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Jours tranquilles à Paris

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18 mars 2020

« SEIGNEUR, ARRÊTE-LA DE TA MAIN » PAPE FRANÇOIS

Le Pape a accordé un long au quotidien italien La Repubblica dans lequel il demande à chacun d’être proche de ceux qui ont perdu des êtres chers.

pape françois

Mercredi 18 mars 2020 ((rezonodwes.com))–«J’ai demandé au Seigneur de stopper l’épidémie: Seigneur, arrête-la de ta main. J’ai prié pour cela». C’est ce que révèle François au journaliste Paolo Rodari de La Repubblica lorsqu’il lui demande quelle avait été sa prière dimanche après-midi à Sainte Marie Majeure et San Marcello al Corso, au cœur de Rome.

Le Pape suggère comment vivre ces jours difficiles:

“Nous devons redécouvrir le caractère concret des petites choses, des petites attentions à avoir envers nos proches, nos parents, nos amis. Et comprendre que dans ces petites choses, il y a notre trésor. Il y a des gestes minimes, qui se perdent parfois dans l’anonymat du quotidien, des gestes de tendresse, d’affection, de compassion, qui sont pourtant décisifs, importants. Par exemple, un plat chaud, une caresse, un câlin, un appel téléphonique… Ce sont des gestes familiers d’attention aux petits détails de chaque jour qui donnent un sens à la vie et qui font qu’il y a communion et communication entre nous.”

Une attention spéciale pour ceux qui sont en première ligne

Le Pape adresse une pensée particulière pour le personnel de santé, pour les bénévoles et pour les familles des victimes : «Je remercie ceux qui se dépensent pour les autres. Ils sont un exemple de ce caractère concret. Et je demande que chacun soit proche de ceux qui ont perdu des êtres chers, en essayant de les accompagner de toutes les manières possibles. La consolation doit maintenant être l’engagement de tous». François se dit frappé, à cet égard, par un article récemment publié par un autre journaliste, Fabio Fazio, en particulier par le fait que «notre comportement influence toujours la vie des autres» en citant l’exemple de ceux qui, ne payant par leurs impôts, affaiblissent les services de santé.

Enfin, François invite tout le monde à espérer, même ceux qui ne croient pas : «Tous sont enfants de Dieu, et Dieu les regarde. Même ceux qui ne l’ont pas encore rencontré, qui n’ont pas le don de la foi, peuvent trouver là leur chemin, dans les belles choses auxquelles ils croient : ils peuvent trouver la force dans l’amour pour leurs enfants, pour leur famille, pour leurs frères et sœurs. Quelqu’un peut dire : ‘Je ne peux pas prier parce que je ne crois pas’. Mais en même temps, il peut croire en l’amour des gens qui l’entourent et là trouver de l’espérance».

source Vatican News

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18 mars 2020

Toilet Paper

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18 mars 2020

Coronavirus

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coronavirus ce il faut savoir

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18 mars 2020

Coronavirus : le ministère de la culture lance l’opération #CultureChezNous

Par Sandrine Blanchard

Le site du ministère va servir à « répertorier les initiatives permettant de faire venir la culture à domicile ».

Un opéra ou un concert en streaming, une visite virtuelle d’exposition… Le ministère de la culture lance, à partir de mercredi 18 mars, l’opération #CultureChezNous. Pour profiter de la culture de chez soi. « Le site Internet du ministère va devenir une plate-forme où seront répertoriées toutes les initiatives permettant de faire venir la culture à domicile pendant le confinement lié au coronavirus », explique, au Monde, l’entourage de Franck Riester.

Dans un premier temps, toutes les actions d’offres culturelles à distance lancées par les opérateurs publics (Opéra de Paris, Centre Pompidou, palais de Tokyo, BNF, etc.) y seront regroupées.

Alors que le secteur culturel, comme beaucoup d’autres secteurs économiques, est durement touché par la fermeture des lieux de spectacles, de concerts, d’exposition, le site du ministère donnera également des informations pour les professionnels de la culture.

« Une adresse e-mail sera créée pour chaque secteur (musique, théâtre, danse, etc.) permettant de se renseigner sur les aides et les soutiens », précise le cabinet du ministre. « Des mesures d’urgence vont être prises en lien notamment avec le Centre national du cinéma [CNC], le Centre national de la musique [CNC] », promet-on. Il est, par exemple, envisagé de permettre aux structures de ne pas rembourser les subventions touchées pour l’organisation de manifestations qui ont été annulées.

Des discussions en cours sur les intermittents du spectacle

Sur la question des intermittents du spectacle, confrontés au risque d’une « double peine » (ne pouvant pas faire leurs cachets, ils risquent de ne pas pouvoir renouveler leurs droits à l’assurance-chômage), des « discussions sont en cours avec Matignon et le ministère du travail », explique la Rue de Valois. « Nous sommes tout à fait conscients du problème », insiste le ministère.

Quant au ministre de la culture – qui a annoncé, lundi 9 mars, être contaminé par le virus –, « il va bien malgré quelques épisodes de fièvre », affirme son entourage. Franck Riester participera, mercredi 18 mars, au conseil des ministres prévu en visioconférence.

De son côté, le Syndicat national du théâtre privé (SNDTP) a publié, mardi 17 mars, un communiqué invitant les personnes qui avaient réservé pour des spectacles qui ont dû être annulés à « faire don de leurs billets ». Reprenant une initiative lancée il y a quelques jours en Hongrie et relayée sur les réseaux sociaux, le syndicat propose aux spectateurs de « ne pas réclamer le remboursement de leur billet par solidarité avec le milieu culturel ». Cet « appel à la solidarité » permettrait, selon le SNDTP, de « soutenir la filière artistique ».

Parallèlement, le syndicat demande également que « le gouvernement prenne des mesures pour permettre aux spectateurs qui le demanderaient de bénéficier d’un dégrèvement fiscal de tout ou partie de leur geste de solidarité envers le monde culturel ».

18 mars 2020

David Bellemere - photographe

bellemere20

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18 mars 2020

Coronavirus : dans les capitales européennes, des métros vides, des poèmes et des fleurs pour égayer le confinement

Par Jean-Baptiste Chastand, Vienne, correspondant régional, Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante, Jérôme Gautheret, Rome, correspondant, Anne-Françoise Hivert, Malmö (Suède), correspondante régionale, Sandrine Morel, Madrid, correspondante, Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles, bureau européen, Romain Su, Varsovie, correspondance, Thomas Wieder, Berlin, correspondant

Les mesures diffèrent d’un pays à l’autre pour tenter d’endiguer la propagation du Covid-19, mais, désormais, c’est l’Europe tout entière qui tourne au ralenti.

Rues désertes, cafés et restaurants fermés, écoles silencieuses, files d’attente devant les magasins d’alimentation, touristes envolés : en l’espace de quelques jours seulement, les capitales européennes, en confinement ou pas (encore), ont été plongées, les unes après les autres, dans l’inconnu. De Rome à Varsovie, Vienne ou Madrid, les populations sont en état de sidération.

A Rome, des tenues de jogging pour sortir

C’est un voyage immobile, dont les premiers jours paraissent chacun durer une semaine. A Rome, le 9 mars, les cafés étaient encore ouverts mais toutes les réunions publiques et privées étaient prohibées. Les masques commençaient à se généraliser, les commerçants servaient gantés. On se regroupait encore dans les rues désertes mais déjà on ne s’embrassait plus. Les Romains étaient encore sous le coup de la sidération, de l’incrédulité. Le soir même, la ville passait en « zone rouge » : pour circuler, obligation de produire une « autocertification » censée attester de sérieuses raisons pour être dehors. Puis d’autres fermetures ont été décrétées.

Le temps paraît suspendu. Même les photos des lieux touristiques désertés, qu’on s’échangeait frénétiquement au début, ne font plus recette. Désormais on vit au rythme des discussions sur les réseaux sociaux, dans une ambiance d’irréalité permanente.

Le réel, lui, se manifeste chaque soir à 18 heures, au moment des bilans de la protection civile. Le 9 mars au soir, le pays comptait un peu moins de 500 morts. Une semaine après, leur nombre dépassait 2 000.

En quelques jours, une nouvelle normalité s’est installée, faite de rites un peu exotiques – la queue à l’extérieur des magasins, la liste de courses qu’on envoie par SMS au maraîcher, attendant son « OK » afin d’éviter les regroupements – et d’impressions déplaisantes – le sentiment d’être en faute dès qu’on sort de chez soi.

Pourquoi est-on autorisé à sortir courir mais pas à marcher (même vite) ? Pourquoi peut-on sortir son chien mais pas son enfant ? La discussion est infinie, inutile. Peu à peu, on intériorise les contraintes, on s’accoutume à ne plus croiser personne. La discipline collective s’installe, et elle est presque unanimement respectée.

Les journées se ressemblent, du lundi au dimanche, alors que le printemps arrive doucement sur la ville. Chaque jour apporte sa nouvelle limitation (un commerce qui ferme, une interdiction aux contours flous). Dans les files d’attente, la distance moyenne entre les clients s’accentue toujours un peu plus – mardi 17 mars au matin, devant la boulangerie, il fallait compter trois bons mètres pour ne pas se voir rappeler à l’ordre.

Certains s’habillent en sportifs, histoire de ne pas risquer d’être interpellés par la police, et se mettent à trotter dès qu’une voiture approche. Un soir, quatre trentenaires discutaient ensemble, à bonne distance l’un de l’autre, dans la file d’attente d’un magasin bio. Chacun avait un sac de courses mais ne semblait pas pressé d’entrer, invitant au contraire les passants à les dépasser avec de grands sourires. Ils voulaient seulement discuter un moment, sans être hors la loi.

A Bruxelles, un poème de Victor Hugo pour se redonner le moral

Comme si elle était impatiente que le pays imite son grand voisin français, la presse francophone belge titrait, mardi matin, sur l’imminence d’une mesure généralisée de confinement du pays, finalement rendue officielle dans la soirée.

A Bruxelles, si les écoles, les bars et les restaurants sont fermés depuis le 14 mars, les autres commerces restaient ouverts en semaine. De nombreux hôtels, des magasins de vêtements ou des enseignes de sport ont néanmoins déjà baissé leurs volets : même sans être confinés, les clients restent chez eux. Et les quelques touristes traînant encore sur la Grand-Place déserte sont bien en peine de dénicher une bière pour faire passer la seule nourriture encore accessible à la vente : un sachet de frites, sauce « andalouse », « bazooka » ou « américaine piquante ». Le gouvernement a attendu mardi pour annoncer la mise

Vaillamment, les institutions européennes tentent, elles, de maintenir le cap. La Commission continue d’organiser son traditionnel « midday briefing », séance de communication et de (longues) questions-réponses pour les journalistes accrédités. Quitte à recourir à la visioconférence pour maintenir un lien un brin artificiel entre eux et la cohorte des porte-parole. Les journalistes n’étaient, il est vrai, qu’une quinzaine (sur 813 accrédités) dans l’immense salle de presse, lundi, un peu moins encore mardi, respectant les consignes de « distanciation sociale » alors que le lieu est habituellement propice aux échanges complices, aux analyses (souvent critiques) ou à quelques médisances peu confraternelles. Pour remonter le moral à tout un chacun, le chef des porte-parole, Eric Mamer, a lu, mardi, le poème Printemps de Victor Hugo.

De l’autre côté de la rue de la Loi, les bâtiments du Conseil européen se sont, eux aussi, quasiment vidés de leurs occupants, invités à recourir au télétravail. Soucieux, sans doute, d’incarner la continuité du pouvoir, le Conseil maintient les réunions dites « essentielles » et refuse, à ce stade, de se prononcer sur l’annulation du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, prévu pour les 26 et 27 mars. Difficile d’imaginer, toutefois, que se réunissent ici, à Bruxelles, vingt-sept dirigeants invités à se tenir à un mètre de distance. La troisième institution bruxelloise, le Parlement, a, quant à elle, déjà assuré son propre confinement.

A Vienne, un verre de vin dans la cour, à distance

Le plus frappant à Vienne est l’absence d’enfants dans les rues alors que toutes les écoles ont été vidées depuis lundi. Affirmant avoir pris les mesures parmi « les plus dures d’Europe », le gouvernement autrichien a notamment décidé de fermer tous les parcs et les espaces de jeux. « Nous ne sommes pas sortis de chez nous depuis dimanche », raconte Emanuel Böhm, confiné chez lui avec sa femme et ses deux enfants, d’un an et trois ans.

Entre-temps, Vienne s’est transformée en ville morte. Les restaurants et les cafés sont fermés. Tout rassemblement de plus de cinq personnes est proscrit. Seuls les supermarchés, les banques ou les pharmacies peuvent encore ouvrir, le plus souvent en contingentant les entrées. Les déplacements professionnels et les promenades « seuls ou en famille » sont autorisés. Mais les Autrichiens, très disciplinés, s’abstiennent en grande majorité de sortir de chez eux, même si aucun système d’attestation n’a été introduit.

La famille Böhm n’a pas encore profité de cette possibilité. « On a encore besoin d’un peu de temps pour comprendre ce que le gouvernement autorise », explique M. Böhm, dont l’appartement ne compte qu’un « petit balcon », comme beaucoup d’immeubles viennois. « Heureusement, nous avons une cour pour laisser les enfants jouer », dit-il. Dans cette cour, les voisins se retrouvent aussi le soir pour boire un verre de vin, « mais avec une distance stricte d’un mètre ». Il assure ne pas souffrir de l’enfermement. « Je peux prendre le temps de jouer et de lire avec mes enfants. »

Ce professeur de piano, comme sa femme professeure de fitness, ne peut de toute façon plus travailler. « On pensait encore que ce serait possible d’aller chez nos clients la semaine dernière, mais entre-temps des nouvelles règles l’interdisent. » A la place, il a postulé dans une chaîne de supermarché qui a affirmé avoir un besoin urgent de plus de 2 000 employés en raison du surcroît de fréquentation. « Je suis surqualifié pour cet emploi, mais cela me permettrait de recevoir un peu d’argent tout en faisant quelque chose pour la société. »

A Madrid, un chien pour avoir le droit de se promener

Même le soleil n’était pas de sortie, mardi, à Madrid, participant à l’ambiance morne qui s’est emparée de la capitale espagnole. Fini la fiesta, les bars à tapas, les terrasses bruyantes, les rues animées, les vendeurs de bière à la sauvette… On ne croise plus dans les rues tristes et désertées que deux types de gens : ceux qui vont faire leurs courses, pressés, et ceux qui sortent leurs chiens, en passe de devenir des privilégiés.

Les mesures de confinement adoptées par le gouvernement espagnol dans la nuit du 14 au 15 mars interdisent aux Espagnols de sortir de chez eux, sauf pour se rendre au travail, acheter à manger ou en cas de force majeure. Un chien, ici, c’est un laissez-passer pour avoir le droit de se promener. Et cela n’a pas de prix. Ou plutôt si. Sur les sites de petites annonces se sont mises à fleurir les offres de « location de chiens » pour « contourner le confinement » : jusqu’à 25 euros pour un petit tour en laisse.

« Tous mes voisins m’ont demandé si je voulais qu’ils sortent mon chien, mais je préfère le faire moi-même », confirme Nathalie Perez, 71 ans, qui se balade avec son yorkshire Punkie dans les rues du quartier de Malasana, épicentre de la Movida méconnaissable de langueur. Autour d’elle, tout est fermé. Mardi, 43 % des 11 178 cas de Covid-19 recensés en Espagne l’étaient dans la région de Madrid et 355 des 491 décès.

« C’est triste mais c’est vrai : je me sens privilégié, assure Juan Ramon, gérant d’appartements touristiques de 39 ans, qui promène son bichon sur la place Dos de Mayo. Mais je n’abuse pas : je le sors trois fois par jours, comme d’habitude, et j’évite les autres propriétaires de chiens, comme cela nous a été demandé. Ce n’est pas un jouet. » Ça dépend : à Palencia (Castille-et-Léon), la police a réprimandé un homme qui promenait un chien… en peluche.

A Copenhague, une dernière escapade avant d’obéir aux instructions

Rues quasi désertes, écoles, bars, salles de gym et attractions touristiques fermés… Les Danois n’ont pas attendu la mise en place des mesures de confinement, lundi, pour se cloîtrer chez eux. Dès la fin de la conférence de presse de la première ministre, Mette Frederiksen, le 12 mars dans la soirée, les salariés du public comme du privé étaient invités par mail à privilégier le télétravail.

Ce 12 mars, les députés ont adopté une loi d’exception, qui permet aux autorités d’utiliser la contrainte pour examiner, soigner, ou isoler une personne contaminée. Avouant son « scepticisme », Laura Pedersen, habitante du quartier de Vesterbro, à Copenhague, tente de se rassurer : « Nous vivons au Danemark. Je me dis que la police est raisonnable et que la loi ne sera utilisée que dans des cas extrêmes, par exemple si une personne déséquilibrée refuse la quarantaine. »

Le week-end suivant ces annonces, veille du confinement, les habitants de la capitale danoise, profitant d’un temps printanier, étaient de nouveau sortis de chez eux. Une dernière escapade. Et dès mardi, Copenhague avait de nouveau des allures de ville morte, après que le gouvernement a demandé, la veille, aux Danois de prendre ses instructions au sérieux.

A la pâtisserie H.C. Andersen, près de la place de l’hôtel de ville, la patronne Mette Sogaard se désole. Elle a renvoyé quinze de ses dix-huit employés chez eux. Pourtant, elle aussi approuve les mesures prises par le gouvernement.

En quelques jours seulement, la semaine dernière, le nombre de personnes testées positives au coronavirus a été multiplié par dix. Mardi, le Danemark faisait état de 960 contaminés et 4 morts. Employée de l’Agence nationale pour la numérisation au ministère des finances, Katerine n’ira pas travailler. Elle soutient la fermeture des administrations publiques : « Il faut que nous parvenions à enrayer cette épidémie le plus vite possible. »

« Nous faisons confiance aux autorités. Alors si on nous dit que c’est qu’il faut le faire, on obéit, explique de son côté Karl Forchhammer, auteur de documentaire, dont le dernier film aurait dû être présenté au festival international du film documentaire de Copenhague, cette semaine. C’est annulé. Ça craint, mais je préfère vivre dans un pays où le gouvernement prend ses responsabilités, plutôt qu’au Royaume-Uni par exemple. »

A Varsovie, le spectre de l’époque communiste

Face au coronavirus, la capitale polonaise passe en mode sans contact. Dans des transports en commun qui continuent de fonctionner, les portes s’ouvrent désormais automatiquement, car les boutons ont été bloqués avec du ruban adhésif. L’avant des véhicules a aussi été condamné de manière à isoler les conducteurs des passagers, devenus de toute façon trop peu nombreux pour occuper la totalité des places.

Les rares magasins encore ouverts appliquent avec zèle les recommandations de distanciation sociale. A la préférence plus ou moins insistante pour les paiements en carte bancaire plutôt qu’en pièces et billets, perçus comme un vecteur de transmission, s’ajoute la limitation du nombre de clients à l’intérieur des locaux. Cette mesure prolonge parfois les files d’attente jusque dans la rue, comme devant la boucherie Wierzejki de l’avenue Marszalkowska, l’une des principales artères de la capitale.

« En Pologne, nous n’aimons pas les files d’attente », s’impatiente Maciej. Habitant dans le voisinage, ce retraité a déjà fait le plein de produits d’hygiène dans l’enseigne d’en face et attend de compléter son chariot de courses avec de la viande : « Cela nous rappelle l’époque communiste, quand il fallait faire la queue pendant des heures pour avoir quelque chose. » Cinq autres personnes dans la file, également retraitées, ont l’air d’approuver, mais se gardent bien de se rapprocher et d’intervenir. Alors que le gouvernement recommande de « maintenir au moins un mètre de distance entre soi-même et les autres », les clients, par précaution, se tiennent plutôt à un mètre et demi, voire deux mètres les uns des autres.

Trente ans après la fin de l’économie dirigée, l’agacement que suscitent les files d’attente semble davantage relever de l’atavisme que de la crainte du manque car aujourd’hui, les rayons des magasins sont pleins. Les distributeurs de billets vidés eux aussi la semaine dernière à la suite de retraits massifs ont été réapprovisionnés.

En dépit d’un soleil printanier, les rues de Varsovie sont désormais quasi désertes en dehors des livreurs et des sans-abri, pourtant d’ordinaire peu visibles. Sans touristes ni passants, les poubelles se sont, elles aussi, vidées.

A Berlin, des fleurs pour rendre la vie moins triste

Mardi matin, Anne Köhler a emmené son fils de 6 ans au parc, tout en lui interdisant de jouer avec d’autres enfants « pour éviter de prendre des risques ». Elle a ensuite acheté deux bouquets de tulipes, « étonnée de voir [son] fleuriste encore ouvert ». Puis elle s’est arrêtée boire une bière à une terrasse ensoleillée, ce qui ne lui arrive jamais en pleine journée, en se disant que ce serait « peut-être la dernière fois avant longtemps ».

A Kreuzberg, quartier cosmopolite de Berlin où l’on entend parler anglais ou turc autant qu’allemand, la vie n’est plus tout à fait la même sans être encore tout à fait une autre. Dans tel grand supermarché, voilà déjà plusieurs jours qu’il est impossible de trouver des pâtes et du riz. Mais deux cents mètres plus loin, dans une petite épicerie, tous les rayons sont pleins.

Comment expliquer cet étrange entre-deux ? Dans un message vidéo diffusé lundi, le président de la République, Frank-Walter Steinmeier, n’a-t-il pas demandé à ses concitoyens de « rester à la maison autant que possible » ?

Accoudé au comptoir d’un petit restaurant, Pierre Devos résume la situation d’une formule assez juste : « Pour l’instant, en Allemagne, on est dans le confinement mou. » Mardi matin, ce Français de 47 ans n’est pas allé travailler, sa boutique de tatouage ne faisant pas partie des commerces de première nécessité autorisés à rester ouverts et dont la liste a été détaillée par Angela Merkel, lundi soir, lors d’une brève conférence de presse.

Dans cette liste, les restaurants occupent justement une place intermédiaire, bien à l’image de la situation qui caractérise l’Allemagne, un pays où le nombre de personnes infectées par le Covid-19 monte en flèche (8 091 cas, mardi midi, soit un doublement en quatre jours) mais où « seulement » 13 personnes en sont mortes. Jusqu’à nouvel ordre, les restaurants peuvent donc rester ouverts, jusqu’à 18 heures, à la condition qu’ils veillent à « minimiser le risque de propagation du coronavirus ».

« On demande aux clients de rester à un mètre de distance les uns des autres », explique un serveur. On lui fait remarquer qu’à une table où déjeunent une jeune femme et une enfant, la règle n’est pas respectée. « Oui, mais il s’agit sans doute d’une mère et de sa fille. Si l’une a le virus, l’autre l’a déjà. Là où on est strict, c’est avec ceux dont on se dit qu’ils n’habitent pas ensemble, explique-t-il. De toute façon, les gens commencent à comprendre : regardez, il n’y a que six clients dans la salle. Un jour normal, il y en aurait quarante. »

Quelques centaines de mètres plus loin, Cristofaro Salvato, un jeune fleuriste, s’apprête à baisser le rideau, sans savoir combien de temps il pourra tenir sans travailler. Pour ne pas jeter ses fleurs à la poubelle, il les a mises sur le trottoir, avec ce message collé à la vitrine : « Soutenez vos commerçants ! » En deux heures, il avait tout vendu.

« Berlin garde un côté rebelle, mais ça reste l’Allemagne : les gens s’autodisciplinent et ils savent qu’ils seront peut-être bientôt confinés chez eux, comme les Français et les Italiens, explique-t-il. C’est d’ailleurs ce que j’ai entendu toute la matinée : “Puisqu’on va sans doute bientôt devoir rester à la maison, autant qu’on ait des fleurs, ça rendra la vie un peu moins triste.” »

A Londres, des musées sur le point de fermer dans un silence de cathédrale

Etrange ambiance. Lundi, le premier ministre Boris Johnson a « conseillé » aux Britanniques la « self distanciation » – on limite les déplacements à l’essentiel, on ne va plus dans les pubs et dans les théâtres – mais sur une base volontaire.

Alors les Londoniens agissent au jugé, certains encore insouciants, beaucoup désormais très inquiets. Mardi matin, sur la ligne Jubilee, qui traverse la capitale d’Ouest en Est, le métro est aux trois quarts vide. On glisse un regard inquiet quand quelqu’un se racle la gorge, on s’écarte un peu quand on doit se croiser. Personne devant les grilles de Buckingham Palace. A en croire le Daily Mirror, la reine, 94 ans en avril, a quitté Londres pour le château de Windsor (comme durant la seconde guerre mondiale).

Il ne faut qu’une vingtaine de minutes à pied en passant par le richissime quartier de Belgravia pour rejoindre celui des musées, à South Kensington. Le temps est radieux, les ouvriers s’affairent encore sur le chantier du Peninsula, futur hôtel de luxe face à Hyde Park. Les facteurs font leur tournée, les éboueurs aussi – personne ne porte de gants. Quelques personnes âgées déambulent sur les larges trottoirs. Les terrasses sont presque vides. « C’est partout pareil, déplore le vendeur d’un café habituellement bondé. Tout va fermer, même les écoles. Vous croyez que je peux prendre le vol que j’avais prévu pour l’Allemagne le week-end prochain ? » A deux pas se dresse l’imposant bâtiment néoromain du Museum d’histoire naturelle. Un passage obligé, d’habitude, pour les touristes et les écoliers en voyage scolaire.

On hésite un peu, ça a déjà l’air fermé. Un employé nous invite à entrer : « Si, si, on est encore ouverts ! Mais jusqu’à 14 heures. Après, on ferme pour deux mois. » Le grand hall avec son fameux squelette de baleine accroché au plafond est baigné de lumière, les employés sont plus nombreux que les visiteurs. On peut admirer les dodos empaillés dans un silence de cathédrale.

Même atmosphère surréelle au Victoria and Albert Museum, lui aussi quasi vide. « Je ne comprends pas cette paranoïa à cause de cette maladie. On a besoin de nos jobs, et nous, qu’est-ce qu’on va devenir ? », nous lance une dame à la caisse de la cafétéria. Derrière elle, une partie des présentoirs ont été nettoyés et fermés, il reste une dizaine de sandwichs à vendre. Cela sent, ici aussi, la mise sous cloche pour de longues semaines. Mardi soir, le British Museum a d’ailleurs annoncé sa fermeture.

18 mars 2020

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18 mars 2020

Coronavirus : profitons de la quarantaine pour retrouver le sens de nos vies

Vu de République tchèque

HOSPODÁRSKÉ NOVINY (PRAGUE)

Dans un billet publié dans le quotidien tchèque Hospodárské Noviny, l’économiste Tomas Sedlacek invite les lecteurs à revenir à l’essentiel pendant cette période unique qu’est le confinement. Puisque le temps va désormais s’étirer comme un filet de miel, dit-il, il convient d’en profiter au mieux.

“Laisse tomber ton article, c’est l’apocalypse”, m’a dit hier une amie. On était jeudi après-midi (le 12 mars) et, dans l’air, il était déjà possible de sentir à quel point la ville était devenue silencieuse. Cela est en fait inconcevable : comme par enchantement, toute la société va passer à un régime doucement postapocalyptique et d’épargne.

Chaque article ou presque résume les conséquences incalculables qu’aura ce confinement sur l’économie, et il ne faut pas s’en étonner. Rien de semblable à cette halte globale ne s’est encore jamais produit dans nos vies.

Profitons donc de la situation qui se présente, puisque nous ne pouvons de toute façon pas faire grand-chose d’autre. Efforçons-nous de considérer le bon côté des choses. Le monde s’offre un shabbat. Les villes vont s’apaiser. Le temps va se suspendre et les gens vont retrouver le rythme de vie qui leur est propre, un quotidien aux dimensions humaines. Il est fort possible que, prochainement, lorsqu’il nous apparaîtra que la ville semble abandonnée, les touristes viendront à nous manquer.

Le temps de cuisiner, de discuter, de respirer

Nous n’aurons plus à régler le problème de la suppression des lignes aériennes directes qui, précisément pour faire venir ces touristes, relient notre petit pays à la Chine. Qui sait si, après quelques semaines d’auto-ostracisation, nous n’en viendrons pas même à apprécier la mondialisation, ses avantages qui pour nous tous sont devenus tellement normaux que nous avons presque fini par les oublier.

Et surtout : nous allons avoir du temps à consacrer à nos enfants, à nos proches, comme cela était le cas autrefois. Je suppose que le temps va ralentir et qu’il va s’étirer comme un filet de miel. Nous aurons le temps de cuisiner le soir et de discuter autour de la table. Avons-nous conscience de l’habitude que nous avons prise, sans reconnaissance du ventre, de laisser les autres nous préparer à manger ?

L’économie va se reposer et, dans de nombreux endroits, l’air pollué va se purifier. Nous allons retrouver notre espace naturel. Bars fermés, les alcooliques tchèques boiront moins de bière, le soir loin de chez eux. La natalité augmentera enfin peut-être. Nous pourrons lire tous les livres, mener à bien tous les projets que nous repoussions sans cesse. Nous aurons le temps de réfléchir.

“Nos grandes villes vont devenir des villages”

Le gouvernement et les entreprises s’activeront enfin peut-être pour favoriser le travail à domicile. Les anciens se rappelleront à quoi ressemblaient nos villes avant l’ouverture des frontières. Nous prendrons conscience de la fragilité de notre société évoluée. De nouvelles formes de salutation sans contact vont être inventées.

La coopération scientifique va s’améliorer. Vous pourrez, le soir venu, vous abandonner à vos passe-temps favoris, ne laissez pas la quarantaine vous filer entre les doigts. Il n’y aura plus de problèmes de tapage nocturne.

Bientôt, nous nous apercevrons que de ne pas avoir de programme culturel à l’extérieur le soir a aussi ses attraits. Nous pourrons prendre du temps pour nous, à la maison. N’en doutons pas, c’est une expérience unique dans nos vies qui nous attend.

Beaucoup feront des économies. Les critiques de la consommation à outrance ont devant eux un printemps de grâce ; les démophobes et tous ceux qui ne supportent pas le bruit vont avoir une paix royale ; ceux qui se plaignent du rythme effréné de la vie moderne vont disposer d’un mois – au moins – dont ils pourront profiter à leur guise.

Nos grandes villes vont devenir des villages avec des voisins. Et le village planétaire ne sera plus qu’un village (mais avec une connexion Internet).

Un déraillement général qui nous pousse au calme

Nous devrions toujours être reconnaissants quand un événement nous fait sortir des rails de la routine. Et nous sommes là les témoins d’un déraillement général, d’un déraillement qui nous pousse au calme et à la tranquillité.

D’un seul coup, c’est à nous seuls qu’il appartient de remplir le vide de nos propres vies, ce vide qui apparaît quand la muse se tait et que cesse le bruit du monde, quand disparaissent toutes les distractions sportives, artistiques, sociales et autres, les loisirs ou encore les voyages dont nous considérons qu’ils font le sel de nos vies.

Peut-être apprendrons-nous à être davantage nous-mêmes et avec nous-mêmes. Peut-être apprendrons-nous à mieux contempler le monde qui nous entoure, ou tout du moins aurons-nous le temps de trier toutes ces photos accumulées depuis des années.

Et puis, au bout de ce chemin, il y aura la joie que tout reprenne de plus belle. Nous saurons alors, grâce à notre travail le plus souvent inutile, quel sens donner à notre vie, et nous pourrons nous replonger dans l’écoute de cette voix intérieure qui se fait entendre plus distinctivement le soir venu, dans la quiétude de la tombée du jour.

Tomáš Sedláček

18 mars 2020

Charlotte Rampling

charlotte rampling

charlotte

18 mars 2020

La une de Libération du 18 mars

libé du 18 mars

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