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Jours tranquilles à Paris

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11 juillet 2019

Extrait d'un shooting

shootanime

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11 juillet 2019

L’exécutif embarrassé par les agapes de François de Rugy à l’Assemblée nationale

rugy

Par Alexandre Lemarié, Cédric Pietralunga, Manon Rescan

Le ministre de la transition écologique et solidaire a été épinglé par un article de « Mediapart » révélant l’organisation d’une dizaine de dîners fastueux lorsqu’il était à la tête du Palais-Bourbon.

La meilleure défense, c’est l’attaque, dit l’adage. C’est la stratégie qu’a en tout cas choisie François de Rugy après les révélations de Mediapart, mercredi 10 juillet, sur des dîners luxueux qu’a organisé le ministre de la transition écologique et solidaire lorsqu’il présidait l’Assemblée nationale.

Le site a recensé une dizaine de repas, avec homards et grands crus, qui ont eu lieu entre octobre 2017 et juin 2018 et où étaient invités à chaque fois entre dix et trente convives appartenant au cercle amical et relationnel de Séverine de Rugy, l’épouse de l’ex-écologiste.

S’il a dit « comprendre » que de telles révélations « suscitent des réactions, et même des incompréhensions, des interrogations » chez les Français, François de Rugy a surtout dénoncé « une présentation très tendancieuse », « des propos mensongers » et un « parti pris militant qui est l’habitude de ce site Internet ».

« Il n’y a pas eu de dîners entre amis (…) qui auraient été financés par l’Assemblée nationale », a assuré le numéro deux du gouvernement à l’issue du conseil des ministres, préférant parler de « dîners de travail informels » avec « un paléontologue », « un directeur d’études à Sciences Po » ou encore « des chefs d’entreprise ».

Manifestement tendu, le ministre a préféré insister sur les efforts qu’il dit avoir menés pour « plus de transparence » et pour « réduire les dépenses de fonctionnement de la présidence de l’Assemblée nationale ». Selon son cabinet, M. De Rugy aurait fait baisser les frais de réception de l’Hôtel de Lassay « de plus de 13 % » en un an lorsqu’il présidait l’institution, et ses frais de déplacement « de plus de 34 % ». L’ex-élu de Loire-Atlantique a aussi rappelé qu’il avait œuvré pour que l’Assemblée nationale vende une partie de son stock de grands crus, la chambre des députés n’ayant « pas vocation à être une cave » à vin.

« Aucune règle n’a été enfreinte »

Des arguments qui ont semble-t-il convaincu les deux têtes de l’exécutif. Détestant réagir à chaud et sous la pression, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont sans surprise apporté leur soutien à celui qui avait rallié le candidat d’En marche ! à la présidentielle de 2017 après avoir perdu la primaire de la gauche.

François de Rugy « conserve bien évidemment la confiance du président de la République et du premier ministre », a indiqué Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, assurant que l’exécutif était « particulièrement attaché » aux sujets de « déontologie » et de « transparence ».

Quand on est président de l’Assemblée nationale, « on est amené à avoir des moments de représentation, des moments de contact avec la société civile. C’est important que les responsables politiques de haut niveau, y compris les ministres, puissent avoir ces liens qui s’organisent avec la société civile [et] qui nourrissent votre compréhension de la société, votre compréhension des sujets de préoccupation du pays », a ajouté l’ex-conseillère du chef de l’Etat, qui a précisé que le sujet n’avait pas été abordé lors du conseil des ministres.

Un avis partagé à Matignon, où l’on relève qu’« aucune règle n’a été enfreinte ». « J’ai la conviction que tous mes prédécesseurs ont agi dans l’intérêt de l’institution », a aussi soutenu Richard Ferrand, qui a succédé à François de Rugy à la présidence de l’Assemblée nationale, ajoutant : « je n’ai pas pour habitude de commenter a posteriori leur activité. »

Lorsqu’il était ministre de l’économie, Emmanuel Macron était lui-même adepte de ces dîners informels. Dans l’ouvrage Dans l’enfer de Bercy (JC Lattès, 2017), les journalistes Marion L’Hour et Frédéric Says ont révélé que le locataire de Bercy avait consommé, lors des huit mois précédant son départ du gouvernement, intervenu en août 2016, 80 % des 150 000 euros annuels dédiés au frais de représentation de son ministère. L’entourage de François Hollande s’en était même ému, s’interrogeant sur le rôle de ces agapes dans la préparation cachée de sa candidature à l’élection présidentielle.

« Symboliquement, c’est très lourd »

N’empêche, l’affaire embarrasse l’exécutif. « Si la question est de savoir si on se serait bien passé de cette histoire, la réponse est évidemment oui », reconnaît un conseiller ministériel influent. Signe de la gêne présidentielle, François de Rugy est resté trente minutes confiné à l’Elysée à l’issue du conseil des ministres, retardant d’autant le compte rendu qui devait être consacré à la présentation du projet de loi gaspillage, pour le moins pollué par les révélations de Mediapart.

Toute la matinée, nombre de membres de cabinets ministériels ont également brillé par leur silence, dans l’attente des éléments de langage préparés par le couple exécutif.

Un silence qui contraste avec l’effervescence provoquée au sein de la majorité par ces révélations. « C’est scandaleux cette histoire. C’est précisément ce que nous ont reproché les “gilets jaunes” ! Cela risque d’accréditer l’idée que les ministres sont pleins aux as et se gavent en profitant de l’argent public. Symboliquement, c’est très lourd », juge ce responsable national de La République en marche (LRM), ne cachant pas sa colère contre « une vraie connerie ». Jugeant que le ministre peut « difficilement rester » à son poste, cette source craint également que ce type de polémique redonne du carburant aux « gilets jaunes » : « C’est typiquement le genre d’histoire qui peut relancer une manif… », se désole-t-il.

Dans l’opposition, seule l’ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho a appelé formellement à la démission de M. De Rugy, les principales figures du Parti socialiste et du mouvement Les Républicains (LR) préférant ne pas réagir publiquement.

« Un peu de prudence, prévient le député (LR) de la Manche Philippe Gosselin. Combien de responsables politiques ont été jetés en pâture avant de pouvoir se défendre ? » Au diapason de plusieurs de ses collègues, l’élu normand estime que « si c’était une invitation pour un cercle amical, il devra rembourser ».

« Se connecter à la vraie vie des gens avec du homard »

« Le président d’une assemblée se doit d’être exemplaire, a néanmoins averti Arnaud Bazin, sénateur (LR) du Val-d’Oise et président de la commission de déontologie parlementaire du Sénat. Les présidents des assemblées sont libres de recevoir qui ils veulent mais le budget doit rester raisonnable. Les vins prestigieux ne paraissent pas indispensables. »

Le député (LR) de Vaucluse Julien Aubert a de son côté demandé l’audition de M. De Rugy par la conférence des présidents de l’Assemblée nationale.

Les réactions les plus vives sont venues de la gauche de la gauche, à l’image de la députée (La France insoumise) de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain. Sur Twitter, elle a écrit : « La sobriété vue par le ministre de l’écologie De Rugy qui prétend donc se connecter à la vraie vie des gens avec du homard et des bouteilles à 500 euros, tout en entonnant le refrain de la sacro-sainte réduction des dépenses publiques. Quelle classe ! » « Pendant qu’il mangeait du gros homard arrosé de bon vin, je m’employais à scanner mes tickets de caisse de la pizzeria d’en face », abondait son collègue (LFI) du Nord Adrien Quatennens.

Alexandre Lemarié, Cédric Pietralunga et Manon Rescan

La directrice de cabinet de Rugy a conservé son HLM pendant douze ans sans y habiter. Après la polémique liée aux dépenses personnelles de François de Rugy à l’Assemblée nationale sur les fonds publics, le ministre de la transition écologique voit sa proche collaboratrice, la préfète Nicole Klein, touchée à son tour par des révélations de Mediapart. La haut fonctionnaire, qui dirige le cabinet de François de Rugy depuis octobre 2018, est locataire d’un logement social à Paris depuis 2001, affirme le site d’informations mercredi 10 juillet. « Entre 2006 et 2018, elle a continué à profiter de ce bien, alors qu’elle travaillait hors de la capitale, privant ainsi d’une possibilité de logement l’un des quelque 200 000 demandeurs de logements sociaux à Paris, qui patientent de très nombreuses années avant d’obtenir un appartement », relève Mediapart. L’intéressé a assuré que sa situation est « légale », tout en annonçant sa volonté de trouver prochainement un nouveau lieu d’hébergement. Elle ne l’a pas fait avant, a-t-elle expliqué, par « manque de temps ».

11 juillet 2019

Milo Moiré

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11 juillet 2019

Inrockuptibles et Vanity Fair - Ils font la une des magazines...

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11 juillet 2019

Crazy Horse de Paris

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11 juillet 2019

En 2018, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon

violence

Par Solène Cordier

Ce nombre, qui comprend les couples officiels ou non, est en légère baisse par rapport aux 130 féminicides recensés en 2017.

Les années passent, et les homicides conjugaux demeurent élevés. En 2018, la Délégation aux victimes, rattachée au ministère de l’intérieur, a comptabilisé 149 morts violentes au sein du couple, contre 151 l’année précédente.

Dans le détail, 121 femmes et 28 hommes ont été tués par leur conjoint ou ex-conjoint. Soit un décès tous les deux jours et demi. A noter que l’étude prend pour la première fois en compte les couples « sans communauté de vie », qui n’habitent pas ensemble, en plus des couples officiels et non officiels. Les données des années précédentes ont été corrigées en prenant en compte cette variable.

« Ce sont des chiffres assez stables depuis quelques années », a observé Michel Lavaud, directeur du service d’information et de communication de la police nationale, lors de leur présentation mercredi 10 juillet. En 2017, 130 femmes et 21 hommes avaient été tués dans le cadre conjugal – ce qui constitue une circonstance aggravante en droit pénal.

Les homicides conjugaux entraînent par ailleurs des morts « collatérales ». En comptant les suicides des auteurs, les infanticides (21 enfants) et toutes les personnes touchées par le phénomène, le bilan s’élève, en 2018, à 231 victimes.

Huis clos qui échappe aux regards extérieurs

En 2018, les morts violentes sur conjoint ou ex-conjoint représentent encore 19 % des 745 cas d’homicides volontaires (non crapuleux) recensés au cours de l’année, près d’un cas sur cinq.

Le premier enseignement de ce bilan annuel, présenté depuis 2006, ne bouge pas : la part de femmes victimes, qui s’élève à 81,2 % pour cette dernière année, reste largement supérieure à celle des hommes. Mais la part des femmes auteures, si elle reste très minoritaire, augmente quand même sensiblement par rapport à 2017, passant de 13,9 % à 20,8 %.

Le profil-type des femmes qui tuent leur conjoint ou ex-conjoint est assez différent de celui de leur alter ego masculin. Ce dernier, le plus souvent marié, est âgé de 30 à 49 ans ; inactif, il utilise dans 66,1 % des cas une arme. Les femmes auteures, majoritairement en concubinage et n’exerçant pas ou plus d’activité professionnelle, se situent majoritairement dans la tranche des 60 à 69 ans ; elles utilisent aussi une arme, dans 80,6 % des cas. Fait notable, près de la moitié d’entre elles ont été victimes de violences de la part de leur partenaire.

Le plus souvent, quel que soit le sexe de l’auteur, les faits se déroulent au sein du domicile conjugal, un huis clos qui échappe aux regards extérieurs. Ils ne sont généralement pas prémédités : on compte ainsi 34 assassinats, 102 meurtres et 13 cas de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

La rupture, un moment risqué

L’étude livre un éclairage sur les conditions du passage à l’acte. Dans 54,6 % des situations, la présence d’alcool, de psychotropes ou de stupéfiants est relevée chez l’auteur et/ou la victime.

Pour les auteurs masculins, la dispute est le premier mobile identifié, suivi en deuxième position du refus de la séparation, en cours ou passée. Cette dimension donne du poids au discours des associations qui accompagnent les femmes victimes de violences conjugales, et qui alertent depuis des années sur le fait que la rupture est un moment très risqué.

« Les grossesses et les séparations, notamment, sont des moments où la victime échappe à l’emprise de son agresseur, et où la dangerosité de ce dernier doit être particulièrement prise en compte », approuve Brigitte Grésy, récemment nommée présidente du Haut Conseil à l’égalité, une instance consultative indépendante placée auprès du premier ministre. Laquelle va travailler dans les semaines qui viennent sur « les dysfonctionnements qui peuvent intervenir tout le long de la chaîne, de la prévention au meurtre ».

Un Grenelle des violences conjugales en septembre

Ces chiffres officiels sont en effet publiés dans un contexte de mobilisation assez inédit contre les violences conjugales et les féminicides, qui ont abouti à l’annonce d’un « Grenelle » sur le sujet, le 3 septembre, à Matignon, à l’initiative de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa.

Dans un communiqué de presse envoyé conjointement avec le ministre de l’intérieur Christophe Castaner, cette dernière réagit aux chiffres de 2018 en estimant qu’ils « démontrent que les efforts des pouvoirs publics pour combattre ces violences intrafamiliales inacceptables doivent se maintenir et s’accentuer ».

M. Castaner, qui réunit les préfets jeudi, leur demandera « de se mobiliser sur ce sujet en vue du Grenelle des violences conjugales ». Il y a urgence ; selon le collectif militant Féminicides par compagnon ou ex, les féminicides conjugaux recensés depuis le début de l’année s’élèvent déjà à 76, en hausse par rapport à la même période de 2018.

11 juillet 2019

Barbie à la plage

barbie

11 juillet 2019

Sur les plages de Djerba, la Méditerranée rejette les corps des migrants

Par Lilia Blaise, Tunis, correspondance

Au sud-est de la Tunisie, les naufrages d’embarcations en provenance de Libye rejettent sur les plages les corps de ceux qui voulaient gagner l’Europe.

Sur la plage d’Aghir de l’île de Djerba, au sud de la Tunisie, il y a plus de cadavres que de baigneurs en ce début de mois. Lundi 1er juillet, un canot a coulé au large. Une embarcation partie à l’aube de la ville libyenne de Zouara, à 120 kilomètres à l’ouest de Tripoli, avec quatre-vingt-six personnes à bord. Trois ont été repêchées vivantes. La mer rend les autres, une à une.

« Moi, j’en peux plus. Là, c’est trop. » Chemseddine Marzoug, le pêcheur qui depuis des années offre une dernière demeure aux corps que la mer rejette, dit son ras-le-bol. « J’ai enterré près de 400 cadavres et, là, des dizaines vont encore arriver dans les jours qui viennent. Ce n’est plus possible, c’est inhumain et nous ne pouvons pas gérer ça tout seuls », se désespère le gardien du cimetière des migrants de Zarzis, ville située au sud-est de la Tunisie près de la frontière avec la Libye.

migrants

La mer est calme en ce début d’été. Cela pourrait être un beau début de saison pour les habitués qui ont dressé tentes et parasols. Mais, dans l’air, il y a comme une tension. Une embarcation arrive par la mer, une ambulance de la protection civile par la terre.

« Va faire un tour avec ton enfant et reviens plus tard », demande sèchement un garde national à une rare baigneuse dans l’eau avec son enfant. Sur le bateau, plusieurs gardes maritimes portent des masques.

« Trouver un camion frigorifique »

Dans le canot qu’ils traînent, une forme humaine se devine sous une bâche verte. Rapidement, elle est glissée dans un sac mortuaire et déposée sur le sable. Premier d’un alignement macabre de sept corps repêchés dans la matinée de samedi, auxquels ont été ajoutés sept autres dans l’après-midi.

Et c’est sans compter tous ceux qui ont dérivé vers la plage de Ben Guerdane, plus au sud. « Cette fois, c’est difficile à gérer car le naufrage n’a fait presque aucun survivant. Donc nous avons des arrivées massives de cadavres », raconte Mongi Slim, président du comité régional du Croissant-Rouge à Zarzis et Médenine, pourtant rompu à ces drames.

Ce docteur en pharmacie, qui aide la protection civile, connaît par cœur la procédure. D’abord, il faut déposer les corps à la morgue puis les transporter à Gabès, à plus de deux heures de route où se trouve le médecin légiste le plus proche. Là, des prélèvements ADN sont faits. C’est le seul moyen d’identifier les corps.

« L’urgence, aujourd’hui, c’est de trouver un camion frigorifique pour transporter les quinze corps repêchés. D’habitude, nous n’en avons pas autant, donc c’est plus fluide », raconte-t-il, en habitué des morts de la mer. Entre les appels du gouverneur et ceux de la protection civile, son téléphone sonne sans arrêt. C’est à Chemseddine Marzoug et à lui qu’on s’adresse à chaque naufrage.

Mais en ce début d’été, le pêcheur est en colère. Touché par le drame qui vient d’avoir lieu et pleinement conscient que la fin des patrouilles des bateaux des ONG signifie une recrudescence des cadavres sur ses plages.

Cette fois, si les survivants à la dérive n’avaient pas été secourus par des pêcheurs, après quarante heures dans l’eau, personne n’aurait été au courant du naufrage. « Nous avons pu avoir les informations grâce aux survivants. Les deux Maliens qui ont pu parler nous ont expliqué qu’il y avait au moins une famille et une femme enceinte », précise Lorena Lando, chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Le cadavre d’une femme, enceinte de huit mois, a bien été repêché samedi ainsi que celui d’un bébé.

« Je ne veux plus partir en Europe »

Une fois passés par Gabès, ils seront comme les autres enterrés par Mongi Slim dans le nouveau cimetière de Zarzis, ouvert notamment grâce à une campagne de financement participatif. « Sur les pierres tombales, nous nous limitons à un numéro et à la date de la mort, car nous n’avons pas de papiers et aucun moyen de contacter leur famille », regrette-t-il.

Dans le centre d’urgence de Zarzis, Ousmane et Mamadou Kamara, 20 et 16 ans, sont encore sous le choc. Avec un troisième homme encore en soins intensifs, ils sont les seuls survivants. Le quatrième homme repêché, après deux jours accroché au canot, est décédé à son arrivée à l’hôpital ; mort d’être resté trop longtemps dans l’eau froide, sans boire ni manger.

Ousmane, l’aîné des deux frères maliens, s’accroche à son histoire. C’est tout ce qu’il lui reste. « On est arrivé en Libye en 2018, après avoir traversé le désert par le Niger. Là, on a travaillé pour financer la traversée. On voulait partir en Europe pour y être footballeur. Au pays, on jouait, mais on n’arrivait pas à financer notre entraînement », explique-t-il.

Chacun a versé 3 000 dinars libyens (1 915 euros) pour la traversée. « Quand le bateau a commencé à couler, il y a eu un mouvement de panique. Nous nous sommes accrochés aux planches du bateau avec mon frère. On est restés dans l’eau comme ça, pendant plus de deux jours », dit Ousmane. Son cadet a le nez brûlé par le soleil et peine à rassembler ses pensées. Son regard est perdu quelque part au loin, entre les dizaines d’hommes qui se sont tus un à un autour de lui, et cette mort qu’il a sentie flotter si près, si insistante. « Je ne veux plus partir en Europe », est-il juste capable de préciser aujourd’hui.

1 100 migrants répartis dans six centres

Au centre d’urgence, ils ne sont pas les seuls. Des rescapés du naufrage du mois de mai, où seize personnes ont survécu sur soixante-cinq, sont encore là, dans l’attente.

Hsaia Shisir, un Bangladais de 17 ans, travaille un peu au noir avant de décider de ce qu’il va faire. Son long périple pour gagner l’Europe lui a coûté 9 000 dollars (quelque 8 000 euros) d’emprunt pour faire l’aller simple Dacca-Dubaï puis Dubaï-Benghazi et en voiture jusqu’à Zouara, où il a pris le bateau. « Je ne veux pas retourner en Libye, c’est le règne des milices là-bas. Je ne peux pas non plus rentrer chez moi, j’ai trop de dettes. Mon seul espoir, c’est l’Europe », assure-t-il.

En plus de ces personnes en transit, qui attendent une occasion de départ, la Tunisie doit gérer les réfugiés qui arrivent par voie terrestre, du côté de la frontière libyenne. Près de huit cents ces six derniers mois, selon l’OIM.

« Aujourd’hui, nous avons un vrai souci à la frontière libyenne vu l’instabilité sur place. Du coup, c’est difficile de faire l’équilibre entre humanitaire et sécurité, surtout que nous connaissons peu les nouvelles nationalités qui arrivent par voie terrestre. Nous avons eu des cas d’Ethiopiens qui se faisaient passer pour des Erythréens. Nous n’avons aucune traçabilité sur les personnes qui arrivent », regrette Habib Chaouat, gouverneur de Médenine.

En attendant, 1 100 migrants attendent répartis dans six centres. Et désormais, les Erythréens qui, il y a quelque temps encore repartaient vers l’Europe, demandent l’asile là. Une petite centaine est logée dans un centre de Médenine piloté par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en attente de leur statut.

La Tunisie, qui a refusé de devenir une plate-forme d’accueil pour les candidats à l’exil en Europe, doit se coordonner avec l’OIM pour les bateaux qui dérivent et sont refusés dans les ports européens. Le dernier en date, amené là par le remorqueur égyptien Maridive 601, après avoir erré plus de deux semaines en juin, a laissé soixante-quinze passagers. Seuls seize ont accepté le retour volontaire dans leur pays, avec l’assistance de l’OIM.

Dans une déclaration faite à Zarzis, mercredi 3 juillet, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, demandait de l’aide à la communauté internationale, rappelant que « la question des réfugiés et des migrants ne relève pas de la responsabilité de la République tunisienne (…). Tous les pays doivent en assumer la responsabilité. » Une phrase que d’autres, déjà, ont prononcée avant lui, dans d’autres pays. Mais sans que la situation ne bouge vraiment.

11 juillet 2019

Wendy - mon prochain modèle en septembre...

wendy22

11 juillet 2019

Vu dans une vitrine dans le Marais

vitrine

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