La crise du coronavirus, une aubaine et un défi pour Amazon
Par Alexandre Piquard
Le géant mondial de l’e-commerce va recruter massivement pour répondre à une demande accrue liée au confinement, et doit adapter sa logistique.
Amazon, leader mondial de l’e-commerce, voit la demande qui lui est adressée augmenter avec la crise due au coronavirus.
« A mesure que le Covid-19 s’est répandu, nous avons vu une hausse du nombre de personnes qui achètent en ligne », a ainsi écrit l’entreprise de Jeff Bezos, dans un billet de blog samedi 14 mars. « Nous constatons une hausse significative de la demande, ce qui veut dire que nos besoins en personnel sont sans précédent pour cette période de l’année », a confirmé Amazon dans un autre communiqué, lundi.
Cette tendance devrait se renforcer : les mesures de confinement viennent d’être durcies dans plusieurs pays, dont la France, où tous les commerces, hors magasins alimentaires et pharmacies, sont fermés depuis samedi.
« Les gens rechignent à aller faire leurs courses d’épicerie dans des magasins physiques, par peur du risque de contamination. Dans ce contexte de confinement, Amazon prospère », estime Michael Pachter, du cabinet Wedbush Securities. Pour cet analyste financier, le leader mondial de l’e-commerce pourrait « battre un record d’activité » durant le trimestre en cours et sentir des effets bénéfiques au trimestre suivant.
Parcourir mardi 17 mars les meilleures ventes sur Amazon.fr offre un reflet de la consommation en période de confinement : thermomètres infrarouge, masques et gel hydroalcoolique dans la catégorie commerce, industrie et science, piles dans le high-tech, cahiers de devoirs dans les livres, des feutres, Monopoly et Puissance 4 dans la catégorie jouets, des carafes pour filtrer l’eau du robinet dans les articles de cuisine, des caleçons, des chaussettes et des blouses blanches dans les vêtements…
Délais de livraison allongés
Plus largement, le Covid-19 va renforcer « l’économie à domicile », et Amazon va indirectement en être un des gagnants, a expliqué l’analyste boursier de la chaîne américaine CNBC Jim Cramer. Toutefois, à court terme, la hausse des commandes est un défi pour Amazon. Son appareil logistique risque la surchauffe.
« Compte tenu de la situation actuelle, nos délais de livraison peuvent être allongés », prévient ainsi la page d’accueil d’Amazon.fr. Par exemple, une collègue qui a commandé deux livres pour sa fille le 16 mars s’est vu proposer une date de réception de son colis au-delà du 23 mars. Habituellement, Amazon est connu pour la rapidité de ses délais de livraison. Ils sont réduits à un ou deux jours pour les 150 millions d’abonnés de son programme de fidélité Prime, dont 100 millions aux Etats-Unis.
Autre problème : certains articles très demandés sont en rupture de stock, « notamment dans les produits domestiques », reconnaît Amazon. Mais le géant de la vente en ligne cherche des parades. Il a d’ailleurs commencé à prioriser ce type d’articles de nécessité (pour la maison, les enfants…) : jusqu’au 5 avril, les vendeurs tiers ne sont plus autorisés à expédier que ces catégories de produits vers les entrepôts Amazon.
La firme de Jeff Bezos est aussi habituée à recourir à l’emploi temporaire pour faire face aux pics d’activité. Lundi, le groupe a annoncé des embauches massives : 100 000 employés à temps plein et partiel vont être recrutés. Le chiffre est impressionnant, même si on le rapporte au nombre total de salariés d’Amazon dans le monde : près de 800 000.
Dans un élan civique ou opportuniste, Amazon lance d’ailleurs un appel aux personnes qui ont perdu temporairement leur travail dans l’hôtellerie ou la restauration, en raison du coronavirus. Le groupe propose de les « accueillir jusqu’à ce que leur employeur puisse les reprendre ».
Amazon doit également surmonter la crise du Covid-19 en interne. Jeudi 12 mars, l’entreprise a conseillé de rester chez eux à tous les salariés qui peuvent télétravailler, et a annoncé un soutien financier pour tous ceux diagnostiqués positifs au coronavirus. Mais les nombreux employés des entrepôts doivent continuer à venir sur leur lieu de travail et certains estiment que les consignes d’Amazon (respecter des distances, nettoyer les locaux…) ne les protègent pas suffisamment.
Mercredi 18 mars, les syndicats de l’entrepôt de Saran, près d’Orléans, organisent un rassemblement pour demander à la direction la fermeture du site et le confinement des employés. Aux Etats-Unis, un collectif d’employés américains a demandé des mesures pour compenser la « pression » créée par la hausse des commandes : suspension des quotas de productivité, hausse de 50 % des salaires, accès au congé maladie même sans test positif au coronavirus…
« Amazon va aussi souffrir de façon conjoncturelle »
Amazon a annoncé lundi une hausse du salaire horaire de 2 dollars (1,8 euro) aux Etats-Unis et de 2 euros au Royaume-Uni et en Europe. Auparavant, il avait mis en place un fonds de 25 millions de dollars pour aider les personnels de ses sous-traitants et ses livreurs indépendants touchés par le Covid-19. Réussir à maintenir des conditions de travail acceptables pour les employés sera une des clés des semaines à venir pour Amazon.
Dernière limite à l’essor actuel du leader de la vente en ligne : la récession. Le ralentissement économique dû au Covid-19 peut faire baisser le chiffre d’affaires lié à certains produits. Les personnes confinées ont-elles envie d’acheter une robe d’été ou des meubles ? « La récession touche toutes les entreprises. Et quand la Bourse plonge comme aujourd’hui, les investisseurs vendent tous les types d’actions. Amazon va aussi souffrir de façon conjoncturelle mais le groupe a des avantages structurels par rapport à d’autres », estime l’analyste Michael Pachter.
Le groupe de Jeff Bezos a enfin deux autres atouts dans la crise actuelle : l’activité « cloud » d’hébergement de données et de logiciels en ligne, ainsi que le service Prime Video.
La baisse des dépenses des entreprises liée à la récession va être plus que compensée par « l’accélération de la transition de leurs infrastructures vers le cloud, favorisée par le travail à distance », pense Dan Ives, l’analyste qui suit ce secteur chez Wedbush. Prime Video, lui, permet aux abonnés du service de livraison rapide Prime de visionner des films et des séries gratuitement. En temps de confinement, il pourrait favoriser la hausse des ventes en ligne.
Le palier franchi par la vente en ligne, et l’avènement d’une société de la livraison à domicile, favorisé par le coronavirus, risquent de sonner le glas du tissu des commerçants traditionnels. Anticipant peut-être un regain de critiques, Amazon a d’ailleurs mis en place un fonds de 5 millions de dollars pour soutenir les « petits commerces » autour de son siège de Seattle (Etat de Washington), dépourvus d’activité pour cause de confinement.
Coronavirus : Internet va-t-il résister à l’afflux de travailleurs à distance ?
POLITICO (BRUXELLES)
Pour endiguer l’épidémie de Covid-19 et limiter au maximum les déplacements des personnes, de nombreux gouvernements ont imposé le travail à distance. Par conséquent, le trafic Internet a sensiblement augmenté, note le site Politico, qui se demande si le réseau mondial peut tenir le coup.
La diffusion du coronavirus au niveau mondial a déjà un effet visible sur la Toile. Depuis le début de la crise, “le trafic global sur Internet a augmenté de plus de 50 %”, fait remarquer le site d’information bruxellois Politico, qui s’appuie sur les chiffres fournis par la société Akamai. Cette brusque croissance dans l’utilisation d’Internet est en partie due aux mesures prises par bon nombre de gouvernements (dont la France), qui “ont ordonné aux personnes de travailler de chez eux pour limiter la diffusion du virus”, rappelle Politico, et cela soulève des questions :
On commence à se demander comment Internet – des réseaux mobiles aux réseaux de fibre optique à très haut débit – pourra faire face, tandis que de plus en plus de personnes se connectent de leur salon.”
Les applications de vidéoconférence ont connu des pannes
Doit-on en somme redouter une sorte de “bug de l’an 2000” à échelle mondiale ? Pour l’instant, “le réseau s’en sort globalement pas mal”, tient à nous tranquilliser le site bruxellois, ce qui n’empêche pas que des problèmes soient déjà à signaler. Ainsi, Politco affirme que “certains services numériques comme les applications de vidéoconférence ont connu des pannes, submergées par le nombre de nouveaux clients désireux de se connecter avec des collègues ou des clients.”
Certains services sont d’ores et déjà en difficulté et d’autres pourraient l’être bientôt, renchérit le site. “Les applications d’enseignement à domicile, désormais largement utilisées, seront mises à rude épreuve”, croit savoir le média, qui affirme :
Les régulateurs subiront des pressions pour modifier les lois existantes sur la neutralité d’Internet afin de donner la priorité à certains trafics par rapport à d’autres.”
Des choix pourraient donc être nécessaires dans un avenir proche, et ce qui se passe au-delà des Pyrénéens semble confirmer cette théorie. En Espagne, raconte Politico, “les compagnies Orange et Telefónica ont appelé les personnes à diminuer l’utilisation de trafic Internet ‘non nécessaire’ et à utiliser des téléphones traditionnels (c’est-à-dire pas des portables) lorsque cela est possible”.
Quant à l’Italie, le pays européen le plus touché par la crise, les donnés montrent que les transalpins – contraints à rester à la maison – utilisent désormais davantage le wifi (plutôt que les données mobiles). Néanmoins, les experts d’OpenSignal (une société qui analyse les données de connexion des téléphones portables) remarquent “un ralentissement de la vitesse des données mobiles dans le pays”, parce que “les réseaux italiens ont du mal à suivre, les gens diffusent plus de vidéos en continu ou les connexions mobiles sont, au mieux, inégales dans les foyers”.
Pourtant, d’un point de vue plus global, bon nombre d’experts interrogés par Politico se montrent positifs quant à la tenue globale du système. C’est le cas de Matthew Howett, fondateur d’Assembly, une société de conseil en réglementation des télécommunications à Londres. “Certaines personnes rencontrent en effet aujourd’hui des problèmes avec les services en ligne, concède-t-il, mais c’est un problème avec ces services et non avec le réseau.”
“Même si tout le monde faisaient du télétravail on pourrait toujours garantir une connexion fluide”
Encore plus confiant, un employé de DE-CIX, un point d’échange Internet situé à Francfort, en Allemagne, confie à Politico :
Même si toutes les entreprises en Europe décidaient de faire travailler leurs employés à domicile et que le championnat d’Europe de football devait être diffusé en même temps, DE-CIX pourrait toujours fournir les bandes passantes nécessaires pour des connexions fluides.”
Une affirmation qui ne pourra être mise à l’épreuve, puisque l’Euro 2020 n’aura finalement pas lieu cette année.
« Une vague sera là dans quelques jours » : l’ARS de Bretagne se prépare face au coronavirus
Selon Stéphane Mulliez, directeur général de l’ARS Bretagne, « nous nous attendons à une arrivée assez soudaine » de la vague épidémique en Bretagne.
Nombre de malades, de cas graves, profils, arrivée de la vague épidémique, recommandations… Le directeur général de l’Agence régionale de santé Bretagne, Stéphane Mulliez, fait le point.
Solidarité coronavirus Bretagne
Combien de malades, de malades hospitalisés et en réanimation recense-t-on aujourd’hui en Bretagne ?
Nous avons 236 cas confirmés qui ont présenté des symptômes. Nous ignorons le nombre de cas asymptomatiques. Nous ne savons pas s’ils sont deux, trois fois plus nombreux. Mais sur les 236 cas recensés, une quinzaine est actuellement en réanimation, 89 sont confinés à domicile et restent sous surveillance (une dégradation brutale de l’état de santé peut intervenir 8 jours après les premiers symptômes). Et près de 132 présentent des symptômes ayant nécessité leur hospitalisation (hors réanimation).
Quel est le profil de ces malades ?
La moyenne d’âge est de 59 ans. Près de la moitié des 236 cas est âgée de 18 à 64 ans. Les plus de 75 ans représentent un cas sur cinq. Ces chiffres sont conformes aux standards nationaux. Nous n’avons pas de données pour les personnes en réanimation. Mais il s’agit plutôt de personnes âgées présentant d’autres pathologies chroniques (comorbidité). Mais ce n’est pas une règle générale.
Le nombre de contaminés reste assez faible en Bretagne. Est-ce parce que les mesures prises commencent à payer, ou est-ce dû à une baisse du nombre de dépistages en raison de la généralisation de l’épidémie ?
Il est encore trop tôt pour mesurer l’efficacité des mesures prises. Mais on sait que les mesures barrières sont efficientes et capitales. Concernant les prélèvements, nous les limitons à trois catégories : aux personnes présentant des symptômes nécessitant une hospitalisation, aux personnes en Ehpad et au personnel soignant.
Savez-vous quand la vague épidémique est attendue en Bretagne ?
Nous ne pouvons le prédire précisément. Mais nous nous attendons à une arrivée assez soudaine, d’ici à quelques jours, avec une forte hausse du nombre de contaminés et donc de personnes devant être hospitalisées (NDLR : une accélération est attendue sur le territoire national d’ici à deux à trois semaines, avec un pic épidémique d’ici quatre à six semaines).
Quelles sont les estimations ?
Nous avons plusieurs scénarios qui nous servent à prévoir le nombre de lits d’hospitalisation et de réanimation…
Combien de lits de réanimation sont-ils donc prévus pour la Bretagne ?
Actuellement, nous disposons de 164 lits. Nous sommes en train d’en mobiliser environ 200 autres, grâce à l’extraordinaire coopération de tous les établissements hospitaliers, publics et privés. Tous ces lits sont prévus avec le personnel soignant dédié : médecins réanimateurs et infirmiers anesthésistes. Je tiens d’ailleurs à souligner la très forte solidarité de tous, des services de l’État notamment, dans cette épreuve, et le civisme dont font preuve les Bretons. Nous comptons sur eux et sur leur respect des règles de confinement.
Sur combien de personnel soignant pouvez-vous compter ? Combien ont déjà été contaminés ?
Nous avons lancé un appel à la mobilisation de tout le personnel soignant, y compris aux jeunes diplômés non encore installés, et aux jeunes retraités (moins de cinq ans). Ils sont en cours de recensement. Nous n’avons pas encore de chiffres pour les personnels soignants contaminés. Jusqu’à nouvel ordre, ceux-ci sont placés en quatorzaine pour éviter toute propagation.
L’afflux, en Bretagne, de personnes résidant à Paris ou dans d’autres régions est-il évalué ? Pose-t-il un problème sanitaire ?
Mardi, près de 2 000 personnes sont arrivées dans le seul Morbihan. Elles ne peuvent pas venir ici pour passer des vacances. Elles viennent pour se confiner dans leurs résidences, dans le strict respect des mesures de distanciation sociale. Cela ne doit donc pas être un facteur de propagation du virus. Nous essayons de mesurer cet afflux plus précisément, afin d’adapter le système de santé en conséquence. Nous avons, par exemple, d’ores et déjà, prévu de pouvoir réaliser des prélèvements Covid-19 à Belle-Ile.
Les équipes soignantes bretonnes sont-elles suffisamment équipées ? Ne manquent-elles pas de masques, par exemple ?
Les masques sont leur bien le plus précieux. Nous sommes en train de procéder à des livraisons à destination des médecins libéraux, dès ce mercredi pour le Morbihan, et demain jeudi pour les trois autres départements bretons. Les hôpitaux accueillant des malades du Covid-19 seront également à nouveau livrés demain. J’en appelle aussi au civisme des Bretons. S’ils ne sont pas malades et qu’ils respectent les mesures de confinement, il n’est pas nécessaire qu’ils aient un masque. Ceux-ci sont réservés au personnel soignant et aux malades.
Désormais, il ne faut appeler le 15 que si l’on présente des symptômes graves. Qu’est-ce qu’un symptôme grave ?
On ne doit appeler le 15 que si l’on éprouve une importante difficulté à respirer : essoufflement ou sensation d’étouffement. Le 15 est réservé à ces seuls cas graves et aux urgences vitales. Pour tous les autres symptômes (fièvre, nez qui coule, toux…), il faut uniquement appeler, et seulement appeler (ne pas se déplacer), son médecin traitant. C’est lui qui donnera alors les consignes à suivre.
A Belle-Île-en-Mer : un arrêté préfectoral pour interdire la venue des résidents secondaires
Aucun cas de Coronavirus déclaré à ce jour sur la plus grande des îles morbihanaises, mais l'inquiétude s'est installée parmi les 5 500 résidents à l'année. L'arrivée de propriétaires de résidences secondaires, venus se mettre à l'abri, a dû être stoppée par arrêté prefectoral.
Par Catherine Jauneau
Face à l'émoi provoqué par cette situation, le maire de Palais avait appellé chacun à la retenue et au civisme. « Il y a clairement un risque de saturation de notre hôpital local, qui n’a pas de salle de réanimation, et donc d’engorgement des évacuations sanitaires vers le continent » alertait Thibault Grollemund, nouveau maire de Palais et président du conseil de surveillance de l’hôpital de Belle-Ile.
Les bateaux assurant les liaisons vers Belle-Île avaient été pris d'assaut par la population exterieure venue se mettre en confinement sur place. Dans un communiqué annonçant la limitation des rotations de bateaux vers le continent, Frédéric Le Gars, le président de la communauté de communes de Belle-Île-en-Mer, demandait dès lundi aux résidents secondaires de ne pas venir « eu égard aux capacités de l’île ».
Ce mercredi 18 mars dans la matinée, un arrêté du Préfet du Morbihan a pris effet pour interdire l'accès de l'île aux résidents extérieurs et aux personnes qui avaient loués des logements dans l'urgence.
Les îles de Groix, Houat et Hoedic sont également concernées.
Un arrêté préfectoral a été pris le mardi 17 mars par le préfet du Morbihan concernant la limitation des accès aux îles #Goix #BelleIle #Houat #Hoedic
Les îles morbihannaises continueront d’être approvisionnées normalement, pas la peine de se précipiter dans les magasins. Des navettes restreintes de la compagnie Océane continueront d'assurer les liaisons avec limitations de passagers qui seront en possession de l'attestation de circulation dans le cadre des mesures de confinement.
Coronavirus : bientôt plus de tests, plus rapides, plus sensibles
Par Camille Gévaudan
L'université d'Oxford a annoncé mercredi avoir mis au point un test «beaucoup plus rapide» qui fait réagir les prélèvement nasaux à une solution.
Le test de diagnostic du coronavirus pratiqué dans les principaux hôpitaux français a été développé par l’Institut Pasteur. Un petit goupillon est introduit dans la narine du patient ayant des difficultés respiratoires, pour prélever des cellules nasales profondes. Le prélèvement est ensuite analysé pour y chercher d’éventuels brins d’ARN – l’acide ribonucléique, proche de l’ADN – appartenant au virus SARS-CoV-2. Son ARN permet de reconnaître ce virus en particulier, comme une signature unique.
On appelle cela un test PCR (réaction en chaîne par polymérase) : la technique consiste à multiplier en des millions d’exemplaires un fragment de génome appartenant à un agent pathogène (un virus) jusqu’à pouvoir le détecter et l’étudier, même dans un très faible échantillon.
Le prélèvement dure quelques secondes, mais la suite est un peu longue : il faut envoyer l’échantillon dans le laboratoire spécialisé le plus proche, situé parfois à l’intérieur même de l’hôpital, mais parfois non. Le ministère de la Santé a indiqué à Libération que 45 établissements en France disposent actuellement d’un laboratoire pouvant procéder à ces analyses. L’analyse repose sur beaucoup de manipulations humaines, et les résultats ne sont pas disponibles avant trois à cinq heures. D’où la rareté des tests actuels, sans compter que la saturation des laboratoires et les arbitrages de priorité peuvent repousser l’annonce du diagnostic à vingt-quatre ou quarante-huit heures après le prélèvement…
Des tests automatisés, une capacité décuplée
Mais d’autres laboratoires travaillent depuis des semaines à élaborer des techniques de test alternatives, plus efficaces, qui sont en cours de déploiement.
Basée en Suisse, la société pharmaceutique Roche vient d’obtenir deux précieux coups de tampon pour son test maison : le marquage CE pour un usage en Europe et une autorisation accordée en urgence par Food and Drug Administration américaine. Alors que le test Pasteur ne peut se faire qu’en laboratoire de recherche, celui de Roche peut être effectué sur des plateformes de test moléculaires nommées «Cobas», sortes de grandes armoires à analyses largement répandues dans les laboratoires de ville – qui ont justement le droit de diagnostiquer le Covid-19 depuis le début de la semaine. «Notre base installée est de 695 machines pour Cobas 6800 et de 132 pour Cobas 8800», détaille un porte-parole de Roche Diagnostics aux Echos.
Le test de Roche donne des résultats en trois heures et demie, mais surtout, il automatise le procédé : détecter le nouveau coronavirus devient un test standardisé de routine, parmi toute une batterie d’autres tests que les laborantins ont l’habitude de pratiquer sur les machines Cobas. Ces dernières sont capables d’analyser de nombreux échantillons en parallèle (une centaine), portant la cadence de diagnostics à 1 000, voire 2 000 ou 3 000 résultats par tranche de vingt-quatre heures selon de modèle de Cobas utilisé. Le potentiel de productivité par rapport aux tests actuels est donc décuplé, au minimum.
Boîtiers magiques
De son côté, la société française BioMérieux travaille depuis mi-janvier au développement d’un test basé sur un échantillon respiratoire, dont une première version devrait être disponible «fin mars» avec des résultats en 4 à 5 heures. «Il sera produit à l’échelle industrielle à Verniolle dans l’Ariège, et vendu dans plus de 160 pays», annonce Mark Miller, directeur exécutif des affaires médicales de BioMérieux.
Mais la vraie avancée arrivera dans un second temps : le test de BioMérieux sera intégré à ses petits instruments automatisés de diagnostic in vitro, ajoutant le SARS-CoV-2 à liste des 22 bactéries et virus respiratoires qu’ils savent déjà détecter. Plus besoin de laboratoire – l’instrument se débrouille tout seul – et les résultats tombent en quarante-cinq minutes seulement. Ces boîtiers magiques seront soumis aux autorités réglementaires dans les prochains mois et «leur lancement aura lieu immédiatement après l’obtention des autorisations», sans doute au cours du second trimestre.














