La proposition de rencontre de Kim Jong-un, un indéniable succès pour Donald Trump
Par Gilles Paris, Washington, correspondant - Le Monde
Le dirigeant nord-coréen a indiqué que l’objet principal de l’entrevue à venir sera la perspective de dénucléarisation de la péninsule, l’objectif des Etats-Unis. Et il n’a posé aucune condition.
Donald Trump était à ce point impatient, jeudi 8 mars, qu’il est venu lui-même très brièvement dans la salle de presse de la Maison Blanche, en milieu d’après-midi, pour informer les journalistes présents que la Corée du Sud était sur le point de faire une déclaration importante.
A 19 heures, le conseiller à la sécurité nationale sud-coréenne, Chung Eui-yong, venu à Washington pour informer les Etats-Unis du contenu des discussions qu’il avait eues avec le régime nord-coréen, quelques jours plus tôt, a alors indiqué qu’il venait de transmettre au président une invitation orale du responsable de la Corée du Nord, Kim Jong-un, à le rencontrer. Et que ce dernier avait accepté.
Des mois de tensions ponctués d’essais nucléaires et balistiques, de joutes verbales entre Washington et le régime de Pyongyang, et de volées de sanctions sans précédents, venaient de déboucher sur une ouverture inimaginable il y a encore quelques semaines. Aucun président des Etats-Unis en exercice n’a jamais rencontré un membre de la dynastie au pouvoir en Corée du Nord. Le dernier contact de haut niveau remonte à la visite de la secrétaire d’Etat Madeleine Albright, en 2000.
Le rapprochement au cours des dernières semaines entre les deux frères ennemis de la péninsule coréenne, mis en scène notamment à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang, en février, avait cependant mis en évidence la volonté de Pyongyang de se tourner à nouveau vers la diplomatie.
Perspective de dénucléarisation de la péninsule
Le message transmis à Donald Trump n’a pu que le satisfaire, tant il répond en apparence aux préoccupations américaines. Kim Jong-un s’est en effet engagé, selon l’émissaire sud-coréen, à stopper ses tests nucléaires et ses tirs de missiles d’ici cette rencontre. Un haut responsable de la Maison Blanche a précisé que le responsable nord-coréen a également accepté que Washington et Séoul conduisent dans l’intervalle leurs manœuvres militaires prévues et régulièrement dénoncées par Pyongyang.
Surtout, Kim Jong-un a indiqué selon l’émissaire sud-coréen que l’objet principal de l’entrevue à venir sera la perspective de dénucléarisation de la péninsule et non un simple gel des programmes militaires nord-coréens. C’est précisément l’objectif que se sont fixé les Etats-Unis et leurs alliés dans la région.
Donald Trump avait jugé « sincères » les dirigeants nord-coréens en début de semaine, après l’annonce d’un sommet en avril entre Kim Jong-un et le président de Corée du Sud, Moon Jae-in, suite à la mission de Chung Eui-yong. « Nous verrons ce qui va se passer », avait-il ajouté, évasif. Il a salué sur son compte Twitter, en début de soirée, les « grands progrès » qui « ont été réalisés », ajoutant que les Etats-Unis ne baisseraient pas pour autant la garde. « Les sanctions demeurent jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé », a-t-il précisé.
Le haut responsable de l’administration a mis cette percée sur le compte de la fermeté adoptée par Donald Trump depuis son arrivée à la Maison Blanche. Il l’a opposée aux « erreurs qui ont été commises au cours des vingt-sept dernières années de dialogue et d’approches ratées » par les administrations américaines précédentes, toutes couleurs politiques confondues.
Souplesse diplomatique
En l’état, la proposition faite par Kim Jong-un, assortie d’aucune condition, constitue un succès pour le président des Etats-Unis qui voit sa stratégie totalement validée. Cette dernière a reposé en grande partie sur un effort multilatéral qui tranche avec le cavalier seul adopté par Donald Trump, avec moins de résultats, dans de nombreux autres dossiers, qu’il s’agisse du nucléaire iranien, du conflit israélo-palestinien, de la lutte contre le réchauffement climatique, ou encore du commerce international.
En acceptant de rencontrer Kim Jong-un, ce qu’il avait déjà envisagé par le passé en dépit des qualificatifs désobligeants dont il l’avait affublé dans des messages publiés sur son compte Twitter, M. Trump témoigne d’une souplesse diplomatique à toute épreuve.
Devant l’Assemblée générale des Nations unies (ONU), en septembre 2017, comme dans son discours sur l’état de l’Union, en février, le président des Etats-Unis avait assuré qu’« aucun régime n’a opprimé ses propres citoyens plus complètement ou plus brutalement que la dictature cruelle en Corée du Nord », promettant même sa « destruction totale » si elle s’aventurait à menacer un jour les Etats-Unis ou leurs alliés régionaux.
Le pari accepté par le président des Etats-Unis, qui jugeait en août 2017 que son secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, perdait son temps à essayer de négocier avec Pyongyang, répond à son goût pour les initiatives hardies. Selon le New York Times, Donald Trump ne devait d’ailleurs s’entretenir avec l’émissaire sud-coréen que le lendemain. Il n’a pas hésité à bousculer l’agenda et à précipiter l’annonce historique, s’attirant sans attendre l’attention internationale.
Le lieu de l’entrevue n’est pas fixé
Jeudi soir, il n’était encore question que d’une rencontre et non de négociations en bonne et due forme. Aucune date n’a été fixée, même si la partie sud-coréenne a évoqué le mois de mai. L’endroit choisi pour l’entrevue n’a pas non plus été arrêté.
De véritables pourparlers, s’ils s’engagent, risquent de souligner les carences diplomatiques américaines. Washington ne dispose plus, en effet, de spécialiste aguerri du dossier nord-coréen depuis le départ de Joseph Yun du département d’Etat. Les Etats-Unis n’ont pas non plus d’ambassadeur en Corée du Sud du fait du renoncement de l’expert pressenti, Victor Cha. Ce dernier avait été échaudé par les options bellicistes évoquées au sein de l’administration.
Donald Trump a pris pourtant rendez-vous avec un jeune responsable qui a assis son pouvoir de manière impitoyable et méthodique, et dont le pays donne désormais l’impression de maîtriser les tests nucléaires autant que les tirs de missiles intercontinentaux. Kim Jong-un, enfin, a su tirer profit de l’arrivée au pouvoir en mai, en Corée du Sud, d’un président tourné vers le dialogue et sur lequel il a pu s’appuyer pour imprimer son rythme.
Corée du Nord : Kim propose une rencontre à Trump pour « dénucléariser » la péninsule
Le dirigeant de Corée du Nord, Kim Jong-un, s’est engagé, jeudi, à des pourparlers avec le président américain.
L’annonce est aussi inattendue que spectaculaire : le président américain Donald Trump a accepté de rencontrer le leader nord-coréen Kim Jong-un d’ici à la fin mai, a affirmé, jeudi 8 mars, un responsable sud-coréen. La date et le lieu de cette entrevue restent à déterminer, a de son côté précisé la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders.
Ce rebondissement, impensable il y a quelques semaines, fait suite à une rencontre entre une délégation sud-coréenne de haut niveau et le maître de Pyongyang après deux années de très vives tensions liées aux programmes nucléaire et balistique nord-coréens.
Dans une brève allocution devant la Maison Blanche, à la nuit tombée, Chung Eui-yong, conseiller national sud-coréen à la sécurité, a annoncé que M. Trump avait accepté l’invitation formulée par Kim Jong-un et s’était engagé à le rencontrer « d’ici à la fin mai ». La Maison Blanche a confirmé que le président américain avait accepté cette invitation.
Le lieu d’une telle rencontre entre le 45e président des Etats-Unis et leader nord-coréen, que Donald trump a par le passé qualifié de « fou », n’a pas été précisé. M. Chung a par ailleurs déclaré que Kim Jong-un s’était engagé à œuvrer à la « dénucléarisation » de la péninsule coréenne et qu’il avait promis de s’abstenir « de tout nouveau test nucléaire ou de missile ». « Il comprend que l’exercice militaire conjoint de routine entre la République de Corée [Corée du Sud] et les Etats-Unis doit continuer et il a fait part de son désir de rencontrer le président Trump le plus vite possible », a-t-il poursuivi.
« De gros progrès »
Le président des Etats-Unis a immédiatement tweeté : « Kim Jong-un a parlé dénucléarisation avec les représentants de la Corée du Sud, pas seulement une suspension. Aussi, pas de test de missile par la Corée du Nord durant cette période. De gros progrès sont faits mais les sanctions seront maintenues jusqu’à ce qu’un accord soit conclu. La réunion est en train d’être planifiée ! »
« Nous avons hâte que la Corée du Nord abandonne son programme nucléaire. D’ici-là, toutes les sanctions et une pression maximale doivent prévaloir », a ajouté Sarah Sanders, la porte-parole de la Maison Blanche.
Le premier ministre japonais Shinzo Abe a salué vendredi cette annonce : « J’apprécie hautement ce changement de la part de la Corée du Nord et le fait qu’elle va commencer des discussions fondées sur le principe d’une dénucléarisation », a dit M. Abe dans une déclaration télévisée, ajoutant qu’il comptait se rendre aux Etats-Unis pour rencontrer M. Trump « dès avril ».
Une détente amorcée aux JO
Cette annonce intervient à l’issue de la remarquable détente qui s’est amorcée sur la péninsule depuis le début de l’année à la faveur des Jeux olympiques (JO) d’hiver de Pyeongchang.
Après s’être longuement entretenu lundi avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, M. Chung avait assuré que ce dernier était désormais prêt à bouger sur le dossier longtemps tabou de l’arsenal nucléaire de Pyongyang, « si les menaces militaires contre le Nord disparaissent et si la sécurité de son régime est garantie ». Après cette mission à Pyongyang, la présidence sud-coréenne avait fait savoir que le Nord était prêt à un « dialogue franc » avec les Etats-Unis pour évoquer la dénucléarisation et suspendrait tout essai nucléaire ou de missile pendant la durée des discussions.
Nord et Sud ont également décidé, selon Séoul, de la tenue à la fin avril d’un troisième sommet intercoréen, après ceux de 2000 et de 2007. Il aura lieu dans le village de Panmunjom, au milieu de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux pays.
Donald Trump avait salué, mardi, ces signes d’ouverture de la Corée du Nord tout en appelant à la prudence et en réaffirmant que toutes les options étaient sur la table. Il avait déclaré que les déclarations venues du Sud comme du Nord étaient « très positives ». « Ce serait bien pour le monde, bien pour la Corée du Nord, bien pour la péninsule, mais nous verrons ce qui va se passer », avait-il ajouté.
Série de sanctions
D’autres responsables de son administration avaient néanmoins conseillé la prudence, certains se montrant même sceptiques sur ce soudain apaisement diplomatique après des mois de guerre des mots entre Washington et Pyongyang, sur fond de progrès nord-coréens dans les domaines nucléaire et balistique. La Corée du Nord affirme désormais que ses missiles sont en mesure d’atteindre le territoire américain.
Visé par une série de sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies mais aussi américaines, le régime nord-coréen avait jusqu’ici toujours affirmé que le développement de son programme nucléaire n’était tout simplement pas négociable.
Il y a moins de trois semaines, M. Trump avait annoncé de nouvelles sanctions visant à isoler encore plus la Corée du Nord, quelques heures après l’arrivée de sa fille Ivanka en Corée du Sud pour la fin des JO. « Nous devons rester unis pour empêcher cette dictature brutale de menacer le monde de dévastation nucléaire », avait-il alors lancé.
Plus d'une centaine de créateurs réunis pour un dîner exceptionnel à l'Élysée
Lundi soir, au Palais de l’Élysée, Emmanuel et Brigitte Macron recevaient à dîner 150 designers, fabricants et chefs d’entreprise de la filière française du prêt-à-porter. Un geste inédit envers une industrie aussi puissante que méconnue des institutions.
«J'ai cru que c’était un spam», raconte un styliste de même pas 30 ans à un homologue au sujet de l’étrange mail d’invitation de la présidence de la République reçu il y a une semaine. Ce n’est pas tant le protocole en version numérique qui a désarçonné ces jeunes gens experts ès réseaux sociaux (en témoigne l’avalanche de selfies avec le couple, durant la nuit qui a suivi, sur Instagram), mais le soudain intérêt pour la création de la part de l’Élysée sans qu’aucune rumeur n’ait auparavant bruissé.
«Ce n’était pas arrivé depuis le 17 octobre 1984 !» confirme Pierre-François Le Louët, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, qui dégaine son téléphone pour montrer la photo de François Mitterrand et de Jack Lang, jeune ministre de la Culture, recevant à domicile Mme Grès, Thierry Mugler, Pierre Bergé, Jean Paul Gaultier… Trente-trois ans après, l’enfant terrible de la mode est encore présent rue du Faubourg-Saint-Honoré. Il fait office de parrain pour toute une génération de jeunes stylistes, qui réhabilitent depuis deux saisons son immense héritage. Marine Serre, la Corrézienne de 26 ans, qui, la semaine dernière, a envoûté la presse internationale avec son tout premier show, n’en revient pas de voir JPG. Autour d’elle, en attendant les locataires du Palais, les gens discutent de plus en plus fort : une haute concentration de talents et de quelques ego qui, s’ils ont l’habitude des honneurs et des lieux spectaculaires, paraissent impressionnés par les ors de la République (critiquant tout de même la moquette de la salle de réception, qu’aurait déjà prévu de changer Mme Macron).
Eva : rencontre avec Isabelle Huppert et Benoît Jacquot
Par Léa Bodin, propos recueillis à Paris le 15 février 2018
A l'occasion de la sortie d"Eva", nous avons rencontré Isabelle Huppert, qui incarne cette héroïne troublante et mystérieuse, et Benoît Jacquot, qui la met en scène aux côtés de Gaspard Ulliel dans ce film noir adapté du roman de James Hadley Chase.
AlloCiné : Comment s'est passé pour chacun de vous la découverte du roman de James Hadley Chase ?
Isabelle Huppert : Moi j'ai découvert le roman après avoir lu le scénario. Benoit m'avait dit : « Tu vas jouer Eva. » J'ai dit : « D'accord, je vais jouer Eva. » En revanche, je n'ai pas vu le film, et je ne l'ai toujours pas vu, d'ailleurs. Je vais le voir, incessamment sous peu, peut-être ce soir !
Benoît Jacquot : Tu dis ça à chaque fois qu'on en parle, « peut-être ce soir ».
IH : Eh bien oui, peut-être ce soir ! Donc, je ne l'ai toujours pas vu, mais je ne sais pas pourquoi j'ai eu envie de lire le livre et j'ai eu raison car, bien que n'ayant pas vu le film, j'ai un peu l'impression que le film de Benoit vient plus du livre que du film.
BJ : Il vient seulement du livre !
IH : Bien que le film ne se passe pas à Los Angeles, mais à Annecy, il y a quelque chose dans la description des personnages qui m'a enchantée. Je me suis dit que ça me donnait raison de vouloir le jouer. J'avais pressenti, en lisant le scénario, qu'Eva avait une sorte d'indolence, de paresse et d'indifférence et je pensais en lisant le roman que tout allait contredire ce sentiment, qu'on allait se retrouver devant une personne beaucoup plus active dans la manipulation, alors que pas du tout.
BJ : Je suis complètement d'accord. Ce qui lui arrive, à Eva, on a constamment l'impression que ça lui arrive par-devers elle, que rien de ce qu'elle fait n'obéit à un calcul, ou presque.
IH : Cela renvoie un peu à tout le monde, je trouve. Les personnages deviennent des archétypes, mais pas ceux auxquels on s'attend, pas les archétypes du film noir des années 1950, mais des archétypes dans lesquels on peut tout à fait se reconnaître maintenant. Les personnages m’apparaissent comme des miroirs. Ils sont un miroir pour l'un et l'autre, mais aussi pour le spectateur, sur cette idée qu'au fond, on fait souvent les choses sans vraiment les décider.
Et pour vous, Benoït, le roman, c'est une histoire de longue date ?
BJ : C'est un livre que j'ai lu en pensant à en faire un film très tôt, au début de mon adolescence, au moment où j'ai commencé à vouloir devenir cinéaste. C'est resté, plus ou moins, et ça a ressurgi à l'occasion.
Par hasard ?
BJ : Pas vraiment, car c'était là, en moi. Le hasard n'existe pas seul. Il y a le hasard, et puis il y a la nécessité. Les hasards obéissent à une sorte de nécessité, les nécessités sont hasardeuses. Il y avait cette nécessité, mais c'est au hasard qu'elle est apparue réalisable.
Il y a un élément dans lequel on sent bien que votre film est plus proche du roman que du film de Joseph Losey, c'est le rapport au genre. Vous faites le choix du film noir, très clairement. Avez-vous envisagé le noir et blanc à un moment donné ?
BJ : Non, mais alors vraiment pas. Ca m'arrive de me demander pourquoi tel film que je fais est en noir et blanc, mais là pas du tout. Quand vous m'évoquez la possibilité que ce soit en noir et blanc, je ne le vois pas. Cela aurait immédiatement été un peu redondant pour moi et ça aurait rejoint un régime de clichés que je cherchais beaucoup à éviter. A commencer par le personnage d'Eva dont je ne voulais à aucun prix que ce soit une vamp canonique, ça ne m'intéressait absolument pas. Ce qui m'intéressait, c'était qu'Isabelle joue des situations assez particulières et extrêmement romanesques – car dès qu'il y a secret ou double vie il y a du romanesque – avec une familiarité radicale. Elle se réveille, elle s'endort, elle prend des bains, elle va au boulot, même si ce boulot est celui qu'il est. Elle a des tenus et un protocole attachés à ce travail, mais elle le fait comme elle irait au bureau ou à la boutique. C'est quelque chose à quoi je tenais dès le départ et qui est lié à l'envie que ce soit Isabelle qui l'interprète.
C'est un personnage à la fois complexe et en même temps très simple. Elle est sans filtre, en même temps par moment on sent qu'elle se cache. Comment avez-vous abordé ce personnage ?
IH : Ce qui est très plaisant, dans ce genre de personnages, c'est qu'on peut constamment la ramener à ce qu'elle est tout en imagination qu'elle est l'opposé de ce qu'on donne à croire qu'elle est. Ca permet une liberté infinie, c'est un peu comme si on se baladait au sommet d'une vague, on est en état de flottaison permanent. On peut toujours penser qu'elle est tout autre chose, c'est ce qui est fascinant et assez vertigineux dans ce genre de personnages, c'est qu'au fond c'est impossible de savoir qui elle est.
BJ : Au sens ou on le dit ordinairement, parce qu'après tout, le vœu social c'est d'assigner une identité à telle ou telle personne, comme pour se rassurer soi-même sur la sienne propre. Tous mes films et la plupart des interprétations d'Isabelle consistent à troubler ce jeu-là et à le faire vasciller. Introduire du mystère, de l'énigme, dans ce qu'il y a de plus commun.
Dans la mise-en-scène, vous utilisez beaucoup les travellings, il y a tout cet univers de montagne, qui rappellent par moment, subrepticement, Shining. Est-ce un film que vous aviez en tête et est-ce qu'a posteriori vous percevez des résonances ?
BJ : Je suis extrêmement cinéphile, il n'y en a pas beaucoup comme moi, mais je m'efforce d'oublier tout ce qui a été fait avant moi et que j'admire plus que tout. C'est presque une ascèse.
Dans le travail d'adaptation, vous avez fait le choix de l'univers du théâtre, qui n'est pas présent dans le roman, pourquoi ?
BJ : Parce que le théâtre, au cinéma, c'est toujours intéressant. Même un film un peu médiocre devient intéressant s'il y a du théâtre dans le film. J'aurais pu en faire un roman, mais c'est un peu abstrait. J'aurais pu en faire un film et faire un film dans le film, mais ça me semblait un peu lourd. En revanche, le théâtre, ça se prêtait bien à ce que je voulais faire.
Expositions mettant les Femmes à l'honneur
#Expo On vous propose de découvrir en famille ou entre amis toutes les expositions qui mettent les femmes à l'honneur ce mois-ci ! Pour en savoir plus : https://t.co/asxLNQlAqD … #BettinaRheims #ExpoSheilaHicks #Tracesdefemmes @leCMN @CentrePompidou @Musee_Homme pic.twitter.com/fSZihZZly4
— Expo in the City (@Expo_InThe_City) 8 mars 2018
















