Par Pierre Barthélémy
La Lune, une aventure (2/6). Le 25 mai 1961, John Fitzgerald Kennedy lance le programme spatial de la NASA. Onze ans plus tard, Apollo est arrêté prématurément.
Quand, ce 25 mai 1961, John Fitzgerald Kennedy, président depuis seulement quelques mois, s’adresse au Congrès américain pour un « message spécial », son pays vient de recevoir deux gifles retentissantes. Le 12 avril, l’Union soviétique a envoyé le premier homme dans l’espace, un certain Youri Gagarine. Une semaine plus tard, l’invasion du Cuba castriste par des exilés que soutenaient les Etats-Unis s’est soldée par un fiasco à la baie des Cochons.
A la fin de son discours, JFK transfère délibérément dans l’espace « la bataille qui se joue actuellement à travers le monde entre liberté et tyrannie ». Et il conclut par cette annonce aussi volontariste que surprenante : « Je crois que cette nation devrait se donner pour objectif, avant la fin de cette décennie, de faire atterrir un homme sur la Lune et de le ramener sain et sauf sur Terre. Aucun autre projet spatial au cours de cette période ne sera plus impressionnant pour l’humanité. »
« Dans ce discours, analyse Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du système solaire au Centre national d’études spatiales (CNES), Kennedy disait : “On va mettre la barre très haut et on verra qui est le meilleur.” C’était d’une audace folle de penser que cela marcherait. »
« NOUS AVONS CHOISI D’ALLER SUR LA LUNE AU COURS DE CETTE DÉCENNIE ET D’ACCOMPLIR D’AUTRES CHOSES ENCORE, NON PAS PARCE QUE C’EST FACILE, MAIS JUSTEMENT PARCE QUE C’EST DIFFICILE » – JFK, LE 12 SEPTEMBRE 1962
Un an plus tard, dans un autre discours historique prononcé le 12 septembre 1962 à la Rice University de Houston, au Texas, le président américain enfonce le clou non sans lyrisme : « Nous avons choisi d’aller sur la Lune. Nous avons choisi d’aller sur la Lune au cours de cette décennie et d’accomplir d’autres choses encore, non pas parce que c’est facile, mais justement parce que c’est difficile. Parce que cet objectif servira à organiser et à offrir le meilleur de notre énergie et de notre savoir-faire, parce que c’est le défi que nous sommes prêts à relever, celui que nous refusons de remettre à plus tard, celui que nous avons la ferme intention de remporter, tout comme les autres. »
Il ajoute que le budget spatial des Etats-Unis a triplé et que l’effort des contribuables américains va encore s’accentuer dans les années à venir. Le programme Apollo est bel et bien lancé, une courbe dont le point culminant sera le « petit pas » de Neil Armstrong, le 21 juillet 1969.
Pour comprendre le succès de l’aventure lunaire américaine, il faut faire un improbable retour en arrière… dans l’Allemagne d’Adolf Hitler. Car, au commencement, était le V2. De ce missile, dont quelque 3 000 exemplaires ont été tirés, principalement sur Londres et Anvers (Belgique), vont s’inspirer les premières fusées. Ainsi que le résume Gérard Azoulay, responsable de l’Observatoire de l’espace, le laboratoire culturel du CNES, les ingénieurs allemands « ont une grande avance dans deux domaines : la propulsion à vitesse supersonique et les systèmes de guidage ». Mais si les V2 ont traumatisé les populations civiles bombardées, ils n’ont pas du tout constitué l’arme fatale que les nazis espéraient.
Le recrutement du baron Wernher von Braun
Alors que le IIIe Reich s’effondre, les Américains lancent l’opération « Paperclip », dont le but consiste à mettre la main sur un maximum de savants et d’ingénieurs allemands, ce avant les Soviétiques et, si possible, avec du matériel et de la documentation. La plus belle « prise » est sans conteste Wernher Magnus Maximilian von Braun, un des pères du V2, qui, début mai 1945, « négocie pour lui et de nombreux collaborateurs son passage aux Etats-Unis, raconte Gérard Azoulay. Il est toujours inscrit au parti nazi mais cela n’entravera pas sa carrière américaine. Russes et Français vont aussi récupérer des ingénieurs allemands. L’espace plonge ses racines dans une matière sombre »…
Le baron Wernher von Braun a toujours rêvé de spatial mais l’armée américaine, dans les années 1950 de la guerre froide, lui demande surtout de mettre au point des missiles balistiques pour porter des charges nucléaires… Et quand l’URSS éberlue le monde avec son Spoutnik le 4 octobre 1957, ce n’est pas à l’équipe « allemande » et à son missile Redstone que l’administration Eisenhower demande de préparer une réponse, mais au projet Vanguard de la Navy. Flop cuisant car le lanceur explose au décollage…
Wernher von Braun saisit sa chance et ne la lâchera plus. Le 31 janvier 1958, sa fusée met en orbite Explorer 1, le premier satellite made in USA. La même année, la NASA est créée et l’ancien protégé d’Hitler, qui a acquis la nationalité américaine en 1955, prend la tête du centre spatial Marshall, où il va enfin laisser tomber les armes de guerre pour se consacrer aux fusées, qui concrétiseront son rêve de conquête de l’espace.
« QUAND IL PRONONCE SON DISCOURS DU 25 MAI 1961, KENNEDY A SONDÉ LA NASA ET VON BRAUN. IL N’A PAS LA FUSÉE POUR ALLER SUR LA LUNE MAIS IL SAIT QUE LES MOTEURS SONT DISPONIBLES », EXPLIQUE LE JOURNALISTE ALAIN CIROU
Le programme Apollo donne parfois l’impression d’être sorti de nulle part, ou simplement de l’esprit revanchard d’un président américain novice. Rien n’est moins vrai, explique Alain Cirou, directeur de la rédaction du magazine Ciel & Espace et auteur, avec Jean-Philippe Balasse, du livre Les Hommes de la Lune (Seuil, 224 pages, 34,90 euros) : « Quand il prononce son discours du 25 mai 1961, Kennedy, par le biais de son vice-président, Lyndon B. Johnson, qui dirige le National Aeronautics and Space Council, a sondé la NASA et von Braun. Il n’a pas la fusée pour aller sur la Lune mais il sait que les moteurs sont disponibles. » Le moteur surpuissant F-1, dont pas moins de cinq unités équiperont le premier étage de la future fusée Saturn-V pour soulever ses 3 000 tonnes, est en effet en développement depuis des années.
« L’effort de toute une nation »
Tout comme la machine scientifico-technique américaine s’est mobilisée, pendant la guerre, pour la réalisation de la bombe atomique au sein du projet Manhattan, Apollo va coaliser les forces, fédérant autour de lui plus de 20 000 entreprises. Quatre cent mille personnes travaillaient directement pour le programme mais on estime que plusieurs millions d’Américains ont, de près ou de loin, œuvré pour envoyer les leurs sur la Lune. « Ce qui a fait le succès d’Apollo, c’est l’effort de toute une nation, estime Philippe Henarejos, rédacteur en chef de Ciel & Espace et auteur d’Ils ont marché sur la Lune (Belin, 2018). Beaucoup de gens ont été impliqués dans le programme et chacun, à son niveau, voulait participer à la réussite, de von Braun aux couturières qui faisaient les scaphandres sur mesure. »
« TOUT ÉTAIT À FAIRE ET TOUT A ÉTÉ MENÉ EN PARALLÈLE : SATURN-V, LE MODULE DE COMMANDE, LE MODULE LUNAIRE, LES VOLS DE QUALIFICATION… », NARRE FRANCIS ROCARD, DU CENTRE NATIONAL D’ÉTUDES SPATIALES
Quand le programme s’arrêtera, en 1972, les Etats-Unis auront dépensé environ 25 milliards de dollars de l’époque (plus de 150 milliards au cours d’aujourd’hui, environ 133 milliards d’euros). « Dans les années 1960, le budget de la NASA est monté à un niveau jamais atteint depuis, rappelle Francis Rocard. C’est un effort absolument gigantesque, qui a d’ailleurs suscité des oppositions : il y a eu des manifestations contre Apollo, demandant pourquoi on dépensait autant d’argent pour aller sur la Lune alors qu’il y avait tellement de pauvres sur Terre. »
Cela n’a pas empêché l’épopée. Le mot n’est pas trop fort car, le jour où John Fitzgerald Kennedy lance ce pari sur l’avenir, le spatial américain fait ses premiers pas : cela revient à traverser un océan alors qu’on vient à peine de maîtriser le cabotage. « Tout était à faire, ajoute Francis Rocard, et tout a été mené en parallèle : Saturn-V, le module de commande, le module lunaire, les vols de qualification… »
Dans les années 1960, il n’y a donc pas un programme spatial, mais trois, qui se succèdent, ainsi que le résume Jean-Yves Le Gall, président du CNES : « Le programme Mercury, pour apprendre à aller dans l’espace ; Gemini, pour apprendre à faire des rendez-vous dans l’espace ; et Apollo, pour aller sur la Lune. » Le tout en une décennie seulement.
Apollo-1, un drame de l’impréparation
Et lorsque vient le tour d’Apollo, l’épopée commence par un drame. Le 27 janvier 1967, Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee prennent place dans le module de commande, perché au sommet d’un lanceur Saturn-IB. Il s’agit d’une répétition générale d’Apollo-1, qui doit, un mois plus tard, être le premier vol à emporter un équipage – en orbite terrestre seulement – dans les conditions des futures missions lunaires.
La fusée ne contient même pas de carburant ce 27 janvier, l’objectif de la journée consistant à tester, au sol, le vaisseau en mode autonome. Porte fermée, sanglés dans leurs sièges, les trois hommes sont en scaphandre et se comportent comme s’ils allaient réellement dans l’espace. Soudain, après cinq heures et demie de tests, un des astronautes s’écrie : « Hé ! Incendie ! » Les communications sont mauvaises mais on entend pendant quelques secondes l’équipage se débattre avec le feu. Puis un cri de douleur. Et plus rien.
« APOLLO-1 A SANS DOUTE ÉTÉ UN TRAUMATISME NÉCESSAIRE, QUI A CHANGÉ FONDAMENTALEMENT LA DONNE : CHAQUE DÉTAIL DEVENAIT IMPORTANT, SINON C’ÉTAIT MORT D’HOMME », RAPPELLE ALAIN CIROU
Apollo-1 est un drame de l’impréparation. Comme le révélera l’enquête, tous les éléments étaient réunis pour une catastrophe. D’abord, des négligences dans l’électricité et la plomberie : un fil électrique dénudé tout près d’une tuyauterie du système de refroidissement à l’éthylène-glycol, qui était sujette à des fuites. Ensuite, une atmosphère pressurisée, dans la cabine, composée d’oxygène pur. Enfin, un cockpit tapissé de matériaux inflammables. Le cocktail Molotov revisité par la NASA. Si on ajoute à cela une porte difficile à ouvrir en cas d’urgence, on aboutit à trois morts par asphyxie – Grissom, White et Chaffee.
« Des négligences de ce type, il y en avait plein, assure Alain Cirou. Apollo-1 a sans doute été un traumatisme nécessaire, qui a changé fondamentalement la donne chez tous les contractants et les sous-contractants : chaque détail devenait important, sinon c’était mort d’homme. »
Aucun astronaute n’a été tué lors des autres missions Apollo, mais beaucoup l’ont échappé belle. Ainsi, le 22 mai 1969, lorsque le module lunaire (LEM) d’Apollo-10, dans lequel se trouvent Eugene Cernan et Thomas Stafford, s’apprête à remonter après s’être approché à seulement 15 kilomètres de la surface lunaire, chacun des deux hommes, sans que l’autre s’en aperçoive, a actionné le même interrupteur : celui-ci est donc demeuré dans la position de départ. La commande ne s’exécute pas et, comme le dit simplement Alain Cirou, « ils partent en cacahuète ». Le LEM se met à tourner sur lui-même et Eugene Cernan affirmera plus tard avoir vu huit fois l’horizon lunaire défiler sous ses yeux en quinze secondes. « Ils passent à deux doigts du crash, explique Alain Cirou. Sans le sang-froid de Stafford, qui récupère le contrôle, ils auraient pu être les premiers hommes – morts – sur la Lune… Cela s’est joué à quelques secondes près. »
« OK, Houston, on a eu un problème ici… »
Pas d’erreur humaine sur Apollo-12 mais… la foudre qui frappe deux fois la fusée au cours de la première minute de vol. En raison de la surcharge électrique, les piles à combustible qui alimentent le module de commande se déconnectent automatiquement, les instruments tombent en rideau et les alarmes se déclenchent. Au centre de commande, les données télémétriques sont brouillées. La mission risque d’être abandonnée. Le responsable des systèmes électriques lance un abscons « Essayez SCE en Aux ». Personne ne sait à quoi cela correspond sauf l’astronaute Alan Bean, qui a dû actionner cet interrupteur lors d’une simulation un an avant… Tout repart.
« Il ne faut pas oublier que ce sont des pilotes d’essai, souligne Alain Cirou. Ils ont passé leur temps à régler des problèmes, à voler sur des prototypes, et ils se sont pratiquement tous crashés au moins une fois. Ils sont surentraînés et cela fait partie du job de n’avoir que des “couilles” à l’entraînement… »
La « couille » que personne n’avait testée en simulation arrive lors de la mission Apollo-13, immortalisée par le film du même nom (1995), tourné par Ron Howard, où Tom Hanks, Kevin Bacon et Bill Paxton interprètent les rôles de James Lovell, Jack Swigert et Fred Haise. Le 14 avril 1970, alors que les trois hommes ont quitté la Terre trois jours plus tôt, on entend Jack Swigert prononcer la célèbre phrase : « OK, Houston, on a eu un problème ici… »
Alors que le peuple américain commence déjà à se lasser des lancements vers la Lune, le vol de routine devient un thriller haletant parce qu’un réservoir d’oxygène liquide a explosé dans le module de service. « Ce réservoir aurait dû voler sur Apollo-10 mais on l’avait retiré pour réparer un problème, explique Philippe Henarejos. Une succession invraisemblable d’erreurs s’est alors produite lors de sa préparation pour Apollo-13, notamment des tests avec un mauvais voltage, qui ont malmené le thermostat du réservoir et cuit les gaines isolantes de certains câblages. Quand les astronautes ont fait fonctionner ce réservoir, des étincelles sont apparues, qui l’ont fait exploser. »
« VOUS SAVEZ LES GARS, SI NOUS N’EFFECTUONS PAS LA PROCHAINE MANŒUVRE CORRECTEMENT, IL Y A PEU DE CHANCES QUE VOUS PUISSIEZ FAIRE DÉVELOPPER CES PHOTOS… » – JAMES LOVELL, ASTRONAUTE SUR APOLLO-13
Quand il parle d’un « problème », Jack Swigert n’imagine pas que son vaisseau agonise, que l’équipage risque vite de ne plus avoir d’oxygène, que le moteur principal est hors service et que, sans lui, le retour à la maison devient improbable. Heureusement, il y a le LEM, le module lunaire accroché au module de commande, qui, même s’il n’est pas prévu pour trois personnes, va se transformer en véritable canot de sauvetage le temps que les ingénieurs mettent au point une solution.
Plus question, évidemment, de se poser sur la Lune. L’idée retenue est de profiter de la gravité du satellite pour en faire le tour puis d’allumer le moteur du LEM afin de réinjecter Apollo-13 sur une trajectoire de retour vers la Terre. L’angoisse du moment n’empêche pas Fred Haise et Jack Swigert de se poster au hublot pour photographier le relief lunaire, ce qui inspire cette phrase à James Lovell : « Vous savez les gars, si nous n’effectuons pas la prochaine manœuvre correctement, il y a peu de chances que vous puissiez faire développer ces photos… »
Dans le film, on voit le directeur de vol, Gene Kranz, joué par Ed Harris, asséner que « l’échec n’est pas une option ». Tout le monde adhère. A force de réflexion, de calculs, d’ingéniosité et de bricolages, la catastrophe se change en miracle. Jean-Yves Le Gall souligne toutefois que, dans leur malheur, les hommes d’Apollo-13 ont eu de la chance: « L’explosion aurait eu lieu plus tôt, ils se seraient retrouvés en route vers le fin fond de l’univers. Si elle s’était produite plus tard, ils auraient pu éternellement se retrouver en orbite autour de la Lune. »
« CERTAINS DISENT QUE LES ASTRONAUTES AVAIENT UNE CHANCE SUR DEUX D’Y RESTER MAIS LA RÉALITÉ EST QU’ON N’EN SAIT RIEN », ASSURE ALAIN CIROU
A vouloir à tout prix tenir la promesse de Kennedy et se poser sur notre satellite avant 1970, la NASA a pris des risques. « Dans le concept Apollo, il y avait beaucoup de ce qu’on appelle des points de défaillance uniques, des éléments qui, s’ils tombent en panne, entraînent l’échec de la mission, explique Jean-Yves Le Gall : un seul moteur pour y aller, un seul moteur pour descendre sur la Lune, un seul moteur pour redécoller, un seul moteur pour revenir… » « Comme aujourd’hui on veut tout contrôler, complète Alain Cirou, on ne referait pas les choses de la même façon. Certains disent que les astronautes avaient une chance sur deux d’y rester mais la réalité est qu’on n’en sait rien. »
« OK, Jack, arrachons-nous d’ici »
Après avoir eu son content de drames, de succès et de sueurs froides, l’épopée s’achève sur une note aussi abrupte qu’amère. Les trois dernières missions prévues au programme, Apollo-18, 19 et 20, sont annulées. « La stratégie de Kennedy consistait à montrer que les Russes se casseraient les dents sur la Lune. La preuve était faite et le succès total. Cela ne servait à rien de continuer », dit Francis Rocard avec un froid réalisme.
« Le spatial répondait uniquement à un impératif politique, confirme Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique : montrer que les Etats-Unis étaient la première puissance du monde. Une fois la mission remplie, le budget de la NASA baisse. » Wernher von Braun ne s’y est pas trompé, lui qui démissionne de la NASA en mai 1972, avant même le dernier vol, en raison des coupes budgétaires.
« ON S’HABITUE VITE À L’EXTRAORDINAIRE. C’EST FRUSTRANT, RÉPÉTITIF, DE VOIR DES GARS DANS UNE CABINE ET ON INTERROMPT RAPIDEMENT LES DIRECTS AVEC LES HOMMES DANS L’ESPACE », PHILOSOPHE ALAIN CIROU
La fin prématurée du programme Apollo ne choque ni le public ni les médias, dont la lassitude s’est emparée. Les journalistes renâclent à assister aux derniers lancements. « On s’habitue vite à l’extraordinaire, philosophe Alain Cirou. C’est frustrant, répétitif, de voir des gars dans une cabine et on interrompt rapidement les directs avec les hommes dans l’espace. » Au bout du compte, douze astronautes, tous des mâles, tous des Blancs, auront foulé le sol lunaire.
Dans son livre, Alain Cirou raconte les derniers moments de l’ultime mission, Apollo-17. Eugene Cernan, « après avoir regardé une dernière fois, sans le filtre UV du scaphandre, la Terre qui brille dans le ciel, rejoint le LEM, tente une déclaration historique où “l’Amérique de ce jour a forgé le destin de l’homme de demain” et ferme le sas du module pour vivre une dernière nuit sur le sol sélénite. Au petit matin, c’est une nouvelle fois l’heure de vérité. Si le moteur ne s’allume pas, les hommes restent à jamais là-haut. “J’ai dit un Je vous salue Marie et fait un signe de croix car j’avais besoin de toute l’aide possible”, avoue Cernan. »
Il regarde son coéquipier, le géologue Harrison Schmitt (surnommé Jack), et dit ce qui est la véritable phrase historique, la dernière prononcée à ce jour par un homme sur la Lune : « OK, Jack, arrachons-nous d’ici. »
C’était le 14 décembre 1972, quelque part dans la vallée de Taurus-Littrow. Depuis presque quarante-sept ans, aucun humain n’est allé plus loin que l’orbite terrestre basse. Le succès du programme Apollo est d’avoir réussi à marcher sur la Lune, son échec, de ne pas avoir donné à l’humanité l’envie d’y rester.