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Jours tranquilles à Paris

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23 septembre 2018

Laetitia Casta et Lily Rose Melody Depp

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Laëtitia Casta ❤️ Festival du film San Sebastian pour le film de Louis Garrel L'homme fidèle. Merci @azzedinealaiaofficial

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23 septembre 2018

AQUARIUS

A bord de l’« Aquarius », un accrochage sévère avec les gardes-côtes libyens

Par Julia Pascual

Le navire a passé la nuit à sauver 47 personnes, dont 17 mineurs, au large de la Libye, et ne sait toujours pas où il pourra débarquer.

La sensation que les choses auraient pu dégénérer. Et qu’en tout cas, elles ont été là où l’absurdité de la situation devait inexorablement les mener : un face-à-face en pleine mer entre un bateau humanitaire et des gardes-côtes libyens et, au milieu de ce duel, près de cinquante enfants, femmes et hommes, en majorité des Libyens, surpris en pleine nuit dans leur tentative de fuir un pays pour gagner l’Europe à bord d’un petit bateau de bois. Pendant plusieurs heures, avant le lever du jour, dimanche 23 septembre, on s’est disputé des rescapés en Méditerranée centrale.

Vers 1 heure du matin, l’Aquarius, navire affrété par les organisations non gouvernementales SOS-Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), et seul bateau humanitaire qui patrouille au large de la Libye, est informé de la présence en mer d’un bateau qui commence à prendre l’eau, avec à son bord plusieurs dizaines de personnes. Le signalement provient de l’association Alarm Phone, qui propose une assistance téléphonique pour les personnes en situation de détresse en mer. L’Aquarius prévient les autorités maritimes libyennes, compétentes sur la zone pour coordonner les opérations de sauvetage, et entreprend de se rapprocher de la localisation de l’embarcation signalée.

Dehors, il fait nuit. La lune est presque pleine. Il est près de 3 heures du matin et les sauveteurs de SOS-Méditerranée cherchent à la jumelle une trace du bateau. Ils sont rejoints dans cette entreprise par une vedette des garde-côtes libyens, qu’on devine au loin grâce à un point rouge et vert clignotant. « Si vous apercevez les migrants, dites-le nous », demandent les Libyens par radio. Vers 5 heures, l’Aquarius aperçoit une trace sur son radar et, peu de temps après, arrive à détailler la silhouette d’une embarcation. Deux canots pneumatiques semi-rigides sont mis à l’eau et les Libyens sont prévenus qu’ils partent en reconnaissance.

Danger imminent

« Si on nous demande de rester éloignés d’une embarcation en détresse ou de retarder une opération alors que nous avons des raisons de croire qu’un danger est imminent (…) nous porterons secours à ces personnes sans délai », avaient prévenu SOS-Méditerranée et MSF dans un communiqué cet été. Plus de 1 700 personnes sont déjà mortes en Méditerranée depuis le début de l’année.

Voyant que le bateau est surchargé et constatant la présence de nombreux enfants à bord, les humanitaires distribuent des gilets de sauvetage et commencent à transférer des personnes sur leurs canots pneumatiques. Les garde-côtes libyens sont furieux.

« QUITTEZ LA ZONE, NOUS NOUS RAPPROCHONS DE VOUS ! »

Les ingrédients du conflit sont jetés sur l’eau comme le sel sur une plaie ouverte. D’un côté, des humanitaires qui considèrent qu’il est de leur devoir de sécuriser au plus vite des personnes en détresse. De l’autre, des gardes-côtes à qui l’on demande de freiner les départs de migrants, à grand renfort de deniers européens. Depuis des mois, la montée en puissance des gardes-côtes libyens prépare ce goulot d’étranglement parfait. Alors que l’Europe se déchire sur l’accueil des migrants et que l’Italie a décidé de fermer ses ports, ils sont devenus les premiers acteurs en nombre d’interceptions de migrants en Méditerranée centrale.

La reconnaissance par l’Organisation maritime internationale, en juin, de leur compétence en matière de coordination des secours dans les eaux internationales au large de la Libye, en fait des interlocuteurs désormais incontournables pour quiconque voudrait agir ici. Alors même que le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) des Nations unies considère que le pays n’est pas un lieu sûr pour débarquer des personnes secourues en raison des « graves maltraitances » qu’elles y risquent. En outre, depuis plusieurs semaines, la capitale, Tripoli, est en proie à des affrontements armés entre milices et groupes armés, qui ont déjà fait plus de cent morts. Dimanche, ce sont majoritairement des Libyens fuyant leur pays qui se trouvaient à bord du petit bateau de bois.

Accrochage avec les gardes-côtes libyens

« Quittez la zone, nous nous rapprochons de vous ! », hurlent dans la radio les garde-côtes libyens. « Nous avons commencé à transférer sur nos canots de sauvetage des femmes et des enfants », répond l’Aquarius. Il est aux alentours de 6 heures du matin et la tension monte d’un cran sur la passerelle du bateau. Le capitaine, un grand Russe extirpé de son sommeil, commence à montrer des signes d’inquiétude. Il fait les cent pas et souffle bruyamment, dans la pièce exiguë où se sont réunies une poignée de personnes. Il demande aux humanitaires de ne pas évacuer les personnes secourues et gèle la situation tant qu’elle n’est pas « clarifiée ». Sur le canal radio, les échanges sont confus pendant encore un long moment.

« Vous connaissez Tripoli ? Vous voulez venir faire une petite visite à Tripoli ? », lance, sur un ton mi-ironique, mi-menaçant, un homme, à l’attention de l’Aquarius. « Peut-on évacuer les femmes et les enfants sur l’Aquarius ? », s’entête à demander poliment le responsable des opérations de sauvetage de SOS-Méditerranée, Nick Romaniuk. « Vous ne respectez pas nos instructions ! Nous vous avons dit de ne pas intervenir. Et de ne pas vous approcher. Vous allez avoir des gros problèmes. Vous encouragez les migrants à aller en Europe, répètent, sur la radio, les gardes-côtes. On ne veut plus coopérer avec vous parce que vous nous désobéissez. Maintenant, nous allons nous approcher et vous dire quoi faire. »

Il fait jour à présent. La navette des garde-côtes s’approche des deux canots de sauvetage de l’Aquarius et du bateau de bois sur lequel des dizaines de personnes attendent encore de connaître leur sort. « On vous laisse la situation, annoncent finalement les Libyens. Vous avez perturbé et interrompu nos opérations. Vous quitterez la zone immédiatement après. »

Dernière opération de l’« Aquarius » ?

Les 47 personnes – dont 17 mineurs et autant de femmes – peuvent être évacuées à bord du navire humanitaire. Leurs visages sont pâles mais soulagés. Il est 8 heures et l’Aquarius met cap vers le nord, s’éloignant à grande vitesse de la Libye.

Le navire a « gagné » la partie, mais cette victoire annonce sûrement une défaite plus grande. « Tu as de la chance, tu as assisté à la dernière opération de ce navire », nous a fait remarquer, mi-amer mi-ironique, un membre de l’équipage. Dimanche, la cohabitation précaire qui existait entre les humanitaires et les autorités libyennes a volé en éclats. Déjà, la veille, l’Aquarius avait appris qu’il allait perdre pour la deuxième fois en un mois son pavillon. Après Gibraltar, le Panama, sous la pression de l’Italie, a décidé de révoquer son immatriculation, après que le bateau a porté secours jeudi à onze hommes en mer, et refusé de les remettre à la Libye.

Désormais, il vogue avec 58 migrants à bord, sans destination. A ce stade, aucun port européen n’a manifesté son souhait de l’accueillir. En ce dimanche, la Méditerranée centrale avait des airs de Far West triste, peuplé d’indésirables.

23 septembre 2018

Emily Ratajkowski

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23 septembre 2018

Save the date - sur ARTE le 29 septembre : "Sauvages, au cœur des zoos humains"

22 septembre 2018

Techno Parade = 20 ans

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22 septembre 2018

Chrislen - Peintre

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J'entre en 1988 à la faculté d'Art plastiques Saint-Charles à Paris et j'apprends à connaître un mouvement pictural qui privilégie l'intensité de l'expression : le mouvement « expressionniste ».

Les peintres Egon Schiele et Lucian Freud s’invitent dans ma vie et y deviennent une source d'inspiration permanente. Dès lors, je commence mon travail de peintre comme on construit une famille. Chaque toile s’enrichira de la précédente. Je cherche à exprimer des sentiments, des émotions, voire des sensations. Dans ma manière d’aborder la toile, j'explore les contrastes entre modèles picturaux et flous plus gestuels. Des éléments plus détaillés me permettent de créer une certaine intimité.

J'utilise des techniques mixtes, j'aime mêler les différents médiums, fusain, acrylique, encre, pastels, huile, feutres… Aujourd’hui, je cherche, à travers l’usure et le travail de la matière, à proposer un travail sur le temps passé, des évocations d’images résiduelles d’un rêve ou d’un souvenir. Des images floues dans lesquelles émergent des éléments plus précis qui résistent au temps dans notre mémoire.

« L’expressionnisme est avant tout l’art de l’émotion, s’attachant à décrire le monde extérieur dans un langage plus émotionnel que plastique. »

Actuellement à la Concorde Art Gallery

http://www.concorde-art-gallery.com/galerie.html

22 septembre 2018

La Techno Parade a 20 ans !

22 septembre 2018

L’« happycratie » ou la dictature du bonheur

Par Nicolas Santolaria - Le Monde

On le cultive, on le théorise, on en fait un business, des livres, des cours… Il est même le nouveau carburant de la productivité. En société et au travail, le bonheur est devenu une injonction.

La présence de plus en plus fréquente de crocodiles Haribo sur votre lieu de travail ne doit pas être prise à la légère. Loin de se réduire à un simple élément de décor, ces sauriens multicolores sont la manifestation tangible d’une nouvelle forme de gouvernement des conduites centrée sur les émotions positives. Dans Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies (Premier Parallèle, 260 p., 21 €), le docteur en psychologie Edgar Cabanas et la sociologue Eva Illouz décryptent cette nouvelle obsession venue d’outre-Atlantique qui, selon eux, balafrerait nos existences d’un sourire de plus en plus obligé. « Kratia en grec, c’est le pouvoir. Happycratie, c’est le pouvoir par l’injonction au bonheur », résume Eva Illouz.

Une nouvelle idée fixe

Aujourd’hui, cette invitation est partout, empreinte de la même sollicitude envahissante que celle de l’ami qui a entrepris de vous tirer énergiquement de votre dépression chronique, alors que vous vous en accommodiez fort bien. En 2013, le titre Happy, du chanteur américain Pharrell Williams, véritable hit planétaire, offrait une bande-son survitaminée à cette nouvelle idée fixe. A moi le bonheur ! L’art de rayonner de l’intérieur (Larousse, 283 p., 16,95 €), 50 activités pour un enfant heureux (De Boeck, à paraître en octobre), Le Bonheur sans illusions (Flammarion, 2017), Les tout petits bonheurs (Larousse, 168 p., 15 €), Journal intime d’un touriste du bonheur (La Martinière, 288 p., 16,90 €) : encombrant les présentoirs, les livres de développement personnel, censés nous aider à mieux vivre, sont quant à eux un genre florissant.

Activement investi dans la chasse aux perturbations du mental, l’ancien avocat d’affaires Jonathan Lehmann s’est lui aussi positionné sur ce front incandescent, proposant à ses 177 000 followers Facebook des méditations guidées, « Les Antisèches du bonheur ». Après tout, se dit-on, quel problème y a-t-il à vouloir être heureux ?

PORTÉE PAR L’IDÉE D’UN CAPITAL ÉMOTIONNEL À FAIRE FRUCTIFIER, L’« HAPPYCRATIE » EST INTIMEMENT LIÉE AUX AVANCÉES (CONTESTABLES POUR CERTAINS) DE CE QUE L’ON APPELLE LA « SCIENCE DU BONHEUR »

Que le bonheur soit une obsession ne veut pas forcément dire qu’il constitue le rouage d’un vaste système de domination, non ? « C’est vrai, concède Eva Illouz. Mais, chez Aristote, on ne peut séparer la vertu du bien-être. Le bien-être découle du fait que nous faisons la chose bonne. Chez Spinoza, le bonheur est inséparable de la raison et de la connaissance de la vérité. La quête contemporaine du bonheur n’a plus rien à voir avec le discours des vertus ou de la raison. Elle a été remplacée par la vision de l’être humain proposée par la psychologie positive, un être qui vise à maximiser des utilités. »

Portée par l’idée d’un capital émotionnel à faire fructifier, l’« happycratie », lointaine héritière de l’utilitarisme du philosophe Jeremy Bentham (1748-1832), est en effet intimement liée aux avancées (contestables pour certains) de ce que l’on appelle la « science du bonheur ». C’est sous l’influence du chercheur Martin Seligman, ancien président de l’American Psychological Association, que la psychologie positive s’est affirmée il y a une vingtaine d’années en champ d’étude reconnu, influençant de nombreuses disciplines – économie, neurosciences, marketing – et imposant un nouveau paradigme centré non plus sur la pathologie, mais sur ce qui va bien chez l’individu.

Responsables de notre état intérieur

D’objectivable (grâce notamment à des projets internationaux de mesure, tels que « Track Your Happiness »), le bonheur en est devenu par extension productible, et reproductible. Petit à petit, l’idée que l’on est tous pleinement responsables de son état intérieur a fait son chemin, comme je l’ai découvert cet été, en embarquant une jeune auto-stoppeuse finlandaise dans ma Xantia à bout de souffle. « J’ai beaucoup d’amis qui sont déprimés, qui n’ont pas confiance en eux, me confiait alors Saima, 20 ans, en envoyant nerveusement des textos à son père. Moi aussi, j’étais mal dans ma peau auparavant, et j’ai compris il y a quelques années que je pouvais avoir une influence positive sur mon propre bonheur, si je le décidais. »

Le succès actuel du yoga ou de la méditation en pleine conscience participe de cette idée normative selon laquelle le bonheur est un pétrole émotionnel que nous devons activement faire surgir, et non plus un état qui déboule à l’improviste, un peu comme un copain poète. Diffusant ce credo, le cours intitulé « Psychology and the Good Life », lancé en janvier à l’université Yale, a connu un succès sans précédent, obligeant les organisateurs à déménager les 1 200 étudiants dans le plus vaste amphi du campus.

Il augmente la productivité de 12 %

La force, la pureté apparente, le caractère quasi incontestable de cette aspiration forment le cœur énergétique éminemment ambigu de l’happycratie. Comme l’exposaient déjà Barbara Ehrenreich, dans Smile or Die (2009, non traduit), ou encore William Davis, dans son ouvrage The Happiness Industry : How the Government and Big Business Sold Us Well-Being (2015, non traduit), ce n’est pas le bonheur en soi qui pose problème, mais le fait qu’il tend à se substituer à d’autres grilles de lecture. Puisque, finalement, tous les problèmes ont vocation à se régler à l’échelle du moi, pourquoi s’embêter avec ce vieux truc contraignant qu’est la politique ? En un mot, si vous n’êtes pas heureux, ce n’est pas parce que vous êtes victimes d’injustice, que vous appartenez à une classe défavorisée ou à un genre ostracisé, mais parce que vous vous laissez dominer par vos émotions.

« A 38 °C DE FIÈVRE, UN COLLABORATEUR QUI SE SENT BIEN PROFESSIONNELLEMENT VIENDRA MALGRÉ TOUT TRAVAILLER »

LA FABRIQUE SPINOZA, THINK-TANK

Le Bhoutan, qui s’est fait connaître en faisant entrer dans sa Constitution l’indice du bonheur national brut (BNB) comme alternative au produit national brut (PNB) en 2008, est un bon exemple de cette dynamique viciée où l’évaluation subjective d’une humeur prend le pas sur les indicateurs objectifs. Tshering Tobgay, le premier ministre de ce petit royaume himalayen, regrettait que cette excessive focalisation sur le bonheur ait détourné son pays des « problèmes réels », chômage, pauvreté, corruption. Même si certains pionniers font grise mine, cela n’empêche pas gouvernements et institutions internationales d’embrasser à pleine bouche cette souriante utopie. En 2012, l’ONU faisait du 20 mars la Journée internationale du bonheur, érigeant cet état émotionnel un peu fourre-tout au rang d’« objectif universel ».

Chez nous, ce nouveau mode subtil de gouvernement des subjectivités s’inscrit dans une dynamique où la quête de sens personnelle répond, en un écho presque parfait, aux nécessités fonctionnelles des entreprises. Corroborant les visées de cet utilitarisme affectif, une étude menée par l’université de Warwick, au Royaume-Uni, a mis en lumière le fait qu’être heureux permettrait d’augmenter la productivité de 12 %. Sur le site de La Fabrique Spinoza, le « think-tank du bonheur citoyen », on peut lire : « A 38 °C de fièvre, un collaborateur qui se sent bien professionnellement viendra malgré tout travailler. A une époque de recherche de compétitivité, le chemin du bien-être (…) offre une opportunité inexplorée. »

La menace de l’« happycondrie »

Cette approche techniciste et instrumentale du bonheur s’appuie, in fine, sur l’idée que la récompense fonctionnera toujours mieux que la punition pour obtenir ce que l’on attend des gens. « Certaines organisations se disent effectivement qu’elles vont favoriser le bonheur de leurs collaborateurs pour augmenter la productivité, mais ça ne doit pas être l’objectif premier, juste une conséquence induite. Le bonheur sous forme cosmétique ne génère pas de véritable performance, il sert juste à faire du happy-washing », nuance le fondateur de la Fabrique Spinoza, Alexandre Jost, qui attribue à son capital génétique hors norme le fait d’être « plus heureux que la moyenne ». L’objectif véritable, c’est donc la maîtrise du « vrai » bonheur.

« L’INJONCTION AU BONHEUR CRÉE UNE NOUVELLE FORME DE RESPONSABILISATION DES INDIVIDUS, QUI SONT DÉSORMAIS COUPABLES DE SE SENTIR HEUREUX OU MALHEUREUX »

EVA ILLOUZ, SOCIOLOGUE

Encore confidentielle en France, la figure du Chief Happiness Officer (« responsable du bonheur ») traduit de façon emblématique cette psychologisation galopante des enjeux sociaux. « Si ces nouvelles exigences de bien-être ne sont pas prises en compte, il faut alors accepter les burn-out, les dépressions, les départs ou la non-implication personnelle dans une fonction, explique Arnaud Collery, responsable du bonheur dans de grands groupes internationaux et auteur de Mister Happiness (Larousse, 260 p., 15 €). Dans notre profession, nous ne pouvons pas forcer le bonheur, mais nous pouvons contribuer à une émergence de cet état. » Comment ?

Simplement grâce à un mélange empirique de techniques de stand-up made in Los Angeles et d’humeur épidémique. « Même s’il est nécessaire de générer des événements ludiques suscitant la joie, il faut savoir que les baby-foot, les couleurs au mur et les “happy drinks” du vendredi soir ne représentent que 5 % à 10 % du métier. Pour moi, le storytelling est le premier outil nécessaire à toute transformation. Comme j’ai aussi pu en faire l’expérience avec des tribus en Tanzanie, raconter son histoire à l’autre ou aux autres a un effet libérateur. J’expérimente à chaque fois ce processus lorsque je coache quelqu’un et qu’il prend ensuite la parole sur scène. Quelque chose de magique opère », assure celui qui se définit comme « 90 % chaman, 10 % showman ».

Considéré par ses zélateurs comme éminemment contagieux, le bonheur a désormais ses rendez-vous incontournables (le World Happiness Summit), ses stars (le moine Matthieu Ricard, le psychiatre Christophe André, le philosophe Bertrand Russell), ses labels (notamment « Happy at Work », qui répertorie les entreprises où il fait bon travailler). Signe de cette nouvelle portée stratégique, le Coca-Cola Happiness Institute a ouvert des antennes dans de nombreux pays, avec pour mission de publier des baromètres de l’humeur nationale (et, très accessoirement, de vendre du soda).

Mais l’ingénierie des émotions n’étant pas sans risque, le bonheur se conçoit aujourd’hui en corrélation avec sa pathologie émergente : l’happycondrie, soit l’angoisse de n’être jamais assez heureux. « L’injonction au bonheur s’accompagne de l’idée selon laquelle nous sommes tous capables de bonheur, si seulement nous savons activer de la positivité. Cela crée une nouvelle forme de responsabilisation des individus, qui sont désormais coupables de se sentir heureux ou malheureux », indique la sociologue Eva Illouz.

Smiley obligatoire

En happycratie, à défaut de véritablement nager dans le bien-être, il faudra au moins sourire aussi énergiquement que si une décharge de Taser venait de vous dérider les zygomatiques. Signe de votre « intelligence émotionnelle », le bonheur doit pouvoir s’extérioriser, sinon il n’a aucune valeur. « Dans les start-up, le smiley est omniprésent, qu’il soit dessiné ou qu’il ponctue chaque échange par mail. Il est devenu un standard pour exprimer ses émotions ou même ses intentions ; une communication qui n’en comporte pas paraît immédiatement suspecte », souligne Mathilde Ramadier, auteure de Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j’ai survécu à la coolitude des start-up (Premier Parallèle, 2017).

« EN ENTREPRISE, ON NE VEUT PAS VOTRE BONHEUR POUR VOTRE BONHEUR, MAIS POUR VOUS FAIRE TENIR, POUR QUE VOUS RESTIEZ BIEN PRODUCTIF »

MATHILDE RAMADIER, AUTEURE

Durant ses années passées à travailler dans une jeune pousse berlinoise, Mathilde Ramadier a pu éprouver les effets concrets de l’happycratie. Elle a vite compris que le bonheur qu’on exigeait d’elle ne consistait pas à se vautrer dans une félicité contemplative à la Alexandre le Bienheureux, mais à participer à une vaste comédie de bureau, pas si éloignée de Truman Show (Peter Weir, 1998). « La DRH connaissait notre date d’anniversaire et s’occupait d’organiser une “surprise” le jour J, en général un gâteau au chocolat décongelé accompagné d’un coupon de réduction Amazon, se souvient-elle. En réalité, il n’y avait aucune spontanéité ni même de sincérité derrière tout cela. Les apéros hebdomadaires et autres activités étaient également inévitables, pour ne pas dire obligatoires. En entreprise, on ne veut pas votre bonheur pour votre bonheur, mais pour vous faire tenir, pour que vous restiez bien productif. Tout cela n’est en somme qu’un bonheur factice, un peu comme le bien-être procuré par la consommation d’antidépresseurs. »

Cette fiction contraignante ne se cantonne pas à la sphère professionnelle, ayant trouvé avec les réseaux sociaux un puissant vecteur de contamination des consciences. Abreuvés au quotidien d’images de vacances idéales et d’apéritifs édéniques, nous nous retrouvons dès lors à portée de tir du bonheur de chacun. Une étude menée par Mai-Ly Steers, chercheuse de l’université de Houston, a montré que le fait d’être exposé, par le biais de Facebook, au bonheur des autres accentuerait même, en raison de la tendance à se comparer socialement, le risque de dépression.

Au final, si l’on y réfléchit un peu, personne ne nous a vraiment demandé si nous voulions de ce bonheur-là, de cette pseudo-transcendance émotionnelle poussivement suscitée par des bouquins de parcours de vie à la typographie enfantine et par de déprimantes soirées karaoké passées à chanter Y’a d’la joie. Dans une série d’entretiens accordés à Noël Simsolo, en 1982, Serge Gainsbourg déclarait : « L’idée du bonheur m’est étrangère, je ne la conçois pas, donc je ne le cherche pas. » No comment.

21 septembre 2018

Ce soir aux Folies Bergère - couturière

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FASHION FREAK SHOW - Folies Bergère - Jean Paul Gaultier.

JEAN PAUL GAULTIER - FASHION FREAK SHOW Jusqu'au 30 décembre 2018 - Folies Bergère // Direction musicale : Nile Rodgers AUX FOLIES BERGERE A PARTIR DU 2 OCTOBRE 2018 Previews - Les séances qui précédent le 2 octobre 2018 sont des avant-premières. Ces dernières permettent aux créateurs et à la troupe d’affiner la qualité du spectacle.

Ladies and Gentlemen, veuillez laisser au vestiaire la routine, la morosité et l’ennui : l’univers complètement fou de Jean-Paul Gaultier s’empare de la scène mythique des Folies Bergère !

Après Joséphine Baker, Charlie Chaplin et Zizi Jeanmaire, c’est au plus célèbre des couturiers français de faire danser et rêver le public des Folies !

Pour son show, Jean-Paul Gaultier découd les codes de la revue et vous installe au premier rang pour redécouvrir cinquante ans de culture pop, à travers son œil unique et excentrique.

De ses débuts provocateurs à ses plus grands défilés, des folles soirées au Palace aux sulfureuses nuits londoniennes, l’enfant terrible de la mode vous montre tout ce que vous n’avez jamais vu !

Avec sur scène des créatures et des artistes rares et spectaculaires, comme seul Jean-Paul Gaultier sait révéler.

Le Freak, c’est chic !

Venez passer une soirée avec les délurés, les passionnés, les mal élevés, les botoxés, les bien gaulés, les culottés, les déculottés, les olé-olé…

Et pour l’occasion, des dizaines de nouvelles créations exclusives viennent côtoyer les pièces cultes de son répertoire, de la célèbre marinière au corset conique iconique de Madonna. Si vous n’avez pas froid aux yeux, Jean-Paul Gaultier vous invite à son show le plus crazy, le plus freaky, le plus sexy, le plus VIP : le FASHION FREAK SHOW !

https://www.instagram.com/jpgfashionfreakshow/

Fashion Freak Show aux Folies Bergère from Jacques Snap on Vimeo.

21 septembre 2018

« Est-ce bien raisonnable de rénover le Grand Palais pour plusieurs centaines de millions d’euros ? »

Par Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde »

Le projet de rénovation du prestigieux site culturel parisien devrait coûter 470 millions d’euros. Une folie financière, selon ses détracteurs. Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », décrypte les dessous d’un « dilemme » bien français.

Est-ce bien raisonnable de rénover le Grand Palais pour plusieurs centaines de millions d’euros ? C’est la question abordée par la Cour des comptes dans un rapport confidentiel de mars, repris par le site La Tribune de l’art fin août, et relancé, mercredi 19 septembre, par Le Canard enchaîné.

Au regard du bâtiment, oui. Au regard de l’époque, non. Le site est prestigieux, utile, planté au cœur de Paris. C’est un emblème de la nation et de notre culture. Mais fait de bric et de broc, abritant trois choses : des expositions dans un bâtiment de pierre, des manifestations de prestige sous une nef de verre et d’acier de 200 mètres de long qui culmine à 45 mètres de haut, et le Palais de la découverte.

Mais tout cela est fatigué et l’entretien si coûteux… Dilemme passionnant. Celui d’un pays fier de ses bijoux mais qui n’a plus les moyens de les entretenir.

L’addition est pharaonique, à la hauteur d’un bâtiment gigantesque de 70 000 mètres carrés. Près de 470 millions d’euros, dont plus de la moitié financée par l’Etat. Le site fermera de 2020 à 2023 avant que la nef rénovée n’abrite deux épreuves des Jeux olympiques en 2024 (taekwondo et escrime).

Schizophrénie

La facture est trop lourde, répètent les opposants, Stéphane Bern en tête. Plusieurs figures de la culture, en sous-main, savonnent aussi ce projet. En 2014, déjà, l’ancien ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, dénonçait une folie financière pour l’Etat, plaidant pour un partenariat public-privé. Ce qui n’a pas empêché le projet d’être validé.

La France schizophrène poursuit donc les travaux culturels tout en cherchant à réduire sa dette. Elle restaure des monuments parisiens alors que nombre de lieux en province souffrent et que les crédits du patrimoine manquent.

Et puis les grands travaux font peur, tant les dépassements de coûts sont légion. Avant même le premier coup de pioche, le projet du Grand Palais a doublé. Le Musée des Confluences, à Lyon, a vu sa note multipliée par quatre, la rénovation de Radio France, à Paris, par trois, la construction du Centre Pompidou à Metz, de la Philharmonie, à Paris, ou du Musée des civilisations d’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), à Marseille, par deux.

Que répond la ministre de la culture Françoise Nyssen à cette polémique ? Pour l’instant, rien. La présidence du Grand Palais ? Le poste est vacant depuis trois mois. Ce qui est effarant pour un établissement public qui emploie mille agents, gère trente-cinq librairies-boutiques un peu partout en France, multiplie les prestations pour des musées et doit défendre son projet de rénovation. Sylvie Hubac, nommée présidente du site en 2016 par François Hollande, dont elle a dirigé le cabinet à l’Elysée, a subitement démissionné début juin pour rejoindre le Conseil d’Etat. Comme si elle se désintéressait de ce hochet culturel. Et le ministère ne semble pas pressé de la remplacer.

Audits et expertises ont duré des années

Le projet Grand Palais pourrait être défendu par celui qui l’a porté, Jean-Paul Cluzel, son président de 2011 à début 2016, mais, à 71 ans, il est à la retraite. Et de plus, il est épinglé par Le Canard pour son salaire de l’époque et ses frais de voiture de fonction ; bref, il est contraint au silence. En guise de réponse, le Grand Palais a pondu un communiqué qui porte la marque du président intérimaire, Emmanuel Marcovitch. Ce dernier affirme que la facture globale n’a pas enflé depuis l’acceptation du projet et qu’elle est autofinancée à 40 % par un emprunt.

A quoi vont servir les quelque 500 millions d’euros ? Surtout à la restauration du monument fatigué, à sa mise aux normes et à la création d’aménagements. Sur les deux premiers points, personne ne conteste le principe, ou alors il faudrait fermer le site, voire le vendre.

Mais la note est lourde. Le bâtiment, il est vrai, est gigantesque, fragile aussi, tant il fut mal construit – il fallait être prêt pour l’Exposition universelle de 1900. Il a déjà dû fermer douze ans à partir de 1993 pour rénover la verrière et consolider les fondations ; une ardoise de 110 millions d’euros – le double de ce qui était prévu. De là à dire que le site est maudit…

Mais c’est le projet de fond qui pose question. Il est le résultat d’audits et d’expertises, dont la France est gourmande, et qui ont duré des années. Pour une conclusion qui ressemble à une fuite en avant : augmenter la surface de 30 %, donner une unité au lieu en créant une entrée principale, fluidifier la circulation autour d’une « rue » qui relie les espaces, doper l’offre. L’objectif est de passer de 3 à 4 millions de visiteurs par an.

Une obsession bien française

Avec ce pari : l’offre enrichie dans des lieux modernisés induira plus de tickets vendus et plus d’espaces loués, ce qui permettra de rembourser l’emprunt. En revanche, si on se contente de restaurer le bâtiment et de le mettre aux normes, le projet coûtera plus cher à l’Etat. Donc, pas le choix. Mais ce pari réussira si tout se passe comme prévu – des travaux à la venue du public. Ce n’est pas gagné. Il y a aussi cette obsession bien française de faire toujours plus flamboyant dans une ville où l’offre culturelle est déjà pléthorique.

On en vient à la Cour des comptes, qui épingle Jean-Paul Cluzel sur son salaire et la location d’une voiture avec chauffeur pour ses déplacements professionnels. On voit l’effet de sens par rapport à la facture de la rénovation du Grand Palais.

Ce dernier répond que s’il avait eu, comme d’autres patrons d’établissement, une voiture et deux chauffeurs « maison », la note aurait été plus élevée. Ajoutons qu’il appartenait aux tutelles – Bercy, la culture, son conseil d’administration – de dire non à M. Cluzel si cela ne leur allait pas. Sauf que le ministère de la culture, n’ayant plus le sou, n’a plus vraiment l’œil sur ces patrons culturels – à eux, en échange, de trouver l’argent pour faire tourner leur maison. Sauf, aussi, que l’époque a changé. La voiture de M. Cluzel passe désormais pour un privilège. Notre temps veut cela. Le temps, en revanche, ne semble pas avoir de prise sur le Grand Palais et ses projets ambitieux.

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