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Jours tranquilles à Paris

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22 juin 2019

Détails macabres et responsabilité de l’Arabie saoudite : le cinglant rapport de l’ONU sur la mort de Jamal Khashoggi

Par Benjamin Barthe, Beyrouth, correspondant

Après six mois d’enquête, le rapport appelle notamment la communauté internationale à mettre le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman sous sanctions.

Mise en cause du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, appel à l’imposition de sanctions contre lui, demande d’ouverture d’une enquête internationale, révélation de détails macabres sur le déroulement des faits : le rapport de l’experte onusienne Agnès Callamard sur l’assassinat du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi, éliminé le 2 octobre 2018 par des agents du royaume à Istanbul, est particulièrement embarrassant pour les autorités de Riyad.

Ce gros document, d’une centaine de pages, est l’aboutissement de six mois d’enquête et d’une centaine d’interviews, menées en Turquie, bien sûr, le lieu du crime, mais aussi à Washington, Paris, Londres, Bruxelles, Berlin et Ottawa.

Ce travail a été conduit par Agnès Callamard, ancienne experte d’Amnesty International, en sa qualité de rapporteure du Conseil des droits de l’homme des Nations unies (ONU) sur les exécutions extrajudiciaires, et par son équipe, composée de trois autres personnes : Duarte Nuno Vieira, un expert légiste, Paul Johnston, un enquêteur criminel, et Helena Kennedy, une spécialiste des droits de l’homme.

Le rapport conclut à la responsabilité de l’Arabie saoudite, en tant qu’Etat, dans l’assassinat de Jamal Khashoggi. Concernant le rôle exact de Mohammed Ben Salman, surnommé « MBS », l’homme fort de la couronne, considéré par la CIA comme le commanditaire du meurtre, le rapport n’apporte pas d’éléments nouveaux mais il conforte ces soupçons.

« Il existe des éléments de preuves crédibles justifiant une enquête supplémentaire sur la responsabilité individuelle des hauts responsables saoudiens, y compris celle du prince héritier. »

Injection létale

Célèbre signature de la presse saoudienne, en exil aux Etats-Unis, Jamal Khashoggi chroniquait la dérive autoritaire du dauphin saoudien dans les pages du Washington Post. Il a été tué dans le consulat saoudien d’Istanbul – où il était venu remplir des formalités administratives en vue d’un remariage – par un commando de quinze agents du royaume. Arrivés par avion de Riyad, ils lui ont administré une injection létale avant de démembrer son corps, qui n’a jamais été retrouvé.

Selon Riyad, l’opération a été conçue par des éléments incontrôlés, à l’insu de « MBS ». Une version qui a toujours laissé les observateurs étrangers sceptiques. Selon des fuites publiées à l’automne 2018 dans le New York Times, la centrale de renseignement américaine estime que l’opération n’a pas pu être menée sans l’aval du prince héritier, qui a la haute main sur les affaires de sécurité.

« L’opération contre M. Khashoggi doit être comprise en relation avec une campagne organisée et coordonnée contre des journalistes, des femmes activistes, des princes et des hommes d’affaires, a précisé Mme Callamard, dans une interview avec le site d’informations Orient XXI. Au minimum, le prince héritier a cautionné ce comportement et permis la répétition et l’escalade de ces crimes. Il n’a pris aucune mesure pour prévenir ou punir les responsables. Il a volontairement pris le risque que d’autres crimes, tels que l’assassinat de M. Khashoggi, soient commis, qu’il ait ou non ordonné directement le crime en question. »

En conséquence, le rapport appelle la communauté internationale à mettre « MBS » sous sanctions, en gelant notamment ses avoirs personnels à l’étranger, « jusqu’à ce que la preuve de sa non-implication dans cette exécution soit apportée et corroborée ».

Consciente que le sujet est hautement sensible, la rapporteure souligne que « selon les lois de l’immunité, rien n’interdit de sanctionner des individus occupant des positions comme celles du prince héritier ». Agnès Callamard ajoute que les mesures de rétorsion prises jusque-là par les Etats-Unis et l’Union européenne (UE), lesquelles concernent principalement les membres du commando d’Istanbul, s’apparentent à « un rideau de fumée détournant l’attention des principaux responsables ».

Détails sinistres

L’enquêtrice et son équipe, qui ont eu accès à une partie des enregistrements réalisés par les services de renseignements turcs à l’intérieur du consulat, révèlent des détails, inédits jusque-là et particulièrement sinistres, sur le déroulement des faits.

Le rapport retranscrit notamment une conversation, tenue quelques minutes avant l’arrivée de M. Khashoggi dans le consulat, entre Maher Al-Mutreb, un colonel des renseignements saoudiens, considéré comme le chef du commando, et le médecin légiste Salah Al-Tubaigy, qui a découpé le corps du journaliste au moyen d’une scie à os.

« Est-ce que ce sera possible de mettre le tronc dans un sac », demande le premier ? « Non, trop lourd », répond le docteur, qui poursuit : « Les articulations seront séparées, ce n’est pas un problème. Le corps est lourd. C’est la première fois que je coupe par terre. Si nous prenons des sacs en plastique et que nous le coupons en pièces, ce sera terminé. On emballera chacune d’entre elles. » Un peu plus tard, le praticien semble exprimer quelques inquiétudes. « Mon supérieur n’est pas au courant de ce que je fais. Il n’y a personne pour me protéger. »

Cet échange atteste du fait que l’assassinat du journaliste a été prémédité, contredisant l’une des thèses avancées par Riyad selon laquelle le journaliste n’aurait été tué qu’après avoir refusé de rentrer dans le royaume et s’être débattu.

Maher Al-Mutreb et Salah Al-Tubaigy font partie des onze personnes que l’Arabie saoudite a inculpées et mis en procès, en réaction au tollé international déclenché par cette affaire. Selon Riyad, le cerveau de l’équipée, également en cours de jugement, est le numéro deux des services de renseignements, Ahmed Al-Assiri.

Une fois à l’intérieur de la représentation saoudienne, M. Khashoggi a été conduit dans le bureau du consul général, où les micros turcs ont enregistré une autre conversation, détaillée dans le rapport. « Nous allons devoir te ramener », déclare l’un des barbouzes, prétendant, contre toute évidence, qu’il y a « un ordre d’Interpol » contre le chroniqueur du Washington Post. Celui-ci conteste et dit que sa fiancée, de nationalité turque, l’attend à l’extérieur du consulat. Puis l’agent saoudien le somme d’envoyer un message à l’un de ses fils, ce à quoi Jamal Khashoggi répond : « Que dois-je dire ? “A bientôt” ? Je ne peux pas parler de kidnapping. » « Ecrivez, M. Kamal, rétorque son bourreau. Pressons. Aidez-nous à vous aider parce qu’à la fin, nous allons vous ramener en Arabie saoudite et si vous ne nous aidez pas, vous savez ce qui se passera à la fin. »

Au journaliste qui demande s’il va être drogué, une voix répond : « Nous allons t’anesthésier. » L’enregistrement donne ensuite à entendre des bruits de lutte, ponctués des phrases suivantes : « Est-ce qu’il dort ? » « Continue à presser. » « Presse ici, n’enlève pas ta main. » Puis des halètements, des mouvements et des bruits de plastique sont audibles, ce qui, selon le rapport, coïncide avec le moment où Jamal Khashoggi a été désossé et ses membres emballés dans des sacs.

« L’enquête n’a pas été conduite de bonne foi »

L’experte onusienne et son équipe sont par ailleurs très critiques quant à la réponse donnée par le pouvoir saoudien sur ce scandale. Leur rapport confirme que la scène du crime, à laquelle la police turque n’a pu accéder que le 15 octobre, « a été nettoyée intégralement, de manière médico-légale » par des responsables saoudiens. « Cela indique que l’enquête saoudienne n’a pas été conduite de bonne foi et qu’elle peut constituer une obstruction de justice. »

Le document regrette à ce sujet qu’aucun organisme international ou Etat tiers ne soit intervenu pour négocier un accès plus rapide au consulat saoudien. « A la place, il semble que les Etats n’aient pris en considération que leurs intérêts », écrivent les enquêteurs, en référence aux nombreux liens, économiques et stratégiques, qui relient l’Arabie saoudite aux principales puissances occidentales.

La rapporteure regrette aussi que les Nations unies aient « considéré qu’elles n’avaient pas les moyens d’intervenir ou aient choisi de ne pas intervenir », une pierre lancée dans le jardin d’Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU.

Le rapport s’indigne du fait que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et la Turquie, qui ont dépêché des représentants au procès du commando d’Istanbul, aient accepté, à la demande de Riyad, de ne rien révéler sur cette procédure. « L’institution du Conseil de sécurité s’est rendue complice de ce qui pourrait bien être une erreur de justice. »

Le rapport confirme que l’un des principaux suspects de l’affaire Khashoggi, Saoud Al-Qahtani, proche conseiller de « MBS », ne figure pas parmi les accusés, dont l’identité précise n’a pas été rendue publique. Arguant que le procès « ne remplit pas les standards de procédure », le rapport demande sa suspension immédiate. A la place, Agnès Callamard appelle l’ONU à lancer une enquête internationale et exhorte les Etats membres à se saisir de ce dossier en vertu du principe de compétence juridique universelle. Il n’y a pas que pour l’Arabie saoudite que son rapport est embarrassant.

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22 juin 2019

Miss Tic actuellement à la Galerie Leila Mordoch - rue Mazarine

miss tic11

Depuis 1985, ses graffitis au pochoir rythment les promenades des Parisiens de silhouettes voluptueuses et de phrases incisives, une poésie aussi légère que grave qui l’a menée jusqu’au Fond d’art contemporain de la ville de Paris et au Victoria & Albert Museum de Londres. Des œuvres devenues indissociables du paysage de la capitale, exposées à la galerie Lélia Mordoch.

Rock’n’girls - Miss Tic, jusqu’au 13 juillet, vernissage le 6 juin à la galerie Lélia Mordoch, 50 rue Mazarine

21 juin 2019

LUI Magazine

lui 21 juin

21 juin 2019

Keith haring

keith

21 juin 2019

Champ de Mars

champ de mars

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21 juin 2019

La défense de Patrick Balkany contre « les chefs d’orchestre de la morale publique »

Par Henri Seckel

Le parquet avait requis sept ans de prison ferme contre le maire de Levallois-Perret pour blanchiment et corruption. Jugement attendu le 18 octobre.

Pour la seconde fois en un mois, il a fallu, tâche délicate, plaider en défense de Patrick Balkany. Le 17 mai, c’était à la fin du procès pour fraude fiscale dans lequel le Parquet national financier (PNF) avait requis quatre ans ferme contre le maire de Levallois-Perret. Mercredi 19 juin, au bout de celui pour blanchiment de fraude et corruption dans lequel le PNF a requis sept ans ferme, Me Dupond-Moretti et son associé Me Antoine Vey avaient décidé de taper aussi fort que les procureurs.

Taper fort sur la procédure, d’abord, Me Vey soulignant les bizarreries de l’instruction, et insistant sur trois témoignages accablants pour Patrick Balkany, mais un peu trop précis selon lui pour ne pas correspondre à des arrangements avec la justice.

« On a écarté du dossier tous ceux qui donnaient ce qu’on avait envie d’entendre », suggère le jeune avocat, parlant de « maquillage judiciaire » et de « témoignage acheté » contre une absence de poursuites dans le cas de Marc Angst, le banquier suisse ayant organisé le montage financier autour de la villa marocaine Dar Gyucy au cœur de l’accusation de corruption.

Sur le fond, Me Vey schématise : le volet blanchiment est « exagéré ». Il rappelle que l’évaluation officielle du patrimoine de son client est contestée, et accuse l’accusation d’en avoir rajouté pour obtenir la confiscation de l’ensemble de ses biens immobiliers – le fisc lui réclame en outre 8,5 millions d’euros. « On ne dit pas qu’il n’a rien fait, on dit qu’on peut avoir une juste proportion. » Quant au volet corruption – la villa à Marrackeh en échange de délais de paiement octroyés à un promoteur saoudien sur un chantier à Levallois –, « il n’est pas prouvé », affirme Me Vey, qui ne s’attarde pas sur ce point développé par ses confrères les jours précédents.

Balkany, comme Baudelaire

Vient alors, plus loin du dossier, le tour de Me Dupond-Moretti de taper. Taper fort sur la presse ayant « déchiqueté » son client, une presse « zélée collaboratrice du PNF » : « Vous avez décidé ensemble d’enterrer le secret de l’instruction. »

Taper fort sur « la violence judiciaire » qu’illustrent des réquisitions d’une « férocité insupportable » : « Une justice qui réclame onze ans d’emprisonnement pour un homme qui a commis une fraude fiscale et un blanchiment, moi qui suis sans doute un vieux con, je trouve que c’est monstrueux. »

Oubliant que les réquisitions concernent aussi des soupçons de corruption, et que les éventuelles peines seront sans doute fondues l’une dans l’autre et non additionnées, Me Dupond-Moretti dégaine alors des statistiques démontrant que l’immense majorité des crimes de sang et des viols n’entraînent pas de peines aussi lourdes. Avec ces réquisitions, « on a complètement basculé dans le symbole ».

Taper fort enfin, et surtout, sur l’époque « moralisatrice et hygiéniste » dont les procureurs seraient les gardiens : « Du haut de vos petits lutrins transparents, transparents comme la société que vous appelez sans doute de vos vœux, vous êtes les chefs d’orchestre de la morale publique », « dignes successeurs de l’avocat général Ernest Pinard qui, au nom de la morale publique, avait requis contre Baudelaire » et ses Fleurs du Mal en 1885. « Surtout, ne craignez rien, vous pouvez y aller, provoque-t-il. Vous êtes soutenus par la foule, qui vient ici en nombre comme on vient au cirque, pour voir le roi par terre et lui donner un petit coup de pied. Je vous demande un peu d’humanité. »

Churchill, Jadot, Pompidou, Audiard

« La fraude est à l’impôt ce que l’ombre est à l’homme » : Me Dupond-Moretti cite le président Georges Pompidou. « Il fut un temps où on appelait ça “le sport national”, dit-il. C’était une autre époque. Je veux que vous l’entendiez. » En écho aux propos liminaires de Me Vey, qui imaginait mieux Patrick Balkany « allumer un cigare à côté de Winston Churchill que picorer des graines de quinoa bio avec Yannick Jadot ».

C’est à Michel Audiard que revient le dernier mot, par la voix de Me Dupond-Moretti citant, pour mettre Patrick Balkany et ses procureurs dos à dos, cette phrase d’Alain Delon dans le film Mort d’un pourri : « Les deux fléaux qui menacent l’humanité sont le désordre et l’ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. »

Le jugement du procès pour fraude fiscale sera rendu le 13 septembre. Celui pour blanchiment et corruption, le 18 octobre.

21 juin 2019

Ellen von Unwerth

ellen55

20 juin 2019

Le revolver avec lequel Van Gogh s’est tué vendu aux enchères

L’arme que le peintre a très probablement retournée contre lui dans un champ de blé d’Auvers-sur-Oise, le 27 juillet 1890, a été acheté pour 130 000 euros.

C’est un délicat assemblage de fer, rongé par la rouille. L’objet, réputé être l’arme avec laquelle Vincent Van Gogh s’est donné la mort, il y a plus d’un siècle, s’est vendu 130 000 euros, mercredi 19 juin, à l’hôtel Drouot, à Paris. Le prix de ce revolver de type Lefaucheux, de calibre 7 mm, avait été estimé entre 40 000 et 60 000 euros.

Le 27 juillet 1890, cela fait deux mois que Vincent Van Gogh vit à Auvers-sur-Oise (dans l’actuel Val-d’Oise). Il est alors au sommet de son art mais souffre de crises dues à une maladie mentale.

Ce jour-là, selon la thèse en vigueur, le peintre emprunte un pistolet au propriétaire de l’auberge où il vit, Arthur Ravoux. Il se rend ensuite dans un champ de blé, soulève sa chemise, retourne l’arme contre lui et se tire une balle dans le thorax. Blessé mais vivant, il s’évanouit et égare le revolver. A son réveil, à la nuit tombée, il reprend le chemin de l’auberge, où il meurt deux jours plus tard, à 37 ans, des suites de sa blessure, malgré les soins que lui prodigue le docteur Paul Gachet.

« Coup tiré à bout portant »

L’arme vendue chez Drouot a été retrouvée dans un champ d’Auvers-sur-Oise vers 1960 par l’agriculteur qui l’exploitait. Elle a été remise aux propriétaires d’alors de l’auberge Ravoux.

Est-ce bien elle que le peintre a utilisée ce 27 juillet 1890 ? Impossible de le certifier complètement mais « c’est une présomption forte », a souligné auprès de l’Agence France-Presse le commissaire-priseur Me Grégoire Veyrès. La maison AuctionArt - Rémy Le Fur, qui a mis l’objet en vente, dit avoir suivi l’enquête menée par un historien local, Alain Rohan, publiée dans un livre qui fait maintenant référence, Vincent Van Gogh, aurait-on retrouvé l’arme du suicide ?, paru en 2012.

M. Rohan a établi que l’emplacement du champ où a été retrouvé le revolver, derrière le château d’Auvers-sur-Oise, correspond aux descriptions des quelques témoignages de l’époque. « Il s’était rendu dans le champ de blé où il peignit son dernier tableau. Ce champ est situé derrière le château d’Auvers », écrivait ainsi, en 1954, Adeline Carrié, la fille de l’aubergiste Arthur Ravoux, qui a raconté avoir vu Vincent Van Gogh rentrer, blessé, à l’auberge, le soir du 27 juillet 1890.

Sollicitée par l’historien, la gendarmerie nationale a participé à l’enquête. Se basant sur des notes du fils du docteur Gachet, qui décrivent la blessure du peintre, Yves Schuliar, le médecin chef des services du pôle judiciaire de la gendarmerie, a jugé que l’arme trouvée peut avoir causé la plaie en question. Il expliquait en 2015 dans Le Parisien que, selon lui, « le coup a été tiré à bout portant, à environ 2 cm à 3 cm du thorax, après que Vincent a ouvert et écarté ses vêtements devant le canon ».

La thèse du suicide avait pourtant été remise en question en 2011 par deux chercheurs américains. Ces derniers pensent que le peintre a plutôt été touché de manière accidentelle par un tir venant d’une arme manipulée par deux adolescents de sa connaissance. Selon eux, l’artiste aurait gardé le silence pour les protéger.

« L’arme la plus célèbre de l’histoire de l’art »

Mais d’après AuctionArt, « les études techniques et scientifiques menées sur le revolver ainsi que son état indiquent que l’arme a bel et bien servi peu avant sa chute, et qu’elle est restée dans le sol entre cinquante et quatre-vingts ans ». « La gâchette a été retrouvée en position d’action alors qu’elle peut se replier pour éviter qu’un coup ne parte », rappelait encore Le Parisien en 2015, laissant à penser que l’arme a été utilisée puis laissée sur place.

Le pistolet vendu a par ailleurs reçu la caution du Musée Van Gogh d’Amsterdam, qui l’a intégré, à l’été 2016, dans son exposition « Aux confins de la folie, la maladie de Van Gogh ». Il fait également l’objet d’une demande de prêt du Musée Städel de Francfort, en Allemagne, qui veut l’exposer d’octobre 2019 à février 2020.

En attendant, le revolver a trouvé un nouvel acquéreur, un particulier dont on ignore l’identité. « L’arme la plus célèbre de l’histoire de l’art », comme elle est surnommée, n’a toutefois pas atteint le prix d’un légendaire revolver Lefaucheux similaire, celui avec lequel Paul Verlaine avait blessé Arthur Rimbaud, en juillet 1873 : l’arme avait été vendue 434 500 euros, en novembre 2016.

van gigh pistolert

20 juin 2019

Georges Pompidou - Mandat présidentiel 20 juin 1969 – 2 avril 1974

L’hommage de Macron à Pompidou, président d’une France « heureuse »

Qu’y a-t-il de commun entre le conservateur et catholique pratiquant du Cantal et celui d’Amiens, héraut revendiqué du progressisme ?

Par Olivier Faye  

On peut avoir décroché des murs du palais de l’Elysée les tableaux des « présidents morts », pour reprendre une expression d’Emmanuel Macron, et en même temps leur rendre hommage. En cette année du cinquantenaire de l’élection de Georges Pompidou à la présidence de la République (1969-1974), le chef de l’Etat ne cesse de célébrer la mémoire de son prédécesseur.

Le 2 avril, jour anniversaire du décès de M. Pompidou, le président de la République assistait à une messe célébrée en son honneur à l’église parisienne de Saint-Louis-en-l’Ile. M. Macron devait par ailleurs prononcer, jeudi 20 juin, le discours d’ouverture d’un colloque de deux jours destiné à soupeser l’héritage pompidolien. Las, il est finalement retenu à Bruxelles par le Conseil européen, mais comptait se rattraper en recevant, mercredi soir à l’Elysée, les protagonistes du colloque. Pourquoi tant d’égards ?

Certes, des similitudes existent dans les parcours respectifs des deux hommes. Passés l’un et l’autre par la banque Rothschild, MM. Pompidou et Macron ont en commun d’avoir accédé aux plus hautes fonctions sans être passés par la case élu local ou parlementaire. Mais il est difficile de s’aventurer plus loin dans le jeu des comparaisons.

Qu’y a-t-il de commun, sur le papier, entre le natif de Montboudif (Cantal), conservateur et catholique pratiquant, qui charrie l’image d’un homme enraciné, et celui d’Amiens, ancien ministre d’un président socialiste et héraut revendiqué du progressisme ? A la faveur de la crise des « gilets jaunes », M. Macron est même apparu honni par une partie de la France provinciale.

« L’art d’être français »

« Pompidou, c’est le président des Français, qui a su en être aimé, ce qu’Emmanuel Macron rêve d’être. Ce qu’il n’a pas réussi à être jusqu’à présent », juge le chiraquien Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel.

Ces hommages répétés à l’ex-chef de l’Etat trouvent leur source dans une forme de nostalgie, celle de la fin des « trente glorieuses ». « Pour des millions de Français, le nom du deuxième président de la Ve République est associé à une époque heureuse, écrit Emmanuel Macron, qui a signé la préface du livre La Présidence de Georges Pompidou (Nouveau Monde, mai 2019, 29,90 euros). Celle du plein-emploi, de la croissance, de l’augmentation continue du pouvoir d’achat. Celle d’une nation sûre d’elle-même, embrassant les défis de la modernité avec confiance. » Autant de qualités que le chef de l’Etat aimerait réinsuffler dans les voiles du pays.

Surtout, le jeune quadragénaire cherche à dessiner son autoportrait en regardant dans le miroir tendu par ce normalien agrégé de grammaire et amoureux des arts. « Le président pense que Georges Pompidou incarnait l’art d’être français. C’est un enraciné, un littéraire, un moderne, souligne-t-on à l’Elysée. Il y a une forme d’écho entre la conception que porte le président Macron et celle qu’a porté le président Pompidou. » Un homme qui mariait l’« ordre » et le « progrès », selon les mots d’Emmanuel Macron.

Histoire personnelle

pompidou

Georges Pompidou accompagnée de sa femme Claude, aux Jeux olympiques de Grenoble, le 13 février 1968. AFP

Dans la préface qu’il a consacré à son prédécesseur, le président de la République souligne le caractère avant-gardiste du couple formé par Georges Pompidou et sa femme, Claude. « Pompidou et Macron sont les deux présidents qui ont voulu moderniser l’aspect intérieur de l’Elysée », rappelle l’historien Eric Roussel. L’un et l’autre y ont introduit l’art contemporain. « Pompidou, c’est le grand président cultivé qui incarne la fonction avec dignité et une certaine qualité d’expression. Emmanuel Macron cherche à s’inscrire dans cette lignée-là », relève Emmanuelle Mignon, ancienne directrice du cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, invitée du colloque.

Sur un plan intime, un épisode de la présidence Pompidou résonne avec l’histoire personnelle d’Emmanuel Macron. Le 22 septembre 1969, le locataire de l’Elysée est interrogé sur le suicide de Gabrielle Russier, 32 ans, professeure dans un lycée marseillais. La jeune femme avait été incarcérée à plusieurs reprises pour détournement de mineur après avoir noué une idylle passionnée avec l’un de ses élèves de 17 ans. L’affaire fit grand bruit dans la France post-Mai 68, choquée par l’archaïsme de l’institution judiciaire.

Questionné par un journaliste, Georges Pompidou se garde de répondre sur le fond. L’auteur d’une Anthologie de la poésie française (Hachette, 1961) livre son sentiment en citant Paul Eluard : « Comprenne qui voudra. Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdue. Celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés. » En conclusion de la préface consacrée à son prédécesseur, Emmanuel Macron – qui a épousé sa professeure de lycée, Brigitte Trogneux – adresse un clin d’œil au grand homme en convoquant Eluard, « comme Georges Pompidou le fit en de célèbres circonstances » : « Son espoir est vivant. »

Olivier Faye

20 juin 2019

Extrait d'un shooting

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