Les « gilets jaunes » ternissent l’image de Macron sur la scène internationale
Par Jean-Baptiste Chastand, Jérôme Gautheret, Rome, correspondant, Marie Jégo, Istanbul, correspondante, Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante, Anne-Françoise Hivert, Malmö (Suède), correspondante régionale, Thomas Wieder, Berlin, correspondant, Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen, Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles, bureau européen, Gilles Paris, Washington, correspondant - Le Monde
Le mouvement de contestation en France fait réagir les dirigeants du monde entier, de Washington à Rome en passant par Moscou, Berlin ou Ankara.
Il ne pouvait que se réjouir de voir son ennemi déclaré en difficulté. Depuis l’Italie, Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur d’extrême droite en guerre ouverte contre Emmanuel Macron, n’a rien manqué du mouvement des « gilets jaunes » et de la contestation inédite qu’il exprime. « Macron n’est plus mon adversaire. Il n’est plus un problème pour moi. Il est un problème pour les Français », a tranché, mercredi 5 décembre, le Lombard. Comme si son rival avait déjà abandonné la partie dans le conflit entre « nationalistes » et « progressistes » alimenté par les deux leaders depuis cet été. Face à un chef de la Ligue à l’insolente popularité, Emmanuel Macron semble désormais bien fragile.
Jusqu’ici, le président français pouvait jouer sur son image de leader jeune, convaincu, dynamique, qui lui assurait une popularité réelle sur la scène internationale. En témoignent les bains de foule réguliers lors de ses déplacements variés en Europe. Pour ses adversaires, la contestation des « gilets jaunes » marque la fin de cet état de grâce international.
Donald Trump n’a ainsi pas laissé passer l’occasion de régler ses comptes, alors que de nombreux dossiers, à commencer par l’environnement, opposent désormais les deux hommes. Le président des Etats-Unis a posté un message sur Twitter, mardi, après l’annonce d’un moratoire sur les taxes relatives aux carburants : « Je suis content de voir que mon ami @EmmanuelMacron et ceux qui protestent acceptent la conclusion à laquelle je suis parvenu depuis deux ans : l’accord de Paris est fondamentalement mauvais, car il provoque une hausse des prix de l’énergie pour les pays sérieux, tout en donnant un blanc-seing à certains des pires pollueurs. »
Il a ajouté que « les contribuables américains n’ont pas à payer pour nettoyer la pollution d’autres pays », alors que le sien est de loin le plus grand émetteur de gaz à effet de serre par habitant du monde, selon le rapport du Global Carbon Project publié mercredi.
Message mensonger
Incarné par une France périphérique, plutôt blanche, souvent victime de la mondialisation et qui n’hésite pas à s’en prendre à l’immigration, le mouvement des « gilets jaunes » correspond en de nombreux points à l’électorat de M. Trump, et plus largement à la vague populiste qui connaît actuellement une nouvelle vigueur un peu partout sur la planète.
Lou Dobbs, commentateur de la chaîne conservatrice Fox Business et proche du président des Etats-Unis, a estimé sur son compte Twitter que « le peuple français abhorre la politique mondialiste anti-Trump de Macron ». Le locataire de la MIaison Blanche a lui-même partagé le message mensonger d’un autre conservateur, lundi, qui assurait que les rues de Paris retentissaient du slogan « Nous voulons Trump ! »
De ce côté-ci de l’Atlantique, le chancelier conservateur autrichien, Sebastian Kurz, allié à l’extrême droite, a érigé la France en contre-exemple. « On peut dire que l’Autriche est une île de bienheureux », s’est-il exclamé pour vanter le calme et la stabilité régnant dans son pays. De fait, le calme règne en Italie ou en Hongrie, où les dirigeants de droite radicale que M. Macron prend régulièrement pour cible gouvernent, eux, avec des sondages nettement plus favorables…
« NOUS APPELONS LES AUTORITÉS PARISIENNES À S’ABSTENIR DE TOUT RECOURS EXCESSIF À LA FORCE, CONFORMÉMENT AUX PRINCIPES GÉNÉRALEMENT ADMIS DE L’HUMANISME », A DÉCLARÉ MARIA ZAKHAROVA, PORTE-PAROLE DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES RUSSE
Dans les pays plus autoritaires, l’agitation française est utilisée sans vergogne pour justifier leur propre pratique. Le ministère turc des affaires étrangères a appelé la France à la « retenue », dénonçant « l’usage disproportionné de la force » contre les manifestants. Même tonalité à Moscou, où ce n’est pas sans une certaine jubilation que Maria Zakharova, porte-parole du ministère des affaires étrangères, a déclaré, jeudi : « Nous appelons les autorités parisiennes à s’abstenir de tout recours excessif à la force, conformément aux principes généralement admis de l’humanisme. »
A Moscou, les médias proches du pouvoir avaient, dès dimanche, repris les mêmes éléments de langage : les « gilets jaunes » sont « une révolution de couleur » fomentée par les Etats-Unis, parce que M. Macron a plaidé pour la création d’une armée européenne. Pour le journal pro-gouvernemental Rossiskaïa Gazeta, pas de doute, « l’affaiblissement de Macron, et avec un peu de chance, sa démission, est dans l’intérêt de Trump ».
Face à ces cris de joie, les dirigeants plus proches d’Emmanuel Macron se font discrets. Surtout ceux qui, en Europe, avaient célébré l’élection d’un dirigeant français réformiste. En Allemagne, le mouvement des « gilets jaunes », s’il est salué par l’extrême droite, trouble les responsables politiques de gauche, de droite ou les écologistes, qui aimaient Macron l’Européen, mais découvrent un autre Macron, plus autoritaire et pas assez attentif à la justice sociale.
« Ce mouvement met en lumière la faiblesse de départ du macronisme, qui n’a sans doute pas assez accordé d’importance à la justice sociale », estime la députée verte Franziska Brantner, ancienne vice-présidente du groupe d’amitié Allemagne-France au Bundestag. Comme d’autres élus, elle s’inquiète des conséquences qu’aura le mouvement sur le quinquennat de M. Macron, qui a nourri de vifs espoirs outre-Rhin. Le président français y avait été accueilli, en 2017, comme un « enfant prodige » de la politique, celui qui avait sauvé son pays du populisme et qui allait enfin engager les réformes différées par ses prédécesseurs.
« Le Parlement de la rue »
« La Grande-Bretagne va quitter l’Union européenne [UE], l’Italie est dirigée par les populistes, Merkel est chaque jour plus affaiblie… Macron était jusque-là le seul leader vraiment pro-européen. Son affaiblissement, s’il est durable, serait terrible pour l’Europe », redoute encore Mme Brantner. En Allemagne, beaucoup craignent aussi les conséquences de la crise actuelle sur la démocratie en France : « Quelle peut être l’alternative dans un pays où les partis de gouvernement n’existent quasiment plus et où l’opposition n’est plus incarnée que par les extrêmes ? », s’inquiète ainsi le démocrate-chrétien (CDU) Norbert Röttgen, président de la commission des affaires étrangères du Bundestag.
En Scandinavie aussi, l’élection d’Emmanuel Macron avait suscité un élan d’espoir : ce dernier citait souvent le modèle nordique en exemple ! Aujourd’hui, la presse scandinave estime que, décidément, « le Parlement de la rue » finit toujours par l’emporter en France. Et si les dirigeants de ces pays se gardent de commenter le mouvement des « gilets jaunes », les médias y fustigent l’« arrogance » de M. Macron et sa gouvernance jupitérienne.
A Bruxelles, la perte de crédit du président français inquiète. Certes, le volontarisme macronien s’était déjà heurté à la complexe machine européenne et aux réticences allemandes notamment. Mais, alors que pointe le risque de nouveaux dérapages budgétaires français, le message de l’Elysée risque de passer encore moins bien. Pourquoi avancer dans la réflexion vers une eurozone plus intégrée, plus solidaire, si la deuxième économie de l’union monétaire menace à nouveau de s’affranchir des règles du pacte de stabilité et de croissance ? Alors que, déjà, l’Italie fait des siennes ?
A Bruxelles, la capacité d’influence d’un dirigeant est toujours liée à sa légitimité au niveau national et au nombre d’eurodéputés que son parti peut envoyer au Parlement de Strasbourg. Or les sondages sont de plus en plus mauvais pour le scrutin de mai 2019. Le groupe des libéraux et démocrates (ALDE), qui espérait bousculer les équilibres grâce à l’arrivée d’un grand nombre d’eurodéputés La République en marche, voit ainsi la concrétisation de cet objectif s’éloigner.
Ambitions de plus en plus irréalistes
« Si les “gilets jaunes” s’organisaient politiquement, c’est sans doute les extrêmes qui seraient affaiblis, pas les partis constitués plus modérés », veut toutefois croire l’eurodéputé français ALDE, Dominique Riquet. L’absence d’alternative politique pourrait même entraîner, estime-t-il, un ralliement de l’opinion à un vote « institutionnel », en faveur de ceux qui dirigent et peuvent ramener le calme.
Mais les ambitions de M. Macron, qui rêvait de dynamiter le Parti populaire européen (PPE), la grande famille des droites européennes, et espérait avoir un poids décisif dans le choix du/de la futur(e) président(e) de la Commission, paraissent de plus en plus irréalistes. Ses alliés principaux, les premiers ministres libéraux du Benelux, Charles Michel en Belgique, Mark Rutte aux Pays-Bas et Xavier Bettel au Luxembourg, sont inquiets.
Le chef du gouvernement belge est même confronté à une mobilisation locale de « gilets jaunes », qui n’a pas l’ampleur de celle qui agite l’Hexagone mais qui s’en inspire directement.
Il est, par ailleurs, empêtré dans une querelle avec les nationalistes flamands de la NVA, son partenaire de coalition, sur le pacte migratoire de l’ONU, également dénoncé par plusieurs « gilets jaunes ». Or les encouragements de M. Macron, qui se réjouissait du ralliement belge à ce texte lors de sa visite officielle, fin novembre, à Bruxelles, ont eu le don d’énerver le parti néerlandophone, résolument hostile au texte onusien, à tel point que la coalition gouvernementale tangue sérieusement. Comme si l’enfant prodige français, auprès de qui tous les leaders de la planète voulaient s’afficher, portait désormais la poisse.
Calendrier Pirelli
Le danseur ukrainien Sergei Polunin, le président de Pirelli Marco Tronchetti Provera, l'actrice française Laetitia Casta, le photographe écossais Albert Watson, l'actrice américaine Julia Garner, le top model danois Astrid Eika et le danseur américain Calvin Royal III à la présentation du calendrier Pirelli 2019, à Milan le 5 décembre 2018. - Miguel Medina – AFP
La belle Laetitia Casta (ci-dessus)
Au théâtre ce soir...
RADIEUSE VERMINE
Jusqu’où iriez-vous pour avoir la maison de vos rêves?
Fleur et Olive attendent un enfant et aspirent à une vie meilleure. Dans le cadre d’un programme d'urbanisme, ils se voient offrir une maison de rêve…à rénover du sol au plafond.
Malgré l’absurdité de cette proposition, ils l’acceptent sans grande réticence pour le bonheur de leur futur enfant, mais dans ce pacte une mécanique loufoque et macabre se met en place.
Enjouée et provocante, Radieuse Vermine est une comédie noire et hilarante qui nous interroge sur notre soif de réussite matérielle et sur ce que nous sommes prêts à faire pour l’assouvir.
Écrite par Philip Ridley, auteur maintes fois récompensé en Angleterre, La création de Radiant Vermin a eu lieu au Brewery Theatre de Bristol en 2015. Jouée à Londres puis à New‐York en 2016, traduite pour le Théâtre du Chêne Noir au festival OFF d’Avignon, cette pièce britannique est présente pour la première fois à Paris.
Enfin une pièce qui fait rire, qui fait peur et qui fait réfléchir !
Avec Joséphine BERRY, Louis BERNARD, Floriane ANDERSEN
Texte de: Philip RIDLEY
Version française: Louis BERNARD
Mise en scène: David MERCATALI
Décors: Shawn SOH
Lumières: Flore VIALET
Costumes: Louise MARCHAND-PARIS
Assistante à la mise en scène: Flore VIALET
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« Fantastique, déjanté et très drôle » L’HUMANITÉ
« Purement et simplement excellent » MONSIEUR N
« Une fable intelligente, marrante et provocante » FINANCIAL TIMES
« Une satire sociale gaie et déjantée » THE TIMES
« Un bijou d’humour noir » LE BRUIT DU OFF
« Après un beau succès à Londres et à New York, ce conte aux accents orwelliens promet bien des rires et des cogitations » LA TERRASSE
La pièce « RADIANT VERMIN » de Philip RIDLEY est représentée dans les pays de langue française par l'agence DRAMA - Suzanne SARQUIER (www.dramaparis.com) en accord avec Knight Hall Agency Ltd., à Londres.
Synthèse : « Gilets jaunes » : ce que l’on sait sur la journée de mobilisation de samedi à Paris
« Moyens exceptionnels », musées, boutiques et métros fermés, le point sur la journée du samedi 8 décembre dans la capitale.
A la veille d’une nouvelle journée de mobilisation des « gilets jaunes », samedi 8 décembre, les pouvoirs publics ont multiplié les mesures exceptionnelles afin de faire face aux risques de violences. A Paris, une multitude de sites ont été fermés, des rassemblements susceptibles selon les autorités de comporter une proportion importante d’éléments radicaux étant attendus dans plusieurs points de la capitale.
« Moyens exceptionnels » pour maintenir l’ordre
Les mesures prises par les autorités sont qualifiées d’exceptionnelles. Samedi, 89 000 personnels des forces de l’ordre vont être déployés dans toute la France, dont 8 000 à Paris, ainsi que douze blindés de la gendarmerie.
Des arrêtés préfectoraux ont été pris dans plusieurs départements visant à éviter la fabrication d’engins incendiaires artisanaux. Ils portent sur l’interdiction de la vente et le transport de carburant, d’engins pyrotechniques et de produits inflammables ou chimiques.
Le ministère de l’intérieur anticipe un niveau de violence « au moins égal » au 1er décembre, particulièrement à Paris. Les autorités, qui disent redouter, en plus des dégradations matérielles et des violences, que des personnes trouvent la mort, multiplient les appels au calme. Les services de renseignement ont détecté la mobilisation accrue de groupes d’extrême gauche et d’extrême droite. Les réseaux sociaux abondent par ailleurs d’appels à la violence physique. Les menaces de mort à l’encontre de responsables politiques de la majorité se sont multipliées.
Plusieurs lieux de rassemblement
Si les manifestations du 24 novembre et du 1er décembre se sont concentrées autour de la place de l’Etoile et dans l’Ouest parisien, plusieurs autres lieux de rassemblement potentiels ont été fixés dans la capitale pour samedi.
Les abords de la place Vendôme, de la place de l’Opéra et de la place de la Madeleine, de l’église Saint-Augustin et du Trocadéro sont à nouveau concernés alors qu’une vingtaine de rues et d’avenues ont été interdites à tout rassemblement dans les 7e et 8e arrondissements. La gare Saint-Lazare a été choisie comme lieu de rassemblement par des groupes marqués à gauche, qui entendent se diriger ensuite vers les Champs-Elysées.
La présence de manifestants est aussi redoutée à proximité des sièges des principales institutions du pays. Le président (Les Républicains) du Sénat, Gérard Larcher, a demandé à ce que les sénateurs ne siègent pas samedi. Les rassemblements ont été interdits aux abords de l’hôtel de Matignon ainsi qu’autour de l’Assemblée nationale et de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, où se trouve l’Elysée.
De nouveaux lieux de rassemblement ont été désignés pour la première fois dans l’est et le sud de la capitale. Les commerçants barricadent leurs boutiques autour de la place Denfert-Rochereau et de la place de la Bastille. Des attroupements sont attendus autour de la gare Montparnasse et place d’Italie sur la rive gauche.
Dénonçant la « stratégie du chaos » du gouvernement, un des représentants des « gilets jaunes libres », Benjamin Cauchy, a appelé à ne pas aller manifester à Paris, estimant que ce rendez-vous était « un traquenard ». Eric Drouet, visé par une enquête après avoir appelé à entrer dans l’Elysée, a également appelé à laisser « Paris aux casseurs » et à aller manifester « sur le périphérique » parisien à la place.
La marche pour le climat, prévue de longue date, est maintenue malgré les demandes de report des autorités. Elle partira de la place de la Nation pour se terminer place de la République.
Musées, magasins et métros fermés
La majorité des principaux lieux culturels parisiens, dont de nombreux musées publics et privés, ainsi que tous les sites patrimoniaux administrés par la ville de Paris seront fermés. Les principaux monuments historiques seront également fermés aux visiteurs et les grandes scènes parisiennes ont annulé leurs représentations.
Dans le secteur des Champs-Elysées et du palais présidentiel, les commerçants ont été mis en demeure par la préfecture de police de Paris de « fermer les portes et accès » le jour de la manifestation. Des grands magasins seront également fermés ainsi que certains marchés.
La circulation des véhicules sera restreinte et plusieurs stations de métro ne seront pas accessibles. Au total, trente-six stations de métro et de RER du centre de Paris seront par ailleurs fermées à partir de 5 h 30 du matin samedi par la RATP à la demande de la préfecture de police de Paris, tandis que 2 000 éléments de mobilier urbain ont été démontés.
Ailleurs en France, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a annoncé une série de fermetures de sites culturels et commerciaux. La Fête des lumières à Lyon est en revanche maintenue.
« Vigilance renforcée » dans les hôpitaux de Paris
Les hôpitaux parisiens ont mis en place pour la journée de samedi un « dispositif de vigilance renforcé », a annoncé, vendredi, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
L’organisme, qui compte trente-neuf hôpitaux, entend anticiper d’« éventuels débordements de manifestations » lors de la mobilisation des « gilets jaunes ». Elle a prévu des « renforts médicaux et non médicaux » dans « les principaux sites d’urgences », et des « capacités hospitalières supplémentaires » en cas de « surcroît d’activité lié à la situation ».
L’AP-HP a précisé que « les équipes chargées de la régulation médicale du SAMU de Paris AP-HP ont été renforcées et pourront être déployées sur les points de regroupement des victimes qu’il serait nécessaire de constituer ». Près de 162 blessés ont été pris en charge par les hôpitaux parisiens en fin de semaine dernière.
Appels à la « responsabilité des médias et du public »
L’exécutif et désormais une partie de l’opposition multiplient les appels au calme. Vendredi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et le ministre de la culture, Franck Riester, en ont appelé à la « responsabilité ».
S’adressant au public, le CSA a demandé également « à chacun » d’être « attentif au respect du travail des journalistes et des équipes de reportage ». Il recommande aussi « de ne pas diffuser d’informations susceptibles de mettre en danger les forces de sécurité et la paix civile », et « met en garde contre toute diffusion complaisante, déséquilibrée ou insuffisamment vérifiée d’images et de commentaires qui attiseraient les antagonismes et les oppositions ».
M. Riester a rappelé pour sa part « à l’ensemble des médias et des plates-formes de diffusion d’informations » leur « responsabilité particulière, à l’heure où les fausses informations sont légion et peuvent contribuer à accroître les tensions ». « L’ensemble de la profession a un devoir de vigilance et doit faire prévaloir la vérification des faits », écrit-il dans un communiqué.
Des « gilets jaunes libres » reçus par le premier ministre
Dans la soirée de vendredi, le chef du gouvernement Edouard Philippe a reçu six « gilets jaunes », qu’une partie du mouvement considère comme illégitimes. Ces derniers ont renouvelé leur appel au président de la République, Emmanuel Macron, à prendre en compte leurs revendications. Ce dernier doit s’exprimer en début de la semaine prochaine.
ACTE 4 - Gilets Jaunes
Quand l’avenue des Champs-Elysées se barricade à quelques heures de la nouvelle mobilisation des #GiletsJaunes à Paris. pic.twitter.com/IZQwM2TUUo
— Remy Buisine (@RemyBuisine) 7 décembre 2018
A Paris, à la veille de l’acte 4 des #Giletsjaunes, des magasins protègent leurs devantures pour éviter de les voir détruites
— Sputnik France (@sputnik_fr) 7 décembre 2018
Lire aussi: https://t.co/orjr3PcZPh pic.twitter.com/eVTtZNuo0O
La une de Libération
A la une de Libération ce week-end : Alerte jaunehttps://t.co/vFB9HNhubh pic.twitter.com/zP5T3WHR7C
— Libération (@libe) 7 décembre 2018
La lettre politique de Laurent Joffrin - Démocratisme contre démocratie
Il arrive un moment où l’excès de démocratie tue la démocratie. On l’a dit plusieurs fois : les revendications sociales des gilets jaunes sont légitimes et méritent une négociation nationale sur les bas revenus, les petites retraites, la fiscalité, etc. En revanche la méthode soi-disant démocratique dont ils usent confine à la farce surréaliste.
Pris plus ou moins au hasard, leurs représentants écument les plateaux télévisés. Souvent leur parole est juste et raisonnable. Mais souvent aussi on découvre que ces représentants qui ne veulent représenter personne représentent en fait tout autre chose que le mouvement initial. L’un des porte-parole autodésignés est en fait un militant éprouvé de La France insoumise. L’autre est un activiste d’extrême droite bruni sous le harnais. Le troisième est un farceur qui pousse une association que personne ne connaît. L’autre encore est un fonctionnaire territorial plutôt bien payé qui n’a pas de mission et touche son salaire sans rien faire, autrement dit un oisif prospère pour représenter les travailleurs pauvres. N’importe qui venu de n’importe où pour dire n’importe quoi.
Le résultat de ce refus de toute délégation s’étale sous nos yeux : des manifestations négociées avec personne qui s’éparpillent, se rétractent en nombre et augmentent en violence (même en 1968, les leaders étudiants négociaient les itinéraires de manifestation avec le préfet Grimaud et les syndicats réussissaient à encadrer la grève générale) ; un gouvernement qui prend le chemin de la discussion mais qui ne trouve pas d’interlocuteur et finit par lâcher des concessions sans que personne n’en fasse le compte ni même ne réponde pour demander plus ou autre chose. Les syndicats, qui ne sont pas moins représentatifs de la société que les gilets jaunes, proposent une négociation globale, mais celle-ci tournera à vide si aucun délégué du mouvement n’y participe. Ses résultats, même s’ils sont appréciables, apparaîtront comme des faveurs tombées d’en haut.
Tout cela a une origine : le refus maladif de toute politique, au sens le plus large du terme, c’est-à-dire, comme le mot l’indique, le refus de toute discussion sensée sur l’avenir de la cité. Le gouvernement, qui a déclenché ce mouvement vindicatif à force de maladresse verbale et de réformes trop favorables à la classe dirigeante, porte une lourde responsabilité. Mais le démocratisme confus qui sert de doctrine au mouvement en porte une également. Sauf à se réunir sur une agora géante qui devrait contenir des millions de personnes, la démocratie d’aujourd’hui suppose la représentation. Rien n’empêche de l’organiser, grâce à la ductilité des réseaux sociaux. Certains gilets jaunes l’ont proposé mais on ne voit rien venir. Arrivera un moment où l'opinion, lasse de la cacophonie, exigera un pouvoir fort et un leader autoritaire. Voilà une aporie dangereuse, sur laquelle les thuriféraires de la démocratie directe devraient réfléc hir.
LAURENT JOFFRIN


























