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Jours tranquilles à Paris

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9 mars 2020

Restaurant LE PROCOPE

procope

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9 mars 2020

La lettre politique de Laurent Joffrin - Corona-krach

On le sait, les marchés financiers ne sont pas renommés pour leur sérénité. Ils viennent d’en donner une nouvelle preuve. Alors que la population, en dehors de quelques manifestations de panique localisées, affronte avec un certain sang-froid l’épidémie de coronavirus, les Bourses mondiales ont plongé verticalement ce matin à l’ouverture. Une chute à deux chiffres qui porte un nom redouté dans l’histoire économique : le krach, de sinistre mémoire. On croit que la panique vient des citoyens menacés dans leur santé : elle vient d’en haut, diffusée par des décideurs économiques menacés dans leurs bénéfices et qui varient au gré du vent.

La crainte d’une récession conjuguée à la baisse du pétrole en est la cause immédiate. Or, l’épidémie, si elle dure quelques semaines, ou même quelques mois, sera immanquablement suivie par un rattrapage qui effacera une partie des pertes de l’économie réelle. Quant au marché pétrolier, il est erratique et peut aussi bien remonter dans un avenir proche. Qu’à cela ne tienne : les spéculateurs sont comme les moineaux. Au moindre bruit, ils s’égaillent. Dans le doute, ils ne s’abstiennent pas, ils vendent.

Ils aggravent ainsi les risques, qui sont bien réels. Le ralentissement de l’activité engendré par les précautions antivirus, parfois le gel, obère la croissance. Il fait craindre une chute de la consommation, un recul de l’investissement, un arrêt de l’embauche. La chute des indices boursiers traduit une inquiétude véritable. Mais ils sont aussi une prophétie autoréalisatrice : les pertes en capital changent le comportement des agents et aggravent la crise qu’on redoute.

D’autant que cette fièvre atteint un corps fragile : l’économie mondiale vit sur une montagne de dettes, héritées de la précédente récession, celle de 2007. Pour éteindre l’incendie de l’époque, les banques centrales ont noyé l’économie sous un déluge de liquidités. Les taux d’intérêt sont devenus minuscules, encourageant les investissements les plus risqués. Les banques peuvent-elles ouvrir plus les vannes du crédit ? Difficile à imaginer. Mais si elles décident de serrer la vis, la correction sera sévère.

Dans ce cas, le paysage social et politique changera une nouvelle fois du tout au tout : mouvements sociaux, impopularité redoublée des pouvoirs en place, remontée du chômage… sale temps, aussi, pour les gouvernants. Le capitalisme est comme un cheval de rodéo. Il est fougueux, brutal, plein d’énergie. Mais ceux qui le montent ne restent pas longtemps en selle.

9 mars 2020

Dimanche prochain = Elections Municipales

elections municipales

9 mars 2020

Nouvelle purge au sein de la famille Saoud

mbs

Mohammed Ben Salman (photo ci-dessus en décembre 2019) neutralise ses rivaux dans son accès programmé au trône de Riyad. Déjà plein de rebondissements, le feuilleton de l’ascension vers le pouvoir suprême de Mohammed Ben Salman, le prince héritier d’Arabie saoudite et fils du roi Salman, connaît un nouvel épisode. Selon plusieurs médias, dont le New York Times et le Wall Street Journal, au moins quatre membres de la dynastie royale ont été arrêtés, dont l’ancien dauphin Mohammed Ben Nayefet le propre frère du souverain, Ahmed Ben Abdelaziz Al­Saoud. L’information a été transmise aux deux quotidiens américains, vendredi 6 mars, par plusieurs sources convergentes, internes à la famille dirigeante ou proches de celle-ci, et confirmée ensuite à d’autres médias. Selon le Wall Street Journal, les princes – des personnalités d’envergure, susceptibles de faire de l’ombre au numéro deux saoudien – seraient accusés de trahison, une charge passible de la peine de mort ou, du moins, de longues années d’emprisonnement.

Cette nouvelle purge au sein de la maison des Saoud paraît destinée à faciliter la montée de l’ambitieux Mohammed Ben Saman sur le trône de Riyad. En mettant hors d’état de nuire ces possibles gêneurs, « MBS », comme on le surnomme, semble vouloir s’assurer que rien ne pourra entraver son couronnement à la mort de son père, un octogénaire à la santé chancelante, ou si celui-ci venait à soudainement abdiquer. Les rumeurs d’un décès de Salman ont d’ailleurs fleuri sur les réseaux sociaux durant tout le week­end. Les médias d’Etat saoudiens les ont démenties dimanche, en publiant des images du monarque en bonne santé, discutant avec des diplomates saoudiens fraîchement nommés ambassadeurs. Sa précédente apparition en public remontait au jeudi 5 mars, lorsqu’il s’était entretenu avec le ministre des affaires étrangères britannique, Dominic Raab, à Riyad.  Mohammed Ben Nayef, dit « MBN », est le plus célèbre des dignitaires royaux neutralisés. Ancien chef du contre-terrorisme  saoudien et ex ministre de l’intérieur, loué pour sa poigne de fer face aux attentats d’Al­Qaida dans les années 2000, il passait pour le successeur naturel de Salman, son oncle, lorsque celui-ci est devenu roi, en janvier 2015. C’était compter sans l’ambition dévorante de « MBS » qui, avec le soutien de son père, a gravi les échelons du pouvoir à toute vitesse, avant de ravir le titre de prince héritier à son cousin en juin 2017. Depuis cette date, « MBN » vivait peu ou prou en résidence surveillée, avec l’interdiction de voyager à l’étranger. Mais ce régime de semi-liberté n’a visiblement pas suffi à rassurer le prince héritier. L’aura persistante de Mohamed Ben Nayef au sein de la famille royale et les contacts qu’il s’était forgés dans les milieux du renseignement américain ont continué à inquiéter « MBS ». Le jeune frère de  « MBN », Nawaf Ben Nayef, a lui aussi été arrêté. Suspects de déloyauté Ahmed Ben Abdelaziz Al­Saoud, autre victime de ce coup de force, est pour sa part le dernier frère utérin en vie du roi. Issu, comme lui, de la fameuse lignée des Soudaïri, il fut un éphémère ministre de l’intérieur en 2012. A la suite de  propos tenus à Londres en septembre 2018, dans lesquels il donnait l’impression de critiquer la conduite de la guerre au Yémen, certains opposants ont voulu voir en lui une alternative à « MBS ».  Son arrivée le mois suivant à Riyad, après un long séjour au Royaume-Uni, parfois perçu comme un semi­exil, avait suscité de nombreuses spéculations. D’autant qu’elle avait coïncidé avec la révélation de l’assassinat du journaliste et dissident saoudien Jamal Khashoggi, par des barbouzes proches du prince héritier, dans le consulat du royaume à Istanbul (Turquie). Mais les milieux anti­« MBS », qui espéraient que le prince Ahmed se saisirait de ce scandale planétaire pour contester l’ordre de succession, ont vite déchanté. De son plein gré ou sous la contrainte, le cadet de Salman a fait profil bas depuis son retour dans le royaume. Selon le New York Times, l’un de ses fils, le prince Nayef Ben Ahmed, qui dirige les renseignements militaires, figure lui aussi dans le coup de filet. L’arrestation de VIP suspects de déloyauté est la marque de fabrique de « MBS ». A l’automne 2017, sous couvert d’accusations de corruption, il avait bouclé dans les suites du Ritz­Carlton de Riyad  près de deux cents hommes d’affaires, ex ministres et membres de la famille royale, qui constituaient, pour beaucoup d’entre eux, de possibles obstacles à sa marche vers le trône. Ces dignitaires avaient été libérés au bout de plusieurs semaines, en échange d’une grosse partie de leurs avoirs et de leur renoncement à jouer le moindre rôle d’importance sur la scène économique et politique.

Benjamin Barthe

9 mars 2020

TREATS Magazine

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9 mars 2020

Anticipant une défaite, la majorité spécule déjà sur l’après-municipales

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Par Olivier Faye, Alexandre Lemarié

Les responsables de La République en marche s’interrogent sur une modification de ligne politique ou un changement de têtes. Avec dans le viseur la présidentielle de 2022.

Ils sont déjà dans « l’après ». Alors que les élections municipales risquent de se révéler calamiteuses pour La République en marche (LRM), les esprits s’échauffent quant à la manière de relancer la machine en vue de l’élection présidentielle de 2022. « Nous allons rentrer dans une énorme zone de turbulences », prédit un macroniste historique.

Gouvernement, parti, majorité… Les spéculations vont bon train en coulisses pour savoir quelles têtes d’affiches changer, quel mode d’organisation chambouler, quelle ligne politique privilégier. Le mot d’ordre ? « Tirer les conséquences » du scrutin des 15 et 22 mars. Des responsables de LRM assurent qu’après la déroute annoncée, ils prendront la parole pour dire haut et fort « ce qu’il ne marche pas », plaider en faveur d’« un aggiornamento » et d’« un changement de casting » à tous les étages du pouvoir.

Au sommet de l’édifice se trouve d’abord le premier ministre. Faut-il remplacer Edouard Philippe pour incarner l’« acte deux » du quinquennat ? Plusieurs élus de l’aile gauche de la majorité plaident en ce sens afin d’impulser une ligne plus sociale et écologique que celle imprimée par le transfuge de la droite. Une manière d’essayer de reconquérir une partie de l’électorat social-démocrate ayant voté pour le candidat Macron en 2017.

Faire monter des profils plus politiques au gouvernement

L’attitude du juppéiste dans la conduite de la réforme des retraites, notamment, a laissé des traces. « Nous avons un président de la République qui a été obligé de demander à son premier ministre, lors de ses vœux, de trouver un accord rapide avec les syndicats, et ça n’a pas été fait », cingle Aurélien Taché, député LRM du Val-d’Oise.

Le scénario d’un changement de premier ministre est jugé « dangereux » au sommet du pouvoir : « On met qui à sa place ? Et comment fait-on pour ne pas perdre les gens de droite, qui constituent une bonne partie de notre socle désormais ? » Le principal intéressé, candidat dans son fief du Havre, semble en tout cas désireux de poursuivre son bail à Matignon. « Le premier ministre est toujours aligné sur le président depuis deux ans. Le sujet n’est pas un équilibre droite-gauche, mais l’efficacité des réformes pour les Français », affirme son entourage.

A l’étage en dessous, celui des ministres, les spéculations vont bon train, là aussi. Dans l’optique de la présidentielle, plusieurs stratèges macronistes plaident pour faire sortir les « technos » et les « société civile hors-sol », afin d’installer « un gouvernement de rassemblement et de combat ». « Il n’y a pas d’histoire commune dans ce gouvernement, et Edouard Philippe n’est pas un G. O. », regrette un ministre en vue.

Pour faire monter des profils plus politiques, toutes les formules sont envisagées : promouvoir des maires de droite qui seront élus ou réélus en mars, comme le maire d’Angers, Christophe Béchu ; s’appuyer sur des profils expérimentés, comme Manuel Valls, dont le nom circule pour l’intérieur ; ou faire monter en gamme certains ministres, comme celui de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, désireux d’étendre son influence. D’après ses soutiens, Emmanuel Macron devrait attendre l’adoption de la réforme des retraites, prévue d’ici l’été, avant de remanier son équipe gouvernementale. Le chef de l’Etat a lui-même écarté tout changement après les municipales, assurant qu’il « ne tirerai[t] pas des conséquences nationales » de ce scrutin local.

Le risque d’une scission du groupe LRM

Reste l’organisation du parti présidentiel et de la majorité en général. A l’Assemblée nationale, le crédit du chef de file des députés LRM, Gilles Le Gendre, s’est érodé auprès de ses troupes, en particulier lors du récent couac du vote contre l’allongement du congé de deuil d’un enfant. S’il a « bien évidemment » l’intention de rester à son poste, d’après son entourage, reste à voir s’il le pourra, alors que son autorité est ouvertement contestée en interne. Après l’utilisation du 49.3 pour faire passer sans vote la réforme des retraites, le risque d’une scission du groupe LRM, par ailleurs, grossit. Un nouveau groupe – le neuvième au Palais-Bourbon – pourrait être lancé et réunir des macronistes déçus – principalement de l’aile gauche – et des écologistes, comme Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot.

Au sein du mouvement La République en marche, enfin, l’ambiance est exécrable. Les rapports entre le numéro un, Stanislas Guerini, et son adjoint, Pierre Person, se sont considérablement refroidis après l’échec d’un projet d’alliance entre Cédric Villani et Agnès Buzyn à Paris – scénario défendu par M. Person.

La gestion de l’entre-deux tours est perçue comme une séquence à haut risque, notamment dans la capitale, où Mme Buzyn – troisième dans les sondages – n’exclut pas des alliances avec la droite dans certains arrondissements. Plusieurs dirigeants craignent que le parti ne se déchire entre ceux qui se rangeraient derrière la socialiste Anne Hidalgo quand les autres rouleraient pour la candidate du parti Les Républicains, Rachida Dati. Cette dernière hypothèse est fermement écartée par la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, candidate dans le 14e arrondissement. « Je préfère perdre une élection que de perdre mes valeurs », a-t-elle prévenu, dimanche, sur BFM-TV.

Stanislas Guerini pourrait voir sa place contestée

Dans ce contexte, la place de Stanislas Guerini pourrait être contestée. Ses détracteurs, en interne, lui reprochent notamment « un fonctionnement trop sectaire ». Le député européen Stéphane Séjourné, pressenti comme un potentiel rival, jure ne pas avoir de visées sur son poste. « Contrairement à ce que j’entends, je ne suis pas candidat pour remplacer Stanislas Guerini à la tête d’En marche », assure-t-il au Monde.

Beaucoup jugent probable que M. Guerini reste finalement à la tête de LRM, faute de « candidat naturel » à sa succession. Et que la révolution promise à tous les étages de la Macronie accouche finalement d’une souris… « La force d’inertie est forte chez nous, note un cadre. Tant qu’il n’y aura pas un ordre clair et précis de Macron, il ne se passera rien. » « Au sein de LRM, ils préparent la nuit des couteaux à beurre ! », ironise un député MoDem.

Toute cette agitation donne en tout cas l’image d’un retour en arrière, celui de pratiques que le « nouveau monde » assurait vouloir ranger au placard. « La politique reprend ses droits, reconnaît un macroniste. Au départ, vous êtes portés par une volonté sincère de faire les choses autrement, mais vous êtes rattrapés par la dureté et la réalité politicienne. » « Le pays, ce qui lui importe, c’est le coronavirus, soupire de son côté un proche du chef de l’Etat. Pas la vie interne des partis ! »

9 mars 2020

Extrait d'un shooting - photo : Jacques Snap

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9 mars 2020

Claire Denis : « Je ne pense pas que quiconque ait voulu cracher au visage des victimes ni d’Adèle Haenel »

Par Jacques Mandelbaum

Dans un entretien au « Monde », la réalisatrice revient sur la soirée des Césars. Elle estime que la colère qui s’exprime contre Roman Polanski est juste, mais qu’elle ne s’exprime pas au bon moment.

Réalisatrice de nombre de films dont le cinéma français s’honore, dont High Life (2018) et Beau travail (1999), cinéaste de l’altérité, âpre et puissante, radicale et charnelle, Claire Denis accueille depuis trente ans la diversité des genres et des origines dans son œuvre. C’est par ailleurs elle qui, vendredi 28 février au soir, a remis, en son absence, le César de la meilleure réalisation à Roman Polanski, accusé de viols par plusieurs femmes. Elle revient sur cette cérémonie qui semble avoir révélé un gouffre dans le cinéma français.

La polémique autour des Césars s’est ouverte le 13 janvier avec le refus de l’Académie de valider les « marraines » choisies par certains jeunes acteurs. Vous étiez l’une d’elles, avec la romancière et cinéaste Virginie Despentes, qui a signé le 1er mars dans « Libération » un texte incendiaire sur la domination masculine et bourgeoise dans le milieu du cinéma. Avez-vous eu l’impression que ce refus était lié au fait que vous étiez une femme ?

Non, pas vraiment. Je crois plutôt que c’était une question de standing. Ni Virginie ni moi-même ne représentons sans doute l’image policée que souhaitent renvoyer les Césars. Je pense que ce n’est rien de plus que cela. L’important, c’est que ça s’est fait quand même, finalement. Et puis du temps a passé et on m’a appelée pour remettre un prix, on ne m’a pas dit lequel, et j’ai pensé qu’ils m’appelaient un peu pour se rattraper, alors j’ai accepté. C’est en me retrouvant à la répétition jeudi soir avec Emmanuelle Bercot que j’ai compris que c’était pour la réalisation. Et le lendemain, on s’est pointées aux Césars…

Vous y êtes l’une des rares personnes qui prononcent à haute et intelligible voix, au cours de cette soirée, le nom de Roman Polanski…

Mais oui. Je ne voulais surtout pas déformer son nom. Je ne peux pas appeler quelqu’un « Popaul » ou « Atchoum » [comme l’a fait la maîtresse de cérémonie Florence Foresti], c’est au-dessus de mes forces. D’ailleurs je n’avais pas compris au début qui était Atchoum ! Et lorsque je l’ai enfin compris, j’ai vraiment commencé à avoir peur. Et puis, qu’Adèle Haenel s’en aille à ce moment, c’est évidemment son droit, mais avec le doigt pointé sur nous en criant « la honte! », je dois avouer que j’ai trouvé ça quand même un peu curieux. Les gens ont voté, ils ont trouvé le film de Polanski mieux mis en scène que les autres, voilà, c’est les Césars. Je ne crois pas qu’il faille chercher plus loin.

La raison pour laquelle Adèle Haenel est partie, elle l’avait expliquée quelques jours avant dans le « New York Times » en déclarant que « distinguer Polanski, ce serait cracher sur les victimes ». Qu’en pensez-vous ?

Personnellement, je ne vote pas aux Césars. Mais je ne pense pas que quiconque ait voulu cracher au visage des victimes ni d’Adèle Haenel. Et je ne pense pas non plus que J’accuse crache au visage de quiconque. Je ne suis pas d’accord avec cette phrase. A quoi sert, d’ailleurs, de le dire si tard ? Dans cette logique, il faudrait priver Polanski de toute aide de l’Etat et l’interdire au Centre national de la cinématographie, comme semble l’y encourager le ministre de la culture. Mais dès lors que Polanski est autorisé à vivre en France et à faire des films en France, il me semble difficile de l’éconduire aussi tardivement.

Partagez-vous cependant la colère qui s’est manifestée contre lui ?

Non. Parce qu’elle n’est pas juste là où ça fait mal. Elle est fondamentalement juste, mais elle ne s’exprime pas au bon moment. Cela fait mal depuis si longtemps en vérité. Et elle n’est pas juste non plus pour la majorité des gens qui travaillent dans ce métier et qui ne la méritent sûrement pas.

Qu’avez-vous par ailleurs pensé de l’intervention de l’actrice Aïssa Maïga, appelant à mettre en œuvre une discrimination positive en France ?

Je fais pour ma part des films avec des gens avec lesquels j’ai envie de travailler et il se trouve que certains sont noirs et d’autres blancs. Dans mon premier film, Chocolat, Isaac de Bankolé jouait le rôle d’un domestique noir auprès de colons blancs. Un comité d’acteurs noirs m’avait fait remarquer que c’était un peu gênant, mais que pouvais-je leur répondre ? Isaac interprétait le rôle principal du film, et il était le personnage le plus intéressant. Ce serait une telle absurdité, à mon sens, d’imposer, pour des questions de quotas, la présence de quiconque sur un plateau.

Avez-vous le sentiment qu’un clivage générationnel a lieu dans le milieu du cinéma, et sans doute au-delà ? Qu’il y aurait, comme invitent à le penser certains propos, un monde de vieux mâles blancs qui détiendraient le pouvoir, et de l’autre les tenants de la diversité sociale et sexuelle ?

Je n’y trouve pas mon compte. Je ne peux pas imaginer, avec ce qui se passe aujourd’hui dans le monde, qu’on puisse se déchirer autour de ce sujet. Et puis il faut ne pas connaître le cinéma pour dire cela. Le cinéma, c’est vrai, a aliéné le corps des femmes dans un rôle d’objet sexuel, mais il n’a cessé, depuis le début, d’exalter en même temps le courage et la dignité des femmes. Elles n’étaient pas que modèles, loin de là. Et dès que le cinéma s’est mis à parler, elles y ont fait exister avec force cette part si mal représentée de la société. Grâce au cinéma, et non en dépit du cinéma.

9 mars 2020

Coronavirus - Tintin à Wuhan...

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9 mars 2020

Coronavirus en France...

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