Lundi noir pour les places financières mondiales.
Conséquence directe de l'épidémie de Covid-19, les cours pétroliers sont en chute libre et entraînent avec eux les bourses mondiales, faisant craindre des conséquences économiques et sociales d'ampleur. Interrogé sur France Inter, le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, a appelé à la solidarité des grandes entreprises envers leurs sous-traitants. La croissance devrait être sensiblement revue à la baisse, et passer en dessous des 1% pour l'année 2020.
Lundi noir pour les places financières mondiales. Les Bourses ont lourdement chuté en Asie, accompagnant la dégringolade du baril de Brent de la mer du Nord de 20,5%, à 35,99 dollars. Dans un climat déjà tendu, la crise sanitaire voit ses effets multipliés sur les économies fortement dépendantes au pétrole. La Bourse de Paris dévissait à nouveau à l'ouverture (-5,71%), lundi 9 mars, dans le sillage des autres places financières mondiales inquiètes du décrochage des cours du pétrole et des effets économiques de l'épidémie de coronavirus.
Énergie - Prix du pétrole : la guerre est déclarée
COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)
Le prix du pétrole s’est effondré dimanche, après la décision surprise de l’Arabie Saoudite d’augmenter sa production et de baisser les prix, dans un marché déjà rendu atone par le coronavirus.
En refusant vendredi de s’aligner sur l’Arabie Saoudite et l’Opep pour réduire la production de brut et permettre ainsi de soutenir les prix dans un contexte international de crise sanitaire, “la Russie a déclenché ce qui pourrait bien devenir la plus dévastatrice des guerres du prix du pétrole de l’histoire récente”, observe le site professionnel Oilprice.com.
En représailles, l’Arabie Saoudite a radicalement changé sa stratégie et décidé d’inonder la planète avec du pétrole à prix cassé, pour “arracher à Moscou ses parts de marché”, selon des délégués de l’Opep interrogés par le Wall Street Journal.
Un pari risqué, qui a fait plonger de 9 % l’action d’Aramco, le géant pétrolier saoudien, et provoqué la chute du baril de brent – la référence internationale – “de 45 à 31,52 dollars, l’une des plus grosses baisses de son histoire sur une seule journée”, écrit le Financial Times. Il faut remonter à la première guerre du Golfe, en 1991, pour voir un tel effondrement des prix en moins de vingt-quatre heures.
La nouvelle a également fait “plonger les Bourses asiatiques, le marché des actions japonais chutant de 3 % à l’ouverture”, tandis que “la Bourse australienne a reculé de 5 %”, observe le Washington Post. Hong Kong a cédé 3,8 % tandis que la Bourse de Shanghai a lâché 1,56 % à l’ouverture. Selon plusieurs experts, le prix du baril pourrait poursuivre sa dégringolade jusqu’à 20 dollars.
“Ce qui rend cette guerre des prix particulièrement grave, c’est qu’elle coïncide avec une crise massive de la demande, en raison du coronavirus”, explique au Wall Street Journal le consultant Robert McNally, président de Rapidan Energy Group. “Nous n’avions pas connu cette combinaison explosive depuis le début des années 1930”, dit-il.
“Masochisme”
Pour les Russes, la baisse de la production demandée par l’Opep aurait favorisé l’écoulement du pétrole de schiste américain. Une situation insupportable pour Moscou, qui a préféré faire cavalier seul et aller au clash.
“Du point de vue des intérêts russes, cet accord (de baisse de la production) n’a aucun sens”, a déclaré dimanche Mikhaïl Leontiev, porte-parole du géant russe de l’énergie Rosneft, à l’agence de presse Ria Novosti. Pour lui, retirer du marché les pétroles arabe et russe à bas prix reviendrait à “laisser la place aux schistes américains à prix élevés, pour rendre leur industrie rentable. Notre production serait tout simplement remplacée par celle de nos concurrents. C’est du masochisme”, assène-t-il.
Mais pour le New York Times, “la Russie comme l’Arabie Saoudite semblent viser un bénéfice à court terme, stratégiquement risqué. La Russie avait acquis une influence notable au Moyen-Orient, en s’alignant avec l’Opep. Et contribuer à soutenir les prix du pétrole, en accord avec l’Arabie Saoudite et les autres États du Golfe, a aidé le gouvernement de Nicolás Maduro (un allié de Moscou) à survivre au Venezuela”, observe le quotidien.
“Pour l’Arabie Saoudite, la coopération avec la Russie a renforcé l’influence de l’Opep, au moment où elle était menacée par la croissance de la production pétrolière américaine, qui a fait des États-Unis un exportateur majeur de brut, pour la première fois depuis des décennies”, ajoute le journal américain.
Si la Russie et l’Arabie Saoudite n’enterrent pas la hache de guerre au plus vite, l’agence Bloomberg craint des conséquences “cataclysmiques” pour l’industrie pétrolière américaine, qui affecteront “les géants tels qu’Exxon Mobil comme les petits exploitants de schistes du Texas”.
“Cela touchera durement les budgets des nations dépendant du pétrole, de l’Angola au Kazakhstan, et pourrait aussi redistribuer les cartes politiques, en réduisant l’influence de pays comme l’Arabie Saoudite”, ajoute l’agence économique. “Et le combat contre le changement climatique pourrait subir un revers, les énergies fossiles devenant plus compétitives que les énergies renouvelables.”
Coronavirus dans le Morbihan
Des nouveaux cas à La Vraie-Croix, Pluvigner, Rochefort-en-Terre, Surzur et La Trinité-sur-Mer
Parmi les 9 nouveaux cas confirmés dans le Morbihan au point de 17 h ce dimanche, plusieurs proviennent de la zone de circulation active du virus constituée par les "clusters" d'Auray-Crac'h-Brec'h-Carnac-Saint-Philibert-Saint-Anne-d'Auray et de Saint-Pierre Quiberon, précise la préfecture du département ce dimanche soir. Elle affirme que "de nouveaux cas confirmés sont également apparus dans plusieurs autres communes du Morbihan, à La Vraie-Croix (1), à Pluvigner (1), à Rochefort-en-Terre (1), à Surzur (1) à La Trinité-sur-Mer (1) et à Landévant (1)". Pour les communes de La Trinité-sur-Mer et Landévant, des investigations complémentaires sont menées par l'Agence régionale de santé, "raison pour laquelle ces deux communes ne sont pas pour le moment intégrées dans le cluster". "Aucune modification des arrêtés préfectoraux n'est prévue dans l'immédiat", termine le communiqué.
La Chine fait du masque une arme géopolitique
Par Brice Pedroletti, Taipei, envoyé spécial
Pékin a augmenté ses capacités de production et mène une diplomatie du masque à travers le monde pour redorer son blason.
Foyer principal de l’épidémie due au coronavirus, la Chine démultiplie ses capacités de production de masques. Malgré les pénuries, elle met désormais un point d’honneur à en redistribuer à travers le monde – au côté souvent de matériel médical et de kits de test du virus. L’Iran, qui avait puisé dans ses stocks pour envoyer un million de masques en Chine début février au point d’en manquer très vite, en a reçu 250 000 de Pékin fin février. La Corée du Sud et le Japon, qui en ont fourni plusieurs millions, en ont reçu en retour des centaines de milliers récemment.
Outre les donations gouvernementales chinoises, les patrons du privé sont appelés à la rescousse : Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, a annoncé, lundi 2 mars, une donation d’un million de masques au Japon et à l’Iran. La presse chinoise a rapporté début mars la distribution, fin février, de masques gratuits dans la rue à Nagoya, au Japon, par des étudiants chinois présents dans le pays dans le cadre d’un échange universitaire.
Eviter la stigmatisation du pays
Voici le temps de la « diplomatie du masque », devenu un signe de good will (« bonne volonté »), d’abord en Asie puis dans le reste du monde, après les fortes tensions géopolitiques générées par la propagation du coronavirus.
Séoul était en plein réchauffement avec Pékin quand le Covid-19 a frappé – ce qui explique que la Corée du Sud n’ait pas imposé de quarantaine aux voyageurs venant de Chine – tout comme le Japon, qui devait accueillir Xi Jinping fin avril pour la première visite d’Etat d’un président chinois depuis 2008, après des années d’animosité. Le voyage a été repoussé.
Dans les premières semaines de l’épidémie, la Chine s’était indignée de voir certains pays, notamment les Etats-Unis, fermer leurs frontières ou stigmatiser ses ressortissants – jusque des pays « amis » comme la Russie – tout en couvrant de louanges les alliés les plus fidèles, comme le Cambodge.
« Quand une idéologie, une personne détenant des secrets comme Snowden, un nuage radioactif ou des migrants traversent une frontière entre deux pays, et ce faisant, provoquent des conséquences sur les rapports de pouvoir de part et d’autre, on est face à un facteur géopolitique. C’est le cas du virus, et il entraîne une géopolitique du masque », souligne, depuis Taipei, le sinologue Stéphane Corcuff, de Sciences Po Lyon.
Les masques sont d’autant plus symboliques pour Pékin que Peter Navarro, le conseiller pour le commerce de Donald Trump, connu pour son hostilité à la Chine, en a fait fin février un enjeu stratégique de la bataille pour la « relocalisation » des industries parties dans l’ex-empire du Milieu : Pékin a « placé des restrictions à l’exportation des masques N95 [la meilleure qualité] » fabriqués en Chine par la société américaine 3M « pour que nous n’en recevions pas, elle a nationalisé nos usines », avait-il déclaré le 26 février sur la chaîne conservatrice Fox News, annonçant le projet de construire de nouvelles lignes de production de masques aux Etats-Unis. Dans un communiqué publié le 5 mars, le ministère chinois du commerce a déclaré « n’avoir jamais placé aucune restriction » à l’exportation de masques fabriqués en Chine.
« L’usine du monde »
Depuis quelques jours, les médias officiels chinois consacrent une grande place au boom de la production de masques dans le pays : celui-ci produit désormais 1,66 million de masques N95 par jour – soit cinq fois plus que début février. Il produit chaque jour 110 millions de masques toutes qualités confondues – soit douze fois plus que début février. Un long article sur le site de l’agence de lutte contre la corruption, publié le 3 mars, décrit cette montée en puissance industrielle comme un « code secret chinois », entendre, une « arme secrète ».
« Le masque est devenu l’objet symbolique de la lutte contre l’épidémie. A travers les donations à l’extérieur, la Chine veut aujourd’hui démontrer que l’usine du monde a toujours d’énormes capacités de production », explique le chercheur en sciences politiques indépendant Chen Daoyin. « Avec l’épidémie, il y a eu beaucoup d’interrogations, en Chine comme à l’étranger, sur le “destin commun de l’humanité” [une antienne de la propagande] promis par la Chine, et aussi sur les risques pour les autres pays de mettre tous leurs œufs dans le même panier en faisant tout produire en Chine. Maintenant que l’épidémie s’est stabilisée en Chine et qu’une deuxième phase est en cours dans le reste du monde, Pékin redouble d’efforts pour reconstituer une image de leadership », poursuit-il.
Le point d’orgue de ce retour en force d’une Chine volontariste et fière devait être un livre publié par le département de la propagande du Parti communiste, et intitulé Da guo zhan yi, soit « La grande puissance combat l’épidémie ». Les médias officiels ont annoncé sa publication officielle le 26 février – mais sa distribution n’a pas encore eu lieu. « L’annonce de la sortie du livre a généré plein de quolibets sur Internet, ils se sont sans doute dit que c’était prématuré et qu’il y aurait un retour de bâton. Donc ils attendent », explique un observateur des réseaux sociaux chinois, qui préfère garder l’anonymat.
Frida Kahlo et Diego Rivera, les amants terribles
Frida Kahlo et Diego Rivera photographiés par Carl Van Vechten en 1932. ©Carl Van Vechten Collection at the Library of Congress ©Flickr/trialsanderrors
Frida Kahlo (1907-1954) et Diego Rivera (1886-1957), la colombe et l'éléphant, font parties des couples d'artistes les plus connus de l'histoire de l'art. Alors que Frida Kahlo est célébrée actuellement au Centre Pompidou, dans le cadre du parcours #PompidouVIP, retour sur la vie de cet iconique couple de peintres des temps modernes.
Jamais prénom ne fut plus farouchement revendiqué. Jamais il ne fut si peu en accord avec la personnalité de celle qui le porta. Paradoxe ? Au père de Frida Kahlo, un Allemand immigré en terre mexicaine qui souhaitait donner à sa fille ce beau nom de « paix », dans sa langue natale, le prêtre opposa qu’il n’existait pas de sainte Frida. On le relégua donc en troisième position, où Magdalena Carmen Frida alla le rechercher et s’en fit un étendard pour la vie. Mais les dieux, catholiques ou aztèques, sont têtus et eurent le dernier mot : la paix fut toujours un concept plus poétique que réaliste dans l’histoire de Frida. André Breton la gratifia d’un commentaire surréaliste : « L’art de Frida Kahlo de Rivera est comme un ruban autour d’une bombe ».
De l’art tiré d’une vie tragique
La poésie, justement. Âpre et cruelle, parfois cocasse, elle enrobe sa vie tel le réseau des veines qui font battre son cœur. « Jamais auparavant, une femme n’avait créé de poésie aussi déchirante sur la toile », écrit Diego Rivera en 1932, alors que Frida manque de mourir d’une fausse couche à Detroit. De cet épisode tragique, elle tirera Henry Ford Hospital, une petite huile sur métal, très semblable à un ex-voto. On la voit nue, couchée sur un lit de fer dans une mare de sang, entourée d’images flottantes : un fœtus, une orchidée, un appareil à stériliser… Frida a demandé à Diego un manuel de médecine illustré, que les médecins lui refusaient, craignant le traumatisme. Rivera leur a répondu : « Vous n’avez pas affaire à n’importe qui. Frida va en faire quelque chose. Une œuvre d’art ». En effet. De l’ex-voto, Frida l’athée emprunte seulement la faculté de sacraliser le moment, pas plus, pas moins. Pas besoin d’invoquer un saint protecteur, jamais la douleur ne sera rédemptrice. Mais l’art lui donne le courage de la vivre.
Frida Kahlo, Portrait au collier et au colibri, Nickolas Muray Collection, Harry Ransom Humanities Research Center, The University of Texas at Austin © 2007 Banco de México Diego Rivera & Frida Kahlo Museums Trust. Av. Cinco de Mayo No. 2, Col. Centro, Del. Cuauhtémoc, 06059, México D.F.. Photo ©Flickr/libby rosof
Une jeunesse brisée
Elle le sait mieux que personne, elle dont la souffrance est la compagne ordinaire, son chaperon depuis l’enfance, À 8 ans, Rida l’espiègle est frappée par la poliomyélite, qui lui laissera la jambe droite atrophiée. « Data de palo », Frida la bancale. Une entrée en matière… Le 17 septembre 1925, elle s’installe avec son amoureux d’alors au fond d’un de ces bus qui sillonnent Mexico. Le reste relève du film d’horreur. Un tramway glisse vers le bus en pleine course, qu’il percute en son milieu. Le bus plie puis explose. On dégage des morts des décombres. La colonne vertébrale de Frida est brisée, son épaule démise, sa jambe droite en morceaux, son pied écrasé. Comme si cela ne suffisait pas, elle a été transpercée au niveau du bassin par une barre de fer. Mais l’ange du bizarre est passé par là : le sachet de poudre d’or que transportait un artisan s’est rompu sous le choc, son contenu a couvert d’un voile resplendissant le corps nu et sanglant de Rida. Les passants s’écrient « La bailarina ! », croyant qu’il s’agit d’une danseuse échouée sur le macadam.
Un changement de vie
La vie de Frida Kahlo change de voie. Plus question d’études de médecine. C’est en patiente qu’elle va s’y confronter. Commence alors l’épuisante ronde des chambres d’hôpital, des opérations, des corsets et des appareils orthopédiques, des traitements expérimentaux, aussi, qui ne s’arrêtera qu’avec sa mort. La jeune fille reste allongée sur le dos des semaines entières. Elle lit Proust, Bergson… Puis sa mère accroche un miroir au baldaquin du lit, lui bricole un chevalet, son père lui apporte une boîte de couleurs. Peindre, et échapper à l’enfer de l’ennui. Très vite, l’autoportrait s’impose. En cinquante-six autoportraits (un tiers de son œuvre) et trente années, son art va parcourir le champ clos de ce genre. Du premier Autoportrait la robe de velours, silhouette à la Modigliani, jusqu’au quasi ultime Autoportrait avec Staline, elle trace son autobiographie, révélant, selon Carlos Fuentes, « les identités successives d’un être en devenir d’un être qui n’est pas encore ». La Colonne brisée (1944) témoigne avec une force inégalée de son angoisse.
Frida Kahlo, The Frame, 1938 © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. Rmn-Gp, © Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico, D.F./Adagp
Un saint Sébastien moderne
Après une énième intervention chirurgicale, Frida s’est représentée nue, enfermée dans un harnachement orthopédique, constellée de clous telle un saint Sébastien moderne. Son corps béant découvre une colonne ionique lézardée, fichée dans ses entrailles. Ce corps supplicié, sacrifié, c’est aussi celui que ses artistes préférés, Brueghel, Bosch, lui ont montré dans leurs danses macabres. Et il faut compter également avec Goya et Van Gogh, et encore Rembrandt, Blake et le Douanier Rousseau, plus quelques fragments de l’histoire aztèque et des traditions populaires : Frida est née dans ce Mexique qui revendique une identité affranchie du joug occidental ; elle collectionne les ex-votos et les Judas en papier mâché, ces squelettes dont on fait un feu d’artifice le jour des Morts. À ce mélange, on doit ajouter la lecture de Freud et de Jung. Pour être autodidacte, Frida Kahlo n’est ni inculte ni ingénue et sa peinture est nourrie d’une vaste culture.
Diego Rivera, le mentor
Et puis, bien sûr, il y a les échanges avec Diego Rivera, son mentor, son alter ego. Rivera, le plus grand peintre mexicain. Diego, son époux et son frère, son tourment et sa félicité, sa victoire et sa défaite. Diego dont elle écrira: « J’ai eu deux accidents graves dans ma vie. L’un, c’est quand un tramway m’a écrasée. L’autre, c’est Diego ». Elle a 15 ans quand elle le découvre, peignant des fresques dans l’amphithéâtre de son école. En 1928, elle le retrouve chez Tina Modotti, photographe italienne installée à Mexico et inscrite au Parti communiste, comme elle. Elle lui montre ses peintures, il l’encourage, ils se marient le 21 août 1929. Union de « l’éléphant et de la colombe », improbable, incertaine, mais qui va occuper leur vie entière, avec fracas, et les faire entrer ensemble dans la légende.
Diego, son seul fils
À 41 ans, Diego Rivera est un muraliste mondialement connu. Entre 1907 et 1920, il a vécu en Europe et fréquenté à Paris Modigliani (qui fait son portrait), Picasso, Apollinaire, l’historien Élie Faure et tous ceux qui font Montparnasse. Communiste, il rejoint en 1927 Moscou, où il peint une fresque pour le Cercle de l’Arillée Rouge. Il a eu des enfants un peu partout. Après trois grossesses avortées, Frida doit renoncer à la maternité : le seul fils qu’elle aura, c’est Diego, dit-elle. Sa passion pour lui prend toutes les formes de l’amour, et lui ne peut se passer d’elle : deux ans après leur divorce, en 1938, il l’épouse à nouveau, à San Francisco. On réclame les fresques de Diego en Californie, à Detroit, au Rockfeller Center à New York, elle voyage avec ce colosse habité de forces telluriques et son univers s’élargit au monde.
Elle s’est créé un style vestimentaire unique, inspiré des femmes de Tehuantepec : vastes jupes colorées, bagues à tous les doigts, parures de jade précolombiennes, rubans et peignes dans ses cheveux tressés en couronne. Une allure de gitane céleste ou de déesse aztèque qui séduit, ô combien, monsieur et madame Trotski, accueillis en exil en 1937 dans la sublime Casa Azul, maison natale de Frida, enfouie sous les bougainvillées et refuge de tous les colibris de Coyoacan. Illico, le fondateur de la IVe Internationale vit avec elle une liaison secrète. En cadeau de rupture, Frida lui adressera un splendide portrait d’elle, aujourd’hui considéra comme la Joconde d’un musée de Washington…
La Casa Azul de Frida Kahlo. ©Flickr/Lin Mei
Le désastre parisien
Ce sont peut-être ses jupons brodés de dictons grivois et sa liberté de parole (Frida jure comme un charretier) qui enthousiasment André Breton, débarqué en 1938. Le pape du surréalisme est subjugué par la peinture de Frida. Elle, beaucoup moins par lui. Elle refuse la récupération surréaliste mais accepte l’invitation à exposer à Paris, après le grand succès de sa première exposition monographique à New York en octobre 1938. Paris est un désastre. Breton ne tient pas ses engagements, aucune galerie ne l’attend et les intellectuels français lui donnent envie de vomir. « Marcel Duchamp m’a beaucoup aidée, c’est le seul de tous ces pourris qui est un vrai mec. » Finalement, l’exposition a lieu à la galerie Pierre Colle, mais ses œuvres sont noyées au milieu d’un bric-à-brac rapporté par Breton du Mexique, « rien que des merdes ». Pourtant. Picasso, impressionné, lui offrira des boucles d’oreilles. Elsa Schiaparelli intitule une de ses robes Madame Rivera. La légende Frida Kahlo est en marche. Longtemps, elle va occulter son œuvre. De ce séjour parisien, il est resté The Frame (1938). Ce petit autoportrait est conservé aujourd’hui au Centre Pompidou et mis à l’honneur dans le parcours #PompidouVIP du musée.
Diego, l’admirateur
Diego, lui, tout infidèle et dévorant qu’il est, ne perd jamais de vue l’artiste. Il démarche pour elle ses relations, fera de la Casa Azul un musée Frida Kahlo. Surtout, il parle de son travail, et si bien : « Je vous la recommande, non en tant qu’époux, mais comme admirateur enthousiaste de son œuvre, acide et tendre, dure comme l’acier et délicate et fine comme une aile de papillon, aimable comme un beau sourire, et profonde et cruelle comme l’amertume de la vie ».
Valérie Bougault










