Par Jean-Baptiste Chastand, Vienne, correspondant régional, Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante, Jérôme Gautheret, Rome, correspondant, Anne-Françoise Hivert, Malmö (Suède), correspondante régionale, Sandrine Morel, Madrid, correspondante, Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles, bureau européen, Romain Su, Varsovie, correspondance, Thomas Wieder, Berlin, correspondant
Les mesures diffèrent d’un pays à l’autre pour tenter d’endiguer la propagation du Covid-19, mais, désormais, c’est l’Europe tout entière qui tourne au ralenti.
Rues désertes, cafés et restaurants fermés, écoles silencieuses, files d’attente devant les magasins d’alimentation, touristes envolés : en l’espace de quelques jours seulement, les capitales européennes, en confinement ou pas (encore), ont été plongées, les unes après les autres, dans l’inconnu. De Rome à Varsovie, Vienne ou Madrid, les populations sont en état de sidération.
A Rome, des tenues de jogging pour sortir
C’est un voyage immobile, dont les premiers jours paraissent chacun durer une semaine. A Rome, le 9 mars, les cafés étaient encore ouverts mais toutes les réunions publiques et privées étaient prohibées. Les masques commençaient à se généraliser, les commerçants servaient gantés. On se regroupait encore dans les rues désertes mais déjà on ne s’embrassait plus. Les Romains étaient encore sous le coup de la sidération, de l’incrédulité. Le soir même, la ville passait en « zone rouge » : pour circuler, obligation de produire une « autocertification » censée attester de sérieuses raisons pour être dehors. Puis d’autres fermetures ont été décrétées.
Le temps paraît suspendu. Même les photos des lieux touristiques désertés, qu’on s’échangeait frénétiquement au début, ne font plus recette. Désormais on vit au rythme des discussions sur les réseaux sociaux, dans une ambiance d’irréalité permanente.
Le réel, lui, se manifeste chaque soir à 18 heures, au moment des bilans de la protection civile. Le 9 mars au soir, le pays comptait un peu moins de 500 morts. Une semaine après, leur nombre dépassait 2 000.
En quelques jours, une nouvelle normalité s’est installée, faite de rites un peu exotiques – la queue à l’extérieur des magasins, la liste de courses qu’on envoie par SMS au maraîcher, attendant son « OK » afin d’éviter les regroupements – et d’impressions déplaisantes – le sentiment d’être en faute dès qu’on sort de chez soi.
Pourquoi est-on autorisé à sortir courir mais pas à marcher (même vite) ? Pourquoi peut-on sortir son chien mais pas son enfant ? La discussion est infinie, inutile. Peu à peu, on intériorise les contraintes, on s’accoutume à ne plus croiser personne. La discipline collective s’installe, et elle est presque unanimement respectée.
Les journées se ressemblent, du lundi au dimanche, alors que le printemps arrive doucement sur la ville. Chaque jour apporte sa nouvelle limitation (un commerce qui ferme, une interdiction aux contours flous). Dans les files d’attente, la distance moyenne entre les clients s’accentue toujours un peu plus – mardi 17 mars au matin, devant la boulangerie, il fallait compter trois bons mètres pour ne pas se voir rappeler à l’ordre.
Certains s’habillent en sportifs, histoire de ne pas risquer d’être interpellés par la police, et se mettent à trotter dès qu’une voiture approche. Un soir, quatre trentenaires discutaient ensemble, à bonne distance l’un de l’autre, dans la file d’attente d’un magasin bio. Chacun avait un sac de courses mais ne semblait pas pressé d’entrer, invitant au contraire les passants à les dépasser avec de grands sourires. Ils voulaient seulement discuter un moment, sans être hors la loi.
A Bruxelles, un poème de Victor Hugo pour se redonner le moral
Comme si elle était impatiente que le pays imite son grand voisin français, la presse francophone belge titrait, mardi matin, sur l’imminence d’une mesure généralisée de confinement du pays, finalement rendue officielle dans la soirée.
A Bruxelles, si les écoles, les bars et les restaurants sont fermés depuis le 14 mars, les autres commerces restaient ouverts en semaine. De nombreux hôtels, des magasins de vêtements ou des enseignes de sport ont néanmoins déjà baissé leurs volets : même sans être confinés, les clients restent chez eux. Et les quelques touristes traînant encore sur la Grand-Place déserte sont bien en peine de dénicher une bière pour faire passer la seule nourriture encore accessible à la vente : un sachet de frites, sauce « andalouse », « bazooka » ou « américaine piquante ». Le gouvernement a attendu mardi pour annoncer la mise
Vaillamment, les institutions européennes tentent, elles, de maintenir le cap. La Commission continue d’organiser son traditionnel « midday briefing », séance de communication et de (longues) questions-réponses pour les journalistes accrédités. Quitte à recourir à la visioconférence pour maintenir un lien un brin artificiel entre eux et la cohorte des porte-parole. Les journalistes n’étaient, il est vrai, qu’une quinzaine (sur 813 accrédités) dans l’immense salle de presse, lundi, un peu moins encore mardi, respectant les consignes de « distanciation sociale » alors que le lieu est habituellement propice aux échanges complices, aux analyses (souvent critiques) ou à quelques médisances peu confraternelles. Pour remonter le moral à tout un chacun, le chef des porte-parole, Eric Mamer, a lu, mardi, le poème Printemps de Victor Hugo.
De l’autre côté de la rue de la Loi, les bâtiments du Conseil européen se sont, eux aussi, quasiment vidés de leurs occupants, invités à recourir au télétravail. Soucieux, sans doute, d’incarner la continuité du pouvoir, le Conseil maintient les réunions dites « essentielles » et refuse, à ce stade, de se prononcer sur l’annulation du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, prévu pour les 26 et 27 mars. Difficile d’imaginer, toutefois, que se réunissent ici, à Bruxelles, vingt-sept dirigeants invités à se tenir à un mètre de distance. La troisième institution bruxelloise, le Parlement, a, quant à elle, déjà assuré son propre confinement.
A Vienne, un verre de vin dans la cour, à distance
Le plus frappant à Vienne est l’absence d’enfants dans les rues alors que toutes les écoles ont été vidées depuis lundi. Affirmant avoir pris les mesures parmi « les plus dures d’Europe », le gouvernement autrichien a notamment décidé de fermer tous les parcs et les espaces de jeux. « Nous ne sommes pas sortis de chez nous depuis dimanche », raconte Emanuel Böhm, confiné chez lui avec sa femme et ses deux enfants, d’un an et trois ans.
Entre-temps, Vienne s’est transformée en ville morte. Les restaurants et les cafés sont fermés. Tout rassemblement de plus de cinq personnes est proscrit. Seuls les supermarchés, les banques ou les pharmacies peuvent encore ouvrir, le plus souvent en contingentant les entrées. Les déplacements professionnels et les promenades « seuls ou en famille » sont autorisés. Mais les Autrichiens, très disciplinés, s’abstiennent en grande majorité de sortir de chez eux, même si aucun système d’attestation n’a été introduit.
La famille Böhm n’a pas encore profité de cette possibilité. « On a encore besoin d’un peu de temps pour comprendre ce que le gouvernement autorise », explique M. Böhm, dont l’appartement ne compte qu’un « petit balcon », comme beaucoup d’immeubles viennois. « Heureusement, nous avons une cour pour laisser les enfants jouer », dit-il. Dans cette cour, les voisins se retrouvent aussi le soir pour boire un verre de vin, « mais avec une distance stricte d’un mètre ». Il assure ne pas souffrir de l’enfermement. « Je peux prendre le temps de jouer et de lire avec mes enfants. »
Ce professeur de piano, comme sa femme professeure de fitness, ne peut de toute façon plus travailler. « On pensait encore que ce serait possible d’aller chez nos clients la semaine dernière, mais entre-temps des nouvelles règles l’interdisent. » A la place, il a postulé dans une chaîne de supermarché qui a affirmé avoir un besoin urgent de plus de 2 000 employés en raison du surcroît de fréquentation. « Je suis surqualifié pour cet emploi, mais cela me permettrait de recevoir un peu d’argent tout en faisant quelque chose pour la société. »
A Madrid, un chien pour avoir le droit de se promener
Même le soleil n’était pas de sortie, mardi, à Madrid, participant à l’ambiance morne qui s’est emparée de la capitale espagnole. Fini la fiesta, les bars à tapas, les terrasses bruyantes, les rues animées, les vendeurs de bière à la sauvette… On ne croise plus dans les rues tristes et désertées que deux types de gens : ceux qui vont faire leurs courses, pressés, et ceux qui sortent leurs chiens, en passe de devenir des privilégiés.
Les mesures de confinement adoptées par le gouvernement espagnol dans la nuit du 14 au 15 mars interdisent aux Espagnols de sortir de chez eux, sauf pour se rendre au travail, acheter à manger ou en cas de force majeure. Un chien, ici, c’est un laissez-passer pour avoir le droit de se promener. Et cela n’a pas de prix. Ou plutôt si. Sur les sites de petites annonces se sont mises à fleurir les offres de « location de chiens » pour « contourner le confinement » : jusqu’à 25 euros pour un petit tour en laisse.
« Tous mes voisins m’ont demandé si je voulais qu’ils sortent mon chien, mais je préfère le faire moi-même », confirme Nathalie Perez, 71 ans, qui se balade avec son yorkshire Punkie dans les rues du quartier de Malasana, épicentre de la Movida méconnaissable de langueur. Autour d’elle, tout est fermé. Mardi, 43 % des 11 178 cas de Covid-19 recensés en Espagne l’étaient dans la région de Madrid et 355 des 491 décès.
« C’est triste mais c’est vrai : je me sens privilégié, assure Juan Ramon, gérant d’appartements touristiques de 39 ans, qui promène son bichon sur la place Dos de Mayo. Mais je n’abuse pas : je le sors trois fois par jours, comme d’habitude, et j’évite les autres propriétaires de chiens, comme cela nous a été demandé. Ce n’est pas un jouet. » Ça dépend : à Palencia (Castille-et-Léon), la police a réprimandé un homme qui promenait un chien… en peluche.
A Copenhague, une dernière escapade avant d’obéir aux instructions
Rues quasi désertes, écoles, bars, salles de gym et attractions touristiques fermés… Les Danois n’ont pas attendu la mise en place des mesures de confinement, lundi, pour se cloîtrer chez eux. Dès la fin de la conférence de presse de la première ministre, Mette Frederiksen, le 12 mars dans la soirée, les salariés du public comme du privé étaient invités par mail à privilégier le télétravail.
Ce 12 mars, les députés ont adopté une loi d’exception, qui permet aux autorités d’utiliser la contrainte pour examiner, soigner, ou isoler une personne contaminée. Avouant son « scepticisme », Laura Pedersen, habitante du quartier de Vesterbro, à Copenhague, tente de se rassurer : « Nous vivons au Danemark. Je me dis que la police est raisonnable et que la loi ne sera utilisée que dans des cas extrêmes, par exemple si une personne déséquilibrée refuse la quarantaine. »
Le week-end suivant ces annonces, veille du confinement, les habitants de la capitale danoise, profitant d’un temps printanier, étaient de nouveau sortis de chez eux. Une dernière escapade. Et dès mardi, Copenhague avait de nouveau des allures de ville morte, après que le gouvernement a demandé, la veille, aux Danois de prendre ses instructions au sérieux.
A la pâtisserie H.C. Andersen, près de la place de l’hôtel de ville, la patronne Mette Sogaard se désole. Elle a renvoyé quinze de ses dix-huit employés chez eux. Pourtant, elle aussi approuve les mesures prises par le gouvernement.
En quelques jours seulement, la semaine dernière, le nombre de personnes testées positives au coronavirus a été multiplié par dix. Mardi, le Danemark faisait état de 960 contaminés et 4 morts. Employée de l’Agence nationale pour la numérisation au ministère des finances, Katerine n’ira pas travailler. Elle soutient la fermeture des administrations publiques : « Il faut que nous parvenions à enrayer cette épidémie le plus vite possible. »
« Nous faisons confiance aux autorités. Alors si on nous dit que c’est qu’il faut le faire, on obéit, explique de son côté Karl Forchhammer, auteur de documentaire, dont le dernier film aurait dû être présenté au festival international du film documentaire de Copenhague, cette semaine. C’est annulé. Ça craint, mais je préfère vivre dans un pays où le gouvernement prend ses responsabilités, plutôt qu’au Royaume-Uni par exemple. »
A Varsovie, le spectre de l’époque communiste
Face au coronavirus, la capitale polonaise passe en mode sans contact. Dans des transports en commun qui continuent de fonctionner, les portes s’ouvrent désormais automatiquement, car les boutons ont été bloqués avec du ruban adhésif. L’avant des véhicules a aussi été condamné de manière à isoler les conducteurs des passagers, devenus de toute façon trop peu nombreux pour occuper la totalité des places.
Les rares magasins encore ouverts appliquent avec zèle les recommandations de distanciation sociale. A la préférence plus ou moins insistante pour les paiements en carte bancaire plutôt qu’en pièces et billets, perçus comme un vecteur de transmission, s’ajoute la limitation du nombre de clients à l’intérieur des locaux. Cette mesure prolonge parfois les files d’attente jusque dans la rue, comme devant la boucherie Wierzejki de l’avenue Marszalkowska, l’une des principales artères de la capitale.
« En Pologne, nous n’aimons pas les files d’attente », s’impatiente Maciej. Habitant dans le voisinage, ce retraité a déjà fait le plein de produits d’hygiène dans l’enseigne d’en face et attend de compléter son chariot de courses avec de la viande : « Cela nous rappelle l’époque communiste, quand il fallait faire la queue pendant des heures pour avoir quelque chose. » Cinq autres personnes dans la file, également retraitées, ont l’air d’approuver, mais se gardent bien de se rapprocher et d’intervenir. Alors que le gouvernement recommande de « maintenir au moins un mètre de distance entre soi-même et les autres », les clients, par précaution, se tiennent plutôt à un mètre et demi, voire deux mètres les uns des autres.
Trente ans après la fin de l’économie dirigée, l’agacement que suscitent les files d’attente semble davantage relever de l’atavisme que de la crainte du manque car aujourd’hui, les rayons des magasins sont pleins. Les distributeurs de billets vidés eux aussi la semaine dernière à la suite de retraits massifs ont été réapprovisionnés.
En dépit d’un soleil printanier, les rues de Varsovie sont désormais quasi désertes en dehors des livreurs et des sans-abri, pourtant d’ordinaire peu visibles. Sans touristes ni passants, les poubelles se sont, elles aussi, vidées.
A Berlin, des fleurs pour rendre la vie moins triste
Mardi matin, Anne Köhler a emmené son fils de 6 ans au parc, tout en lui interdisant de jouer avec d’autres enfants « pour éviter de prendre des risques ». Elle a ensuite acheté deux bouquets de tulipes, « étonnée de voir [son] fleuriste encore ouvert ». Puis elle s’est arrêtée boire une bière à une terrasse ensoleillée, ce qui ne lui arrive jamais en pleine journée, en se disant que ce serait « peut-être la dernière fois avant longtemps ».
A Kreuzberg, quartier cosmopolite de Berlin où l’on entend parler anglais ou turc autant qu’allemand, la vie n’est plus tout à fait la même sans être encore tout à fait une autre. Dans tel grand supermarché, voilà déjà plusieurs jours qu’il est impossible de trouver des pâtes et du riz. Mais deux cents mètres plus loin, dans une petite épicerie, tous les rayons sont pleins.
Comment expliquer cet étrange entre-deux ? Dans un message vidéo diffusé lundi, le président de la République, Frank-Walter Steinmeier, n’a-t-il pas demandé à ses concitoyens de « rester à la maison autant que possible » ?
Accoudé au comptoir d’un petit restaurant, Pierre Devos résume la situation d’une formule assez juste : « Pour l’instant, en Allemagne, on est dans le confinement mou. » Mardi matin, ce Français de 47 ans n’est pas allé travailler, sa boutique de tatouage ne faisant pas partie des commerces de première nécessité autorisés à rester ouverts et dont la liste a été détaillée par Angela Merkel, lundi soir, lors d’une brève conférence de presse.
Dans cette liste, les restaurants occupent justement une place intermédiaire, bien à l’image de la situation qui caractérise l’Allemagne, un pays où le nombre de personnes infectées par le Covid-19 monte en flèche (8 091 cas, mardi midi, soit un doublement en quatre jours) mais où « seulement » 13 personnes en sont mortes. Jusqu’à nouvel ordre, les restaurants peuvent donc rester ouverts, jusqu’à 18 heures, à la condition qu’ils veillent à « minimiser le risque de propagation du coronavirus ».
« On demande aux clients de rester à un mètre de distance les uns des autres », explique un serveur. On lui fait remarquer qu’à une table où déjeunent une jeune femme et une enfant, la règle n’est pas respectée. « Oui, mais il s’agit sans doute d’une mère et de sa fille. Si l’une a le virus, l’autre l’a déjà. Là où on est strict, c’est avec ceux dont on se dit qu’ils n’habitent pas ensemble, explique-t-il. De toute façon, les gens commencent à comprendre : regardez, il n’y a que six clients dans la salle. Un jour normal, il y en aurait quarante. »
Quelques centaines de mètres plus loin, Cristofaro Salvato, un jeune fleuriste, s’apprête à baisser le rideau, sans savoir combien de temps il pourra tenir sans travailler. Pour ne pas jeter ses fleurs à la poubelle, il les a mises sur le trottoir, avec ce message collé à la vitrine : « Soutenez vos commerçants ! » En deux heures, il avait tout vendu.
« Berlin garde un côté rebelle, mais ça reste l’Allemagne : les gens s’autodisciplinent et ils savent qu’ils seront peut-être bientôt confinés chez eux, comme les Français et les Italiens, explique-t-il. C’est d’ailleurs ce que j’ai entendu toute la matinée : “Puisqu’on va sans doute bientôt devoir rester à la maison, autant qu’on ait des fleurs, ça rendra la vie un peu moins triste.” »
A Londres, des musées sur le point de fermer dans un silence de cathédrale
Etrange ambiance. Lundi, le premier ministre Boris Johnson a « conseillé » aux Britanniques la « self distanciation » – on limite les déplacements à l’essentiel, on ne va plus dans les pubs et dans les théâtres – mais sur une base volontaire.
Alors les Londoniens agissent au jugé, certains encore insouciants, beaucoup désormais très inquiets. Mardi matin, sur la ligne Jubilee, qui traverse la capitale d’Ouest en Est, le métro est aux trois quarts vide. On glisse un regard inquiet quand quelqu’un se racle la gorge, on s’écarte un peu quand on doit se croiser. Personne devant les grilles de Buckingham Palace. A en croire le Daily Mirror, la reine, 94 ans en avril, a quitté Londres pour le château de Windsor (comme durant la seconde guerre mondiale).
Il ne faut qu’une vingtaine de minutes à pied en passant par le richissime quartier de Belgravia pour rejoindre celui des musées, à South Kensington. Le temps est radieux, les ouvriers s’affairent encore sur le chantier du Peninsula, futur hôtel de luxe face à Hyde Park. Les facteurs font leur tournée, les éboueurs aussi – personne ne porte de gants. Quelques personnes âgées déambulent sur les larges trottoirs. Les terrasses sont presque vides. « C’est partout pareil, déplore le vendeur d’un café habituellement bondé. Tout va fermer, même les écoles. Vous croyez que je peux prendre le vol que j’avais prévu pour l’Allemagne le week-end prochain ? » A deux pas se dresse l’imposant bâtiment néoromain du Museum d’histoire naturelle. Un passage obligé, d’habitude, pour les touristes et les écoliers en voyage scolaire.
On hésite un peu, ça a déjà l’air fermé. Un employé nous invite à entrer : « Si, si, on est encore ouverts ! Mais jusqu’à 14 heures. Après, on ferme pour deux mois. » Le grand hall avec son fameux squelette de baleine accroché au plafond est baigné de lumière, les employés sont plus nombreux que les visiteurs. On peut admirer les dodos empaillés dans un silence de cathédrale.
Même atmosphère surréelle au Victoria and Albert Museum, lui aussi quasi vide. « Je ne comprends pas cette paranoïa à cause de cette maladie. On a besoin de nos jobs, et nous, qu’est-ce qu’on va devenir ? », nous lance une dame à la caisse de la cafétéria. Derrière elle, une partie des présentoirs ont été nettoyés et fermés, il reste une dizaine de sandwichs à vendre. Cela sent, ici aussi, la mise sous cloche pour de longues semaines. Mardi soir, le British Museum a d’ailleurs annoncé sa fermeture.