Mais non, il n’y a pas de races !
Discrimination Le musée de l’Homme accueille « Nous et les autres », une exposition qui dissèque les mécanismes du racisme pour mieux le dénoncer. Instructif.
Par Christophe Levent
Pourquoi parle-t-on de racisme alors qu’on naît tous libres et égaux ? » « Vient-on bien d’Afrique ? » « La discrimination positive est-elle une solution ? »… Sur un grand mur noir, les questions s’empilent. A celles-là et quelques autres, l’exposition « Nous et les autres » du musée de l’Homme (Paris XVI e) tente d’apporter des réponses pour éclairer un sujet sensible : le racisme.
Rouvert en octobre 2015 après six ans de travaux, le musée de l’Homme se place, ainsi, pour cette première grande exposition temporaire, au cœur de sa mission : présenter le genre humain dans sa diversité anthropologique, historique et culturelle. Avec les moyens d’aujourd’hui : interactivité, immersion, scénographie spectaculaire.
De préjugés au racisme institutionnalisé
Dès l’entrée, une grande projection audiovisuelle à 360° met en scène une vingtaine de personnages, dans la rue ou dans le métro, à la station « Cliché ». Ils sont tous différents : noir, blanc, jaune, marron… « Il s’agit de mettre en lumière les trois étapes qui conduisent au racisme. La catégorisation, la hiérarchisation et l’essentialisation. Voir comment on passe de la première, assez normale pour nous permettre d’ordonner le monde, aux préjugés puis comment les stéréotypes s’ancrent dans le temps, commente Carole Reynaud-Paligot, historienne et co-commissaire de l’exposition. Exemple : les Noirs sont de bons danseurs… »
La démonstration continue dans la salle suivante, une salle d’attente d’aéroport, équipée d’écrans. Un petit jeu permet de se tester : cet homme blanc en costume, vous le pensez cadre supérieur ? Il est comédien… Et en plus, il danse bien : il apprend les claquettes ! De quoi mieux comprendre le phénomène des préjugés.
La seconde partie, historique, s’attache à montrer comment ces préjugés, sous des pressions politiques, économiques, nationalistes et colonialistes, ont été érigés en racisme institutionnalisé. La science, avec l’invention des « races », viendra au secours des esclavagistes à partir du XVII e siècle. Les murs s’ornent ici des livres qui illustrent ces recherches, comme « Sur le cerveau du nègre comparé avec celui de l’Européen et de l’orang-outang » (1837), mais aussi, en affiche, des stéréotypes véhiculés par l’imagerie coloniale. Trois films montrent les horreurs perpétrées sur ces fondements : la ségrégation raciale aux Etats-Unis après l’abolition de l’esclavage, le génocide conduit par l’Allemagne nazie et les massacres au Rwanda, commis par les Hutus contre les Tutsis… Glaçant.
En fin de parcours, place à la génétique. Trois écrans permettent de faire le point sur les connaissances actuelles. Alors oui, nous venons tous d’Afrique et nous sommes donc tous noirs au départ ! « Les migrations, le climat et l’alimentation permettent seuls d’expliquer les différences actuelles », argumente Evelyne Heyer, spécialiste d’anthropologie génétique et autre commissaire de l’exposition.
Non, les « races » n’existent pas. « La similitude entre deux humains est de 99,9 %. Il y a six fois plus de différences entre deux races de chiens qu’entre deux hommes, commente la chercheuse. Et bien sûr, il n’y a rien dans l’ADN d’un humain qui puisse définir son caractère ou ses capacités morales. »
« Nous et les autres. Des préjugés au racisme », au musée de l’Homme, Palais de Chaillot (Paris XVI e) jusqu’au 8 janvier 2018. Tlj sauf le mardi, de 10 heures à 18 heures. Billet couplé avec la Galerie de l’Homme : 12 € et 10 €. Gratuit jusqu’à 18 ans.
Gérard Rancinan à Venise
Les secrets d’une embrouille
Il a suffi d’une liste, celle des candidats En Marche ! aux législatives, pour qu’Emmanuel Macron fâche son allié François Bayrou. Un projet d’accord, trouvé tard hier soir, devrait apaiser les tensions.
Par Charles De Saint Sauveuret Henri Vernet
Le quinquennat n’a pas encore commencé qu’entre Emmanuel Macron et François Bayrou, le torchon brûle déjà. Après le clash de jeudi sur les investitures En Marche ! pour les législatives, où le MoDem s’est senti floué, le leadeur centriste a réuni hier soir son comité politique. Objectif : calmer ses (maigres) troupes et proposer une solution. Peu avant minuit, le maire de Pau a annoncé avoir trouvé un projet d’accord « solide et équilibré » avec la République en marche. « On a fait des pas en avant sur des questions extrêmement importantes pour l’avenir de la majorité », a-t-il précisé.
Vingt-quatre heures plus tôt, la tension était maximale. L’allié centriste du nouveau président tablait sur plus d’une centaine de circonscriptions réservées aux candidats MoDem, dont une soixantaine gagnables. A l’arrivée, on le sait, il en a obtenu moitié moins. Contrairement, jure Bayrou (même s’il nie avoir passé tout accord), aux engagements pris par Macron envers celui qui lui a permis de faire un bond décisif dans les sondages lors de son ralliement en février.
Série noire
Que s’est-il passé ? Pour le Béarnais et son bras droit Marielle de Sarnez, les « apparatchiks » d’En Marche ! — en clair, le secrétaire général Richard Ferrand — ont pris la main. Et privilégié le recyclage de nombreux « amis » socialistes. Exemple, l’investiture à Rennes de Gaspard Gantzer ( qui a finalement renoncé hier soir : lire ci-contre) alors que le MoDem avait avancé le nom de Laurence Méhaignerie, la fille de l’ancien ministre centriste. « Un nom qui parle en Bretagne », assure un cadre MoDem qui regrette ce loupé. Autre motif d’agacement, la décision du parti macroniste de ne pas présenter de candidat face à la socialiste Marisol Touraine en Indre-et-Loire. « Alors que les médecins sont hyper-remontés contre la ministre de la Santé de Hollande », fulmine un proche de Bayrou.
Enfin, le maire de Pau aurait vécu comme un affront personnel le refus du nouveau parti présidentiel d’investir dans sa propre circonscription historique (la 2 e des Pyrénées-Atlantiques) « son » candidat. Est-ce parce que l’intéressé, un notaire de 65 ans maire d’un petit village, ne répondait pas aux critères de renouvellement ? Certains affirment même que Macron aurait décidé « de purger la politique des plus de 50 ans » ! Faux, se défend l’état-major d’En Marche ! : « On ne fait pas du jeunisme, mais il y a des règles claires qui s’appliquent à tous. Le MoDem avait beaucoup de candidats qui avaient déjà trois à quatre mandats dans les pattes. » Selon ce cadre du parti, Bayrou a avant tout « fait un caprice… et un peu de cinéma à l’usage de ses vieux fidèles déçus ».
Il n’empêche, découvrant cette série noire, Marielle de Sarnez, très investie dans les derniers mois de la campagne de Macron et dont le nom circule pour un ministère, décide illico de claquer la porte : elle retire son nom de la liste des 428 candidats dévoilée jeudi (elle était pressentie à Paris XIV e), imitée par son fils ainsi que par le secrétaire général du MoDem, Marc Fesneau.
Hier, soucieux de calmer le jeu, Macron aurait glissé à son allié que « ses troupes avaient fait n’importe quoi ». De fait, une telle querelle a tout pour rebuter les élus de droite (LR ou UDI) que le président élu rêve d’enrôler d’ici à la présentation de la liste complète des candidats LREM (la République en marche), mercredi. Le MoDem devrait encore glaner une dizaine de circonscriptions gagnables, promet-on chez Macron.
La République en marche a suspendu hier l’investiture accordée au producteur de télévision Christian Gerin (« Faites entrer l’accusé ») aux législatives dans la 5 e circonscription de Charente-Maritime, après avoir découvert qu’il était l’auteur de tweets antisionistes.



















