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Jours tranquilles à Paris

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24 mai 2020

Ali Mahdavi - photographe

ali

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24 mai 2020

Enquête - Coronavirus : ce que les grandes épidémies disent de notre manière d’habiter le monde

Par Anne Chemin - Le Monde

Comme la peste ou la grippe espagnole, le Covid-19 a envahi le monde en épousant les déplacements des hommes. S’il l’a fait, cette fois, à la vitesse de l’éclair, c’est parce que la planète est devenue une nébuleuse urbaine hyperconnectée.

C’est une carte animée de la Chine qui donne le vertige. On y voit d’immenses flux de petits points verts se déplacer en étoile autour des métropoles : fondés sur les données de géolocalisation des téléphones portables, ces mouvements enregistrés pendant le Nouvel An chinois retracent les centaines de millions de voyages qui ont permis au coronavirus de conquérir la Chine depuis la ville de Wuhan. Au milieu du nuage de points verts, figurent nombre de petits points rouges – ce sont, précise le New York Times, les personnes infectées par le SARS-CoV-2.

Le graphique suivant n’est guère plus rassurant : cette fois, les dizaines de milliers de points se dirigent vers Tokyo, Manille, Milan, Dubaï, Athènes, Buenos Aires, Islamabad, Los Angeles, Moscou, Singapour et Hongkong. En ce mois de janvier 2020, le New York Times recense 900 trajets par mois vers New York, 2 000 vers Sydney, 15 000 vers Banghok. Lorsque les vols au départ de Wuhan sont suspendus, fin janvier, il est déjà trop tard : les liaisons aériennes qui quadrillent le monde ont permis au virus de s’implanter sur tous les continents. « Dès la fin janvier, l’épidémie est présente dans plus de 30 villes et 26 pays », précise le quotidien.

« Ce n’est pas le virus, c’est l’homme qui fait l’épidémie »

Pour l’immunologue Norbert Gualde, professeur à l’université de Bordeaux, ces graphiques illustrent à merveille le mécanisme des épidémies. « Ce n’est pas le virus, c’est l’homme qui fait l’épidémie, rappelle-t-il. Le virus est sédentaire : il n’a aucun moyen de locomotion. Pour se déplacer, il lui faut passer de corps en corps. C’est ce qu’exprime l’étymologie du mot épidémie : le terme est emprunté au latin médical “epidemia”, lui-même issu de la racine grecque “epidemos” – “epi”, qui circule, “demos”, dans le peuple. »

La carte du New York Times aurait sans doute stupéfié les médecins qui, de la Renaissance au XIXe siècle, invoquaient au contraire la toute-puissance du « genius loci » (génie des lieux). « Ils croyaient fermement que l’apparition épidémique de certaines maladies était la conséquence des influences telluriques et cosmiques sur une région déterminée », souligne l’historien de la médecine Mirko Drazen Grmek (1924-2000), en 1963, dans Les Annales. A l’époque, nul ne redoutait les épidémies mondiales : l’heure était au contraire à la recherche des « conditions géographiques et astrales » qui engendraient, dans chaque lieu, des maladies singulières.

Cette tradition de la « topographie médicale » atteint son apogée au XVIIIe siècle avant de décliner à la fin du siècle suivant. Les découvertes de Louis Pasteur (1822-1895) et de Robert Koch (1843-1910) sur les micro-organismes pathogènes et leur contagion donnent le coup de grâce à une discipline qui souffre, selon Mirko Drazen Grmek, de son « caractère trop général » et de ses « synthèses précipitées ». Dès la fin du XIXe siècle, l’hygiéniste américain John Shaw Billings (1838-1913) n’hésite d’ailleurs pas à moquer ses confrères : il compare leur simplisme et leur naïveté à celle de chimistes qui voudraient analyser la composition d’un rat en le mettant tout entier dans un vase d’expérience.

« Un passager clandestin planétaire »

Le Covid-19 montre en effet que si les maladies contagieuses apparaissent plus aisément sous certains cieux, elles restent rarement prisonnières des « topographies médicales » imaginées aux XVIIe et XVIIIe siècles. Comme ses prédécesseurs, le SARS-CoV-2 s’est promené dans le vaste monde au gré des voyages des hommes : il est monté avec eux dans les trains, a emprunté des vols long-courriers, a séjourné dans des bateaux de croisière, a pris des autobus de banlieue. Le coronavirus est un « passager clandestin planétaire » qui suit pas à pas nos déplacements, résume le géographe Michel Lussault : comme toutes les épidémies, il raconte les allées et venues des hommes.

Née en Chine, la « peste noire » met ainsi plus d’une quinzaine d’années, au Moyen Age, pour atteindre l’Europe. Apparu au début des années 1330, le mal emprunte, au rythme des déplacements humains, les routes commerciales entre l’Asie et l’Europe jusqu’à Caffa, un comptoir génois de Crimée où se joue le « futur drame de l’Occident », notent Stéphane Barry et Nobert Gualde dans La Peste noire dans l’Occident chrétien et musulman (Ausonius, 2007). En 1345-1346, un chef militaire qui assiège la ville jette par-dessus l’enceinte des cadavres pestiférés. « Si certains historiens s’interrogent sur la véracité de cet événement, il est certain qu’une terrible épidémie éclate parmi la population. » En 1346, plusieurs navires partis de Caffa répandent alors la peste dans toute l’Europe.

Le mal se propage au fil des mois sur les côtes de la mer Noire, en Grèce, en Crète, à Chypre, avant de débarquer, le 1er novembre 1347, dans le port de Marseille. Il emprunte ensuite les voies commerciales terrestres et fluviales : la peste franchit les Alpes, frappe la Suisse et progresse vers l’Allemagne et les Pays-Bas. En Europe du Nord, elle traverse à nouveau la mer pour se répandre en Angleterre, puis, en 1349, en Irlande et en Ecosse. En 1350, elle atteint la Scandinavie, puis tout l’espace hanséatique, avant de toucher Moscou en 1352.

Routes commerciales et conflits militaires

Si les épidémies empruntent volontiers les routes commerciales tracées par les hommes, elles savent aussi tirer habilement parti des conflits militaires. Lors de la guerre de 1870-1871, les troupes françaises et prussiennes disséminent ainsi la variole sur l’ensemble du territoire. « Pendant l’année 1869 et le commencement de 1870, les épidémies demeurèrent locales ou ne se propagèrent, par voisinage, qu’à de très courtes distances, constate, en 1873, Paul-Emile Chauffard, rapporteur de l’Académie de médecine. Mais lorsque la guerre amena ce grand mouvement de population qui suivit nos premiers désastres, l’épidémie reprit de toutes parts une nouvelle intensité. »

Pendant le conflit, les soldats du Second Empire contaminent en effet les populations civiles. « Ils promènent la variole partout avec eux et les populations fuyant le flot envahisseur l’entraînent avec elles dans des retraites où elle n’avait pas encore sévi », poursuit Paul-Emile Chauffard. Une fois faits prisonniers, les militaires français exportent le virus dans les pays frontaliers. « A mesure des batailles perdues, ils sont envoyés dans des camps en Prusse, raconte, en 2011, l’historien des sciences Gérard Jorland dans la revue Les Tribunes de la santé. La population civile allemande, par le biais de ses interactions avec les prisonniers, est contaminée. »

Les réfugiés de Sedan propagent l’épidémie en Belgique, où elle fait plus de 33 000 morts en 1870-1872. Les volontaires italiens qui ont combattu en Côte-d’Or l’implantent à Naples, Milan, Turin et Gênes en rentrant chez eux. Les Français qui fuient les combats emportent le virus en Angleterre, où il provoque plus de 40 000 morts en 1871-1872. De ces pays, l’épidémie se répand en Irlande, en Ecosse, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Autriche et en Russie avant de conquérir les Etats-Unis, le Japon, le Chili, Hawaï, l’Australie, Bornéo, Ceylan et l’Inde. Dans la seule Europe, l’épidémie fait 500 000 morts.

Une cinquantaine d’années plus tard, au début du XXe siècle, c’est une nouvelle fois la guerre qui précipite la diffusion planétaire de la grippe espagnole. « L’épidémie, qui est repérée au Kansas au début du printemps 1918, franchit l’Atlantique grâce au premier conflit mondial, explique le géographe Freddy Vinet. La progression du virus suit les mouvements de troupes : au printemps 1918, les soldats américains envoyés sur le front diffusent le virus dans toute l’Europe, et à l’automne 1918, les militaires engagés sur le sol européen retournent chez eux en disséminant cette fois le virus dans les territoires coloniaux et les pays alliés. »

Une guerre éclair

Dans La Grande Grippe-1918, la pire épidémie du siècle (Vendémiaire, 2018), Freddy Vinet reconstitue en détail l’itinéraire de cette épidémie qui a fait plus de victimes que la première guerre mondiale. « Pour un virus se transmettant par voie respiratoire, les déplacements de troupes à l’échelle du globe sont une aubaine, explique-t-il. En 1918, plus de vingt pays sont en guerre, auxquels s’ajoutent les empires coloniaux – la quasi-totalité de l’Afrique, les Indes britanniques, les Indes Orientales néerlandaises (Indonésie), la Caraïbe… Les seuls recoins de la planète épargnés par le virus le doivent à leur isolement ou à des quarantaines strictes. »

Comme le bacille de la peste ou le virus de la grippe espagnole, le SARS-CoV-2 a envahi la planète en se glissant discrètement dans les bagages des hommes. Mais il l’a fait à une tout autre allure : la peste médiévale avait mis près de vingt ans pour passer des terres mongoles au port de Marseille, et le virus de la grippe espagnole, une année pour se répandre sur toute la Terre. Le coronavirus a, lui, mené une guerre éclair : apparu au mois de décembre en Chine, il a franchi les frontières et les océans à une vitesse foudroyante. Le 8 mars, plus de 100 pays avaient déjà signalé des cas de Covid-19.

Que nous disent ces épidémies de la géographie du monde ? En quoi témoignent-elles de notre manière d’habiter la planète ? La « peste noire » médiévale racontait la vitalité des routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, et la grippe espagnole, l’ampleur des transports de troupes pendant la première guerre mondiale. Pour le géographe Michel Lussault, le SARS-CoV-2 est le signe que notre monde est devenu un « buissonnement d’interdépendances géographiques » : le moindre événement local se diffuse désormais sans délai à l’ensemble de la planète à la manière du battement d’ailes du papillon évoqué en 1972 par le météorologue Edward Lorenz.

LE CORONAVIRUS REMET FRONTALEMENT EN QUESTION NOS MODES DE VIE

Pour l’économiste Laurent Davezies, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, le coronavirus remet frontalement en question nos modes de vie. « Tout ce que nous considérions il y a encore quelques mois comme vertueux est devenu vicieux. La mondialisation a fait reculer la pauvreté comme jamais dans l’histoire de l’humanité mais elle a précipité l’extension de l’épidémie. La densité urbaine des métropoles a boosté l’innovation technologique mais elle a favorisé les contaminations. Le SARS-CoV-2 nous montre que la concentration et la mobilité qui régissent désormais la planète peuvent engendrer de graves périls. »

Si les hommes se sont toujours déplacés, le monde contemporain est en effet caractérisé par une explosion mobilitaire sans précédent. « Tout bouge, sans cesse : objets, marchandises, matières, données, informations, humains, animaux, et tout emprunte des voies innombrables – terrestres, maritimes, aériennes, satellitaires, filaires, constatent Michel Lussault et Cynthia Ghorra-Gobin, en 2015, dans la revue Tous urbains (PUF). Tout est sans cesse en contact avec tout et cela témoigne de la vigoureuse montée en puissance des pratiques mais aussi des imaginaires et des cultures de la connectivité. »

Les déplacements à l’intérieur des frontières ont beaucoup augmenté : un Français parcourt en moyenne près de 15 000 kilomètres par an contre moins de 10 000 en 1980. Le nombre de voyages à l’étranger a, lui aussi, explosé : en 2018, près de 1,5 milliard d’individus ont, au cours de l’année, franchi une frontière pour effectuer, loin de leur domicile, un séjour de moins d’un an, ce qui représente une progression de 50 % en une décennie. La tendance à franchir toujours plus les frontières n’est ni une mode ni une anomalie, résume François Héran, professeur au Collège de France : c’est une « lame de fond ».

Les marchandises, elles aussi, ne cessent de se déplacer

Pour Laurent Davezies, cette mobilité représente une « transformation radicale ». « Pendant des siècles, les Français avaient été assignés à résidence dans un territoire. Mais aujourd’hui, tout a changé : selon le sociologue Jean Viard, le travail, entre la naissance et la mort, ne représente plus que 12 % à 13 % de notre vie. L’immense plage de temps libéré par ce recul des contraintes professionnelles est consacrée à des activités qui supposent des déplacements – faire des études à l’étranger, visiter une ville pendant les vacances, partir en week-end, effectuer des visites familiales pendant la retraite. »

Les marchandises, elles aussi, ne cessent de se déplacer. Dans un livre publié en 1996, Mondialisation, villes et territoires (PUF), l’économiste Pierre Veltz décrivait les rouages de l’« économie d’archipel » composée par le réseau planétaire des grandes régions urbaines. « Ces métropoles concentrent l’essentiel des flux de toute nature, et notamment ceux d’une production industrielle de plus en plus éclatée, explique-t-il. Pour fabriquer une brosse à dents électrique, les piles viennent de Tokyo, l’assemblage est fait à Shenzhen et les tests aux Philippines. L’acier vient de Suède et le plastique d’Autriche. Au total, les composants parcourent plus de 30 000 kilomètres par air, par mer ou par route, avant de servir le marché californien. »

Dans cette nébuleuse hyperconnectée qu’est devenu le monde, les villes jouent un rôle capital. L’urbanisation de la planète est, selon Michel Lussault, une mutation comparable à celle du néolithique ou de la Révolution industrielle : aujourd’hui, plus de 4 milliards de personnes vivent en ville – et toutes ces zones urbaines sont reliées. « Loin de se réduire à un centre historique et à un quartier d’affaires, la métropole contemporaine doit plutôt s’appréhender comme un entrelacs de réseaux qui mettent quotidiennement en relation des lieux de formes, de tailles et de fonctions très diverses », analysent le géographe Eric Charmes et le politiste Max Rousseau dans un article publié sur le site de la Vie des idées.

Cette révolution ne s’est pas contentée d’engendrer des « world-cities » comme New York, Londres ou Tokyo : elle a également fait disparaître les frontières qui séparaient les villes des campagnes. « Aujourd’hui, en France, le monde rural est habité par des gens qui sont en relation permanente avec le monde urbain, souligne Laurent Davezies. La moitié des actifs qui vivent à la campagne travaillent en ville et tous fréquentent des circuits de consommation situés dans des territoires urbanisés. Les va-et-vient sont permanents – au point que certains géographes ont renoncé à utiliser les termes rural et urbain : ils parlent simplement d’une variation de la densité. Il n’y a pas de changement radical de mode de vie entre ces deux mondes. »

Le bouleversement des pratiques sociales

Selon le géographe et urbaniste Jacques Lévy, cette culture mondiale de la mobilité a provoqué un véritable changement d’échelle du monde. « A l’époque de la peste médiévale, les villageois se déplaçaient dans un réseau, comme nous, mais à l’échelle de la marche ou du cheval, explique le professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. La modernité a inventé un espace d’échelle mondiale à partir des espaces préexistants d’échelle inférieure. Certaines civilisations anciennes avaient imaginé sans y croire qu’un jour, elles pourraient se pencher au-dessus d’une corniche pour regarder l’ensemble du monde. Nous y sommes. »

Le plus étrange, poursuit Jacques Lévy, c’est que cette stupéfiante mutation s’est accomplie en l’absence de révolution des transports. « Les voitures et surtout les avions ne vont pas tellement plus vite que dans les années 1950, constate-t-il. L’explosion des mobilités n’est donc pas liée au changement de la vitesse nominale des transports mais au bouleversement des pratiques sociales. A l’époque préfordiste, la mobilité était pendulaire – elle se résumait aux trajets domicile-travail. Avec le fordisme, s’y sont ajoutés des voyages liés aux vacances et aux loisirs. Aujourd’hui, le trajet domicile-travail ne représente plus que 20 % des déplacements. »

Pour illustrer ce changement d’échelle, Jacques Lévy, Ogier Maître et Thibault Romany ont imaginé en 2016, dans la revue Réseaux, une nouvelle manière de cartographier le monde. A la métrique euclidienne classique – la distance kilométrique entre deux points –, ils ont substitué, pour 35 villes de plus de dix millions d’habitants, une « métrique de réseau » fondée sur le temps de transport entre les mégapoles. Cette carte ne cherche pas à représenter la topographie physique : elle s’efforce de dessiner les nouvelles lignes de force de l’espace mondial, faites de « réseaux et plus particulièrement de rhizomes ».

Le concept de rhizome

Inventé en 1980, par Gilles Deleuze et Félix Guattari, le concept de rhizome désigne des réseaux aux frontières floues dont les éléments s’influencent en permanence les uns les autres. Depuis la fin du XXe siècle, les « rhizomes ouverts de l’individu, urbain et mondialisé, contemporain » ont remplacé les « petits pays enclavés du paysan », conclut l’article. « Notre carte fait apparaître des ensembles que les transports ont rapprochés, même s’ils restent éloignés en kilomètres, ajoute Jacques Lévy. Cette trame du monde qui met en exergue les lieux forts et les liens rapides correspond parfaitement à la géographie de l’épidémie : le coronavirus colle à la planète interconnectée. »

C’est en effet en parcourant ces rhizomes que le coronavirus a conquis le monde à la vitesse de l’éclair. Il ne s’est pas contenté d’emprunter les avions, les bateaux ou les trains : il a prospéré dans les espaces publics interconnectés du monde contemporain que sont les gares, les stades de foot ou les galeries marchandes, ces lieux de sociabilité intense où les hommes se frôlent avant de se connecter à un autre pôle, un autre réseau, une autre ramification. « A l’échelle mondiale, l’infrastructure spatiale de cette épidémie, ce sont les hubs – les hubs stricto sensu que sont les aéroports, mais aussi les centralités plus spécialisées que sont, par exemple, les centres commerciaux », résume Jacques Lévy.

Avec la pandémie de Covid-19, la planète urbanisée et hyperconnectée de ce début de XXIe siècle s’est révélée extrêmement vulnérable : pour un virus aussi contagieux que le SARS-CoV-2, les flux, les rhizomes, les plates-formes, les liens et les réseaux constituent un véritable paradis. La lutte contre le coronavirus a donc imposé aux habitants de la planète un revirement radical : il a fallu immobiliser brutalement un monde qui vénérait depuis des décennies le principe de la mobilité. Reprendra-t-il, une fois que la pandémie sera vaincue, sa folle course – au risque de voir renaître de nouvelles épidémies ? Nul ne le sait encore.

23 mai 2020

Autoportraits dans la Galerie Templon

MOI autoportrait (1)

MOI autoportrait (3)

MOI autoportrait (4)

23 mai 2020

Vu sur internet

mayhem

23 mai 2020

Quand l’Arabie saoudite profite du Covid-19 pour faire de bonnes affaires

mbs

L'Arabie saoudite a investi plus de sept milliards de dollars dans des secteurs aussi différents que l'aéronautique, l'internet, le tourisme ou encore l'industrie pharmaceutique.

Texte par : Sébastian SEIBT

Depuis le début de la crise du Covid-19, Riyad a investi plus de sept milliards de dollars dans des entreprises aussi différentes que des compagnies aériennes, des groupes pétroliers, un club de foot ou encore une chaîne d’hôtels. Point commun entre la plupart de ces groupes : ils ont été particulièrement fragilisés par les conséquences de la pandémie.

Quel est le point commun entre le club de foot de Newcastle, la compagnie pétrolière britannique BP, Facebook, le groupe pharmaceutique américain Pfizer ou encore Walt Disney ? Toutes ces structures sont sur la liste de shopping du fonds souverain saoudien (PIF - Public investment fund) qui a multiplié les investissements depuis le début de la pandémie de Covid-19. Il a dépensé 7,7 milliards de dollars en trois mois dans l’espoir de faire des bonnes affaires sur le dos des difficultés financières des entreprises en cette période de marasme économique, a rapporté le Financial Times, dimanche 17 mai.

Parmi ses paris les plus importants, le bras financier de Riyad a misé 827,8 millions de dollars sur BP et 713,6 millions de dollars sur le constructeur aéronautique américain Boeing, particulièrement affecté par l’effondrement des transports internationaux, selon des documents financiers transmis aux autorités boursières américaines, consultés par le Financial Times.

Des investissements dès début avril

Les cibles choisies par le PIF, qui disposent d’un trésor de guerre de 325 milliards de dollars, révèlent un opportunisme à tout épreuve de la part des investisseurs saoudiens. Transport aérien, pétrole, sport, ou encore hôtellerie - avec l’achat de participations dans la chaîne d’hôtels Marriott... Autant de secteurs qui ont particulièrement souffert en cette période de confinement. Le fonds a également acquis des parts pour un peu moins d’un milliard de dollars dans l’opérateur de croisière américain Carnival et la promoteur californien de concert Live Nation, deux sociétés dont le cours de l’action en Bourse s’est effondré depuis le début du confinement.

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23 mai 2020

Anna Johansson et Miss Feifei

anna et lei lei

23 mai 2020

A Riyad, les fils de Jamal Khashoggi offrent leur pardon aux assassins de leur père

Benjamin Barthe - Le Monde

Les peines de mort prononcées contre des membres du commando ne seront pas appliquées

BEYROUTH - correspondant

jamal

Les fils de Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien tué en octobre 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul, ont pardonné aux assassins de leur père. La décision a été rendue publique vendredi 22 mai par Salah Khashoggi, le fils aîné de l’ancien chroniqueur du Washington Post, qui réside en Arabie saoudite. « Nous, les enfants du martyr Jamal Khashoggi, annonçons que nous pardonnons à ceux qui ont tué notre père, car nous aspirons à être récompensés par Dieu tout-puissant », a écrit le trentenaire sur Twitter.

En conséquence, les cinq peines de mort prononcées en décembre 2019 contre des membres du commando d’Istanbul, au terme d’un procès conduit dans des conditions d’opacité quasi totale, ne seront pas appliquées. Les agents saoudiens qui ont séquestré Jamal Khashoggi dans la représentation du royaume sur le Bosphore, où il venait remplir des formalités en vue d’un remariage, puis qui l’ont étouffé et ont coupé son corps en morceaux, pourraient même être libérés, à court ou à moyen terme.

Célèbre signature de la presse saoudienne, parti en exil en 2017 aux Etats-Unis, le journaliste chroniquait pour le quotidien américain la dérive autoritaire de Mohammed Ben Salman, dit « MBS », le prince héritier et homme fort d’Arabie saoudite. Son assassinat, longtemps nié par Riyad, puis présenté comme une arrestation, menée par des éléments hors contrôle, qui aurait mal tourné, a déclenché une vague d’indignation planétaire. Ce scandale a déstabilisé le royaume sur la scène internationale et fortement terni la réputation de « MBS », désigné par l’Agence centrale de renseignement (CIA) comme le probable ordonnateur de l’opération.

« Une parodie de justice »

Les dirigeants de Riyad n’ont pas réagi à l’annonce de la famille Khashoggi. Mais la presse gouvernementale présente leur pardon comme un simple geste charitable, une bonne action, conforme à la tradition islamique, habituelle pendant le mois sacré de ramadan. « C’est un droit que la famille détient selon la charia [loi islamique], cela signifie principalement que les assassins éviteront la peine capitale », a estimé sur Twitter Ali Shihabi, un analyste saoudien proche du gouvernement.

Beaucoup d’observateurs doutent cependant du caractère spontané de cette décision. En avril 2019, le New York Times avait révélé que les autorités saoudiennes avaient offert des propriétés d’une valeur de plusieurs millions de dollars aux enfants du défunt. Selon le quotidien américain, ce cadeau, démenti par les intéressés, visait à acheter leur docilité.

Les verdicts de décembre, qui écartaient la thèse de la préméditation – à rebours de tous les éléments apportés par l’enquête de l’experte onusienne Agnès Callamard, comme le fait que le commando d’Istanbul était équipé d’une scie à os −, ouvraient la possibilité du pardon.

Aux yeux des défenseurs des droits de l’homme, en l’octroyant, probablement sous pression, les fils Khashoggi paraissent se conformer à un scénario préécrit, destiné à enterrer progressivement l’affaire. « Les fils de Jamal Khashoggi auraient pu simplement exhorter le gouvernement saoudien à ne pas exécuter les hommes qu’il a désignés comme boucs émissaires de l’assassinat de leur père, sans pardonner implicitement le haut responsable qui a ordonné cet assassinat », a jugé sur Twitter Kenneth Roth, le président de Human Rights Watch.

Sur Facebook, Agnès Callamard, dont le rapport appelait à l’ouverture d’une enquête internationale, a publié un communiqué cinglant. « Les autorités saoudiennes jouent ce qu’elles espèrent être le dernier acte d’une parodie de justice (…), devant une communauté internationale, qui est beaucoup trop disposée à se laisser duper », a-t-elle écrit. Dans son texte, la rapporteuse des Nations unies pour les exécutions extrajudiciaires appelle à s’opposer à la tenue à Riyad du prochain sommet du G20. Cet événement, prévu en novembre, pourrait faciliter le retour en grâce de Mohammed Ben Salman.

« Nous ne pardonnerons jamais les assassins ni ceux qui ont ordonné l’assassinat », insiste pour sa part Hatice Cengiz, la fiancée de Jamal Khashoggi, de nationalité turque. Pourtant, il n’est pas impossible que les exécutants d’Istanbul recouvrent la liberté. Leur sort est désormais entre les mains des juges saoudiens qui pourraient aussi bien commuer la sentence initiale en peine de prison, d’une durée à déterminer, que les relâcher.

« Je m’attends à ce qu’ils soient libérés, soit immédiatement, soit après une brève incarcération, de quelques années, prédit Yahya Al-Assiri, le directeur de l’ONG de défense des droits de l’homme saoudienne Al-Qst, basée à Londres. Depuis le début de cette histoire, le système judiciaire du royaume fonctionne de travers. »

23 mai 2020

Boite aux lettres....en Bretagne

boite aux lettres

23 mai 2020

EDITORIAL "LE MONDE"

Hongkong et l’affrontement sino-américain

Le principe « un pays, deux systèmes », qui régit depuis 1997 les relations entre la Chine et Hongkong, vit ses dernières heures. L’Assemblée populaire nationale chinoise devrait approuver, jeudi 28 mai, un projet de loi imposant à Hongkong une loi sur la « sécurité nationale ». Prévu par l’article 23 de la mini-Constitution de Hongkong, ce texte dispose l’interdiction de tout acte de trahison, de sécession, de sédition et de subversion contre la Chine. Il n’avait jamais été formellement introduit, en raison de la très forte opposition des Hongkongais, qui le jugent liberticide.

Un an après d’immenses manifestations pacifiques contre le projet de loi visant à favoriser les extraditions vers Pékin, six mois après des élections marquées par un raz-de-marée démocrate, les dirigeants chinois ont décidé de passer outre et d’imposer à Hongkong une loi dont ses habitants ne veulent surtout pas. Le message est simple : Hongkong, c’est la Chine. Seul Pékin est à même de dire ce qui relève encore des « deux systèmes ».

Xi Jinping montre surtout ici qu’il est dans une impasse. Depuis un an, les dirigeants chinois ont multiplié les faux pas à propos de Hongkong, transformant un mouvement de protestation à l’origine limité en une révolte contre le régime communiste. Des milliers de jeunes ont été arrêtés, quelques-uns incarcérés, et la jeunesse de Hongkong n’a plus rien à perdre. Elle ne manifeste pas pour des jours meilleurs, mais contre un avenir qui ne peut, pour elle, être que pire. L’introduction d’une loi de sécurité nationale ne ramènera évidemment pas le calme.

Jusqu’où est prêt à aller Pékin ? Un nouveau raidissement du régime serait malheureusement la suite logique d’une politique qui assimile toute contestation à une « sédition », et tout dialogue à une faiblesse. L’Occident, de son côté, paraît à court de solutions. En multipliant ces derniers mois les provocations à l’égard de Pékin dans tous les domaines, Washington s’est décrédibilisé. Plus la Maison Blanche prétend venir en aide aux démocrates hongkongais, plus la population chinoise soutient son gouvernement. L’argument de Pékin selon lequel les démocrates de Hongkong sont « manipulés » par les Etats-Unis n’est pas crédible, mais l’utilisation des contestataires par l’administration Trump a sérieusement nui à leur cause. Le nouveau coup de force de Pékin est tout autant la réponse à Donald Trump d’un pouvoir chinois devenu nationaliste, qu’une action destinée à ramener le calme à Hongkong.

Vendredi 22 mai, Josep Borrell, le haut représentant de l’Union européenne pour la politique extérieure, a rappelé l’« attachement » de l’Union européenne au principe « un pays, deux systèmes », qui permet à Hongkong de bénéficier d’un « haut degré d’autonomie ». Il a souligné « l’importance de la préservation du débat démocratique » et du respect des droits de l’homme. Mais l’Europe, hélas, ne semble pas en mesure de faire entendre la voix de la raison à Pékin.

Lorsque la Grande-Bretagne a rétrocédé Hongkong à la Chine, le 1er juillet 1997, le monde était relativement optimiste, convaincu que la Chine et l’Occident allaient se rapprocher. Hongkong devait être l’un des moyens de ce rapprochement. Un quart de siècle plus tard, c’est malheureusement l’inverse qui s’est produit. Hongkong est devenu le symbole de la difficile cohabitation entre deux systèmes de plus en plus antithétiques.

23 mai 2020

Parc éolien en Baie de Saint-Brieuc, les pêcheurs manifestent contre l'avis du préfet

erquy

Les pêcheurs d'Erquy n'ont pas hésité à braver l'interdiction du préfet des Côtes d'Armor à manifester. Opposés à l'implantation du parc éolien en Baie de Saint-Brieuc, ils ont, ce samedi matin, échoué leurs bateaux sur la plage du centre-ville.

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