Tenue incorrecte exigée
« Tenue correcte exigée », au musée des Arts décoratifs, montre comment la mode fait bouger les lignes dans la société. Ludique et passionnant.
Par Yves Jaeglé
Tout commence avec Adam et Eve, premier tableau de l’exposition « Tenue correcte exigée », essentiellement consacrée aux robes et tenues excentriques qui ont fait scandale dans l’histoire. « La nudité reste le seul tabou aujourd’hui », remarque Denis Bruna, commissaire de cette formidable exposition, qui fait défiler « toutes les audaces » du vêtement, de Jeanne d’Arc, qui a choqué en s’habillant en homme, et dont une réplique d’époque de l’armure est présentée, aux mouvements punk et grunge. Sélection de six tenues qui ont fait bouger les lignes.
C’est incroyable, mais l’abrogation de l’ordonnance interdisant aux femmes le port du pantalon date de… 2013. Même si elle n’était plus appliquée depuis des lustres. Un musée de Berlin a prêté la tenue de scène masculine que portait Marlene Dietrich dans le film « Cœurs brûlés ».
En 1933, la star, qui aimait particulièrement s’habiller en homme, débarque gare Saint-Lazare à Paris, en pantalon et béret. On lui refuse l’accès au restaurant le Caneton. « Ce qui a choqué, c’est qu’elle portait un vrai pantalon d’homme, s’ouvrant sur le devant. Pour une femme, c’était assimilé à un travestissement et interdit par la préfecture de police, détaille Denis Bruna. En 1969, alors que les femmes s’étaient mises massivement au pantalon, la préfecture jugera quand même qu’il était trop tôt pour supprimer l’ordonnance… »
C’est son 18 juin à elle, en 1959. Ce jour-là, Brigitte Bardot épouse le comédien Jacques Charrier en tournant le dos à la haute couture et aux robes blanches de princesse. Le sex-symbol arbore une robe vichy rose bon marché, avec les fameux motifs à carreaux, du couturier Jacques Estérel. « Beaucoup de jeunes filles l’ont copiée. La robe est courte, en coton, et ne correspond pas à une robe de mariée. La mode vichy était lancée… » décrypte le conservateur du musée. Il enfonce le clou : « La mode n’est pas futile. On la cantonne à des modèles réservés aux élites. Mais il y a aussi les modes nées de la rue. Et on a parfois des surprises, même avec les stars. »
En 1972, l’actrice tourne « le Grand Blond avec une chaussure noire », d’Yves Robert, avec Pierre Richard. Mireille Darc avait demandé pour le film une robe sexy qui la mette en valeur tout en tenant compte de sa petite poitrine. « Je passe souvent dans les salles de l’expo, et à chaque fois les visiteurs voient cette robe de loin et sont attirés », sourit Denis Bruna.
Le standard téléphonique de Buckingham Palace a failli exploser, ce jour de 1981. Lady Di fait sa première sortie officielle avec le prince Charles, avant leur mariage : la future princesse de Galles arbore un affolant décolleté. « Ils allaient à l’opéra. C’est quand Diana Spencer est descendue de la voiture en se penchant que la presse a pris la photo qui a fait scandale. On ne les compte plus, les scandales, dans l’histoire de la mode. La première fois que des femmes ont porté un chapeau de feutre, par exemple. Elles étaient condamnées à une amende. Ce sont tous ces objets de discorde que l’on montre aussi dans chaque vitrine », précise le spécialiste.
La scène date de 2012 et semble irréelle pour ceux qui pensent que le machisme est derrière nous : la ministre du Logement, Cécile Duflot, monte au pupitre du Palais-Bourbon dans une robe très simple, qu’elle a prêtée pour l’expo, et qui coûte 59,90 €. Elle est huée par les députés (de droite), qui la jugent inappropriée. « On voulait poser la question : comment doit s’habiller une femme qui fait de la politique ? C’est plus facile pour un homme : chemise claire, cravate foncée, costume sombre. Une femme, on va l’accuser d’être ou trop féminine ou trop masculine… Quand on lui a demandé sa robe, Cécile Duflot a cru à une blague. Mais elle est venue au vernissage en famille », sourit l’historien.
L’exposition s’achève par le punk et le grunge, avec le tee-shirt déchiré « Anarchy in the UK » de Johnny Rotten, le leadeur des Sex Pistols. « Dans la Bible, il est interdit de déchirer ses vêtements. Cela est assimilé à une forme de folie. En même temps, ça a toujours existé, des vêtements qui se portent volontairement déchirés, depuis le XII e siècle. C’est un code visuel, qui peut être lié à la noirceur ou à des valeurs guerrières. » Le conservateur confie qu’ado, il a déchiré ses jeans. Maintenant, ils sont vendus comme ça. C’est à la mode.
« Tenue correcte exigée : Quand le vêtement fait scandale », musée des Arts décoratifs (Paris I er), 11 heures-18 heures, (21 heures le mardi), fermé le lundi, 8,50-11€, jusqu’au 23 avril.
Sonnons l'alarme! Réunion publique lundi à 20h, à Paris
Médiapart en direct au Théâtre du Rond point - Cet événement sera également retransmis en direct et en accès libre sur le site de Mediapart, YouTube, Dailymotion et Facebook.
20 janv. 2017
Par La rédaction de Mediapart
Blog : Le blog de La rédaction de Mediapart
Mediapart vous invite lundi 23 janvier au Théâtre du Rond-Point, à Paris à partir de 20h, pour une grande réunion publique. Face aux guerres, aux mises en cause de nos libertés, au durcissement des régimes autoritaires, à la montée des droites extrêmes, en France et dans le monde, il est urgent de «sonner l'alarme». Et d'en appeler au réveil des sociétés. Des invités français et étrangers nous diront comment résister. Le détail du programme:
Sonnons l'alarme ! Trois jours après l'investiture de Donald Trump, Mediapart vous invite à cette soirée exceptionnelle pour comprendre et résister au nouvel ordre mondial qui se profile. Alors qu'en Europe, nos libertés sont attaquées, sous couvert de la lutte contre le terrorisme ; alors qu'en Turquie, une répression massive frappe la société ; qu'en Russie, le régime Poutine s'enfonce dans l'autoritarisme ; que la guerre se poursuit en Syrie, qui déstabilise toute la région, il est urgent d'en appeler et de soutenir les nombreuses dynamiques venues des sociétés. Cette soirée s'organisera en deux temps : crises françaises et crises mondiales.
Animée par Edwy Plenel, avec la participation des journalistes de Mediapart, cette soirée rappellera aussi combien en ces temps de fractures et de régressions, un journalisme indépendant est indispensable. Voici la liste des invités :
Crises françaises
William Bourdon, avocat, vient de publier un livre sur les dérives de l’état d’urgence
Damien Carême, maire de Grande-Synthe, et les solutions concrètes d'accueil des réfugiés
Vanessa Codaccioni, historienne, spécialiste des répressions politiques
Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, militante des droits des femmes et des réfugiés
Patrick Weil, historien, spécialiste des questions d'immigration et de citoyenneté, reviendra sur le projet de déchéance de nationalité
Crises mondiales
Çağla Aykac, universitaire turque, contrainte à l'exil et aujourd'hui enseignante à l'université de Genève3
Rohân Houssein, rappeur et poète franco-syrien
Zyad Majed, universitaire, spécialiste de la Syrie
Elias Sanbar, écrivain, traducteur du poète Mahmoud Darwich, ambassadeur de la Palestine auprès de l'Unesco
et d'autres invités russes et turcs à confirmer
Plusieurs journalistes de Mediapart interviendront également : François Bonnet, Laurent Mauduit, Ellen Salvi, Faiza Zerouala, Fabrice Arfi…
Rendez-vous lundi 23 janvier à 20h (entrée une demie-heure avant) au Théâtre du Rond-Point (2 bis, avenue Franklin-Delano-Roosevelt, 75008 Paris).
Edwy PLenel - Journaliste de Médiapart
In memorem : Salvador Dali
Le 23 janvier 1989, Salvador Dali mourait. Le voici en 1954 à New-York @MuseuDali #AFP pic.twitter.com/uMXf2fsemk
— AFP Archives (@AFParchives) 23 janvier 2017
Les 15 citations les plus renversantes de Salvador Dalí https://t.co/Af6zN9wfbZ pic.twitter.com/kTuab6Eh2l
— Vanity Fair France (@VanityFairFR) 23 janvier 2017
Christian Dior
La « loi mannequins » coincée au vestiaire
La loi doit, notamment, rendre obligatoire la visite médicale et instituer un indice de masse corporelle minimal pour les modèles.
Rien n’a changé sur les podiums de la Fashion Week qui s’ouvre ce matin à Paris. Les profils des mannequins qui défilent pour les plus grandes marques sont toujours les mêmes. Silhouettes filiformes, côtes parfois apparentes et minceur à tous les étages. Le 26 janvier 2016 a pourtant été promulguée la loi de santé dite « Marisol Touraine » dont deux articles, les 19 et 20, sont aujourd’hui connus comme la loi mannequins.
Ces deux articles applaudis par l’opinion publique devaient instituer la mention « photographie retouchée » dans les magazines ainsi que l’obligation d’une visite médicale et d’un indice de masse corporelle (IMC) minimal pour les modèles désirant exercer en France. Des mesures pour lutter contre le fléau de l’anorexie et une image de la femme, véhiculée par la mode, dangereuse pour la santé. Un an après, les décrets d’application de ces deux articles n’ont toujours pas été publiés au « Journal officiel », ce qui rend inapplicable cette loi .
Olivier Véran, candidat PS aux législatives dans l’Isère, ancien rapporteur de la loi à l’Assemblée nationale, se montre d’ailleurs très inquiet. « Je n’aimerais pas que l’on ait voté cette loi et qu’elle ne soit jamais appliquée. Si ça continue, les décrets ne seront jamais publiés avant la fin du quinquennat. Et il y a manifestement un frein quelque part », assure ce neurologue. « Le milieu de la mode, c’est la grande muette. Je ne souhaite pas que la concertation avec l’industrie noie le bébé », enchaîne-t-il. Au ministère de la Santé, on évoque seulement des freins technocratiques qui font que les deux articles ne seront pas publiés avant… le printemps. L’article 19 est dans les mains de la Commission européenne avant de repasser devant le Conseil d’Etat, et l’article 20 doit faire l’objet d’une consultation par le Conseil d’orientation des conditions de travail (COCT) avant d’être cosigné par les ministères du Travail et de la Santé !
Du côté de la profession, c’est l’omerta. Contactées ces derniers mois, les grandes agences de mannequins refusent de communiquer. Impossible de savoir si elles envisagent de modifier leurs habitudes. Motus et bouche cousue aussi à la sortie des podiums. Sous couvert d’anonymat, quelques mannequins avouent toutefois être au courant de cette loi mais n’ont pour autant rien changé à leurs habitudes alimentaires… ni à leurs mensurations.
Depuis les années 1990, les mannequins ont... par LeHuffPost








