Crazy Horse
En Algérie, un mouvement rétif à toute forme de « structuration »
Par Zahra Chenaoui, Alger, correspondance, Frédéric Bobin, Tunis, correspondant
Trois semaines après sa naissance, la mobilisation des Algériens est dirigée autant contre le régime que contre les organisations politiques et syndicales traditionnelles.
Ils sont réunis autour d’une petite table ronde en métal, en terrasse d’un café d’Alger, jeudi 7 mars. Dans un sac plastique, plusieurs mètres de tissu vert. « On y va, on va faire les brassards », lance une jeune femme.
L’idée de ce groupe des « brassards verts » est née la semaine précédente, après la manifestation du 1er mars. Près de l’hôtel Saint-Georges, des manifestants font face aux forces de l’ordre et s’en suit un immense mouvement de foule. « On a eu l’impression qu’on allait étouffer. On a cru que des gens étaient morts », explique Adila, 34 ans.
Ce jour-là, un homme est décédé dans la manifestation après un arrêt cardiaque. Autour de la table de métal, Adila, certains de ses amis, mais aussi d’autres jeunes qui ont eu vent de l’initiative via les réseaux sociaux, débattent du texte qu’ils vont publier sur Internet « pour que tout le monde puisse participer et partager les bons réflexes » : ramasser les déchets, avoir des compresses et du désinfectant pour aider d’éventuels blessés et du vinaigre en cas d’utilisation de gaz lacrymogène, et éviter les bousculades.
Une dimension horizontale
Le lendemain, vendredi 8 mars, la foule est encore plus massive que la semaine précédente. Dans le quartier du Sacré-Cœur, le parc de la Liberté (ex-parc de Galland) est une zone sensible. Ici, chaque vendredi, les forces de l’ordre empêchent les manifestants de monter vers le quartier d’El Mouradia où se trouve la présidence.
Ce jour-là, après des affrontements dans la soirée, le Musée national des antiquités et des arts islamiques a été dégradé, une école a également été touchée. Sur les marches du parc, des habitants se sont rassemblés. « On ne veut pas que notre quartier soit cassé. Si vous voulez aller casser, allez casser chez vous », lance un homme, la quarantaine.
Un comité de quartier a été recréé à cette occasion : « Il fallait qu’on fasse quelque chose », explique un jeune homme en survêtement noir. Décision a été prise de nettoyer les rues la veille de la manifestation du 15 mars, « pour pas que des gens puissent utiliser des pierres qui traînent ou des poubelles pour les lancer sur quelqu’un ». Les habitants veulent aussi « s’organiser en groupe ». « Si on voit des groupes de jeunes étrangers au quartier le soir, on doit les faire partir », lâche un résident. Un voisin est dubitatif : « Je me demande si ça ne va pas créer plus de violence. »
Trois semaines après le début de la mobilisation des Algériens contre le cinquième mandat du président Bouteflika, puis contre le « système » qu’il incarne, la question de la structuration du mouvement est épineuse. Née des réseaux sociaux, l’effervescence a d’emblée pris une dimension horizontale, en rupture avec les modèles classiques d’organisation militante. Une multitude d’initiatives éclosent, mais à une échelle locale ou sur un créneau technique, relevant surtout d’une offre de services ou d’entraide.
Réticents à la médiatisation
A titre d’exemple : un site Internet qui recense les propositions de changement, un professeur de droit qui propose des cours gratuits sur la Constitution, une enseignante qui vulgarise le rôle des institutions et le lien qu’elles doivent avoir avec les citoyens, un maire qui organise des transports collectifs pour que ses administrés puissent aller manifester dans le chef-lieu de la préfecture, des étudiants en informatique qui se constituent en organisation – estimant que les syndicats étudiants ne les représentent pas correctement – ou encore un jeune chef d’entreprise qui orchestre un débat en plein centre-ville.
Tous sont réticents à la médiatisation, de peur qu’ils ne soient instrumentalisés par les autorités ou par des partis d’opposition, voire des organisations de la société civile dans lesquels ils ne se reconnaissent pas. Ils demandent aussi à ce que leurs noms ne soient pas mis en avant, par crainte d’être la cible de mesures de rétorsion.
Dans la ville d’Oran, une discussion a été organisée en plein air, dans un parc, à quelques jours de la manifestation du 8 mars. A l’origine de l’événement, plusieurs jeunes trentenaires, membres de la société civile de la ville. « Nous voulions organiser nos revendications pour avoir plus d’impact et surtout sortir de ces groupes Facebook dans lesquels nous discutions depuis le début du mouvement », explique Safia (le prénom a été modifié), l’une des participantes.
S’inspirant des règles qu’ils utilisent dans leurs propres associations, les organisateurs écrivent une charte, où il est précisé que la parole doit être respectueuse ou qu’il ne doit pas y avoir d’insulte, et mettent en place des boîtes à idées, pour que chacun puisse, au-delà de son temps de parole, partager une initiative. Le débat réunit plusieurs dizaines de personnes, principalement des étudiants, sous l’œil de la police qui laisse faire. La parole des participants, assis en cercle, se dénoue.
Territoire citoyen totalement inédit
« On a commencé par demander comment les gens se sentaient, les gens ont échangé sur les différentes manières de se mobiliser », explique une participante. Les propositions glissées dans les boîtes à idées sont ensuite publiées sur les réseaux sociaux par les organisateurs. « On nous a demandé de recommencer, explique Safia. Alors on a décidé, qu’à la place, on allait organiser des formations d’animation de débat, pour que des événements comme ça puissent être reproduits par tous. »
Toutes ces initiatives relèvent d’une forme d’auto-organisation à la base, territoire citoyen totalement inédit, s’ajoutant à la mise en mouvement de structures plus classiques, telles que les organisations professionnelles déjà plus ou moins constituées (avocats, juges, enseignants, journalistes, artistes, etc.).
Pour l’heure, le mouvement se montre rétif à toute idée de verticalité. « Il y a une prolifération d’initiatives éparpillées, mais qui ne se fédèrent pas encore, explique Athman Bessalem, un avocat activiste de Tizou-Ouzou. Ou alors, on n’en est qu’au stade des prémices. »
A mesure que le mouvement prendra corps, se posera la question de sa représentation, surtout si un dialogue doit s’instaurer sur une sortie de crise.
Parmi les têtes d’affiche les plus citées comme éventuels porte-parole, figure l’avocat Mustapha Bouchachi, ancien président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) et ex-député affilié aux Front des forces socialistes (FFS). Interrogé par Le Monde, M. Bouchachi estime qu’« il est prématuré que le mouvement se structure ». « Il n’est pas dans l’intérêt de ce mouvement d’être encadré, précise-t-il. Il faut le laisser suivre son cours ». Et dans l’avenir ? « Quand nous serons saisis de propositions sérieuses, et sans ce pouvoir, alors les gens se structureront naturellement. »
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L'acoustique de l'eau versus l'acoustique d'une bière....
— Gildas Ribot 🐉❤⚓🌊 (@Giribot) March 14, 2019
(Mettez le son, c'est impressionnant)... pic.twitter.com/GUPYQfNkmI
Debré. « Les Français ont le sentiment que Chirac est un homme comme eux »
Jean-Louis Debré dit souvent avoir eu « deux vies, une avant Chirac et une après Chirac ». L’ancien président du Conseil constitutionnel ouvre sa boîte à souvenirs dans un film, diffusé lundi soir sur LCP. Il y raconte 50 ans d’amitié et de fidélité.
Dans le film « Mon Chirac», vous livrez une vision très personnelle de l’ancien président de la République. Comment l’idée a-t-elle germé ?
Tous les films sur Chirac racontent l’homme politique. Je voulais aborder une autre facette, évoquer sa culture, ses passions… Dans la vie, on croise beaucoup de copies et très peu de personnalités originales. J’ai croisé, il y a 50 ans, quelqu’un sortant de l’ordinaire !
Tout au long du film, vous le vouvoyez, il vous tutoie…
Je le vouvoie et je l’appelle Monsieur car j’ai toujours été exaspéré par tous ces politiques qui se tutoient tout de suite, comme s’ils se connaissaient depuis longtemps. C’est une façon pour moi de montrer mon respect pour ce qu’il est, pour ce qu’il a été.
Considérez-vous Jacques Chirac comme un père ou comme un ami ?
Nos rapports sont des rapports d’affection et de fidélité.
L’amitié et la fidélité en politique, c’est donc possible ?
C’est quelque chose de très rare. Mais, pour moi, c’est essentiel. On ne fait rien sans amitié et affection. Chirac a toujours été très attentif à celles et ceux qui l’ont accompagné, qui ne l’ont pas trahi, qui n’ont pas changé d’itinéraire parce que les sondages étaient bons ou moins bons.
La seule fois où je ne l’ai pas vu prendre de bière, c’est quand il prenait du cidre...
Les deux intervenants bretons du film, François Pinault et Yves Coppens, racontent le Chirac homme de culture. Une facette importante du personnage ?
Chirac est un homme curieux de tout, qui a une très grande culture. Il y a chez lui une recherche très profonde sur l’origine de l’Homme. Avec l’idée que pour comprendre ce qu’il est aujourd’hui, il faut comprendre d’où il vient et comment il s’est construit à travers les siècles.
Dans ce film, vous racontez aussi le Chirac qui dévore la vie, capable de manger une entrecôte de 800 grammes lors d’une visite matinale à Rungis…
Chirac est un épicurien. Il aime les mets qui sentent le terroir et sont l’expression d’une culture.
Et son amour de la bière n’est pas une légende ?
La seule fois où je l’ai vu ne pas prendre de bière, c’est quand il prenait du cidre…
Jacques Chirac aime le combat, la conquête, mais il n’est pas un jouisseur du pouvoir
Quel est le moteur du Chirac homme politique ?
Contrairement à certains présidents, comme Mitterrand, et peut-être Giscard, Chirac n’aime pas le pouvoir pour le pouvoir. Si on écarte l’écume, on se rend compte qu’il aime le combat, la conquête, mais qu’il n’est pas un jouisseur du pouvoir.
Vous dites dans le film qu’il n’est pas obsédé par l’image qu’il va laisser…
Chirac ne se raconte pas une histoire, il ne pose pas pour l’avenir. Il cherche à rester ce qu’il est. Le pouvoir transforme. Il crée une distance entre son titulaire et les autres. Chirac a toujours fait en sorte que cette distance soit la moins forte possible. C’est un homme vrai, qui a pour ses concitoyens, quels qu’ils soient, une affection très profonde.
Jacques Chirac aime rire, aime l’authenticité plus que l’apparence
C’est ce qui explique, selon vous, le lien particulier entre Chirac et les Français ?
Le lien particulier, c’est que les Français ont le sentiment que Chirac est un homme comme eux, qui aime rire, qui aime l’authenticité plus que l’apparence.
Si Jacques Chirac avait 20 ans aujourd’hui, serait-il tenté par la politique ?
C’est très difficile de répondre. Ce sont des époques différentes. La politique est devenue un métier du spectacle. Or, Chirac ne sème pas l’illusion ! Mais c’est un conquérant. Il se serait adapté aux usages, aux règles de la politique d’aujourd’hui.
Vous êtes l’un de ceux qui lui rendent visite régulièrement. À quel rythme ?
Le plus souvent possible ! Pendant longtemps, cela a été quotidien. Maintenant, c’est plusieurs fois par mois.
Quelles nouvelles pouvez-vous nous donner de lui ?
Il est très serein. Et toujours attentif aux autres.
Au Théâtre ce soir..... "Le Lien"
Le Lien
De
François Bégaudeau
Mise en scène
Panchika Velez
Avec
Marie-Christine Danède, Catherine Hiegel, Pierre Palmade
L’attachement maternel et filial
Une mère et son fils se parlent. La mère pense qu’ils se parlent, le fils ne le pense pas. Parler, pour elle, est aussi simple que ça, mais pour lui non. Le fils est compliqué, le fils coupe les cheveux en quatre. Le fils est un intellectuel, le simple ne lui va pas. Il se lève pour partir, et ne part pas. Que ça lui plaise ou non, il est bien né d’une mère… Mais alors comment défaire ce lien indéfectible ?
50 représentations exceptionnelles.
Note d'intention
« Le Lien est une pièce en temps réel. C’est-à-dire que le temps de l’action et le temps de la représentation coïncident. Cette pièce ne raconte rien d’autre qu’un moment. Un bout d’existence dont le spectateur aura tous les éléments : les quatre-vingt minutes d’un dialogue entre Christiane et son fils Stéphane - finalement arbitré par Françoise, voisine et amie de Christiane.
Évidemment, entre mère et fils, le passif sentimental, positif ou négatif, est énorme. Ces deux-là se connaissent depuis au moins la naissance de l’un. Et pourtant ce qui compte, ici, c’est ce moment-là, pas un autre. C’est le dialogue de ce samedi où Stéphane est passé voir sa mère en province. La question de la pièce, que le théâtre est l’art le plus habilité à traiter, est celle de ce jour : comment se parler, ici et maintenant ? Puisque la vie trouve régulièrement un fils et sa mère à table, que peuvent-ils bien se dire ?
Ma première pièce, Le problème, qui se déroulait en temps réel aussi, se tenait dans un espace familial. Sans doute le théâtre a-t-il souvent traité la famille parce que leurs espaces sont analogues. La famille c’est une unité de lieu - une maison, un appartement -, et des unités d’action qui jalonnent la vie domestique. Des repas, surtout.
Stéphane déjeune chez sa mère. L’acte qui lance l’échange, ou les hostilités, est à la fois anodin et symbolique : il se lève de table. Et ne veut plus se rasseoir. Il ne touchera pas au fromage acheté pour lui. Il ne peut plus tenir cette conversation. Cette absence de conversation. Il va partir, dit-il, partir et ne plus jamais revenir. Une heure vingt plus tard, il est encore là.
Qu’est-ce qui le retient ? Quel argument irrésistible, et non formulé, s’oppose aux arguments parfaitement pertinents formulés par Stéphane pour étayer son désir de rompre le lien ? Christiane le sait : c’est ce lien même. Christiane n’a qu’une chose à dire à son volubile rejeton, une chose intellectuellement faible et organiquement forte : elle est sa mère, il est son fils. Ce lien les unit, les attache, les ligote, les emprisonne, les protège, les rassure, les irrite, et fait d’eux des comparses à vie. »
François Bégeaudeau
« Sur un ton direct et incisif, François Bégaudeau explore dans Le Lien l’essence de l’attachement maternel et filial. Son obsession du vrai, sa précision rythmique, sa soif de comprendre, génèrent émotion autant qu’amusement. Avec une autodérision, un sens de l’humour exempt de méchanceté, l’auteur élargit son propos vers ce qui fonde les rapports familiaux. Il laisse chacun se projeter dans cette relation universelle, dans cette situation en apparence banale et pourtant explosive où l’organique est aussi puissant que la pensée.
Stéphane, écrivain, déjeune chez Christiane, sa mère, retraitée de la Poste. Leur affrontement est inéluctable. Le sujet qui déclenche le conflit est aussi futile que son enjeu est fort. Le fils se débat entre son envie de partir et celle d’en découdre, pousse la mère dans ses retranchements. La mère bataille avec ses armes affectives pour maintenir la relation. A la lisière de la rupture, intervient un troisième personnage, Françoise, témoin actif et bienveillant. Pour matérialiser cette confrontation au plus juste, pour exprimer sa vitalité réjouissante, Christiane la mère possède rugosité et sensibilité mêlées. Stéphane, son fils réunit intelligence solide et fragilité aiguë. Françoise, l’amie de la mère est une boule d’humanité généreuse, un levier. Comme terrain de jeu, l’appartement de Christiane tend presque à disparaître à certains moments pour céder la place à l’essentiel : les mots et les corps.
Le Lien évoque le cordon ombilical, les ancrages familiaux indéfectibles. L’une des qualités de l’auteur, pour moi fondamentale, est de poser cette question de l’attachement avec la force du simple. L’humour, code de langage coutumier des personnages, contrebalance leur incapacité à communiquer. Il les conduit aussi par instants à oublier le conflit, à laisser vivre la douceur, la tendresse, l’amour. »
Panchika Velez
La peur de l’Islam et la certitude d’une invasion musulmane du tueur de #Christchurch seraient nées lors de son voyage en France
La peur de l’Islam et la certitude d’une invasion musulmane du tueur de #Christchurch seraient nées lors de son voyage en France. On se demande bien pourquoi ?!? #Oupas pic.twitter.com/bnVDmvznww
— Michel Mompontet (@mompontet) March 15, 2019
Greta Thunberg
La jeune suédoise Greta Thunberg, instigatrice de la "grève de l'école pour le climat", a été proposée pour le prix Nobel de la paix 2019, a-t-on appris auprès d'un des trois élus à l'origine de la nomination https://t.co/1LylmLRrVm #AFP pic.twitter.com/gD06Uq3cez
— Agence France-Presse (@afpfr) March 15, 2019

























