Vu du Liban - En période de confinement, ouvrir un livre “dédramatise le présent”
L’ORIENT-LE JOUR (BEYROUTH)
Ces temps de confinement, nous dit la romancière et essayiste libanaise Dominique Eddé dans un texte publié par L’Orient-Le Jour, nous incitent à ralentir et à la réflexion. Et “qui sait si cette bataille collective contre la mort n’aura pas le pouvoir de porter un coup, au moins provisoire, aux batailles qui sèment la mort ?”
Lire un livre, c’est prendre congé. C’est entrer dans un temps long qui n’est pas celui de la montre. Pour certains d’entre nous, la décision d’ouvrir un livre est, en ce moment, la meilleure qui soit pour faire entrer de la vie dans un quotidien immobile. Pour d’autres, cet effort de concentration ajoute au contraire de la peur à la peur. Il s’apparente à un confinement dans le confinement.
Dans la mesure où le temps du dehors n’est plus un repère, le quitter deux fois – l’une obligée, l’autre choisie – donne le sentiment d’être doublement à la porte. C’est pourtant de l’inverse qu’il s’agit. À l’heure où la planète tourne au ralenti, lire – par exemple un grand roman –, c’est voir émerger insensiblement le temps commun de tous les temps. C’est une opération qui dédramatise le présent, qui le rejette comme un poisson dans l’océan d’où il vient.
Les heures de silence
Qui sait, par ailleurs, si, à la faveur de cette panne générale, des merveilles d’ouvrages oubliés, enterrés, ne reverront pas le jour ? Tandis que d’autres, fabriqués par la mode, iront aux oubliettes… Je viens d’en faire l’expérience. En 1934 paraissait un livre splendide, passé presque inaperçu, aujourd’hui introuvable sur papier : Les Heures de silence, de Robert de Traz. Essayiste et romancier suisse, cet homme alors âgé de cinquante ans s’était rendu un an plus tôt en funiculaire dans un sanatorium destiné aux tuberculeux. Il avait choisi de vivre un temps parmi eux, de les écouter, de se tenir au plus près de leur solitude.
En a résulté un ouvrage d’une profondeur inouïe, calqué de bout en bout sur la lenteur, sur le temps hors le temps des voix et des visages évoqués. C’est peu dire que la relecture de ce livre, découvert il y a quarante ans, m’a procuré un troublant sentiment de présent – de présence – en cette période d’isolement planétaire. Écrit dans une langue aussi fine que limpide, s’adressant au lecteur comme on s’adresse à soi-même, prélevant l’essentiel de ce qui mène un destin de la maladie à la guérison ou à la mort, ce livre est moins un livre qu’un ineffaçable morceau de vie.
Plutôt que de le paraphraser et de recouvrir son calme d’un bruit inutile, en voici un extrait : “Pour L, le drame est dans l’actuel et total divorce d’avec l’existence libre : son effort consiste à ne pas la perdre de vue, à la rattraper par ses extrémités fuyantes, comme un noyé se raccroche à un bout de corde. En dehors d’autres recours dont il ne me parle pas, L ‘rejoint’ la vie par l’attention qu’il donne aux choses humbles et concrètes de son entourage. Privé de la forêt et du lac, reclus, ce mystique s’intéresse à tout ce qu’il a sous la main de plus usuel, de plus banal, et à cette réalité dédaignée, il restitue, rien qu’à la considérer longuement, un caractère solennel. Sur sa table, je m’empare des dernières photographies qu’il a prises. En voici une qui représente une paire de grosses chaussures : fatiguées, déjetées, mais robustes encore, les rides de leurs plis, la rudesse de leurs clous racontent d’innombrables marches en montagne : elles ont l’air d’un couple que la vie a usé et fortifié à la fois, et qui se souvient… Quiconque prend la peine d’abandonner son point de vue personnel découvre de nouveaux rapports. Il suffit de se déplacer un peu, de se diminuer volontairement.”
“Un tout petit rayon de soleil sur une lampe”
Et si la Terre en ce mois de mars 2020 était comparable à ce sanatorium du siècle dernier ? Si c’était de cette “peine”, de cet effort de déplacement qu’il s’agissait pour chacune, chacun de nous à l’heure qu’il est ? Par une heureuse coïncidence, mon amie photographe Sarah Moon me dit au téléphone alors que je lisais les dernières pages de ce livre : “Ma vie était un marathon. Une course. Et soudain, tout s’arrête, tout m’arrive. J’habite cette maison depuis quarante ans et je m’aperçois aujourd’hui que je ne m’étais jamais assise sur le sofa à quatre heures de l’après-midi. Je viens de voir un tout petit rayon de soleil sur une lampe et ça m’a fait un bien ! Un bien ! J’ai vu ce que je ne voyais pas ! C’est comme si on avait tout oublié et qu’on s’en souvenait d’un coup.”
Je pense aux brodeuses avec qui je travaille. Certaines d’entre elles entassées avec mari et enfants dans des espaces lugubres. L’une d’entre elles, à qui je demandais comment elle vivait l’isolement imposé par l’épidémie par rapport à celui de la guerre, me répond : “C’est beaucoup plus facile parce qu’il n’y a pas le bruit des bombes et parce qu’on peut se dire que ce ne sont pas les hommes qui font du mal aux hommes.” Je pense à un couple : Ayse et Osman Kavala. Elle dehors, lui dedans, en prison derrière les barreaux en Turquie. À leur correspondance. À leur lecture simultanée des Essais de Montaigne pour surmonter l’enfermement, le contourner. Pour résister par l’amour et l’esprit à la cruauté humaine.
Un réveil de la vie à la vie
Qui sait si les pauvres, les démunis, les prisonniers, les malades ne sont pas, à l’heure qu’il est – comme les phtisiques des Heures de silence –, ceux qui ont le plus à nous apprendre sur le renoncement aux artifices ? Qui sait si, d’un bout de la planète à l’autre, les yeux grands fermés – Eyes Wide Shut – ne sont pas en train de s’ouvrir comme il arrive parfois que, dans une conversation, la dernière minute secoue à elle seule des ans de malentendus ? Qui sait si le retour de la mort dans l’approche de la vie n’est pas aussi un réveil de la vie à la vie ? Qui sait si cette guerre sans coups de feu et sans haine n’est pas le spectacle qui manquait précisément au monde du spectacle ? Qui sait si cette bataille collective contre la mort n’aura pas le pouvoir de porter un coup, au moins provisoire, aux batailles qui sèment la mort ? Et si la valeur toute-puissante de l’argent s’effondrait d’elle-même devant le constat de son impuissance, de son clinquant dérisoire ?
Sans doute est-ce trop rêver, j’en conviens. Mais le temps actuel n’est-il pas au cauchemar et donc au rêve ? “Car nous sommes si distraits, si répandus, écrit de Traz, que nous ne discernons plus qu’à peine. Le silence serait la lenteur : nous préférons la vitesse qui est aussi le bruit. Nous demandons le rythme de notre vie à de brusques excitations du dehors, alors que l’élan nécessaire, celui qui nous soutient et nous prolonge, doit venir du dedans et de la profondeur. Le silence, ce n’est pas seulement l’arrêt du vacarme, c’est le recueillement en soi et, soudain, une sorte de pénombre qui d’abord engourdit…”
Oui, mais au bout de l’engourdissement, il y a cette entrée en force de la petite chose oubliée qui éclaire la scène, restitue le sens du détail, le poids de l’ombre. C’est dans cet espace désemmuré – le mot n’est pas encore admis au Scrabble – que nous sommes tous contraints et forcés d’aller chercher de la liberté à l’heure qu’il est. Où ça exactement ? Au cœur de chaque instant, au fond de la pensée, au croisement de soi et de l’autre. Là où la joie et l’inquiétude partagent la même conscience de la vie et de la mort.
Les réseaux sociaux apaisent sans aucun doute la solitude, contribuent à la solidarité, font circuler l’humour. Nous sommes tous bien heureux d’avoir cet antivirus de l’ennui sous la main. Mais ne serait-il pas dommage de tout sacrifier à ce confort, de lui sacrifier le luxe du rendez-vous avec soi et avec l’autre à l’heure où tous les rendez-vous sont ajournés ? Ouvrir un livre, même sur écran, c’est s’offrir une fenêtre au lieu d’un miroir. Lire, c’est être seul en présence de quelqu’un.
Dominique Eddé
UNE TOUCHE DE LUMIÈRE UNE NOUVELLE HISTOIRE VISUELLE DE CHRIS HOOPOE {NSFW / EDITORIAL EXCLUSIF}
Chris Hoopoe est un photographe polonais qui brise les stéréotypes et toutes les règles.
Sa devise est «ne suivez pas la foule» Dans cet ensemble qui nous a été présenté ici à NAKID, il voulait montrer la délicatesse d'une femme forte.
Découvrez plus du travail de Chris i
https://www.instagram.com/chrishoopoe/
Modèle: Angelise
Et toi, papa? Le père de Boris Johnson cherche à devenir citoyen français
Le père du Premier ministre doit devenir citoyen français pour maintenir les liens étroits de sa famille avec l'Europe après que son fils a conduit le Royaume-Uni hors de l'UE. Stanley Johnson, 79 ans, peut postuler car sa mère, Irene, est née en France.
Sa demande de citoyenneté est révélée dans le nouveau livre de sa fille Rachel, publié la semaine dernière. Dans Rake's Progress: My Political Midlife Crisis , elle écrit que Stanley est «en passe de devenir citoyen français, puisque sa mère est née à Versailles et sa grand-mère à Paris». Elle a ajouté: "C'est une bonne nouvelle - je pourrais peut-être aussi devenir française."
Stanley Johnson: mère née à Versailles
Pourquoi le savon détruit le coronavirus
Découvrez comment les propriétés physico-chimiques des molécules de savon permettent de détruire le SARS CoV-2.
Par David Larousserie, Eric Dedier et Audrey Lagadec
Le virus Sars-CoV-2
Large de quelques dizaines de nanomètres, il est un assemblage moléculaire fragile de trois ingrédients. Les protéines en pointe le font ressembler à une tête couronnée d’où son nom de coronavirus.
Membrane lipidique protectriceMatériel génétique viralProtéines en pointe infectant les cellules
Le savon
Il contient des molécules surfactantes ou tensio-actives ou encore amphiphiles, dont une extrémité aime l’eau et l’autre non (préférant les corps gras).
Tête hydrophile se lie à l’eauTête hydrophobe ne se lie pas à l’eau
La destruction
Les surfactants, chimiquement proches des lipides, entrent en compétition avec les molécules de la membrane, les poussent et font exploser l’édifice.
Le nettoyage
Les surfactants entourent les débris et forment des capsules emportées par l’eau.
Un virus est une séquence génétique protégée par une membrane et qui se reproduit en infectant des cellules pour profiter de leur machinerie de réplication génétique. Cette membrane est constituée de molécules faiblement liées entre elles, qui tiennent notamment car elles n’aiment pas l’eau et adoptent une configuration sphérique qui minimise ce contact. L’arrivée des surfactants du savon, proches chimiquement des lipides de la membrane, crée une compétition aboutissant à la destruction de l’échafaudage.
Et l’alcool ?
A au moins 60 %, il déplie et donc détériore les protéines de la couronne, mais affaiblit aussi la cohésion de la membrane car il est moins « repoussant » que l’eau vis-à-vis de celle-ci. « Gels hydroalcooliques et savon marchent tous les deux », insiste Pall Thordarson, responsable du département de chimie de l’université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie).
Infographie : Le Monde
Source : Pall Thordarson, The New York Times
David Larousserie, Eric Dedier et Audrey Lagadec
Albert Uderzo, le dessinateur d'"Astérix", est mort à l'âge de 92 ans
D'après la famille du créateur du célèbre gaulois, son décès n'est pas lié à l'épidémie de coronavirus en France.
Albert Uderzo est mort. La famille du dessinateur d'Astérix a annoncé, mardi 24 mars, son décès à l'âge de 92 ans. "Albert Uderzo est mort dans son sommeil à son domicile à Neuilly d'une crise cardiaque sans lien avec le coronavirus. Il était très fatigué depuis plusieurs semaines", a expliqué Bernard de Choisy, son gendre, à l'AFP.
Imaginé par René Goscinny et Albert Uderzo,l'irréductible Gaulois de la bande dessinée a fait son apparition le 29 octobre 1959 dans le premier numéro de l'hebdomadaire Pilote. Depuis six décennies et 38 aventures, la série Astérix est devenue un "lieu de mémoire" de l'identité française, s'ingéniant à parodier le mythe de "nos ancêtres les Gaulois".
Depuis 1959, les albums d'Astérix se sont écoulés à 380 millions d'exemplaires en 111 langues. Le dernier opus, La Fille de Vercingétorix, réalisé par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, est sorti en octobre 2019, pour le 60e anniversaire de la création de la bande dessinée.




























