Rancinan
Rancinan le photographe, Narcisse, Nina et Constance les deux merveilleuses assistantes de la COX Galerie à Bordeaux qui prendront soin de vous quand vous viendrez visiter l’expo “Jadis et Naguère” de Rancinan avec la magique installation de calligraphie de Caroline Gaudriault. Jusqu’au 30 septembre 2018 !
Tom Cruise en messie
Au creux de l’été, Tom Cruise règne en solitaire sur les multiplexes. Si la star a récemment connu quelques mésaventures au box-office, les premiers résultats de M : I 6 aux Etats-Unis laissent augurer d’une hégémonie presque complète sur les ventes de billets en France, où le film a été en partie tourné. Il y a heureusement d’autres sorties, un menu léger, divers et exotique : drame sentimental germanique et gay dans les milieux du football, autofiction à la taïwanaise en animation, et variation russe et alcoolisée sur le thème d’Urgences.
Sillonner les rues de Paris à contresens, être parachuté sur la verrière du Grand Palais, sauter de toit en toit pour gagner la Tate Modern depuis la cathédrale Saint-Paul, dévaler les pentes du Cachemire aux commandes d’un hélicoptère en flammes, la vie d’Ethan Hunt semble pleine d’imprévus. Réfléchissons-y en voyant le sixième film inspiré de la série télévisée Mission : Impossible. Un cartel de malfaiteurs de haut vol veut faire exploser trois charges nucléaires, seul Ethan Hunt peut empêcher la commission de ce forfait. Quoi de plus routinier ? Voilà bientôt vingt ans que le chef de la force Mission : Impossible réédite cet exploit, comme le rappelle opportunément son ex-épouse, la toujours dévouée Julia (Michelle Monaghan).
Et si tous les deux ou trois ans, on accorde deux heures ou plus à Ethan Hunt, ce n’est pas pour la surprise. C’est pour le plaisir de voir des paysages familiers transformés en champ de bataille (et cette fois le metteur en scène Christopher McQuarrie s’acquitte de cette tâche avec une sobriété et une efficacité dignes d’éloge) et surtout pour constater que le temps a conclu un pacte démoniaque avec Tom Cruise. A 56 ans, celui-ci ne s’intéresse visiblement plus beaucoup aux ressorts intimes de son personnage, se consacrant tout entier aux cascades (dont celle qui, à Londres, lui brisa le cheville). En payant de sa personne, Tom Cruise fait croire que le monde peut dormir tranquille, à l’abri des mauvaises gens, et surtout que les spectateurs peuvent vieillir sans regret, puisque la star leur démontre à l’écran que l’éternelle jeunesse est une suite infinie de souffrances. Thomas Sotinel
Film américain de Christopher McQuarrie. Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Rebecca Ferguson, Ving Rhames, Simon Pegg, Alec Baldwin, Angela Bassett (2 h 27).
A partir du 1er août, la Terre vit à crédit : à quoi correspond cette date ?
Par Anne-Aël Durand - Le Monde
L’ONG Global Footprint Network calcule un « jour de dépassement » des ressources naturelles, dont la méthode est discutée.
Le mercredi 1er août 2018 est le « jour du dépassement » écologique, selon le Global Footprint Network, un institut de recherche international établi en Californie. A partir de cette date, l’humanité consomme plus de ressources naturelles et émet plus de gaz à effet de serre que la Terre n’est en capacité d’en produire ou d’en absorber au cours d’une année.
Cette date symbolique s’accompagne d’un autre chiffre frappant : à ce rythme de consommation, il faudrait 1,7 planète pour subvenir aux besoins des hommes. Or nous n’en avons pour l’instant qu’une seule à disposition.
Ces indicateurs, repris par les médias et commentés par les ONG environnementales, qui plaident pour un mode de vie plus soutenable, suscitent pourtant des questions.
Comment est calculé le jour du dépassement ?
Pour mesurer la pression de l’activité humaine sur un territoire, il suffit de comparer deux notions :
l’empreinte écologique de la population, c’est-à-dire les ressources naturelles dont l’humanité a besoin pour se nourrir, se loger, se déplacer et compenser les déchets qu’elle génère, y compris les gaz à effet de serre. Cette notion est ensuite ramenée à une surface : un champ pour produire des céréales, un pâturage pour le bétail, une forêt pour le bois, un océan pour les poissons… mais aussi la surface nécessaire pour absorber le CO2 produit par les activités humaines. Elle dépend du nombre d’habitants et de leur mode de vie.
la biocapacité ou capacité biologique d’un territoire, c’est-à-dire la surface nécessaire pour produire des ressources naturelles et services écologiques renouvelables.
Le Global Footprint Network réalise ces calculs, mesurés en « hectares globaux », pour chaque pays, à partir d’un grand nombre de données, comme les terres cultivées ou en forêt, la consommation d’énergie, provenant notamment d’agences des Nations unies (GIEC, FAO…) qui sont actualisées chaque année, comme le précise leur méthodologie.
La biocapacité de la Terre était estimée à 12,2 milliards d’hectares globaux, alors que les humains utilisent l’équivalent de 20 milliards d’hectares par an, soit 1,7 fois plus.
Pour rendre ce chiffre encore plus accessible, les ONG l’ont converti en « dette » annuelle : les humains consomment les ressources renouvelables de la Terre en sept mois, et vivent théoriquement « à crédit » le reste de l’année. Un calcul qui rappelle d’autres dates symboliques à la méthode discutable : le jour de libération fiscale ou le moment où les femmes devraient cesser de travailler.
Pourquoi ce chiffre est-il critiqué ?
Obtenir un chiffre parlant pour l’opinion publique nécessite bien souvent de faire des « raccourcis ». En 2010, Leo Hickman, journaliste spécialiste de l’environnement, déplorait dans le Guardian, que cet indicateur agrège « des pommes et des poires », c’est-à-dire additionne des données de nature aussi différente que les émissions de gaz à effet de serre, les récoltes de maïs ou la perte de la forêt primaire. Il note aussi que les calculs sont affinés chaque année, ce qui fait fluctuer la date fatidique. En effet, lorsque nous avions publié un article à ce sujet en 2015, le dépassement survenait le 13 août. Or les dernières données publiées en 2018 fixent désormais le dépassement au 6 août 2015, soit une semaine plus tôt.
La notion d’« hectares globaux » est aussi problématique, puisque cette moyenne ne permet pas de distinguer la productivité d’un hectare de céréales en France ou au Maghreb, comme l’explique un spécialiste interrogé par Libération.
Autre subtilité : certains pays ont une biocapacité supérieure aux autres et sont donc des « réservoirs » écologiques. Ainsi, les Brésiliens ont-ils la même empreinte écologique que les Macédoniens, mais leur biocapacité est cinq fois plus élevée en raison de la forêt amazonienne. Chaque Français consomme 2,9 fois ce que la Terre peut lui fournir pour subvenir à ses besoins, mais seulement 1,8 fois la capacité du territoire français (notamment grâce à la richesse écologique de la Guyane).
Si certains indicateurs sont bien réels (le nombre d’arbres coupés pour produire du bois ou la production de céréales), l’essentiel de la dette est constitué des émissions de carbone que la nature ne parvient pas à absorber. En France, elle représentait 60 % de l’empreinte totale. Certains analystes estiment donc qu’il serait plus pertinent de se concentrer sur cet indicateur seul.
Inversement, d’autres indicateurs écologiques ne sont pas pris en compte : l’épuisement des ressources non renouvelables (charbon, pétrole, uranium), l’érosion de la biodiversité, la pollution de l’eau, de l’air ou du sol… Or la dégradation du milieu naturel, difficile à traduire en un seul chiffre, pourrait gonfler encore davantage l’empreinte humaine.
Cet indicateur peut-il rester pertinent ?
Ce chiffre permet de visualiser l’évolution du problème : le ratio calculé rétroactivement depuis le début des années 1970 (avec les limites mentionnées ci-dessus) montre que le jour de dépassement survient de plus en plus tôt dans l’année. Il met aussi en lumière le lien avec l’activité économique, avec un léger fléchissement lié à la crise de 2009.
Les données autorisent aussi des comparaisons géographiques intéressantes, qui rappellent que, au-delà du nombre d’habitants sur terre, l’épuisement des ressources est surtout lié à leur mode de vie : un habitant du Qatar aura consommé l’équivalent d’une année de ressources dès le 9 février et un Français le 5 mai. Un Marocain sera presque à l’équilibre, alors qu’un Zimbabwéen ne consommera en un an que 0,65 de ses ressources planétaires.
Pour les ONG environnementales, le chiffre de la dette écologique a d’abord une vertu pédagogique. « Cette étude utilise des données qui sont généralement analysées séparément (émissions de gaz à effet de serre et impacts de nos comportements sur la biodiversité), nous explique ainsi Matthieu Jousset, de la fondation GoodPlanet. Son intérêt est d’adopter une approche globale qui permette au grand public de se familiariser avec un budget écologique qu’il ne peut dépasser », et de mieux « incarner l’enjeu climatique ». Elle s’accompagne d’ailleurs d’un appel à l’action intitulé #movethedate (« repousse la date »), qui invite à réduire le gaspillage alimentaire (qui ferait gagner trente-huit jours), à diviser par deux le nombre de voitures (douze jours), ou à faire moins d’enfants (trente jours).










