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Jours tranquilles à Paris

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17 mars 2019

« Marche du siècle » : une vague verte et jaune déferle en France pour le climat et la justice sociale

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Par Rémi Barroux, Audrey Garric - Le Monde

Selon les organisateurs, plus de 100 000 manifestants ont défilé à Paris et 350 000 en France. La préfecture de police a chiffré l’affluence parisienne à 36 000 personnes.

Avec son gilet jaune sur le dos et une plante à fleurs en guise de chapeau, France Le Marc est à l’image des militants qui ont foulé les rues de l’Hexagone samedi 16 mars : une mobilisation « verte et jaune » en faveur de la justice climatique et sociale, mais également de la lutte contre le racisme et les violences policières. « Les “gilets jaunes” ne luttent pas seulement pour le pouvoir d’achat mais contre les injustices sociales et la prédation des multinationales qui épuisent les ressources de la planète », assure cette fonctionnaire.

Un « même combat » qui a rassemblé plus de 100 000 personnes à Paris, dans un cortège surnommé la « Marche du siècle », et plus de 350 000 dans 220 villes de l’Hexagone, selon les organisateurs. Les préfectures de police, elles, évoquent 36 000 manifestants dans la capitale, 8 000 à Montpellier, 2 500 à Marseille, 2 000 à Rennes ainsi qu’à Strasbourg. A Lyon, le cortège a réuni 18 000 personnes selon les autorités, 30 000 selon les organisateurs.

Quels que soient les chiffres, la mobilisation reste forte au lendemain de la grève scolaire pour le climat, qui a rassemblé 168 000 jeunes dans le pays, et plus d’un million dans le monde.

Dans la capitale, la manifestation s’est tenue dans une ambiance calme et joyeuse, au son du traditionnel slogan « Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité », rassemblant des militants écologistes, des familles et des jeunes, ensuite rejoints par des « gilets jaunes ». Une mobilisation pacifique, contrastant avec la dix-huitième journée de mobilisation de ces derniers, marquée par des violences et des incendies.

« Ce n’est pas de l’égoïsme mais de la survie »

« Aux Champs-Elysées, c’était la guerre ce matin, alors on est venus ici », témoigne Christophe Garrido, un « gilet jaune » toulousain de 44 ans, animateur d’école, dont le groupe d’amis est rassemblé place de l’Opéra, où ont convergé les quatre cortèges de la marche. « Tous les “gilets jaunes” sont écolos au fond d’eux, ils ne veulent pas d’un monde pourri pour leurs enfants », assure Kévin Durrieu, mécanicien dans l’aéronautique. « Mais beaucoup ne se rendent pas compte de la gravité du changement climatique car ils pensent d’abord à remplir leur frigo. Ce n’est pas de l’égoïsme mais de la survie », complète Davy Loron, sous-traitant dans le même domaine.

Tous l’assurent, les responsables tant de la crise climatique que sociale sont les mêmes : le capitalisme avec la « complicité » de l’Etat. « Si on ne nous vendait pas de la merde, on ne polluerait pas », tempête Zohra, auxiliaire de vie à Saint-Michel-sur-Orge (Essonne), un ballon jaune à la main. « On nous dit qu’il faut acheter des voitures électriques, mais quand tu habites en HLM, tu l’accroches où et tu la paies comment ? » Sa sœur Dalyla s’agace : « Vous avez vu le naufrage du paquebot au large de La Rochelle ? C’est eux qui polluent, ce n’est pas nous. »

« J’attends qu’Emmanuel Macron prenne conscience de l’urgence, qu’il impose des normes aux industriels, les véritables pollueurs », abonde Catherine, 50 ans, qui travaille dans la mode, « une position un peu schizophrène ». Cette fois, point de « gilet jaune » mais un blouson aux longs poils noirs. Elle fait sa première marche climat pour le fils, Noé, 10 ans, le dernier de ses quatre enfants. « J’ai peur pour eux ; je cherche le bon équilibre pour les sensibiliser à l’environnement tout en évitant des messages trop anxiogènes », confie-t-elle. Noé, lui, veut « avoir un meilleur climat », faute de quoi « plein d’espèces vont disparaître, de même que les Indiens d’Amazonie ».

Dans le cortège où se mêlent les générations et les classes sociales, d’autres revendications communes émergent, telles que la nécessité de privilégier les circuits courts et la consommation de produits locaux et de saison. « Quand notre viande de qualité fait quatre fois le tour du monde avant qu’on ne la consomme, ça coûte cher et ça pollue, s’agace Brice Grégory, « gilet jaune » âgé de 41 ans, qui travaille dans la restauration et dans l’industrie dans les Vosges. Pareil pour les légumes : les nôtres partent à l’étranger et nous, on mange ceux qui viennent d’Espagne, qui sont plus pollués. »

Taxer le kérosène

Restent quelques dissensions, notamment sur la fiscalité. « La taxe carbone était un enfumage, on nous disait que c’était pour le climat alors que pas du tout », dénonce Sébastien, opérateur commande numérique, « gilet jaune » à « Saint-Barth’ », en fait Saint-Barthélémy, à côté de Pontivy (Morbihan). Julie Pereira et Luca Ganassali ne font pas partie du mouvement : elle est étudiante à Sciences Po et HEC et lui à Polytechnique. Ils estiment au contraire qu’il faudra « taxer le carburant à terme », mais après avoir taxé le kérosène et en « attribuant toutes les recettes à la transition écologique ». Car « ceux qui ont le moins de ressources sont les plus taxés », reconnaissent-ils.

« On a besoin d’un changement radical de société. Huit Français sur dix demandent qu’on taxe beaucoup plus lourdement les entreprises les plus polluantes. On est de plus en plus nombreux à être prêts, le but est de le signifier dans la rue et amplifier la mobilisation », assure le réalisateur et écrivain Cyril Dion, lors d’une conférence de presse avant le départ de la marche.

Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, se félicite d’un moment exceptionnel de mobilisation. « Il doit y avoir un avant et un après. Il y a eu le recours juridique contre l’Etat, l’“affaire du siècle” [le recours en justice de quatre ONG contre l’Etat pour « inaction climatique »], la mobilisation des jeunes qu’on n’avait jamais connue sur les questions climatiques et cette “marche du siècle” », énonce-t-il. Lors des précédentes marches pour le climat, nées après la démission de l’ancien ministre de la transition écologique Nicolas Hulot, plus de 150 000 personnes étaient descendues dans les rues en France.

L’enjeu, pour les associations engagées dans la bataille climatique, est désormais de « durcir le mouvement face au gouvernement ». Elodie Nace, la porte-parole d’Alternatiba France, évoque la grande opération de désobéissance civile programme le 19 avril pour « bloquer la république des pollueurs », opération qui réunira ANV-COP21, les Amis de la Terre et Greenpeace. Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, rappelle aussi qu’il y aura le G7 à Biarritz en août, le G7 de l’environnent à Metz en mai. Avant les élections européennes, une nouvelle grande initiative, à l’image de la grève pour le climat, est programmée pour le 24 mai.

Arrivée place de la République, à la fin de la manifestation parisienne, l’actrice Marion Cotillard se réjouit avant un grand concert : « Le système montre ses failles, il faut le harceler. S’ils ne prennent pas le train en marche, les dirigeants resteront sur le bord de la route. »

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17 mars 2019

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17 mars 2019

« Il n’y a que quand ça casse qu’on est entendu » : récit d’une journée de violence parmi les « gilets jaunes » à Paris

Par Henri Seckel, Aline Leclerc, Raphaëlle Bacqué

L’acte XVIII des « gilets jaunes » a été marqué par des saccages, des heurts et 237 interpellations. Reportage au cœur de la manifestation sur les Champs-Elysées.

Dès le matin, tout le monde a été embarqué dans le même piège. « La France à Paris », ont promis depuis plusieurs jours les figures des « gilets jaunes » et à partir de 9 heures, ce 16 mars, des cortèges partis de plusieurs gares parisiennes ont convergé vers les Champs-Elysées. Il est vite apparu, cependant, que ce dix-huitième samedi de manifestations serait violent.

Les sites Internet les plus emblématiques des groupes d’autonomes et de la gauche radicale ont appelé, ces dernières semaines, à manifester leur colère « autrement que par les mots » et il n’est pas difficile de les reconnaître, ces manifestants masqués et gantés de noir, parfois revêtus de gilets jaunes, qui, dès le milieu de la matinée, ont remonté en courant l’avenue des Champs-Elysées, vers la place de l’Etoile et chargé directement les forces de l’ordre sur place.

Le piège, ce sont ces voitures en flamme et ces premières boutiques vandalisées qui aimantent les télévisions et les manifestants. Les pavés volent, les pilleurs pillent et la majorité des « gilets jaunes » regardent faire, sans s’opposer aux black blocs venus pour casser. « Je suis contre la violence, mais la violence d’Etat me donne la rage », raconte une manifestante. « Et puis, il n’y a que comme cela que les médias et Macron nous entendent », croit un autre.

Les plus pacifiques des « gilets jaunes » se sont rendus à la « Marche pour le climat », qui a rejoint la place de la République en fin d’après-midi. Les autres, décidés à faire nombre et à renouer avec l’esprit insurrectionnel des premières semaines de mobilisation, restent sur les Champs-Elysées, équipés pour faire face aux nombreuses bombes lacrymogènes qui n’ont pas manqué de tomber sur eux.

Un bilan en début de soirée faisait état de 237 interpellations, 42 blessés parmi les manifestants, dix-sept chez les forces de l’ordre et un chez les pompiers. Une nouvelle flambée de violences qui a contraint Emmanuel Macron à écourter son séjour dans la station de ski de La Mongie (Hautes-Pyrénées) pour rejoindre la cellule de crise mise en place par le ministère de l’intérieur samedi soir, aux alentours de 22 h 30.

C’est une curieuse atmosphère qui s’est installée d’emblée sur l’avenue parisienne si emblématique. En tête de cortège, les plus radicaux ont lancé les hostilités. Après les manifestations plus calmes de ces dernières semaines, beaucoup des magasins qui s’étaient barricadés chaque samedi après les émeutes du 1er décembre ont baissé la garde et renoncé à protéger leurs vitrines. Du coup, des manifestants commencent à brûler les kiosques à journaux et incendient une banque. Au milieu de l’avenue, le Fouquet’s est pris d’assaut, comme un symbole de la bourgeoisie. Les tables dressées, avec leurs nappes blanches et leurs assiettes de porcelaine, sont noyées sous la fumée.

A l’arrière, les autres manifestants se chauffent au soleil, prennent des selfies devant les vitres brisées, se servent éventuellement dans les boutiques éventrées. Les premières semaines du mouvement, il y avait toujours des manifestants pour protester contre les pilleurs. Cette fois, rien. « Ça fait dix-huit semaines qu’ils ne nous écoutent pas !, explique John, un animateur de 28 ans qui a fait la route depuis Nancy. Les black blocs avant ils faisaient peur à tout le monde, maintenant on trouve que c’est un plus. C’est eux qui font avancer les choses, nous, on est trop pacifistes. »

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« Le Fouquet’s, ce symbole de l’oligarchie »

Ils sont nombreux à dire la même chose. « On a pris conscience qu’il n’y a que quand ça casse qu’on est entendu… Et encore même quand on casse tout on ne nous entend pas », assure Johnny, 37 ans, directeur de centre de loisirs dans les Ardennes : « Il faut que Macron se rende compte que maintenant, il est cuit ». Isabelle 60 ans, venue de l’Essonne, se tient un peu en retrait, mais elle avoue : « Si j’étais plus jeune, j’irais à l’affrontement. C’est la violence d’Etat la première violence, celle qui donne la rage. »

Les vitrines de nombreux magasins ont volé en éclat : Boss, Etam, Al-Jazeera Parfums, Nike, Swarovski, Bulgari, Longchamp, SFR, la boutique du PSG, mais personne ne bronche. « Jusqu’ici dans les manifestations, je m’interposais pour éviter la casse. Mais là maintenant je me dis “tant pis”, confie Jennifer, 39 ans, cariste venue de Rouen et mère de deux enfants. Quand j’ai vu casser le Fouquet’s, ce symbole de l’oligarchie, je ne dis pas que j’étais satisfaite mais je ne suis plus contre. »

Ana, 33 ans, une factrice venue de Toulouse est plus directe encore : « C’est génial que ça casse, parce que la bourgeoisie est tellement à l’abri dans sa bulle, qu’il faut qu’elle ait peur physiquement, pour sa sécurité, pour qu’ils lâchent. Après j’aurais été contente qu’on n’ait pas besoin de ça pour obtenir le RIC [Référendum d’initiative citoyenne] et le reste mais ça ne marche pas ».

A l’avant, le chaos. « 1 500 casseurs », a dénoncé le ministre de l’intérieur Christophe Castaner en milieu de journée. Les gardes mobiles chargent, les manifestants attaquent les cars de police, les pompiers galopent éteindre les feux : « boum ! » font les grenades assourdissantes, pendant que la fumée âcre des gaz lacrymogènes pique les yeux.

A l’arrière, au milieu des bris de verre et à trois pas des barricades en feu, des « gilets jaunes » qui pique-niquent et chantent « Macron, on vient te chercher chez toi ». On se prend en selfie devant le Fouquet’s, vandalisé une première fois et rebrûlé dans l’après-midi pour faire bonne mesure. « Cette fois on ne pourra pas dire que le mouvement s’essouffle », se félicite Martine, 60 ans, cadre de santé à l’hôpital venue de Toulon. « A un moment donné il faut s’exprimer un peu plus fort, ça fait quatre mois qu’on a commencé et on est au même point », ajoute Robert, son mari.

« Disparition des services publics »

Sur la place de l’Etoile, l’arc de triomphe disparaît sous la fumée des lacrymogènes, mais cette fois, les gardes mobiles repoussent tous les assauts. Sont-ils vraiment si nombreux, ces manifestants sans banderoles ni slogans ? Quelques milliers, sans doute, mais la foule est clairsemée et la police s’est arrangée pour bloquer les manifestants sur moins d’un kilomètre, à peine la moitié des Champs-Elysées.

« Quand les Champs sont pleins pour voir l’équipe de France après la Coupe du Monde, on dit qu’il y a un million de personnes. Aujourd’hui, les Champs sont à moitié pleins, et on nous dit qu’il y en a 8 000. Je ne comprends pas », remarquent trois « gilets jaunes » venus de Saint-Gaultier, dans l’Indre, à 30 kilomètres de Châteauroux. C’est pourtant vrai, la manifestation est bien moins importante que celle qui se déroule de l’autre côté de Paris pour le climat.

Ceux qui sont là, cependant, sont des « habitués » si l’on peut dire. « Ça fait quatre mois qu’on manifeste », assurent les « gilets jaunes » de l’Indre. Jusque-là, ils s’étaient mobilisés à Châteauroux, Chatellerault, Bourges ou Issoudun. « Notre territoire est très touché par la désertification et la disparition des services publics. La maternité du Blanc a fermé, le train de Paris ne s’arrête plus à Argenton-sur-Creuse, explique la femme du groupe. Pour voir un ophtalmo à Châteauroux, il faut attendre un an, du coup on va à Limoges. » Cette fois, ils sont venus à Paris : « Il fallait marquer le coup et cette fois, il est bien marqué. »

Une banque est incendiée et le feu gagne les appartements juste au-dessus, obligeant les pompiers à évacuer en urgence une femme et son bébé. Après la boutique de prêt-à-porter pour hommes Célio, celle de cosmétiques Yves Rocher, la chaîne de macarons Ladurée, la boutique de prêt-à-porter féminin Tara Jarmon et l’espace de vente d’électronique Samsung, c’est au tour du magasin de vêtement Zara, du magasin de chaussures Weston d’être pillés. Pour les manifestants, c’est comme si ces destructions étaient devenues un mal nécessaire. De fait, les chaînes d’information continue diffusent toute la journée les images d’incendies et de casse.

« La pauvreté intellectuelle de ceux qui font ça », soufflent les commerçants voisins d’une banque calcinée, consternés. En fin d’après-midi, la police parvient enfin à évacuer les Champs-Elysées. Place de l’Etoile, de nombreux pavés ont été descellés, et il y a comme d’énormes nids-de-poule, autour de l’arc de triomphe. « Ils ont pris cher quand même », constatent les derniers manifestants, en s’offrant une photo souvenir devant un car de police, le pare-brise souillé et le gyrophare dessoudé. Aucun de ceux croisés lors de cette drôle de journée n’a l’intention de s’arrêter.

17 mars 2019

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17 mars 2019

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17 mars 2019

Sexualité : les enjeux de la première fois

Par Maïa Mazaurette - Le Monde

Cette étape est tout sauf un simple brouillon. Or sous prétexte de protéger les ados, nous leur savonnons la pente, explique la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette.

LE SEXE SELON MAÏA

Depuis deux ans, les chiffres sur la consommation de pornographie des jeunes ont suscité toutes sortes d’angoisses – justifiées. On s’inquiète de l’influence du X lors des premiers émois, des attentes irréalistes, des déconvenues qui adviendront : la pornographie prépare mal à la « vraie » sexualité. Mais au-delà du porno, est-il possible d’être prêt lors de sa première expérience sexuelle ?

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Selon les sociologues Didier Le Gall et Charlotte Le Van, cette étape reste émotionnellement très investie, pour les filles comme pour les garçons. Elle marque l’entrée dans l’âge adulte. Le scénario idéal implique de « faire coïncider expérience amoureuse et expérience sexuelle… ce premier rapport n’est pas appréhendé comme un “aboutissement”, mais comme un “moment” particulier d’une histoire à deux. Aussi ne fait-il sens que s’il donne un devenir à la relation ». Dans l’ordre attendu des choses, les filles sont censées « être prêtes », tandis que les garçons doivent « assurer ».

Cela signifie en creux que les garçons disposent rarement de l’opportunité de se demander s’ils sont prêts. On estime qu’ils voudront se débarrasser de leur pucelage au plus vite, comme d’un fardeau embarrassant. La question devient logistique : non pas « est-ce que je veux », mais « est-ce que je peux ». Quant aux filles, elles font face à une équation étrange : faut-il attendre d’être prête, ou faire en sorte de l’être ? Et comment se préparer à un acte qui reste tabou ?

Leurs incompétences sont les nôtres

Même flou du côté de l’injonction à « assurer » : de quoi parle-t-on ? Assurer, c’est surtout se rassurer, c’est-à-dire ne pas perdre son érection au moment-clef. La performance attendue des garçons, et portée par la pression des pairs, est présentée comme une simple prouesse technique (soit la voie royale vers la débandade, quand on sait à quel point les érections sont émotionnelles). En plus, grâce à ce merveilleux sens des priorités, on peut « assurer » en faisant mal. Sur ce point, on aurait tort de blâmer les adolescents. Nous persistons en effet à leur enseigner que le premier rapport sera forcément douloureux : leurs incompétences sont les nôtres (sauf problème médical, si ça fait vraiment mal, c’est qu’on s’y prend mal).

Parlons donc de compétence. Outre-Manche, une équipe de chercheuses a opté pour une approche pragmatique de la question (London School of Hygiene and Tropical Medicine, 2019). Elles ont évalué la compétence sexuelle des adolescents lors de leur entrée dans la phase relationnelle de leur sexualité. Cette compétence combine quatre facteurs : compréhension du consentement, capacité décisionnelle (était-on ivre ?, sous pression des copains ?, fou amoureux ?), contraception, ressenti (se sent-on prêt/e ?).

Etonnant ? De fait, ce barème démontre un niveau d’exigence élevé : passer le test requiert des connaissances à la fois physiologiques (pas question de compter sur un quelconque instinct naturel) et éthiques (pas question d’improviser, pas question de se raccrocher à l’idée que « ça passe ou ça casse »).

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Revenons donc à nos doctoresses anglaises, qui ont appliqué leur barème à 3 000 jeunes hétérosexuels de 17 à 24 ans. Le résultat est sans appel : 44 % des garçons et 52 % des filles n’étaient pas compétents lors de leur premier rapport. Sans surprise, les filles de moins de 14 ans (au moment de leur première fois donc) constituent la catégorie la plus vulnérable : 30 % avaient moins envie que le garçon, 70 % estiment que ce n’était pas le bon moment, 30 % n’étaient pas en état de prendre cette décision (les filles de 15 ans font à peine de meilleurs scores). Quant aux garçons de moins de 14 ans, ils sont ceux qui se protègent le moins.

Il ne s’agit pas uniquement d’un jugement « autorisé » par des adultes ou des experts. 40 % des jeunes femmes, et un quart des jeunes hommes, auraient préféré attendre ! Sur le total de la cohorte, la seule bonne nouvelle est que neuf jeunes sur dix se protègent.

Un arrière-goût d’impuissance

Ces chiffres très médiocres nous laissent un arrière-goût d’impuissance : comment demander à des adolescents d’attendre, dans leur propre intérêt, sans passer pour les censeurs de service ? Comment appeler à la patience quand l’âge du consentement et celui du premier rapport établissent une norme qu’il convient au pire de respecter, au mieux de devancer ?

Car les adolescents sont piégés dans un double discours : en couchant trop tôt, ils prennent le risque de gâcher par leur immaturité la supposée magie du moment… mais en couchant trop tard, ils ont peur d’être moqués ou de rater le coche. Sur ce point spécifique, on peut les rassurer : parmi les jeunes encore vierges à 18 ans, les sept huitièmes environ ne le seront plus à 28 ans (Archives of Sexual behavior, 2014). Les virginités au long cours peuvent être subies (peur de décevoir, doutes sur son inaptitude ou sur ses exigences) ou choisies, pour des motifs religieux notamment. Et si l’on peut se permettre de dédramatiser : au Japon, 43 % des jeunes de 18-35 ans sont vierges.

Mais revenons à nos moutons made in France : comment faire « monter en compétence » nos adolescents ? Répondons avec la question qui fâche… en a-t-on envie ? Hors cadre familial, hors tabous, sur la planète Mars, évidemment ! Bien sûr ! Quel monstre venu tout droit de l’époque victorienne ne souhaiterait pas engager les jeunes générations sur un sentier de pétales de roses érotiques, direction le septième ciel ?

Sauf que dans le monde réel, bof. Nous considérons que cette étape n’est pas notre problème. Nous nous contentons parfaitement d’un premier rapport brouillon – tant que le sexe ne tourne pas au désastre absolu, nous considérons que nous avons fait notre boulot. Je me permets d’aller plus loin : nous ne voulons pas aider, nous ne voulons pas simplifier ce passage dans le monde de la sexualité. Car dans le domaine sexuel, le paternalisme n’est pas franchement bienveillant. Nous adorons nous moquer des adolescents, de leur prétendue obsession, de leurs idées reçues, de leurs maladresses. On trouve leurs expérimentations touchantes, leurs fiascos hilarants : une nostalgie moelleuse teintée de revanche grise. De fait, leurs complications présentes nous permettent de faire la paix avec notre passé – ou avec nos insatisfactions du moment. Si la sexualité est bancale quand on est dans la fleur de l’âge, c’est que la sexualité est toujours bancale… non ? (Non.)

Ajustons nos pudeurs

Cette réticence à aider possède des racines profondes. Premièrement, nous sommes allergiques à l’idée d’une compétence sexuelle : pour s’en convaincre, il suffit d’observer nos incessantes tergiversations lorsqu’il s’agit de définir le « bon coup » (sujet auquel nous avions consacré une chronique). On ne veut pas qu’il y ait de barème, parce que nous risquerions d’échouer. (Voyons plutôt le verre à moitié plein : s’il y avait un barème, nous pourrions le passer, et nous transmettre les informations pour le passer.)

Deuxièmement, les adolescents ne sont pas prêts parce que nous, adultes, ne sommes pas prêts non plus. Comment pourraient-ils se découvrir par étapes, sortir d’une vision dogmatique de la virginité (voir notre chronique), sans disposer ni d’espace physique, ni de temps ? Une exploration responsable demande une certaine logistique : des opportunités qui ne soient pas exceptionnelles (en autorisant une relation suivie, en n’espionnant pas, en n’ouvrant pas les portes fermées), un minimum de confort, des parents qui évitent d’interrompre les ébats ou qui se passent de plaisanteries graveleuses. Sous couvert de protéger nos ados, nous leur savonnons la pente.

Et pourtant. Les enjeux valent bien quelques ajustements de nos pudeurs intergénérationnelles… car cette étape est tout, sauf un simple brouillon. Une étude américaine de 2013 montre ainsi qu’une première expérience heureuse est corrélée à une meilleure satisfaction et une meilleure estime de soi, même plusieurs années plus tard. Et ça se comprend. Que l’on parle d’amour, de respect ou de confiance, un « bon » premier rapport place les standards relationnels à leur juste place : élevée, très élevée.

17 mars 2019

Vu sur internet

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17 mars 2019

Un #CRS a été filmé par @RemyBuisine (#Brut), en train de remplir son sac de t-shirt du #PSG - WTF ????

https://twitter.com/RemyBuisine

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