Tom Ford et le parfum : dix ans de provocations sensuelles
Clivant, le designer texan ? C’est un euphémisme. Alors que son deuxième long-métrage déchaîne la critique, depuis dix ans déjà ses odeurs de cocaïne, d’ambre sensuel et de truffe passionnent les adeptes de sillages singuliers.
Sur les affiches dans le métro, forcément, les adjectifs sont dithyrambiques. « Électrisant », « magistral », « enivrant ». Dans les pages des journaux, les critiques de Nocturnal Animals, le nouveau film de Tom Ford (récompensé à la Mostra de Venise 2016) sont moins élogieuses. « Plein de clichés, esthétisme démodé », tranche notre confrère Éric Neuhoff.
Le couturier américain, homme de communication hors pair, a le talent de diviser. Sa collection de fragrances en atteste : en boutiques comme dans la rue, les gens adorent ou détestent ses notes sophistiquées d’ambre, de tabac ou d’oud, ses formules complexes souvent à contre-courant de la tendance. Exemple, en pleine mouvance gourmande, la récente série de quatre jus verts aux accents seventies à tomber (Private Blend).
« Nos clients ont tous un peu le même profil, des personnalités raffinées, des connaisseurs du parfum, rapporte une vendeuse. Ils ne veulent pas sentir comme tout le monde, et ce désir de différenciation frise la provocation. » Il en faut pour réclamer, sur un stand de grand magasin, « celui qui sent la cocaïne » - Tuscan Leather, un accord cuir, safran et framboise auquel Jay Z dit être accro dans sa chanson Tom Ford.
Moins cher qu’une Maserati
Ses briefs seraient parmi les plus intéressants du secteur
Derrière la provocation, adjuvant intéressant dans l’univers lisse de la parfumerie actuelle, le Texan fait preuve de flair. « Je suis né avec une passion pour le parfum. Je me souviens qu’à Santa Fe, quand j’étais enfant, je sentais tout, tout le temps », confie cet autodidacte qui assure que, lorsqu’on est passionné par quelque chose, on apprend facilement. Il dit encore, crâne: «Tout le monde ne peut pas s’offrir une Maserati, mais la plupart des gens peuvent acheter un flacon. »
En 2006, l’ancien directeur artistique de Gucci lance, avec le groupe Estée Lauder, Black Orchid. L’héroïne alanguie, la fiole sous influence Art déco et l’accord ténébreux - orchidée noire, truffe et cacao - plantent la mécanique Tom Ford Beauty : vintage, sensualité, luxe. Suivent des déclinaisons comme Velvet Orchid cet hiver, une ligne de maquillage (fards à paupières lamés, terre de soleil et rouges à lèvres carmin) mais, surtout, Private Blend, sorte de « laboratoire » : sa trentaine de formules unisexes, plus confidentielles, est ultracompartimentée par familles traditionnelles - cuirés, floraux, orientaux, tabacés, etc. - comme au temps de la grande époque de la parfumerie, dont Tom Ford est nostalgique. Il ne les cite pas, mais collabore avec plusieurs nez, dans différentes maisons (Robertet, IFF…). Et selon les professionnels, ses briefs seraient parmi les plus intéressants du secteur.
« Les parfumeurs aiment travailler avec moi car je ne fais pas de tests marketing, je leur dis : “Montrez-moi quelque chose que vous aimez”, explique le designer. Quand quelqu’un crée pour vous, l’essentiel est de l’inspirer. Alors, à ce moment-là, vous obtenez des merveilles. » Dans la liste, citons Neroli Portofino, une fleur d’oranger devenue un must du genre, l’oriental sexy Jasmin Rouge ou encore Tobacco Vanille, le préféré des gentlemen avec ses notes cognac, tabac et pain d’épices.
Ci-dessus : Photos Terry Richardson pour Tom Ford
Polanski, un président qui dérange
Le réalisateur Roman Polanski présidera la cérémonie des Césars.
Par Renaud Baronian
A peine annoncé, déjà contesté. L’Académie des Césars a informé hier, via Twitter, que l’édition 2017 de la cérémonie, qui se tiendra le 24 février, sera présidée par le cinéaste franco-polonais Roman Polanski, 83 ans. Des réactions indignées sont apparues dans la foulée sur le même réseau social, avec un hashtag #BoycottCésar. Un appel au boycott de la cérémonie présidée par un homme toujours poursuivi par la justice américaine et fiché par Interpol pour le viol d’une mineure de 13 ans, il y a presque quarante ans, le 10 mars 1977. Polanski, alors installé aux Etats-Unis, avait été accusé par la jeune Samantha de violences sexuelles au cours d’une séance photo. Le réalisateur, après une incarcération de quarante-sept jours, avait plaidé coupable pour une accusation de « relations sexuelles illicites avec un mineur ». Il s’est enfui en France lorsque le juge a requalifié le crime en viol, ce qui entraînait le risque d’une peine de prison beaucoup plus longue.
Un appel au boycott
Depuis, il n’a jamais remis les pieds aux Etats-Unis, malgré des demandes d’extradition répétées de la justice américaine. Ces dernières années, plusieurs épisodes ont relancé l’affaire : Polanski, en déplacement en Suisse ou en Pologne, a été assigné à résidence sur place dans l’attente de jugements visant à son extradition, avant que les pays en question refusent finalement de le renvoyer aux Etats-Unis. Depuis, le cinéaste — qui s’est marié en 1989 avec Emmanuelle Seigner, avec qui il a eu deux enfants — s’est excusé en privé auprès de la victime, et cette dernière a demandé par deux fois à la justice de son pays de mettre fin aux poursuites contre le réalisateur. Si le cinéaste a été souvent honoré, notamment pour « le Pianiste », Palme d’or en 2003, récompensé aux Oscars et aux Césars, l’affaire ne cesse de le poursuivre. Toute la journée d’hier, les réseaux sociaux ont relayé l’appel au boycott. Avec des commentaires du type : « Quelle idée de choisir un violeur pour présider la cérémonie. Pas de quoi être fiers ». Contactée hier, l’Académie des Césars est restée silencieuse.
L’envers du Dakar – ce soir à 20:55 sur France 4
Le Dakar, qui s’est terminé samedi, joue les prolongations avec cette immersion aux côtés de ceux qui ont fait de cette dernière édition une course unique au monde. D’Asuncion au Paraguay à Buenos Aires en Argentine, on suit le périple du pilote moto John Comoglio, qui a disputé son premier Dakar, ou de Florence Pommerie, la médecin-chef, ou encore d’Etienne Lavigne, qui supervise la compétition. On découvre le travail des équipes de France Télévisions. Des paysages à couper le souffle et de belles histoires humaines. M.Z.



















