Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
9 juillet 2019

Ren Hang

ren25

ren26

Publicité
9 juillet 2019

« Nous ne pouvons que nous résigner » : les parents de Vincent Lambert ne déposeront plus de recours

vincent lambert

Par François Béguin

Le médecin de ce patient tétraplégique en état végétatif a engagé, le 2 juillet, un nouvel arrêt des traitements après une décision de la Cour de cassation.

Aucun recours ne viendra plus interrompre le processus de fin de vie de Vincent Lambert. Après six années de bataille judiciaire, Pierre et Viviane Lambert, ses parents, ont annoncé, lundi 8 juillet, dans une lettre ouverte, qu’ils ne tenteraient plus rien pour s’opposer à la décision d’arrêt des traitements de cet ancien infirmier âgé de 42 ans, en état végétatif irréversible depuis un accident de la circulation en 2008.

« La mort de Vincent est désormais inéluctable » et « si nous ne l’acceptons pas, nous ne pouvons que nous résigner dans la douleur, l’incompréhension, mais aussi dans l’espérance », écrivent-ils. « Cette fois c’est terminé (…) Il n’y a plus rien à faire sinon prier et accompagner notre cher Vincent, dans la dignité et le recueillement », font-ils valoir dans un texte aussi signé par Anne Lambert, la sœur de Vincent, et par David Philippon, son demi-frère.

Me Jérôme Triomphe et Me Jean Paillot, leurs avocats, ont de leur côté affirmé dans un communiqué que la mort de Vincent Lambert était désormais « médicalement irréversible ». La nutrition et l’hydratation artificielles qui maintiennent en vie ce patient ont de nouveau été interrompues, le 2 juillet, pour la troisième fois en six ans.

Avant de renoncer, lundi, les parents avaient de nouveau tout tenté pour enrayer le processus de fin de vie. Ils avaient saisi en urgence dès le 2 juillet le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne ; un recours qui avait été rejeté dès le lendemain, la décision d’arrêt des traitements ayant été validée par le Conseil d’Etat et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Plainte pour tentative d’homicide volontaire

Le 28 juin, la Cour de Cassation avait pour sa part estimé que le juge judiciaire n’était pas compétent et elle n’avait pas ordonné de renvoi devant une autre juridiction, confirmant que le recours engagé devant le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies n’était pas suspensif.

Pierre et Viviane Lambert avaient par ailleurs déposé une plainte pour tentative d’homicide volontaire, le 5 juillet contre le docteur Vincent Sanchez, chef du service de soins palliatifs et de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims (Marne), où est hospitalisé Vincent Lambert. Selon France Info, le praticien aurait été entendu par la police judiciaire au cours du week-end, dans le cadre d’une audition libre.

Se préparant à veiller son oncle une partie de la nuit, François Lambert, le neveu de Vincent Lambert, décrivait lundi soir au Monde un processus d’arrêt des traitements « extrêmement violent », avec « un corps qui lutte pour rester en vie, comme tous les corps le feraient ».

Après avoir annulé un rassemblement lundi après-midi place Saint-Pierre, à Paris, le comité de soutien des parents de Vincent Lambert a appelé à une « veillée » mercredi 10 juillet devant l’église Saint-Sulpice.

9 juillet 2019

Rue de Verneuil

rue de verneuil

9 juillet 2019

Emmanuelle Béart au Festival d'Avignon

beart avignon

beart

9 juillet 2019

Entretien - Jacques Weber à Avignon : « Les plus grands acteurs s’amusent tout le temps »

Par Brigitte Salino

Pour son premier Festival d’Avignon, le comédien Jacques Weber incarne, dans « Architecture », un monstre aux pieds d’argile. Un rôle que Pascal Rambert lui a écrit sur mesure.

Jacques Weber joue pour la première fois à Avignon. Il entre dans la Cour d’honneur du Palais des papes, où il crée Architecture, de Pascal Rambert, qui met en scène sa pièce, avec une distribution éblouissante (Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Anne Brochet, Marie-Sophie Ferdane, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Denis Podalydès – en alternance avec Pascal Rénéric – et Laurent Poitrenaux). Ogre tendre dont le rôle de Cyrano de Bergerac fit une star dans les années 1980, Jacques Weber est plus que jamais, à 69 ans, dont cinquante de carrière, aimanté par la joie de vivre et de jouer.

Que représente le Festival d’Avignon, pour vous ?

Pendant longtemps, comme j’étais un peu abrupt, je disais que je n’aimais pas le Festival d’Avignon parce qu’il avait trop grossi au fil des années et que c’était devenu le Salon de l’auto, où des gens faisaient leur marché de spectacles. « Retirez l’horrible du métier, vous ne retrouverez peut-être pas le merveilleux », m’avait lancé un jour Jean-Louis Barrault. Il avait raison. Quand on voit qu’il y a, cette année, plus de 1 600 spectacles dans le « off », il y a de quoi se poser des questions. Des jeunes gens qui travaillent avec amour et passion viennent à Avignon en pensant que c’est la porte ouverte à tout. Ils se font exploiter par des types qui louent des salles à des prix fous, et ils jouent dans des conditions aberrantes, avec la complicité des pouvoirs publics qui laissent faire. Je trouve ça dégueulasse. En même temps, il y a une vitalité et une effervescence dans ce foisonnement.

Vous rêviez de jouer dans la Cour d’honneur ?

Non, en tout cas pas jusqu’à sa rénovation, en 2002, parce qu’on ne pouvait pas y faire bien son travail. Ses dimensions et le plein air réclamaient qu’on se batte contre les éléments. Cela pouvait être très exaltant, je le reconnais. Mais je n’avais pas du tout envie de me battre contre les éléments. Ce n’est pas mon travail. Quand, en 2002, la cour a été équipée d’une sonorisation très sophistiquée, j’ai pensé que je pourrais y jouer. Ce qui me touche, c’est d’y créer aujourd’hui une pièce de Pascal Rambert, qui me désirait comme acteur. C’est extrêmement émouvant d’être désiré par un auteur-metteur en scène.

Quel sentiment avez-vous éprouvé quand vous vous êtes retrouvé pour la première fois sur le plateau ?

C’était le dimanche 16 juin, et ce fut un double événement : Barack Obama visitait la Cour, on l’a entraperçu parce qu’il y avait évidemment vingt-cinq gorilles autour de lui. Avec Pascal Rambert, on était comme des midinettes. Très émus, aussi : quand on voit l’Amérique de Trump, on ne peut que regretter l’élégance de celle d’Obama. Et puis, d’un point de vue personnel, j’ai ressenti une émotion qui m’a renvoyé à l’enfance. Une des raisons qui m’ont fait devenir comédien, c’est que, un jour, je n’étais pas allé en classe, j’étais à la maison, dans la cuisine, à côté de ma maman qui tricotait et écoutait la TSF. A un moment, en plein après-midi, un speaker a interrompu une émission pour annoncer la mort de Gérard Philipe.

« CONTRAIREMENT À CE QUE L’ON PENSE, LE MÉTIER NE SE SOLIDIFIE PAS AVEC LE TEMPS : IL S’ÉRODE, ALORS QUE L’ÊTRE HUMAIN PROGRESSE »

Je n’avais jamais vu Gérard Philipe sur scène, mais je l’avais vu au cinéma, et j’avais ses disques d’enregistrements de pièces. J’étais bouleversé. Surtout, ce jour-là, j’ai vu pour la première fois ma maman pleurer. Et le lendemain, à l’école, tous les gamins parlaient de leur maman qui avait pleuré. Quand je suis rentré dans la cour du Palais des papes, dimanche, j’ai vu Gérard Philipe, comme « l’ange » dont parlait Jean Vilar. Il y avait cette dualité entre l’enfance et, même si je n’aime pas employer de grands mots, la transcendance que l’on ressent dans la Cour d’honneur.

Ce qui est très particulier, dans votre itinéraire, c’est que, sur le tard, vous avez fait le choix de travailler avec des metteurs en scène comme Peter Stein ou Alain Françon. Pourquoi ? Avez-vous senti que vous pourriez vous « ringardiser » ?

Il y a des gens qui m’ont énormément aidé dans cette voie. Ce n’était pas un plan de carrière, mais, petit à petit, j’ai commencé à m’interroger. Je voyais dans des spectacles dirigés par de grands metteurs en scène des acteurs dont la technique me stupéfiait. J’ai senti qu’il fallait que je fasse attention, que j’étais en train de m’asseoir sur une espèce de renommée, de vieux métier. Contrairement à ce que l’on pense, le métier ne se solidifie pas avec le temps : il s’érode, alors que l’être humain progresse.

Vous parlez de technique. Quelle est la vôtre ?

Très sincèrement : je n’ai pas de technique. Je suis un homme de métier, parce que cela fait cinquante ans que je joue sur des plateaux de théâtre. Mais, j’insiste, je n’ai pas de technique.

Vous êtes passé par le Conservatoire, à Paris, vous avez eu un prix d’excellence au concours de sortie, en 1969, et vous affirmez n’avoir pas de technique ?

Le Conservatoire, parlons-en. D’abord – paix à son âme –, j’avais un mauvais professeur, Robert Manuel. J’étais le chef d’une bande qui s’opposait stupidement à Antoine Vitez, dont on n’a pas voulu suivre l’enseignement. On ne suivait pas non plus les cours facultatifs : cours de voix, cours de danse, expression corporelle… On n’allait même pas au cours de littérature, qui, pourtant, était donné par Alfred Simon. On allait au cours de Robert Manuel, et au bistrot à côté du Conservatoire.

« CE QUE JE RETROUVE DANS MON RÔLE, ET QUI M’EST SOUVENT RENVOYÉ, C’EST L’IMAGE D’UN COMÉDIEN QUI EXPRIME UNE PUISSANCE ET UNE FRAGILITÉ »

Il y a eu une confusion sur moi, parce que j’étais très beau garçon et que j’avais une façon de comprendre tout de suite comment jouer les textes. Michel Duchaussoy, qui lui aussi a eu un prix d’excellence, m’a dit que je jouais instinctivement, comme si j’avais soixante-dix ans de métier… Mais je n’étais pas formé, je n’avais pas les bases qu’ont les comédiens avec qui je joue Architecture, et que j’admire. Je n’en fais pas un complexe, au contraire, c’est très joyeux, je me dis : qu’est-ce que j’ai encore à apprendre !

Vous avez peu joué d’auteurs contemporains, à part Samuel Beckett ou Botho Strauss. Pourquoi Pascal Rambert, aujourd’hui ?

C’est vrai que, par peur ou par manque de curiosité, j’ai peu joué d’auteurs contemporains. J’ai un tel amour du théâtre classique que, souvent, ce que je lisais me tombait des mains. Pascal Rambert est un des rares auteurs dont j’ai vu beaucoup de spectacles. Il y a chez lui une énergie du vivant que j’aime énormément : parfois, son écriture tire en longueur, ou s’embarque trop dans des spirales baroques, mais je m’en fiche complètement, car cette écriture est structurée, adjectivée, pleine. Elle nous entraîne parce qu’elle est portée par la joie de croire à ce qui est permis par le théâtre.

Pascal Rambert a écrit votre rôle dans « Architecture » en s’inspirant de vous, comme il l’a fait pour tous les autres rôles. Qu’en pensez-vous ?

Je crois qu’il faut être clair sur ce sujet : on ne peut écrire qu’à partir de l’image que l’on se fait de quelqu’un, et pas à partir de quelqu’un. Ce que je retrouve dans mon rôle, et qui m’est souvent renvoyé, c’est l’image d’un comédien qui exprime une puissance et une fragilité. Pascal Rambert, qui a beaucoup de tendresse pour moi, a creusé cette ligne : je suis une sorte de guépard, comme dans le film du même nom de Visconti, mais un guépard qui s’effondre d’une manière plus visible.

Mon personnage, un architecte, est le patriarche écrasant d’une grande famille viennoise, dans la tourmente de la première moitié du XXe siècle. Ce qui me bouleverse chez cet homme, c’est le regret d’amour qu’il exprime quand il se rend compte que lui, un monstre, a créé d’autres types de monstres, ses enfants, et qu’il les aime. Il a vécu comme si tout avait interdit, chez lui et ses enfants, un développement ou un aveu de l’amour.

Que demandez-vous aux comédiens qui jouent avec vous ?

Je vais faire une réponse très bête : de s’amuser. S’amuser à jouer. Jouer à s’amuser. Qu’ils soient dans une tragédie ou une comédie, j’ai remarqué que les plus grands acteurs s’amusent tout le temps. Et puis, je ne veux pas de discussions, surtout de celles qui tournent autour de questions comme : « Je me demande si je dois jouer d’une façon objective ou subjective. » Ça ne m’intéresse pas. J’ai eu la chance de travailler avec de grands metteurs en scène. Ils ne font jamais de bla-bla : ils parlent toujours de choses très concrètes qui ont à voir avec la vie. Au fond, ce que je demande, c’est l’amusement, l’énergie et la générosité. Giorgio Strehler disait à ses acteurs : « Ayez le cœur bon et limpide, le talent commence par là. »

A voir : Architecture, de et mis en scène par Pascal Rambert. Cour d’honneur du Palais des papes, du 4 au 13 juillet (relâche le 7), à 21 h 30. Durée : 3 heures. Plein tarif de 22 € à 40 €. Festival d’Avignon (4-23 juillet), réservations : 04-90-14-14-14, Festival-avignon.com

Publicité
9 juillet 2019

Vu sur internet - j'aime beaucoup

jaime200

pub

9 juillet 2019

"Passions" dernier livre de Nicolas Sarkosy

passions sarko

9 juillet 2019

Instagram : un bouc émissaire du tourisme de masse ?

Les instagrammeurs sont accusés de dénaturer les lieux qu’ils visitent et de se comporter de façon indécente.

L’histoire était choquante, et a fait le tour de la presse mondiale en quelques jours. Aiguillonnés par le succès de la série Chernobyl, qui retrace la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, survenue en Ukraine en 1986, des « influenceurs Instagram » se seraient rués ces dernières semaines sur les lieux pour s’y prendre en photo dans des poses ridicules. Ce manque de respect pour la mémoire des victimes a même poussé le créateur de Chernobyl à appeler les visiteurs du site à se comporter « avec respect ». Des centaines d’articles, dans le monde entier, se sont émus de cette « invasion d’instagrammeurs », et critiqué « ces influenceurs qui s’irradient pour des likes ».

Mais cette invasion des « influenceurs sans gêne » n’a en réalité pas vraiment eu lieu. Il y a bien eu une augmentation de 40 % du nombre de touristes sur place, liée à la diffusion de Chernobyl et à son succès. Mais les « influenceurs d’Instagram » n’en étaient ni la cause ni même tout à fait le symptôme.

Comme le note le site britannique I News, la rumeur est partie de messages devenus viraux sur Twitter, qui agrégeaient des photographies présentées comme « choquantes ». Les photographies en question, plutôt rares, avaient été publiées, à une exception près, par des touristes tout à fait ordinaires. Certaines avaient été reproduites sans la légende qui les rendait moins choquantes ; et d’autres, présentées comme particulièrement peu respectueuses, n’avaient en réalité pas été prises à Tchernobyl. Mais la vague d’articles dénonçant ces « influenceurs morbides » a valu à ces visiteurs des déluges d’insultes et de menaces, qui se poursuivent encore aujourd’hui.

Bouc émissaire commode

Pourquoi tant de haine ? C’est simple : en matière de tourisme, tout le monde ou presque déteste les instagrammeurs. « Influents » ou non, ils sont accusés d’avoir ruiné toutes les meilleures destinations, en popularisant des endroits à l’écart des sentiers battus et en se comportant comme des sauvages. De Paris, où la pittoresque rue Crémieux connaît un afflux de visiteurs qui agace les riverains, à la Norvège, où le spectaculaire site de Trolltunga a dû limiter les accès, jusqu’à Bali, où une magnifique plage de sable fin a été fermée deux ans aux visites pour laisser aux coraux le temps de se reconstituer, un même mal est montré du doigt : Instagram.

Parmi les reproches adressés à ce réseau social destiné au partage de photos : « gâcher », « ruiner » des destinations, les rendre « trop populaires ». Pourtant, le réseau social, propriété de Facebook, fait surtout figure de bouc émissaire. Une part importante des sites qui se plaignent de l’afflux de visiteurs que provoquerait le réseau social n’ont pas attendu l’invention de la perche à selfie pour connaître les dégâts du tourisme et du surtourisme.

« CE QUE RÉVÈLENT CES ARTICLES, C’EST L’ANGOISSE DU VOYAGEUR CULTIVÉ DEVANT L’APPROPRIATION DES LIEUX »

Difficile d’attribuer à Instagram seul les chiffres impressionnants de fréquentation de la tour de Pise, de la grande muraille de Chine, ou du Machu Picchu – qui figurent pourtant tous les trois dans une liste des « dix destinations de vacances ruinées par Instagram », publiée par le quotidien britannique The Independent. Le même article évoque également le cas de Portofino, charmant village italien et destination de vacances depuis un siècle – le fait que Dalida lui ait consacré une chanson en 1959, devenue un tube, n’a par exemple pas aidé à le faire retomber dans l’oubli.

« Ce que révèlent ces articles, c’est l’angoisse du voyageur cultivé devant l’appropriation des lieux et la répétition ad nauseam des esthétiques, analyse Saskia Cousin, anthropologue et maîtresse de conférences à l’université Paris-Descartes. La photo reproduisant la construction du Voyageur contemplant une mer de nuages, le célèbre tableau de Caspar David Friedrich, n’est plus une référence partagée par quelques-uns, mais un mème répété de manière automatique et mimétique. »

« Le Voyageur contemplant une mer de nuages », du peintre Caspar David Friedrich, début du XIXe siècle.

Or, « dès le départ, le tourisme, c’est une affaire de distinction, avant même qu’un tourisme populaire ne se développe, note Sylvain Pattieu, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-VIII et spécialiste de l’histoire du tourisme. C’est toujours mal vu quand d’autres arrivent dans un endroit censé être préservé. Au XIXe, il y a un tourisme aristocratique, mais quand des bourgeois arrivent, les aristocrates changent de lieux de vacances. Et dès les années 1930, des gens se plaignent de l’invasion sur les plages. »

Pourtant, en Europe notamment, « il y a toujours eu en parallèle une vision pédagogique du tourisme, l’idée de partager, de faire connaître ce qu’on a vu à d’autres. On le voit dans les revues du Touring Club de France, inspiré d’un modèle britannique : on y raconte et montre ce qu’on a découvert. C’est une démarche qui a sa part de contradictions : je veux aller là où personne ne va, mais si personne ne le sait, ça n’est pas intéressant ».

Et le fait de publier ou de montrer à ses proches des photos de vacances n’est pas un acte uniquement narcissique. C’est aussi, historiquement, un geste politique, explique Sylvain Pattieu : « Les photos de vacances vont de pair avec une certaine démocratisation du tourisme. Après-guerre, le fait d’être salarié assure une sécurité et des mécanismes de promotion sociale, dont le fait de partir en vacances. On a envie de l’exhiber, et les photos font partie de cela : en devenant un touriste, on est vraiment intégré à la société de consommation, c’est un élément de dignité sociale, notamment dans les milieux populaires qui accèdent aux vacances au moment des “trente glorieuses”. »

« Les comportements indécents n’ont rien de récent »

Quant au comportement si décrié des instagrammeurs, il mélange souvent des réalités très différentes. Selfies de mauvais goût au mémorial de la Shoah à Berlin ou à Auschwitz, agissements dangereux pour prendre une photo sur une falaise, manque de respect envers les cultures locales…

Concernant les lieux de mémoire, « les comportements indécents et voyeuristes n’ont rien de récent », rappelle Saskia Cousin. Et de citer Emanuel Ringelblum, qui dans Chronique du ghetto de Varsovie évoquait en 1941 les groupes de touristes allemands qui venaient visiter le cimetière juif :

« La majeure partie ne manifeste aucune sympathie pour les Juifs. Certains affirment même que la mortalité n’est pas suffisamment élevée. D’autres prennent des photos. Les visiteurs s’intéressent surtout à la morgue dans laquelle on dépose les cadavres qui seront enterrés au cours de la nuit. »

Saskia Cousin souligne aussi que « l’un des premiers voyages organisés français était une croisière partie de Marseille pour aller voir, du large, le bombardement d’Alger ».

Concernant les différentes attitudes des instagrammeurs souvent jugées irrespectueuses vis-à-vis d’autres types de lieux, la chercheuse est également mesurée : « Ce n’est pas parce que les instagrammeurs pillent les esthétiques classiques et les surjouent qu’ils dévastent plus que les autres les espaces qu’ils parcourent. » Dans de nombreux cas, c’est aussi et surtout l’arrivée massive de touristes qui agace. « Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas la répétition et la diffusion d’une image qui pose problème, c’est l’absence de régulation des flux touristiques, et la mauvaise répartition des revenus induits par le tourisme. »

Sans compter que l’impact réel du réseau social est presque impossible à mesurer : en 2015, l’office du tourisme de Wanaka, en Nouvelle-Zélande, a décidé d’investir largement dans des « influenceurs Instagram » pour promouvoir sa station balnéaire. En un an, le nombre de nuitées a augmenté de 14 %, plus que les autres villes de l’île du Sud… A l’exception du district de Mackenzie, à deux heures de route, qui a connu la même croissance sans avoir recours aux « influenceurs ».

Effets de zoom

Mais parfois, Instagram peut avoir un réel effet démultiplicateur. Plus l’endroit est préservé, et plus il est petit, et plus l’impact de ce réseau social peut être puissant. A Paris, la paisible rue Crémieux en a fait les frais : longtemps cantonnée aux guides du Paris insolite, elle est devenue, grâce à ses jolies façades colorées, un passage obligé des « influenceurs » d’Instagram qui aiment s’y mettre en scène avec des tenues travaillées dans des positions étranges, au grand dam des riverains.

Les instagrammeurs font alors partie des « découvreurs » de petites merveilles qu’ils vont populariser. Mais ce ne sont pas les cas les plus courants. « Je doute que les instagrammeurs soient ces nouveaux explorateurs de paysage : ce sont d’abord des répétiteurs – et je ne porte pas de jugement de valeur sur cette répétition », tranche Saskia Cousin. Comme ce canyon islandais assailli depuis 2016 par des instagrammeurs (entraînant une fermeture temporaire)… après la diffusion d’un clip du chanteur Justin Bieber s’y déroulant.

Et pour ceux que les instagrammeurs agacent, « il reste à chacun la possibilité de vivre une expérience qui ne soit pas uniquement celle de poster la photo qui sera la plus “likée”, conclut Saskia Cousin. Ceux qui veulent échapper au tourisme et à Instagram peuvent choisir de partir découvrir des villes ou des campagnes dont aucune image n’est disponible. Si si, c’est possible. »

9 juillet 2019

C'est l'été...

été23

étté24

9 juillet 2019

Le Vatican lève l'immunité de l'archevêque Luigi Ventura

Le Vatican lève l'immunité de l'archevêque Luigi Ventura, son représentant en France, visé par une enquête pour agressions sexuelles

Luigi Ventura est accusé d'avoir commis des attouchements contre un fonctionnaire de la mairie de Paris le 24 janvier et, auparavant, sur plusieurs hommes proches de l'Eglise catholique.

Le Vatican a décidé de lever l'immunité de son représentant en France, a annoncé un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, lundi 8 juillet. L'archevêque Luigi Ventura, nonce apostolique en France, est accusé d'agressions sexuelles. L'affaire avait éclaté en février, avec la révélation de l'ouverture d'une enquête par le parquet de Paris.

La mairie de Paris avait signalé au parquet qu'un Français de 27 ans, Mathieu de La Souchère, s'était plaint d'attouchements répétés du nonce apostolique – des "mains aux fesses" – lors de la cérémonie des vœux aux autorités diplomatiques, en janvier. Pour l'instant, six plaintes ont été déposées en France pour des faits similaires contre le prélat, dont l'une émane "d'un diplomate du Quai d'Orsay et une autre d'un séminariste de 18 ans". Le Quai d'Orsay avait transmis, en mars, la demande de levée d'immunité diplomatique au Vatican. Cette requête était jusqu'ici restée sans réponse.

Publicité