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Jours tranquilles à Paris

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11 août 2020

Vu sur internet - j'aime beaucoup

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11 août 2020

Tribune - Philippe Gaboriau : « Le vélo a été tout au long de son histoire le levier de révolutions »

Par Philippe Gaboriau, Sociologue

« Roue libre » (2/6). Né de la civilisation industrielle du XIXe siècle, instrument de liberté pour les milieux populaires au XXe, le vélo est aujourd’hui symbole de la transition écologique. Une histoire qui invite à repenser la notion de progrès, estime le sociologue.

On l’oublie parfois aujourd’hui. Le vélo, symbole de la transition écologique des villes et d’un mode de déplacement durable, est un produit de la civilisation industrielle du XIXe siècle. Son nom même – du latin velox, velocis (« rapide, véloce ») -, puise aux racines de la vitesse, cette fille du monde occidental qui, depuis deux siècles, a bouleversé les habitudes millénaires acquises aux rythmes des pas de l’homme et du cheval.

Au carrefour d’univers sociaux très différents, l’histoire du vélo a connu trois âges bien délimités dans le temps, et qui correspondent chacun à des valeurs particulières. Liberté, autonomie, écologie : le vélo a impulsé tout au long de son histoire des révolutions profondes. Il a été, à chaque étape, un levier de changement. L’histoire des pratiques cyclistes offre donc un angle d’approche original pour comprendre les transformations du monde contemporain et leur accélération, tout en ouvrant des pistes d’avenir.

Utopie réaliste

Le vélo est né en 1817, sous le nom de vélocipède, inventé par le baron de Drais qui présente son nouvel objet en Allemagne, en France et en Angleterre. Cheval mécanique et progressiste, le vélo du XIXe siècle est d’abord un loisir de riche, au même titre que les pratiques équestres et les activités mécaniques – automobile, aéroplane –, encore embryonnaires. Il est associé au sentiment d’une puissante transformation organique qui modifie les capacités mêmes de l’humanité. « Le vélocipède, note Alfred Berruyer dans son Manuel du véloceman ou Notice, système, nomenclature, pratique, art et avenir des vélocipèdes de 1869, (Hachette, 2017), est une monture de transport, de structure bipède automatique, à pieds rotatifs, mue et dirigée par le véloceman qui est son cavalier. »

« “QUELLES DÉLICES QUE DE S’EN ALLER AINSI, D’UN VOL D’HIRONDELLE QUI RASE LE SOL” », ÉCRIT ALORS EMILE ZOLA

Après des débuts timides sous la Restauration, les années 1890 sont la Belle Epoque de la vélocipédie. La IIIe République voit le bourgeois devenir cycliste et touriste, et faire l’expérience d’une nouvelle liberté. Il peut, avec la bicyclette, explorer la France rurale et vagabonder à son aise, sans les contraintes horaires du chemin de fer. « Quelles délices que de s’en aller ainsi, d’un vol d’hirondelle qui rase le sol », écrit alors Emile Zola.

À vélo, la femme bourgeoise de la fin du siècle sort des limites qui lui sont imposées. Elle abandonne l’ombrelle, le corset et la jarretière pour la « culotte de zouave » et un maillot « moulant le buste », note le journaliste du Petit Journal, Pierre Giffard en 1899. « Au chic du cheval succède le chic à bicyclette. L’amazone à longue robe et à chapeau en tuyau de poêle est noyée dans les tourbillons de petites femmes en culotte bouffante, à casquettes de garçon et à vestes de pékin blanc, qui de blanc gantées s’enfuient en riant vers les espaces, à petits coups de pédales ».

La Belle Epoque est prise d’une folle espérance. Mieux que les autres, Maurice Leblanc, dans son livre de 1898, Voici des ailes, a su le dire : « Nous avons des ailes, Madeleine ! N’est-ce pas que vous avez comme moi cette vision affolante que l’homme a des ailes maintenant ? Qu’il les ouvre donc toutes grandes, et qu’il vole enfin puisqu’il lui est permis de ne plus ramper. Voici des ailes qui nous poussent, encore inhabiles et imparfaites, mais des ailes tout de même. C’est l’ébauche qui s’améliorera jusqu’au jour où nous planerons dans les airs comme de grands oiseaux tranquilles. »

Au cœur de la France, de 1891 à 1914, la bicyclette, l’automobile, l’avion, ces nouveaux sports mécaniques initiateurs d’industries et de pratiques nouvelles, sont associés dans un seul espace mental au même optimisme, à la même utopie réaliste. Un monde naît. « La vie de partout se précipite, se bouscule, animée d’un mouvement fou, d’un mouvement de charge de cavalerie, et disparaît cinématographiquement, comme les arbres, les haies, les murs, les silhouettes qui bordent la route », écrit Octave Mirbeau en 1907. Dans cette civilisation de la vitesse, « bouillonnement vertigineux du monde », les corps deviennent mécaniques, la machine prolonge le squelette.

Conquête populaire

Les débuts du XXe siècle ouvrent un nouveau chapitre de l’histoire du vélo. Les classes supérieures issues du monde industriel investissent d’autres valeurs. Elles se tournent vers l’automobile et l’avion, tandis que la bicyclette, par la logique du marché, se popularise. Objet industriel par excellence, elle devient accessible à ceux qui la produisent. Son prix baisse de façon spectaculaire par rapport aux salaires. Elle est le mode de transport de l’employé, de l’ouvrier, du paysan, un véhicule solide, inusable, et qui rend autonome. On peut désormais se déplacer gratuitement.

C’est un événement primordial que ce moment où les objets industriels, fruits du travail ouvrier, deviennent accessibles aux classes sociales qui les fabriquent, où le progrès capitaliste ouvre une brèche dans la rude condition de vie imposée aux prolétaires. Le vélo facilite la tâche mais contribue aussi à prendre ses distances par rapport à l’espace du travail. Ce n’est pas un hasard si, dans la mémoire collective, il est attaché aux premières vacances de 1936 et à la politique sociale du Front populaire, ainsi qu’à la Libération de 1945. Symbole d’espérance, il contribue à ouvrir un univers libéré du labeur imposé et participe à la conquête des loisirs par les milieux populaires. Il réconcilie deux mondes, jusque-là séparés, inaccessibles l’un à l’autre.

Objet ludique, le voilà qui inaugure aussi le temps des rêves sportifs, des exploits des champions du Tour de France, pilier des cultures populaires de notre civilisation occidentale contemporaine. A travers cette épopée vivante, le vélo vient à la rencontre du peuple. Créé en 1903, le Tour traverse la France des villes et des campagnes, celles des courses cyclistes locales, des terroirs et des congés payés. Carnaval moderne de l’ère industrielle et sportive, il est bientôt rattrapé par les dérives de la publicité et du profit, mais reste le lieu où s’exprime un imaginaire populaire collectif, sur les terribles routes des Alpes et des Pyrénées qui, selon le journaliste sportif et cinéaste des années 1920, Henri Decoin, « montent, semble-t-il, vers le ciel ».

Energie musculaire

En France, la fin des années 1950 marque un nouveau tournant. Avec ses pédales et son moteur humain, le vélo répond de moins en moins à la demande populaire. Il fatigue, il fait pauvre. Il se dote bientôt d’un moteur auxiliaire, devient Vélosolex, vélomoteur, motocyclette. Les milieux populaires, paysans et commerçants en tête, entrent dans l’ère de l’automobile pour tous. Est-ce la fin du vélo ? Les journaux de l’époque s’interrogent.

Le voilà qui revient aujourd’hui comme l’un des symboles du mouvement écologique contemporain. Depuis 1968, le progrès a cessé d’être une certitude sans partage, on commence à mettre en doute les capacités des sociétés industrielles à résoudre les problèmes dont elles sont porteuses. Les débuts du XXIe siècle sonnent la fin de l’illusion d’une croissance illimitée. Les inventions techniques de la révolution industrielle deviennent responsables de l’épuisement des ressources et de la pollution.

Parce qu’elle est à dimension humaine, non destructrice et mue par une énergie musculaire renouvelable, la bicyclette opère un retour, alors même que le monde d’où elle vient est voué à disparaître. Hier démodée, la pratique du vélo s’oppose désormais aux autres modes de transport modernes, automobile en tête, et rompt avec des valeurs attachées à la civilisation de la vitesse et des embouteillages.

Cette fois le phénomène touche plutôt les classes supérieures qui s’équipent pour la deuxième fois dans l’histoire. Le vélo à l’ère écologique fait son grand retour dans les classes aisées où il redevient objet utilitaire du quotidien mais aussi de mode et d’amusement. Tout-terrain, il investit les espaces naturels, loin des pratiques de loisirs encombrées.

En libre-service, il est aussi un moyen de se réapproprier les centres des grandes villes, où l’on voit les bicyclettes se faufiler dans la circulation chaotique depuis les années 2000.

Grande peur

Nous venons, confinés, de connaître notre première grande peur. Nous savons que des drames écologiques sont à venir. Nos modes de vie actuels – et tout particulièrement, ceux des plus riches – ne sont pas durables. La vitesse qui a fait basculer le monde dans la modernité voilà deux siècles, est en train de le précipiter vers l’abîme. Où allons-nous si vite, et pourquoi faudrait-il encore accélérer ?

Si la bicyclette fait partie des innovations techniques qui ont provoqué ou accompagné la révolution industrielle, elle questionne aujourd’hui la notion de progrès, incontournable pour appréhender les valeurs de notre monde social. A l’heure où ralentir semble plus que jamais nécessaire, la mécanique sans moteur du vélo montre qu’une innovation technique et durable est possible. Il nous ouvre les chemins politiques d’une possible et heureuse industrialisation douce. L’histoire du vélo pourra-t-elle nous aider à trouver une nouvelle sagesse ?

Chercheur en sciences sociales au CNRS jusqu’en 2018, membre du centre Norbert Elias et enseignant-chercheur à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Philippe Gaboriau a travaillé notamment sur la sociologie historique des spectacles sportifs et des cultures de la France contemporaine. Il est l’auteur de « Le Tour de France et le vélo, histoire sociale d’une épopée contemporaine », (L’Harmattan, 1995) et de « Mireille, ouvrière de la chaussure », (Ateliers Henry Dougier, 2019).

11 août 2020

Miss Tic

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11 août 2020

Libération de ce jour

libé 11 aout

11 août 2020

TikTok aux Etats-Unis : Pékin répond du tac au tac

Par Philippe Coste - Libération

Le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping lors d'une entrevue au G20 d'Osaka, au Japon, le 29 juin 2019. (Photo Susan Walsh. AP)

L’ultimatum lancé par Donald Trump à la firme chinoise a provoqué la colère du régime communiste. Coup de menton électoraliste ou prémices d’une nouvelle guerre froide, la bataille témoigne du jeu d’influences à l’ère numérique.

Jusqu’à présent, ils s’épuisaient innocemment en danses idiotes devant leurs téléphones. Mais des millions d’ados américains adeptes de TikTok, un réseau social de vidéos fort de près de 100 millions d’utilisateurs aux Etats-Unis, ont découvert le 6 août, par l’annonce de la Maison Blanche, qu’ils étaient les agents involontaires du péril rouge et des ambitions hégémoniques de Pékin. Au nom de la sécurité nationale et de la protection des données des citoyens américains, Donald Trump a ordonné par décret l’interdiction de TikTok (version pour le marché non chinois de l’appli Douyin) dans quarante-cinq jours si cette application, filiale du géant technologique chinois ByteDance, ne trouve pas un acquéreur américain dans ce délai.

Vengeance puérile

Le coup de force touche d’autres victimes : les 19 millions d’utilisateurs américains de la messagerie WeChat, une application qui compte 1,2 milliard d’utilisateurs, pour la plupart en Chine, et appartient au groupe Tencent, sis à Shenzhen et considéré comme dévoué au gouvernement chinois.

Pékin n’a pas tardé à répondre, en accusant la Maison Blanche d’imposer un «rideau de fer» dans les relations internationales. L’affaire, reflet des tensions croissantes avec la Chine, prend une envergure géostratégique sérieuse. «Elle annonce une version technologique de la guerre froide et un probable morcellement d’Internet», conclut Ian Bremmer, patron de la firme en analyse de risque Eurasia Group. Au-delà d’une esbroufe préélectorale, l’offensive s’inscrirait dans une stratégie baptisée «Clean Networks» («réseaux propres»), présentée le 5 août par le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, visant à protéger les données des «intrusions du Parti communiste chinois». Une version américaine de la «cybersouveraineté» prônée par des régimes autoritaires, comme la Russie, la Turquie et, ironie, la Chine, qui interdit Facebook, Twitter et Google sur son territoire.

«C’est une politique d’hostilité à courte vue, qui abîme l’image des Etats-Unis et la collaboration indispensable à la technologie, déplore Ari Lightman, professeur en médias numériques à l’université Carnegie Mellon de Pittsburgh. Je travaille tous les jours avec des étudiants et confrères chinois, et je peux vous assurer que les avantages d’une philosophie d’ouverture l’emportent largement sur les risques.»

Trump est si évasif sur ces dangers que son offensive a pu d’abord être interprétée comme une puérile vengeance : le 20 juin, des dizaines de milliers d’ados de TikTok avaient saboté son meeting électoral de Tulsa, en Oklahoma, en prenant des fausses réservations sur le site de la campagne. Autre affront : la comique Sarah Cooper fait un tabac sur le réseau avec ses parodies des interviews du Président. Néanmoins, les comptes favorables à Trump sont aussi nombreux sur TikTok que sur les autres réseaux sociaux.

Assaut de vertus

Cette canonnade nationaliste et antichinoise pourrait faire le bonheur de ses partisans les plus enthousiastes. Mais un sondage de Morning Consult rappelle qu’une interdiction pure et simple de TikTok lui vaudrait la colère d’une majorité de jeunes électeurs. La logique voudrait que la Maison Blanche privilégie l’alternative : le rachat des activités américaines du réseau social par Microsoft, qui mène déjà des négociations avec ByteDance. Le géant du logiciel raflerait en même temps et à bas prix le réseau au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande, et serait bien placé pour relancer l’application en Inde, où elle a été interdite en raison des tensions frontalières avec la Chine. Twitter, lui aussi, a contacté ByteDance pour explorer une possible fusion de leurs réseaux sociaux aux Etats-Unis.

Pas si simple pourtant. Trump multiplie les provocations, en exigeant, à première vue sérieusement, que le gouvernement perçoive… une commission sur la vente à Microsoft. TikTok America, pour sa part, assigne l’Etat fédéral en justice, arguant de l’inconstitutionnalité de l’interdiction, fondée à ses yeux «sur de simples conjectures». La Maison Blanche a d’abord prétexté le possible contrôle politique de Pékin sur TikTok America qui, il est vrai, avait bloqué en 2019 des vidéos dénonçant les violations des droits humains en Chine, avant de les rétablir. Le gouvernement s’insurge aujourd’hui contre l’usage malveillant des données des utilisateurs américains. Le Pentagone proscrit certes l’application sur les téléphones de ses troupes, mais l’entreprise, basée en Californie, fait assaut de vertus. Son patron est un Américain venu de Disney, ses serveurs sont en Virginie, et leurs «back-up» ont été déménagés de Hongkong à Singapour pour dissiper les soupçons d’une emprise de Pékin.

Le cas de WeChat, l’autre cible de Trump, est plus problématique. Cette plateforme omniprésente en Chine, qui inclut le téléphone gratuit, les messages et une plateforme de paiement, est aussi un notoire instrument de contrôle social des citoyens chinois et de leurs contacts à l’étranger. Aux Etats-Unis, elle constitue le seul lien entre 19 millions de membres de la diaspora chinoise et leurs familles restées au pays, en raison de l’interdiction de la plupart des réseaux occidentaux par Pékin. Lui trouver un acquéreur américain relève de l’exploit. Quant à Tencent, la maison mère, elle devrait, sauf indication contraire, se séparer de ses investissements aux Etats-Unis, ses 5 % du capital de Tesla, acquis à l’époque pour 1,8 milliard de dollars, ses participations dans les réseaux Reddit et Snap, et sa filiale Riot Games dans les jeux vidéo.

«Grande muraille»

Ce casse-tête illustre les conséquences de la nouvelle politique de «réseaux propres» vantée par Trump. Cette dernière imposerait, après l’interdiction de vente de matériel à des constructeurs comme Huawei et ZTE, la prohibition des «opérateurs douteux sur Internet», de l’accès aux logiciels, du stockage de données américaines en Chine, le tout assorti d’une surveillance renforcée des câbles sous-marins…

Néanmoins, les Etats-Unis, fondés sur la fluidité du business et les recours en justice, n’auraient, selon des experts, pas les moyens légaux d’appliquer ces mesures sans enfreindre leurs propres libertés constitutionnelles, ni de bâtir l’équivalent d’une «grande muraille de Chine» contre la technologie étrangère. Reste un tambour de guerre high-tech que l’administration Trump ne se privera pas de marteler jusqu’en novembre. Quelles qu’en soient les conséquences.

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11 août 2020

Troubleyn/Jan Fabre from Troubleyn/Jan Fabre on Vimeo.

PROFIL JAN FABRE

HOMME DE THÉÂTRE

Fin des années soixante-dix, le jeune Jan Fabre défraie la chronique avec ses Money performances où il brûle des liasses de billets que le public lui prête en bonne foi pour créer des dessins avec les cendres ainsi obtenues. En 1982, il pose avec C’est du théâtre comme c’était à espérer et à prévoir une bombe à fragmentation qui ébranle les fondations du théâtre de l’époque.

Deux ans plus tard, il est invité à participer à la Biennale de Venise où il persiste et signe avec Le Pouvoir des folies théâtrales. Ces deux oeuvres entrent dans les annales du théâtre contemporain et font le tour du monde. Depuis, Fabre s’est taillé une place parmi les artistes les plus multidisciplinaires de la scène artistique internationale. Il rompt avec les canons du théâtre classique en y introduisant des « real time performances » – qu’il qualifie parfois d’installations vivantes – et explore les possibilités chorégraphiques radicales pour revisiter la danse traditionnelle.

Jan Fabre (né à Anvers, en 1958) est connu, tant en Belgique qu’à l’étranger, pour être l’un des artistes les plus d’avant-garde et protéiformes de sa génération. Depuis 30 ans, il se distingue en tant qu’homme de théâtre, auteur et artiste plasticien. Quel que soit le genre qu’il aborde, il en déplace systématiquement les frontières.

AUTEUR

La plupart des textes de Fabre étaient initialement destinés à être portés à la scène. Au début des années soixante-dix, Jan Fabre se met à écrire pour consigner ses idées qui sont déjà le fruit d’une imagination débridée. Ces textes resteront pendant des années au fond d’un tiroir avant d’être publiés au moment où leur auteur décidera de les mettre lui-même en scène.

D’autres textes voient le jour durant le processus de répétitions. Il s’agit de textes entièrement improvisés par les acteurs ou d’un mélange de textes d’auteur et d’improvisations.

D’autres encore consistent en des monologues, souvent écrits pour Els Deceukelier, son actrice fétiche. Ou en des dialogues aux allures de monologues car dans les oeuvres théâtrales de Fabre, rares sont les répliques et anecdotes réalistes. Ses textes sont plutôt conceptuels et poétiques. Ils s’articulent autour de rituels primitifs et de thèmes qui fascinent leur auteur, de questions philosophiques qui l’obsèdent. Mais ils respirent aussi la violence et la joie que procure une vie vécue pleinement, le vécu à géométrie variable de la beauté, de l’érotisme et de la fête qui transportent Fabre d’un extrême à l’autre.

Les oeuvres littéraires de Jan Fabre trahissent également sa conception du théâtre. Pour lui, le théâtre est une oeuvre d’art intégrale dans laquelle le mot occupe une place fonctionnelle mûrement réfléchie aux côtés de la danse, de la musique, du chant, de la performance et de l’improvisation. La sobriété avec laquelle Fabre use du médium « texte » induit une autre approche du théâtre. Les metteurs en scène qui, ces dernières années, ont été de plus en plus nombreux à porter ses textes à la scène le confirment : les textes de Fabre sont réfractaires à toute distillation théâtrale traditionnelle.

PLASTICIEN

Angelos: cette structure se charge de l’orchestration de l’ensemble des projets d’art plastique de Jan Fabre : des expositions dans des musées ou galeries d’art aux commandes émanant du secteur privé ou public en passant par la publication de catalogues et d’éditions. Angelos produit également les films de Fabre et coordonne ses performances. Autrement dit, Angelos est le porte-parole de Fabre dans tout ce qui est contacts avec les musées, salons d’art contemporains, galeries, commissaires d’expositions freelance, éditeurs, collectionneurs et journalistes.

Troubleyn/Jan Fabre from Troubleyn/Jan Fabre on Vimeo.

11 août 2020

Etel - voitures de collection

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Étel - Les belles d’hier et avant-hier réjouissent les amateurs

Le rassemblement de voitures anciennes et d’exception à l’invitation de l’association ételloise Karr-Breizh a fait le plein de collectionneurs et d’amateurs à Etel. La partie du parking réservée à l’exposition s’est même avéré trop exiguë ! À la quantité s’est ajoutée la diversité et la qualité, avec des Alpine : de la rare A110 cabriolet à la A310 en passant par la Berlinette, des impressionnantes Bentley, une Corvette jaune, des Mustang de toutes les couleurs et générations, les cabriolets anglais Morgan, MG, etc. Les belles américaines aux capots interminables, une vénérable Simca 5 de 1938, comme neuve malgré ses 82 ans, un cabriolet Burton sur une base de 2CV ainsi que de « vraies » deudeuches, mais aussi des Estafette, DS, CX, Cox, une LN, une Panhard, une Super 5 Turbo, 204, de magnifiques Mercedes cabriolets...

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11 août 2020

A La Trinité-sur-Mer, la demeure historique du clan Le Pen

Par François Krug -Le Monde

REPORTAGE

Dans le Morbihan, la longère où est né le patriarche Jean-Marie a hébergé les querelles familiales et les luttes de pouvoir qui ont rythmé l’histoire de l’extrême droite.

La dernière fois que Jean-Marie Le Pen a été vu à La Trinité-sur-Mer, c’était juste avant Noël, assis au premier rang dans l’église. On enterrait son copain Alain Bellec, l’autre célébrité née dans ce petit port du Morbihan. Ils s’étaient connus gamins. Bellec n’était pas encore devenu chanteur à succès sous le nom d’Alain Barrière.

Le Pen se prénommait encore Jean tout court. C’était avant qu’il accole ses premier et deuxième prénoms et parte faire de la politique. Bellec remplissait l’Olympia depuis des années quand Le Pen tentait encore de structurer son Front national. Il était revenu ouvrir sa boîte de nuit, Le Stirwen. Les filles Le Pen, Marie-Caroline, Yann et Marine, venaient y danser dans leur adolescence.

Marine, il arrive de la croiser au Carrefour City pendant les vacances. Sur le port, on aperçoit parfois la fille de Yann, Marion Maréchal. On a aussi vu réapparaître celles qui avaient été bannies de La Trinité, Pierrette, la mère qui avait posé nue dans Playboy, et Marie-Caroline, l’aînée qui avait trahi lors de la scission du FN. Elles se relaient dans la maison où Jean-Marie Le Pen est né en 1928. Pas loin du monument aux morts où figure le nom de son père à lui, Jean, patron pêcheur, tué en 1942 quand le filet de son chalutier a remonté une mine.

Une longère de pêcheurs

La Trinité a bien changé depuis l’époque où Jean-Marie s’appelait encore Jean. Le village ne compte que 1 600 habitants l’hiver. L’été, les vacanciers se bousculent sur les plages, là où la rivière de Crac’h se jette dans la mer. Le petit train touristique emmenant aux ­alignements de mégalithes de Carnac propose une « traduction simultanée en quatorze langues ». Le vieux port de pêche est envahi par les ­plaisanciers, une forêt de mâts. C’est devenu un « parking à bateaux », disent tous les Trinitains qu’on rencontre.

Le temps est loin où Le Pen pouvait faire sensation avec son dundee, le Général Cambronne. Des gamins du village lui filaient un coup de main pour le carénage. Il les emmenait en mer, il leur apprenait la voile et des chants de marins. C’était autour de 1965, l’année du meeting de Jean-Louis Tixier Vignancour, l’avocat d’extrême droite candidat à la présidentielle. Le Pen était son directeur de campagne. Il avait organisé le meeting au bout des quais, sur la place du marché. Elle aussi est devenue un parking – à voitures. A l’époque, on croisait sur le port l’original de la famille Le Pen, l’oncle Louis, ouvrier. « Il se promenait sur les quais en criant “J’emmerde la maréchaussée” », raconte une habitante.

« A une époque, c’était le mur le plus blanc du village. Ils devaient repeindre souvent à cause des tags. » Une voisine

La maison des Le Pen se cache dans le « kreiz ker », le centre du bourg. Ce n’est pas la plus imposante du quartier. Une longère de pêcheur typique, une vingtaine de mètres de long côté jardin, peut-être cinq côté rue, un étage, quelques fenêtres en chien-assis pour laisser entrer la lumière, un jardin plus vaste.

Quand Jean-Marie Le Pen faisait visiter la maison aux journalistes, il ne manquait pas l’occasion de rappeler qu’à sa naissance il fallait partager les lieux avec deux autres familles, le sol était encore en terre ­battue, il n’y avait ni eau courante, ni électricité. Il n’y avait pas encore non plus la caméra de surveillance, plantée dans la traditionnelle façade blanchie à la chaux. « A une époque, c’était le mur le plus blanc du village, s’amuse une voisine. Ils devaient repeindre souvent à cause des tags. »

Eric Tabarly et Olivier de Kersauson

Jean-Marie Le Pen, 92 ans, espère passer à La Trinité à la rentrée, quand sa descendance aura libéré la maison. S’il est suffisamment en forme. Depuis un moment, il délaisse son manoir du domaine privé de Montretout, à Saint-Cloud, pour sa villa cachée dans un parc de Rueil-Malmaison, autre banlieue chic de la capitale.

Son sonotone fait des caprices, il nous fait asseoir à ses côtés, contre un lot de vieilles affiches de campagne soigneusement roulées. Il rigole : « Sic transit gloria mundi. » (« Ainsi passe la gloire du monde »). Il détaille l’arbre généalogique des Le Pen dans le Morbihan. « Nous sommes de souche, si j’ose dire », blague celui qui a popularisé l’expression « Français de souche », aujourd’hui reniée par sa fille et successeure.

A l’évocation du Général Cambronne, il éclate de rire et tape des mains. Le précédent propriétaire du bateau avait invité pour un tour de mer le sous-préfet de Guingamp et sa femme. Tempête, chavirage, le sous-préfet et sa femme y étaient restés, le propriétaire du voilier avait décidé de le revendre. A bord, Le Pen avait accueilli un grand navigateur de La Trinité, son ami Eric Tabarly, et un futur, Olivier de Kersauson : « Il a fait ses classes sur mon bateau. » Nouvel éclat de rire.

Le deux-mâts avait fini par couler dans le Guadalquivir, dans le sud de l’Espagne. Le Pen l’avait emmené là-bas en réparation chez un ami d’ami, un matador possédant un petit chantier naval. Il pousse la chansonnette : « “Pepita, ah pourquoi tant de tristes souvenirs quand José va partir, et le Guadalquivir grossi par tes sanglots débordera bientôt…” C’est une chanson de 1925, ça ! » Du Général Cambronne, il ne reste qu’une bouée, accrochée à un mur dans la maison de La Trinité.

Au milieu des menhirs

Au printemps 1987, c’est devant cette bouée qu’il annonce solennellement sa candidature à la présidentielle de l’année suivante. Cela fait déjà des années qu’il convie les photographes et les équipes de télé à La Trinité. Le Pen avec la lampe à pétrole de sa mère, Le Pen au milieu des menhirs, Le Pen sur sa planche à voile… Les images du jovial Breton d’origine modeste doivent effacer celles du tribun vivant en châtelain sur les hauteurs de Paris.

En août 1987, une équipe d’Antenne 2 le filme dans le jardin avec ses filles. La benjamine fête justement ses 19 ans. C’est la première apparition de Marine Le Pen à la télé. De retour de ses vacances en Bretagne, son père gâche tout sur RTL : « Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir, je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale. »

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Le 17 décembre 1987, c’est dans sa maison de La Trinité-sur-Mer que le leader d’extrême droite choisit de recevoir les journalistes Anne Sinclair et Jean-Marie Colombani pour l’émission « Questions à domicile ». Alain Le Bot/Gamma-Rapho.

C’est à La Trinité qu’il compte réparer les dégâts. Le 17 décembre 1987, il reçoit les Français en prime time pour « Questions à domicile », la grande émission politique de TF1, coanimée par Anne Sinclair et Jean-Marie Colombani, alors chef du service politique du Monde. Les filles de Le Pen sont là pour l’encourager avant le direct. Ambiance tendue. La journaliste est alors la cible des attaques antisémites du FN et de la presse d’extrême droite. « Il y avait un contentieux », résume-t-elle aujourd’hui. « Anne Sinclair avait refusé de boire un verre de cidre, pour marquer sa distance », se souvient juste Le Pen.

Il oublie son coup de sang. Quand les présentateurs annoncent la diffusion de l’extrait de RTL, il vitupère pour couvrir l’enregistrement. De la première phrase, les téléspectateurs n’entendront pas « Je ne dis pas… », juste «… que les chambres à gaz n’ont pas existé ». Le Pen poursuivra TF1 en justice, l’accusant d’avoir tronqué volontairement ses propos.

Anne Sinclair rentre à Paris résolue à ne plus interroger le patron du Front national. « C’est là que j’ai développé l’idée qu’on ne pouvait pas l’interviewer dans le cadre d’une émission normale », explique-t-elle. Elle rentre aussi de La Trinité avec un regret : « J’avais laissé chez lui une écharpe à laquelle je tenais, autant dire que je n’étais pas allé la récupérer. »

Un ancien Waffen-SS

En mai 1990, la France est cette fois sous le choc de la profanation du cimetière juif de Carpentras. C’est le moment choisi par Le Pen pour organiser à La Trinité une rencontre des députés européens d’extrême droite. Parmi eux, l’Allemand Franz Schönhuber, ancien Waffen-SS. Le maire (divers droite) André Nygren, un ami de Le Pen, donne son accord. Scandale sur le port. Les trois adjoints au maire menacent de démissionner.

Le patron de la droite locale, Christian Bonnet, ancien ministre et sénateur-maire de Carnac, dicte au maire un communiqué qu’il lit péniblement aux journalistes, débarqués en masse de Paris : la rencontre est interdite en raison d’un « choc émotionnel dont les conséquences seraient susceptibles de troubler l’esprit des Trinitains ».

Jean-Marie Le Pen a longtemps bénéficié de son statut d’enfant du pays. En 1983, il tente sa chance à une législative partielle dans la circonscription : 12,2 % sur la « circo », score impressionnant pour le FN de l’époque, 51 % à La Trinité elle-même. Aux présidentielles de 1988, 1995, 2002, il grappille dans le village jusqu’à cinq points de plus que dans le reste de la France. « Nul n’est prophète en son pays, sauf moi », en conclut-il aujourd’hui. Il oublie qu’en 2007, ici comme ailleurs, il a dû se contenter de 10 %.

« La Trinité, c’est un endroit où elle n’est plus Marine Le Pen et où elle peut être seulement Marine. » Florent de Kersauson, une connaissance de la famille, frère d’Olivier

Sur les listes électorales locales, les copains d’enfance se sont faits rares. Et de nombreux Trinitains refusent d’être associés aux Le Pen. Le village est de droite, aucun doute, mais pas d’extrême droite. Aux européennes de l’an dernier, le Rassemblement national n’a atteint que 13 %, dix points de moins qu’au niveau national. A la présidentielle, François Fillon a frôlé la majorité au premier tour, Marine Le Pen a ­plafonné à 10 %.

Lorsqu’elle lui succède en 2011 à la présidence du FN, elle aussi se met en scène dans la longère familiale. Pour rassurer les militants historiques, une interview au coin de la cheminée, là même où son père est né. Pour séduire le grand public, des photos devant les hortensias. Puis le portail bleu est définitivement fermé aux journalistes. Le décor politique redevient une maison de vacances. « La Trinité, c’est un endroit où elle n’est plus Marine Le Pen et où elle peut être seulement Marine », résume une vieille connaissance de la famille, Florent de Kersauson.

Son frère Olivier, le marin grande gueule, vogue quelque part en Polynésie et ne veut plus qu’on lui parle du temps où il apprenait la voile sur le bateau de Jean-Marie Le Pen. Florent, homme ­d’affaires et l’un des créateurs de La Route du Rhum, nous accueille dans l’ancienne maison de sa mère, en haut de La Trinité : « J’ai appris à nager à Marie-Caroline quand elle avait 5 ans, sur la plage en dessous. Pierrette, leur mère, demandait à maman de venir laver ses filles de temps en temps dans notre salle de bains, à l’époque où il n’y avait pas beaucoup d’eau chaude chez eux. »

En tenue de soubrette

Ce week-end du 14 juillet, il a emmené Marine en mer, un tour dans le golfe du Morbihan avant qu’elle reparte à Paris pour le discours de politique générale de Jean Castex, le nouveau premier ministre. A bord également, sa mère Pierrette, bientôt 85 ans, et sa sœur aînée, Marie-Caroline, avec son mari, le député européen RN Philippe Olivier, les anciens bannis.

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Auprès de Pierrette, son épouse à l’époque, le 3 septembre 1980. Daniel Simon/Gamma-Rapho

« Pierrette, c’était un sacré personnage pour La Trinité de l’époque, raconte une des mémoires du village. Elle se promenait seins nus sur le bateau de Jean-Marie, et elle était venue à une soirée chez le notaire de Carnac avec une jupe fendue jusqu’en haut. » En 1987, les Le Pen divorcent. « Si elle veut de l’argent, elle n’a qu’à faire des ménages », suggère monsieur dans Playboy.

Madame répond dans un autre numéro du magazine. Elle pose en tenue de soubrette en couverture, et nue en pages intérieures. Les photos sortent quelques jours avant le mariage de Marie-Caroline à La Trinité. C’en est trop. Les trois filles se liguent autour de leur père. La réconciliation sera officialisée trois décennies plus tard, quand Pierrette Le Pen apparaîtra à la fête organisée pour les 90 ans de Jean-Marie. Aujourd’hui, elle a trouvé refuge à Montretout et rejoint ses filles à La Trinité.

Extension et « trahisons »

Quand il faisait visiter sa modeste longère aux journalistes, Jean-Marie Le Pen ne précisait pas qu’il possédait une seconde maison, de l’autre côté du jardin. Il la rachète en novembre 1981 à un vieux Trinitain. Astuce fiscale, il apporte les fonds mais, par le truchement d’une donation, la propriétaire en titre est sa seule fille majeure à l’époque, Marie-Caroline. Les trois sœurs et bientôt leurs enfants profitent de cette extension de la résidence secondaire. Plus besoin de se serrer dans les quatre chambres de la longère, chacun peut enfin prendre ses aises.

Fin 1998, le FN est au bord de l’explosion. Jean-Marie Le Pen est contesté en interne. Il accuse son numéro deux, Bruno Mégret, de préparer un putsch. Mégret est exclu du parti et fonde le sien. Il emmène avec lui une partie des cadres historiques. Dont Marie-Caroline et son mari, Philippe Olivier. La fureur de Jean-Marie Le Pen redouble quand la félonne décide de vendre la seconde maison de La Trinité. Elle assure être étranglée financièrement par son père et ne pas avoir d’autre choix. « Elle a expulsé ses sœurs de la maison en plein week-end du 15 août », s’étrangle un fidèle du « président », comme on appelle encore Le Pen dans son dernier cercle de fidèles.

Jean-Marie, Yann et Marine Le Pen saisissent la justice pour faire modifier l’acte notarié de 1981 et réintégrer la seconde maison dans leur patrimoine. Echec devant le tribunal de grande instance de Lorient en 2001, puis devant la cour d’appel de Rennes l’année suivante. Comme le rapporte Le Télégramme de Brest, le père et les deux cadettes ont fait valoir que la donation de 1981 était en fait « une convention de prête-nom ».

Remplacer le nom Jean-Marie Le Pen par celui de son aînée dans les documents officiels aurait été censé « protéger le bien contre les actes de vandalisme ». Donné, c’est donné, ont estimé les juges, décrétant que Marie-Caroline était libre de faire ce qu’elle souhaitait de la maison. Celle-ci a été vendue en 2004 à des Rennais. Les vacances à La Trinité n’ont plus jamais été les mêmes.

Le manque de couchages

Comme Pierrette, Marie-Caroline est réapparue aux côtés de Jean-Marie Le Pen en 2018, lorsqu’on a fêté ses 90 ans. On la croise à nouveau à La Trinité, même si ses séjours dépendent du bon vouloir de ses sœurs. En pleine guerre pour le contrôle de la seconde maison, le père a transmis la première à Yann, Marine et leurs six enfants, dont Marion Maréchal. Il a signé deux donations, en 1999 et 2006. Dans sa déclaration de patrimoine pour la dernière présidentielle, Marine Le Pen évalue la valeur de sa part à 67 852 euros.

« Ma troisième fille, j’étais un peu fâché avec elle donc elle n’entrait pas en ligne de compte, nous explique Jean-Marie Le Pen avec un art certain de la litote. Notre souche est à La Trinité-sur-Mer, nous sommes réconciliés et par conséquent, je souhaiterais qu’elle rejoigne le peloton familial. Le problème, c’est que quand le nombre des enfants se multiplie, la part diminue d’autant. »

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Jean-Marie Le Pen, alors candidat à la présidentielle de 1995, pose avec un portrait de son père, pêcheur, le 30 mars de la même année. Marcel Mochet/AFP

Le manque de couchages dans les résidences secondaires, voilà le drame des familles nombreuses. Lui-même en a fait l’expérience. En juillet 2015, de passage dans le Morbihan, il doit dormir à Carnac, dans un hôtel tenu par un militant du FN. Cet été-là, c’est Marine et Jean-Marie Le Pen qui sont brouillés. La première, devenue présidente du FN, s’emploie à dédiaboliser le parti. Le second en est toujours président d’honneur et ne lui facilite pas la tâche.

Sur RMC et dans l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol, il confirme ses propos sur les chambres à gaz et le « détail », rend hommage à Pétain et s’inquiète pour l’avenir du « monde blanc ». Il assure que c’est pour des raisons pratiques qu’il n’a pas pu dormir dans sa maison natale cet été-là. A son retour du Morbihan, sa fille prononçait son exclusion du FN.

Prendre le contrôle du FN

Dix ans plus tôt, en janvier 2005, une interview à Rivarol avait déjà provoqué la colère de Marine Le Pen. « L’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine », y déclare le père, encore ­président du parti. Sa fille s’enfuit une dizaine de jours à La Trinité, séchant le bureau exécutif du parti et ignorant les appels sur son portable. C’est là qu’elle aurait décidé de prendre le contrôle du FN. Et c’est sur une plage locale qu’elle pose en 2012, bras en croix dans le vent et pieds nus dans les vagues, pour la couverture de Pour que vive la France, le livre devant servir de manifeste à sa première candidature à la présidentielle.

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Marine Le Pen, le 28 juillet 2010. Quelques mois plus tard, elle prendra la tête du parti de son père. Martin Bureau/AFP

« Elle voulait une image sympa, bien bretonnante », résume l’auteur des clichés, Philip Plisson, une autre personnalité de La Trinité. Peintre et photographe réputé, il possède une galerie sur les quais. Gamin, lui aussi a navigué sur le Général Cambronne du père Le Pen. Il explique avoir tout naturellement rendu service à sa fille, bénévolement, « comme je le ferais pour une copine ». On lui doit aussi la photo de l’affiche de campagne de 2012 – pas de plage ni de vagues, un simple gros plan sur fond bleu, les yeux droit dans ceux des électeurs – et celle de l’entre-deux-tours de 2017, une pose sage devant une bibliothèque : « C’était à La Trinité, chez des amis parce que ma bibliothèque, on l’aurait tout de suite reconnue avec tous mes livres de photos. »

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Marine, sa fille et successeure, le 28 juillet 2010. Martin Bureau/AFP

Le mur du jardin des Le Pen laisse apparaître le haut d’un platane. « C’est mon arbre jumeau, planté l’année de ma naissance, explique Jean-Marie Le Pen. À chaque fois que je viens, je lui fais un “abrazo” [une étreinte], je lui parle. Je n’arrive plus maintenant à en faire le tour avec mes bras, il est devenu trop gros. Il a le même âge que moi, il va être bientôt centenaire. Mes enfants l’ont fait rabattre assez sévèrement parce qu’évidemment, il masquait le soleil. » À La Trinité comme au Rassemblement national, l’ombre du patriarche ne gêne plus sa descendance.

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L’ancien président du Front national chez lui à La Trinité-sur-Mer, en septembre 1980. Daniel Simon/Gamma-Rapho

11 août 2020

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10 août 2020

Reportage - « Les gens viennent ici pour ça » : à Saint-Tropez, la fête n’est pas finie

Par Clément Guillou, Saint-Tropez (Var) - envoyé spécial - Le Monde

Malgré la fermeture des frontières européennes et des boîtes de nuit, le port varois est toujours bondé et continue de danser, qu’importent la crise et le Covid-19.

Cet été à Saint-Tropez, vous ne trouverez pas plus triste que DJ Jack-E – prononcez Jackie. Il devrait, chaque nuit, se glisser derrière les platines des Caves du Roy et, par tradition, égrainer les pays représentés dans cette institution de la nuit tropézienne : « Italia, USA, Mexico, Switzeland, Lebanon, Russia, Brazil… » Pas hier soir, pas ce soir, pas cet été. Le colosse varois, polo extra-large et des mains comme des battoirs, s’agace en sirotant un Coca light. La boîte de nuit est fermée, et c’est par téléphone que ses amis du bout du monde prennent des nouvelles. « Je leur dis qu’ici, tout va bien, sauf nous. On s’est fait complètement baiser. Les gens dansent partout, on aurait pu faire un été absolument magique. A Ibiza, Mykonos, tout est fermé : on est le seul endroit d’Europe où on peut rigoler un peu. »

De fait, ça rigole à Saint-Tropez. « Je n’ai jamais vu autant de monde en juillet dans les quinze dernières années, certifie Junior, le patron des Caves – qui force un peu le trait. On dirait qu’on a été quatre ans en guerre : il faut exploser. Ça me soulage de voir que Saint-Tropez a encore son attrait. »

Le village craignait d’être boudé par les touristes cet été, perdant à la fois sa clientèle internationale et l’un de ses principaux arguments de vente : la fête. Mi-juin, les palaces rouvraient presque à contrecœur, certains d’y laisser des plumes. Mais, dès les premiers jours, surprise : les habitués sont revenus. Certains n’avaient pas été vus dans la presqu’île depuis des lustres ; ils étaient à Saint-Barth. Quelques dégourdis, trompant la fermeture officielle des frontières, ont aussi trouvé le chemin de « Saint-Trop’ ».

Un port toujours rempli

Le taux d’occupation du Byblos, hôtel de luxe et d’excès, a baissé de 20 %. Moindre mal pour un établissement dont la clientèle vient, pour un tiers, d’en dehors de l’Union européenne. Son restaurant fait encore mieux car les clients quittent moins qu’avant le bord de la piscine où, soudain, la langue française a fait son retour. Même constat à La Ponche, bar de pêcheurs devenu hôtel 5 étoiles, dont les 20 chambres sont occupées presque chaque soir. Simone Duckstein, allègre propriétaire de 77 ans, ne s’inquiète que d’une chose : la toiture de sa voisine qui menace de tomber. « A mon âge, on n’a plus peur de rien, on est content d’être en vie et on profite des roses de son jardin. » Elle les offre à ses clients, qui ne s’appellent plus Bardot, Vian ou Sagan.

Les notoriétés de passage à Saint-Tropez, cette année, ont pour nom Neymar, Matt Pokora ou Maeva Ghennam et Carla Moreau, deux vedettes de télé-réalité qui nourrissent les fantasmes de leurs millions de followers en exhibant leurs repas noyés sous les magnums de champagne, les copeaux de truffe et le caviar beluga. Les stars internationales qui faisaient exister le village varois dans la presse people ont dû laisser leurs avions privés au sol, mais des capitaines d’industrie ou de jeunes influenceurs continuent de faire vivre les boutiques de luxe.

Le port, après un mois de juin et des premiers jours de juillet « mouligas », selon le mot du directeur Jean-François Tourret, est rempli quasiment tous les soirs malgré l’absence des Russes et Américains. « On bénéficie de l’effet Saint-Tropez, et tant mieux : j’ai horreur de voir des trous dans mon port », lâche M. Tourret, qui glisse au passage que ses concurrents de Porto-Cervo (Sardaigne) ou Antibes (Alpes-Maritimes) n’ont pas cette chance. Les villas qui surplombent la baie ont aussi fait le plein, qu’elles soient louées à une clientèle parisienne ou suisse, ou occupées par leur propriétaire et sa famille. Les rares maisons encore disponibles se louent à plus de 80 000 euros la semaine, réservées aux ultra-riches.

« JE PRÉFÈRE QUE LES EXCÈS SE FASSENT CHEZ NOUS QU’AILLEURS », CLAUDE MANISCALCO, DIRECTEUR DE L’OFFICE DU TOURISME

Ce succès inattendu serait, pour le directeur de l’Office de tourisme, Claude Maniscalco, la preuve que « cette terre est bénie des dieux ». Lui aussi plongeait dans l’inconnu. En juin, pour sauver la saison grâce aux locaux, la mairie a consenti à se priver des revenus de l’immense parking du port : cinq heures de stationnement offertes. Résultat : les routes du littoral ont rarement été aussi embouteillées et les glaciers du port sont dévalisés. Dès le long week-end du 14 juillet a repris le traditionnel ballet des « suceurs de glace », qui badent les jeunes fêtards sur les yachts et devisent des mérites comparés de la Lamborghini Huracan et de la Porsche Cayman S. « Les excursionnistes représentent la majeure partie de nos 6 millions de visiteurs et le bling-bling que certains nous reprochent est important pour nous, explique M. Maniscalco. Les deux clientèles sont complémentaires et je préfère que les excès se fassent chez nous qu’ailleurs. »

Patrice de Colmont, propriétaire du très huppé Club 55, doyen des plages privées de Pampelonne, rêve que la crise du Covid-19 signe un changement de direction dans le tourisme tropézien : plus de randonnées dans le massif des Maures, moins de douches au champagne. Il affirme que « Saint-Tropez n’est pas un Eurodisney pour adultes », que « la fête, ce n’est pas seulement de la techno et des douches au champagne », lui dont la clientèle, jamais disparue, est souvent constituée de grands patrons.

Mais, à 1 500 mètres à vol d’oiseau, de l’autre côté de la plage, il y a Christophe Coutal, des bras comme des rondins et le bronzage d’une vie. Lui, propriétaire du Moorea, a deux mois pour faire « rentrer du cash » et satisfaire une clientèle qui réclame surtout d’exhiber son corps et sa carte bleue. A Saint-Tropez, on compte plus de Coutal que de Colmont. « Les gens viennent là pour ça, pour la fête !, s’enflamme M. Coutal. Il y a un réel besoin de vivre. » Pas forcément de se protéger de la maladie, dans une région où l’épidémie de Covid-19 est presque passée inaperçue.

Restaurants ou discothèques ?

Les plages festives de Pampelonne ont, jusqu’à la fin juillet, géré les risques sanitaires avec une certaine libéralité, laissant les corps se mélanger au son de la musique électronique. Le reflet d’une région où les gestes barrières sont une chimère et où le masque, chaleur oblige, se porte le plus souvent sous le nez. « Je ne suis pas policier, justifie M. Coutal. Le jeune qui a pris deux magnums de rosé et qui veut draguer une gonzesse, si je lui demande de s’écarter, il va me dire : “Tonton, va boire ta soupe !” Pour eux, ils ne sont pas à risque. » Le gérant du Moorea, comme pour illustrer, claque la bise à un ami et constate que, huit semaines après le débarquement des touristes, Saint-Tropez semble immunisée. Au 29 juillet, le Var comptait zéro « cluster » – hors Ehpad et milieu familial restreint –, un taux de positivité dans la moyenne française et 51 personnes hospitalisées pour la maladie. « Début juin, on avait super peur et aujourd’hui, les centres de réanimation devraient déborder. Mais l’unité Covid de l’hôpital de Fréjus est vide. Peut-être que [Didier] Raoult a raison ! »

Quand la fête à Pampelonne s’arrête, en fin d’après-midi, elle se poursuit dans Saint-Tropez, dans des restaurants qui, passé une certaine heure, ressemblent drôlement à des discothèques : videurs à l’entrée, shorts interdits, addition minimum pour obtenir une table et même canons à fumée et danseuses sur des tables. Pour certains, c’est le cas chaque année. Mais la fermeture des boîtes de nuit a incité les gérants à pousser le curseur de la fête un peu plus loin. Comme le dit Junior, patron des Caves du Roy, qui observe avec philosophie certains se lancer dans le métier : « Ça rapportera toujours plus de vendre une bouteille de vodka qu’une entrecôte. »

Ces reconversions d’un été sont peu du goût d’une autre institution locale : la gendarmerie de Saint-Tropez. Le colonel Alexandre Malo, patron du groupement de gendarmes du Var, reçoit dans l’une des deux casernes de la ville – l’autre étant celle du maréchal des logis-chef Cruchot, devenue un musée. Il confirme que « l’activité principale de certains établissements de restauration est devenue celle d’une discothèque. S’ils organisent un espace où les gens peuvent se regrouper et danser, s’ils créent des événements pour attirer le public, ils mettent en place les conditions pour que la réglementation ne soit pas respectée ».

Les gendarmes veillent

Depuis une semaine, les gendarmes de Saint-Tropez sont devenus plus sévères à l’égard des établissements ostensiblement consacrés à la danse. Une petite dizaine de procès-verbaux ont été dressés, soit à l’encontre de bars, soit visant des plages privées. Trois d’entre elles ont été verbalisées à plusieurs reprises, et certaines plages de Pampelonne sont désormais équipées de guetteurs qui surveillent l’arrivée de la maréchaussée, rapporte Var-Matin. Pourtant, selon le colonel Malo, « les professionnels qui ont été mis en demeure comprennent assez vite les enjeux » : fermeture administrative et pertes économiques.

LA PRESQU’ÎLE S’EFFORCE D’ÉVITER UN NOUVEAU TOURBILLON MÉDIATIQUE OU LA NAISSANCE D’UN FOYER ÉPIDÉMIQUE

A la suite de la diffusion massive d’images de fête au Nikki Beach, une plage de Pampelonne – qui a annulé tous ses événements et réduit sa jauge d’accueil de moitié –, la question est devenue politique. La presqu’île s’efforce d’éviter un nouveau tourbillon médiatique ou la naissance d’un foyer épidémique. « Il est temps que chacun prenne ses responsabilités, il y a encore une belle saison devant nous, s’inquiète Roland Bruno, maire de Ramatuelle, commune des plages de Pampelonne. Ne la gâchons pas par des attitudes suicidaires. » Lundi 3 août, la mairie de Saint-Tropez doit réunir des professionnels pour évoquer « la capacité à gérer l’impact touristique attendu au mois d’août ». Frédéric Prévost-Allard, adjoint au tourisme, traduit : « On ne veut pas d’une image qui dise : “C’est open bar à Saint-Tropez.” Un manque de sérieux nous porterait préjudice. On n’est pas là pour transgresser les règles de l’Etat ; mais si dérive il y a, tout ne pourrait pas retomber sur la mairie. »

Il sera plus délicat de mettre fin aux soirées organisées dans des villas ou sur des yachts ancrés dans la baie des Canoubiers. Var-Matin s’en inquiète : lorsque les décibels montent des pontons, la plus célèbre résidente du coin, Brigitte Bardot, s’agace un peu plus encore. Elle qui aurait pu rêver d’un premier été de tranquillité à La Madrague doit se résigner à ce que Saint-Tropez, dont la mort fut mille fois annoncée, semble survivre à tout.

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