "Il est libre de ses faits et gestes", répond son avocate pic.twitter.com/aOpGBuXcPu
— BFMTV (@BFMTV) 27 décembre 2018
Alexandre Benalla, la vie d’après
Par Simon Piel, Joan Tilouine - Le Monde
L’ancien chargé de mission de l’Elysée s’est reconverti dans le privé et fréquente le milieu des intermédiaires français en Afrique, quitte à agacer son ancien employeur.
Le directeur du cabinet du président de la République a pris sa plume pour écrire à Alexandre Benalla. Dans une lettre datée du 22 décembre, Patrick Strzoda demande sans louvoyer à l’ancien chargé de mission à l’Elysée de lui « donner toutes informations pertinentes » sur « d’éventuelles missions personnelles et privées » qu’il aurait « exercées ou poursuivies comme consultant ». Le ton du courrier, consulté par Le Monde, est ferme.
« Nous ne pourrions laisser sans réaction l’existence de relations d’affaires en France ou à l’étranger avec des intérêts privés, tout à fait incompatibles avec vos fonctions (…) et que vous n’avez jamais révélées », précise M. Strzoda. « S’agissant de vos activités personnelles actuelles, nous vous demandons de veiller qu’elles soient conduites dans le strict respect des obligations de secret et des devoirs déontologiques liés à l’exercice de vos fonctions passées au sein du cabinet, poursuit-il. Bien entendu, nous vous interdisons de vous prévaloir d’une quelconque recommandation ou appui tacite de la présidence ».
A N’Djamena, l’entourage d’Emmanuel Macron avait fait savoir que l’Elysée allait se pencher en interne sur les activités de M. Benalla, pour vérifier qu’il n’avait jamais profité de son titre. « Pour information », M. Strzoda a aussi transmis une copie de la lettre au nouveau procureur de la République de Paris, Rémy Heitz ; charge à lui de voir s’il y a matière à ouvrir une enquête judiciaire.
Reçu par le président tchadien Idriss Déby
Ce même 22 décembre, Emmanuel Macron arrive à N’Djamena où il s’entretient longuement dans un salon de l’aéroport avec son homologue, Idriss Déby. La présidence sait que M. Benalla, démis de ses fonctions à l’Elysée en juillet puis mis en examen pour, notamment, « violences volontaires », « port prohibé et sans droit d’insignes réglementés par l’autorité publique » et « recel d’images issues d’un système de vidéoprotection », s’est rendu au début du mois dans la capitale tchadienne.
Le voyage s’est ébruité. L’ambassade de France est au courant, puis son déplacement est rendu public par la publication spécialisée La lettre du continent le 12 décembre. L’ancien chargé de mission est contraint alors d’avertir lui-même l’Elysée.
A N’Djamena, le jeune homme de 27 ans a été reçu début décembre par le président Idriss Déby lui-même et par son frère, Oumar, qui, comme patron de la direction générale de la réserve stratégique, a la haute main sur les commandes d’équipement militaire du Tchad. Venu de Yaoundé, la capitale du Cameroun, par avion privé, M. Benalla est ensuite reparti vers Istanbul (Turquie). Les nuitées au Hilton, elles, ont été réglées par un discret homme d’affaires franco-israélien, spécialiste de la diplomatie privée en Afrique pour le compte de gouvernements : Philippe Hababou Solomon.
M. Solomon s’est piqué de former Alexandre Benalla. En octobre, avant le séjour au Tchad, tous deux se sont ainsi rendus, sans visas, au Congo-Brazzaville, pays pétrolier d’Afrique centrale dirigé depuis plus de trente ans par un autocrate ami de la France, Denis Sassou Nguesso. Un rendez-vous que M. Benalla refuse de confirmer.
« Aujourd’hui je fais du consulting en Afrique »
Selon nos informations, le jet s’est posé directement à Oyo, le fief du clan présidentiel congolais, un village devenu une petite ville gâtée avec ses routes impeccables, son aéroport démesuré et son hôtel cinq étoiles. Les deux hommes ont logé à la résidence présidentielle réservée aux hôtes de marque et dîné avec le chef d’Etat congolais, ravi de recevoir ce « frère » franc-maçon comme lui, qui, se dit-il, peut être utile pour faire passer des messages à Emmanuel Macron.
« Aujourd’hui je fais du consulting, j’ai fait une dizaine de pays en Afrique », indique au Monde M. Benalla. En Afrique francophone plus précisément. Avant le Tchad, il s’est rendu avec son mentor franco-israélien Philippe Solomon au Cameroun, dirigé par Paul Biya, 85 ans dont trente-six à la tête de l’Etat. A Yaoundé, M. Benalla s’est retrouvé face au chef d’état-major puis dans le bureau du directeur de cabinet de Paul Biya. Ce dernier, tout comme le président Denis Sassou Nguesso, nostalgique d’une politique africaine naguère plus arrangeante, s’est plaint de la froideur des conseillers Afrique d’Emmanuel Macron.
« Depuis son départ, M. Benalla n’a jamais été mandaté ou sollicité pour quels conseils ou missions que ce soit. Les seules personnes habilitées appartiennent au pôle Afrique du cabinet diplomatique du président », répète-t-on du côté de l’Elysée. « Emmanuel Macron a toujours refusé qu’il y ait d’autres interlocuteurs que les acteurs institutionnels pour éviter les travers déjà connus de la République des intermédiaires », expliquait déjà l’Elysée au Monde lors du déplacement à N’Djamena.
Au Cameroun comme au Tchad, Alexandre Benalla s’est mêlé à une délégation composée de quatre Turcs cornaquée par M. Solomon pour le compte d’une société soudanaise de textile, Sur International, ainsi que Barer Holding, une joint-venture entre le Qatar et la Turquie. But du voyage : négocier la vente d’uniformes pour les forces de sécurité camerounaises et tchadiennes et discuter d’investissements au Qatar.
« En apprentissage »
Comment Philippe Hababou Solomon, ancien conseiller spécial de l’ancien président sud-africain Jacob Zuma et qui loue aujourd’hui ses services au ministère des affaires étrangères et à celui de la défense de l’Emirat du Golfe pour leur stratégie africaine, est-il entré en contact avec M. Benalla ?
A 63 ans, cet homme d’affaires décomplexé qui s’enorgueillit d’avoir rétabli des relations diplomatiques tchadiennes avec le Qatar et même Israël, est un vieux routier qui n’a guère besoin d’aide ni de conseils.
« Une connaissance commune m’a contacté après le scandale. Je ne l’ai rencontré qu’en novembre. Je cherche à préparer une coopération privée franco-turque en Afrique. Je l’ai pris en apprentissage non pas parce que c’est Benalla, mais parce qu’il est brillant, explique M. Solomon. Il peut m’être d’une grande aide car il connaît les rouages d’un Etat. »
Depuis qu’il a été contraint de quitter l’Elysée, Alexandre Benalla navigue avec tout ce que Paris compte d’intermédiaires, toujours conviviaux, souvent opportunistes. M. Benalla le sait.
« Il a voulu se servir de moi comme d’autres avant », expliquait-il cet été au Monde qui l’interrogeait sur sa relation avec l’homme d’affaires Vincent Miclet. Il s’est aussi lié avec l’ancien journaliste devenu lobbyiste controversé, Marc Francelet, qui a organisé ses interviews après que Le Monde a révélé, le 18 juillet, les violences qu’il avait commises le 1er mai à Paris muni d’un casque et d’un brassard de police.
Trois rendez-vous avec Alexandre Djouhri
Alexandre Benalla a aussi cotoyé la petite « bande du Royal Monceau », du nom de ce palace parisien où il retrouve le communicant Ramzi Khiroun, conseiller spécial d’Arnaud Lagardère, ou encore Driss Aït Youssef, président de l’Institut Léonard de Vinci, improvisé expert en terrorisme pour certains médias.
Il aime aussi fréquenter le journaliste Charles Villeneuve, intermédiaire et communicant de crise informel qui à son tour a souhaité conseiller Alexandre Benalla. Il lui a présenté Jean-Pierre Elkabbach et lui a également longuement parlé d’un ami de trente ans : Alexandre Djouhri. A 59 ans, malade et sous contrôle judiciaire à Londres, l’intermédiaire attend son audience d’extradition réclamée par la justice française qui souhaite l’entendre pour le rôle qu’elle lui prête dans le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 avec de l’argent libyen.
« Cette rencontre a beaucoup agacé l’Elysée », s’amuse M. Benalla qui confirme trois rendez-vous avec lui après l’avoir dans un premier temps démenti quand Libération a révélé l’information. L’une de ces rencontres s’est tenue en novembre dans le très chic restaurant japonais Zuma à Londres, où vit désormais M. Benalla, avec sa femme et son bébé. « J’ai voulu le voir. Me faire mon avis. Je connais la loi. A ma connaissance son casier est vierge. Sulfureux pas sulfureux, je connais pas. Ce que je connais c’est la loi. Il y a un certain racisme dans notre pays. Que ce soit lui ou moi, on est renvoyé à nos origines, une manière de dire que l’on n’est pas à notre place. » M. Benalla s’est aussi rapproché de Germain Djouhri, le fils d’Alexandre avec qui, autour d’une chicha, il aime échanger sur le monde des affaires où celui-ci évolue aussi, notamment en Russie.
« Je vais continuer ce que je fais, je ne vais pas m’arrêter, indique M. Benalla. Sauf si l’objectif final de ce début d’“affaire” est de me faire rentrer en France, de confisquer mes passeports et de m’interdire de voyager », ajoute, ironique et sûr de lui, le nouvel homme d’affaires, convaincu que certains conseillers à l’Elysée, « archétypes des technos qui ne supportent pas quelqu’un qui n’est pas issu de leur milieu » veulent lui nuire. Son entourage laisse entendre qu’il échange toujours via Telegram avec « EM » comme est enregistré le chef de l’Etat dans son répertoire. Au Monde, il se refuse pourtant à confirmer ou infirmer qu’il est encore en contact avec le président de la République.
Nouvel An sur les Champs... Est-ce raisonnable ?
Show must go on?
— Moctar KANE (@MoctarKane) 26 décembre 2018
La célébration du nouvel an est maintenue ce #31decembre sur les Champs-Elysées malgré les violences survenues lors des manifs des #GiletsJaunes ces dernières semaines.
Bonne ou mauvaise décision?#Paris plans to celebrate #NewYearsEve on Champs-Elysées. pic.twitter.com/rOXFV0IWZ3
Best Of 2018 – ICÔNES – De la Nouvelle Vague aux années 70
Vent de liberté, hymne à l’improvisation, souffle de spontanéité, à la Galerie Joseph qui présente durant tout l’été, la première rétrospective photo des icônes de La Nouvelle Vague aux années 70.
Vandartists a réuni pour cette exposition plus de 100 tirages des deux plus grands photographes de cinéma français, Raymond Cauchetier (né en 1920) et Georges Pierre (1921-2003) qui témoignent de l’esprit créatif des réalisateurs tels que Godard, Melville, Chabrol, Truffaut, Rivette, Sautet, Resnais. Ils sont devenus des personnalités iconiques dans l’histoire du cinéma, de même que de nombreux acteurs dont ils ont fait le succès, parmi lesquels Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Yves Montand, Anna Karina ou Romy Schneider. Les clichés de Georges Pierre, le photographe fétiche de Romy Schneider, décédé en 2003, n’étaient jamais sortis de ses archives et sont pour la plupart inédits.
Philippe Garner est l’auteur de la préface du catalogue.
Nouvelle Vague – nouvel esprit
Une des images les plus emblématiques du cinéma français est celle de Jean Paul Belmondo et Jean Seberg qui descendent l’avenue des Champs Élysées dans le célèbre film de Jean-Luc Godard À bout de souffle, réalisé en 1960. La plupart d’entre nous qui connaît cette image serait surpris, je pense, d’apprendre que ce n’est pas un photogramme du film. Elle a une identité propre – en tant que photographie qui saisit l’esprit du film – et son auteur n’est pas Godard mais Raymond Cauchetier. Ce n’est qu’un exemple d’une réalité méconnue concernant ces clichés qui ont irrémédiablement défini les films qu’ils illustraient.
Les photographies de Raymond Cauchetier et de son contemporain Georges Pierre, célébrées dans ce catalogue et dans l’exposition dont il est le support, met en lumière la relation vitale, dans l’histoire du cinéma, entre la cinématographie en tant que tel et les clichés qui servent à documenter le tournage du film et à sa promotion. Les photographes « de plateau » ou photographes « de cinéma » – comme ils sont généralement appelés – ont été pendant trop longtemps des héros méconnus, leurs prouesses ayant été attribuées injustement aux réalisateurs, qui endossaient à eux seuls le titre d’« auteur » et la gloire associée.
Il est temps de « rendre à César ce qui appartient à César » et d’ouvrir enfin la boite de Pandore – dont le couvercle était jusqu’alors vigoureusement fermé – pour révéler les liens complexes et fascinants entre deux disciplines distinctes mais intimement associées, à savoir la cinématographie et la photographie, et de reconnaitre le talent des photographes comme Cauchetier, Pierre et leurs pairs, à un moment fertile dans l’histoire du cinéma et de la photographie, tout en s’inscrivant dans un contexte artistique et culturel bien plus large.
Vers 1955, le cinéma pouvait se vanter de son demi-siècle de règne sur le divertissement populaire. Depuis ses premières tentatives autour de 1905 – l’année qui accueille la création du premier cinéma permanent à Pittsburg, États-Unis – c’est devenu un phénomène international, dominé par le pouvoir et la portée des grands studios Hollywoodiens. Cette prédominance a été défiée dans les années 1950 par une génération de réalisateurs européens, et surtout par un groupe de réalisateurs français avec à leur tête Jean-Luc Godard et François Truffaut, dont les oeuvres ont rapidement été connues sous l’intitulé « Nouvelle Vague ». Leur rejet des status quo et leurs importantes innovations constituent un pivot fondamental dans l’histoire du cinéma.
Ce qui était essentiel dans l’ambition des « leaders » de la Nouvelle Vague était la détermination à désagréger les artifices et les conventions narratives qui définissaient le cinéma traditionnel. En premier lieu, leurs idées ont pu s’exprimer dans leurs articles critiques publiés dans Les Cahiers du Cinéma, avant de se matérialiser dans la réalité à la fin de la décennie – en réalisant des films qui proposaient un langage cinématographique plus actuel. Les Quatre Cents coups de Truffaut en 1959 et À bout de souffle de Godard illustrent une réalité brute – l’antithèse des rêves et de l’échappatoire de la réalité qui dominaient jusqu’alors l’univers du cinéma. Eux comme d’autres – Claude Chabrol, Jacques Demy, Alain Resnais, et Jacques Rivette – étaient à la poursuite d’un réalisme et d’une spontanéité, mettant en exergue un certain caractère brut et les moments souvent anodins de la vie de tous les jours. Les réalisateurs de la Nouvelle Vague préféraient la lumière naturelle, des lieux de tournage réels plutôt que des studios, un scénario soumis à une plus grande improvisation, et la liberté d’enfreindre les règles de la narration et du montage, en repoussant les limites du champ des possible avec une discontinuité délibérée. Godard disait à juste titre qu’« une histoire devait avoir un début, un milieu et une fin, mais pas nécessairement dans cet ordre. »
Cette façon de repenser la réalisation d’un film a des antécédents dans le cinéma Italien notamment avec le neorealismo, résolu à narrer des histoires de la vie de tous les jours, courant dont Ladri di Biciclette de Vittorio De Sica de 1948 est une référence. Cette révolution cinématographique ne doit pas être vue comme un phénomène isolé. Elle s’inscrit et se comprend dans un contexte de questionnement existentiel d’après-guerre qui s’est traduit et manifesté à travers les arts – dans la littérature et la philosophie, dans le théâtre, et tangiblement dans la peinture et la sculpture. Les auteurs existentialistes privilégiaient la provocation à travers des interrogations plus larges, au lieu de se limiter à des réponses précises ; Samuel Beckett dans En attendant Godot, mis en scène pour la première fois à Paris en 1953, rejette les conventions d’une intrigue linéaire; pendant ce temps Jean Dubuffet invente le terme d’« Art brut » pour qualifier une nouvelle forme d’art qui enfreignaient délibérément les codes académiques ; l’étiquette « Nouveaux Réalistes » a été attribuée à un groupe d’artistes pour qualifier l’appropriation des couches d’affiches publicitaires – y compris des affiches de cinéma – la plupart aux couleurs criardes, dépecées des murs de la rue puis encadrées.
Il était presque inévitable que cet esprit anarchique invasif affecte également le domaine de la photographie, la soeur ainée statique de l’art cinétique du film. Henri Cartier-Bresson a publié son manifeste : Images à la sauvette – terme se référant au commerce de rue illicite – en 1952. Cela a valorisé une approche de la photographie qui mettait l’accent sur l’authenticité de l’instant, sur une part de vie qui devient une réalité picturale, avec une spontanéité et une vitalité qui priment sur les critères techniques et formels traditionnels. Il est révélateur que l’ouvrage exceptionnel de photographies Les Américains de Robert Frank ait été publié pour la première fois par Robert Delpire en 1958 dans une France plus réceptive que le pays dont il traitait. Cette nouvelle photographie reflétait non seulement un nouvel état d’esprit capable de plus de flexibilité grâce à des boîtiers plus petits et plus légers, des objectifs plus rapides, des pellicules plus sensibles, mais surtout l’ambition première de capturer le réel, la vérité.
Les principaux réalisateurs de la Nouvelle Vague sont devenus des personnalités iconiques dans l’histoire du cinéma, de même que de nombreux acteurs dont ils ont fait le succès. Le temps est venu de reconnaître le rôle crucial des photographes de cinéma. Ils ont été pétris dans le même moule social et culturel que les réalisateurs qui les ont sollicités ; ils ont partagé les mêmes ambitions et ont travaillé avec une stratégie semblable dans le but de produire des photographies – elles aussi également iconiques – pour lesquelles ils méritent une reconnaissance tardive parfaite et absolue.
Exposition Martine Franck à la Fondation HCB
Découvrez l'exposition inaugurale de la Fondation Henri Cartier-Bresson consacrée à Martine Franck jusqu'au 10 février 2019 à Paris
Pour l’inauguration de ses nouveaux espaces, la Fondation HCB a souhaité rendre hommage à Martine Franck, en lui consacrant une rétrospective. Martine Franck revendiquait l’émerveillement et la célébration de la vie, une joie profonde devant l’humanité tout en luttant contre l’exclusion avec toute l’empathie qu’elle savait déployer. Photographe engagée, Martine Franck devint militante pour nombre de ces causes qu’elle photographia activement, une sérieuse audace pour la jeune femme à qui l’on avait appris à ne pas franchir les limites.
Née à Anvers en 1938, Martine Franck grandit en Angleterre et aux États-Unis au sein d’une famille de collectionneurs. Polyglotte, étudiante en histoire des arts, férue de sculpture, c’est lors d’un long voyage en Orient en 1963 qu’elle découvre la photographie. À son retour à Paris, elle travaille pour Time-Life et devient l’assistante de Gjon Mili et Eliot Elisofon avant de devenir photographe indépendante. Collaborant pour les grands magazines américains, ses reportages, ses portraits d’artistes et d’écrivains sont publiés dans Life, Fortune, Sports Illustrated, le New-York Times et Vogue. Renonçant vite à la photographie de mode, elle vit dès ses débuts l’aventure de la troupe du Théâtre du Soleil avec son amie Ariane Mnouchkine et participe à la création des agences Vu, puis Viva. En 1970, elle épouse Henri Cartier-Bresson, artiste accompli, qui va l’encourager dans sa propre voie. Elle rejoindra plus tard, la coopérative Magnum, qui diffuse toujours son travail aujourd’hui.
À l’accomplissement d’une vie de photographe s’ajoute un point d’orgue, la création de la Fondation Henri Cartier-Bresson en 2003. Très consciente du lourd héritage qui serait laissé à la famille si rien n’était fait, Martine Franck a mis en œuvre avec brio la constitution d’une Fondation reconnue d’utilité publique destinée à abriter et diffuser conjointement l’œuvre de son époux et la sienne. Elle explique que c’est enfin le moment où elle s’est sentie fière des moyens que lui avait légués sa famille. Cette fondation, conçue avec Henri Cartier- Bresson et leur fille Mélanie, représentait pour elle un pas ultime vers la liberté : liberté de créer, de préserver et de rassembler. Elle avait enfin franchi la ligne, et opéré en douceur cette transgression qui poursuivait la tradition familiale du partage de l’art.
Le travail sur l’exposition et l’ouvrage qui l’accompagne a été entrepris très en amont en 2011 par Agnès Sire avec Martine Franck, alors qu’elle se savait malade. La photographe avait souhaité confier la direction de l’ouvrage et le commissariat de l’exposition à celle avec qui elle dirigeait cette Fondation depuis longtemps. Le choix des photographies, du parcours plutôt chronologique et ponctué de textes, de l’entretien avec son amie, l’écrivaine Dominique Eddé étaient les principes acquis de ce vaste projet. On y retrouvera le fil de son engagement au travers des séries de portraits, de paysages presque abstraits, qui ne manqueront pas de surprendre, et d’une sorte de chronique à distance de la vie politique. Composée d’épreuves photographiques, de livres, documents issus du fonds de la Fondation, l’exposition est organisée en collaboration avec le musée de l’Élysée à Lausanne et le FotoMuseum à Anvers qui présenteront l’exposition en 2019.







































