« L’équipe est au complet »
« L’équipe est au complet » : avec onze nouveaux secrétaires d’Etat, Macron et Castex renouent avec les gouvernements pléthoriques
Par Olivier Faye
Le gouvernement, porté à 43 membres, devient le plus gros de l’histoire politique récente. Pour l’exécutif, il s’agissait de récompenser quelques députés méritants et de mettre l’accent sur le social.
« L’équipe est au complet », s’est félicité le premier ministre, Jean Castex. Elle est pléthorique. En procédant, dimanche 26 juillet, à la nomination de onze secrétaires d’Etat, Emmanuel Macron a porté à quarante-trois (21 hommes et 22 femmes) le nombre de membres du gouvernement. Un record sous son ère, mais aussi dans l’histoire politique récente, ses prédécesseurs, François Hollande et Nicolas Sarkozy, n’ayant jamais rassemblé autant de ministres autour d’eux.
Aucun bouleversement majeur n’était à attendre de cette nouvelle vague de nominations, qui a tardé à éclore, vingt jours après la formation du premier gouvernement Castex, censé conduire la Macronie sur la route de l’élection présidentielle de 2022.
Cette fois, pas de « stars » au programme, comme Eric Dupond-Moretti ou Roselyne Bachelot, ni de balancier qui penche plus à droite qu’à gauche. Les profils retenus, qui représentent différents courants de la majorité, témoignent d’une volonté de récompenser quelques députés méritants mais aussi de mettre l’accent sur le social alors que la crise économique va occuper l’agenda des deux prochaines années.
Ces derniers jours, l’entourage d’Emmanuel Macron racontait un chef de l’Etat soucieux de trouver « le juste équilibre entre la continuité et le nécessaire renouvellement » de son équipe.
Cinq secrétaires d’Etat, en premier lieu, ont donc été reconduits dans leurs fonctions, voire « confortés », souligne-t-on au sein de l’exécutif. Parmi eux, Laurent Pietraszewski, qui conduisait la réforme des retraites depuis décembre 2019. Ce dernier va être chargé de mener à bien un dossier mis à l’arrêt par l’épidémie de Covid-19 et sur lequel M. Macron mise beaucoup pour parfaire son image de président réformateur. Crise sanitaire oblige, M. Pietraszewski se voit par ailleurs confier le portefeuille de la santé au travail.
Un gouvernement tourné vers les territoires
Son collègue Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à la petite enfance, est lui aussi reconduit dans ses fonctions à la tête d’un périmètre élargi aux « familles », selon le terme utilisé par l’Elysée. Une récompense pour ce proche du président, dont le travail est salué par certains acteurs associatifs.
Autre proche de M. Macron conforté : son ancien conseiller à l’Elysée, Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, qui devient secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique et des communications électroniques. En clair, « il récupère tous les télécoms : fibre, 4G, 5G, zones blanches, etc. », explique-t-on dans son entourage. Autant de dossiers qui se trouvaient jusque-là éclatés entre différents ministères. Le terme de « transition » est censé désigner à la fois la question de l’emploi et de l’égalité d’accès au numérique sur tout le territoire.
« Nous allons insister sur le numérique du quotidien », rapporte un proche de M. O, qui aura deux ministres de tutelle : Bruno Le Maire à l’économie et Jacqueline Gourault à la cohésion des territoires. Manière de renforcer le tropisme d’un gouvernement que Jean Castex veut tourné vers les « territoires ». Et de récompenser un homme qui a porté à bout de bras la controversée application StopCovid pour lutter contre la propagation du coronavirus.
Au chapitre reconduction, enfin, l’ancien du parti Les Républicains (LR) Jean-Baptiste Lemoyne, qui n’avait aucune affectation spécifique au Quai d’Orsay, se voit officiellement attribuer le portefeuille du tourisme, qu’il avait déjà préempté dans les faits. Il glane en plus celui de la francophonie et des Français de l’étranger. Sa collègue Sophie Cluzel, quant à elle, garde la charge des personnes handicapées.
Rassurer le MoDem
Le renouvellement, maintenant. Quatre portefeuilles inédits dans ce quinquennat font leur apparition au sein du gouvernement Castex : biodiversité, économie sociale et solidaire, ruralité et éducation prioritaire. Ils ont tous été attribués à des députés de la majorité. « Le président et le premier ministre gèrent l’Assemblée », sourit un conseiller de l’exécutif. La première phase du remaniement, en effet, a suscité tensions et mécontentements au sein du Palais-Bourbon.
Le dossier de la biodiversité, tout d’abord, a été attribué à la députée (La République en marche, LRM) de Haute-Marne, Bérangère Abba. Déjà chargée de la transition écologique pour le compte du parti présidentiel, elle remplace numériquement au sein du ministère Brune Poirson, qui quitte le gouvernement et devrait retrouver son siège de députée de Vaucluse. Cette dernière avait porté, en 2019, la loi antigaspillage devant le Parlement. Elle s’est dite fière d’être allée « à l’encontre d’intérêts puissants » pour réformer « un secteur qui ne l’avait pas été en trente ans ».
Faisant le chemin inverse, la députée (LRM) de Paris Olivia Grégoire prend la tête d’un secrétariat d’Etat à l’économie sociale, solidaire et responsable qui avait disparu depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Pas forcément le poste où l’on attendait cette libérale au fort caractère, ancienne des cabinets de Jean-Pierre Raffarin et de Xavier Bertrand. Cette nomination enlève en tout cas son nom de la liste des potentiels prétendants à la présidence du groupe LRM à l’Assemblée nationale, qui va se jouer en septembre.
Autre portefeuille à l’intitulé « social » : l’éducation prioritaire, qui échoie à la députée (MoDem) du Val-d’Oise, Nathalie Avy-Elimas. Elle travaillera sous l’autorité du ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, tout comme sa collègue du MoDem, la députée de Loire-Atlantique Sarah El Hairy, nommée secrétaire d’Etat à la jeunesse et à l’engagement. Deux promotions qui ont de quoi rassurer le parti centriste, qui s’estimait lésé lors de la première étape du remaniement. Son président, François Bayrou, devrait pour sa part devenir commissaire au plan, directement rattaché à l’Elysée. Mais la nouvelle ne pourrait être officialisée qu’à la rentrée. « Principalement parce que Bayrou veut se distinguer », grince une source au sein de l’exécutif.
Vers un remaniement… à l’Elysée
Le député des Hautes-Alpes et membre du Parti radical de gauche, Joël Giraud, connu comme rapporteur général du budget au sein du Palais-Bourbon, devient pour sa part secrétaire d’Etat à la ruralité. Manière, là aussi, de « traiter » un allié de la majorité.
Dernière nomination, enfin, celle de Clément Beaune, 38 ans, comme secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Le conseiller Europe d’Emmanuel Macron à Bercy puis à l’Elysée, réputé pour son efficacité et apprécié des chancelleries européennes, attendait depuis des mois de pouvoir voler de ses propres ailes. A tel point que son nom circulait au moment de chaque remaniement ministériel ou presque, tout comme il l’avait fait lors de la composition de la liste de la majorité pour les élections européennes, ou encore du choix d’un commissaire français pour la Commission de Bruxelles. Mais le chef de l’Etat avait toujours retenu auprès de lui son « sherpa » au rôle si précieux lors des Conseils européens.
Reste maintenant à le remplacer au sein d’un palais de l’Elysée qui a vu nombre de bureaux se vider ces dernières semaines, avec les départs du conseiller spécial, Philippe Grangeon, du chef de cabinet, François-Xavier Lauch, ou du conseiller presse, Joseph Zimet. C’est désormais un autre type de remaniement qui attend Emmanuel Macron.
















