Marie Ange Casta à l'occasion de la Fashion Week
Nuit Blanche: Les artistes ont eu des galères pour leurs performances (mais ils l'ont un peu cherché)
ART On ne se lance pas dans une performance d'art contemporain sans préparation...
Abraham Poincheval a rejoint sa plateforme lundi 26 septembre
Parmi les œuvres du parcours 2016 de Nuit Blanche, il y a, comme de coutume maintenant, bon nombre de performances. Sans qu’il puisse expliquer pourquoi, Jean de Loisy, directeur artistique de l’événement en convient : « Même si le programme est exigeant, il faut que Nuit Blanche reste un parcours spectaculaire, vivant, qui suscite des réactions et des débats. La performance est une forme qui cadre bien avec le décor d’une déambulation nocturne. »
Nous avons rencontré cinq artistes programmés par Nuit Blanche pour qu’ils nous expliquent leurs performances :
Estelle Delesalle installe un atelier de construction et de destruction de coeurs en bois...
Pierre Delavie retourne et «perce» la façade de la Conciergerie...
Oliver Beer nous fait écouter les sons subaquatiques de la Seine...
Ils ont bien galéré pour organiser ou réaliser leurs performances. En même temps, ils l’ont un peu cherché. A-t-on idée de passer cinq jours sur une plateforme de trois mètres carrés perchée à vingt mètres de haut ? Pour son expérience de stylite contemporain, déjà menée à deux reprises « mais moins haut », Abraham Poincheval ne se faisait pas trop de soucis. Après tout, il a déjà passé une semaine dans un trou dans le centre-ville de Tours, et quinze jours dans un ours empaillé du Musée de la chasse et de la nature à Paris. « L’aspect logistique est un peu toujours le même. On me demande toujours comment je fais pour mes déchets, disons, organiques. ça interroge toujours les gens. Disons que je m’organise. Me coltiner les aspects concrets de l’expérience, ça me permet d’aller au-delà du concept. Mais je ne sais pas à l’avance ce que je vais vivre, c’est pour ça que je le fais d’ailleurs. »
Des tronçonneuses dans Paris
Estelle Delesalle a, elle, convié quatre bûcherons champions de France à débiter toute la nuit une trentaine de troncs pour en faire de petits cœurs en bois.
« Il y a des questions de sécurité assez complexes, bien sûr. On amène quand même des haches et des tronçonneuses… » L’artiste britannique Oliver Beer a également eu de petits soucis avec les forces de l’ordre. Son installation sur le pont des Arts propose de capter et de restituer avec des haut-parleurs les sons subaquatiques de la Seine.
Oliver Beer installe son oeuvre - Oliver Beer
« Je suis venu faire des essais pour savoir à quelle profondeur il fallait immerger les micros pour obtenir des sons intéressants. Mais à peine trente secondes après avoir commencé, des policiers sont venus me demander ce que je fabriquais. Vous pouvez avoir confiance en votre police ! Ils ne laisseront jamais un Anglais bizarre faire n’importe quoi dans la Seine. »
La Conciergerie de Paris sera sens dessus dessous grâce à - Pierre Delavie
Pierre Delavie pour sa part s’est mis en tête de couvrir la façade sur Seine de la Conciergerie avec une bâche de 1.200 m2. « Je fais des créations in situ donc c’est toujours un peu nouveau. Mes œuvres ne sont pas transposables à d’autres endroits. Mais bien sûr, je m’améliore d’un point de vue technique, je connais mieux la distance du regard par exemple. » La vraie gageure de son œuvre est de créer l’illusion. Le passant aura l’impression folle de voir l’intérieur du bâtiment retourné, avec le haut des voûtes médiévales inondées… Mais finalement, l’aspect technique n’est pas ce qui cause le plus de souci à l’artiste. « Je sais que je n’y peux pas grand-chose mais j’aimerais qu’on n’utilise pas trop le terme de « trompe l’œil » pour parler de mon travail, je trouve que c’est un concept désuet et facile, je préfère l’expression "mensonge urbain". Je revendique le mensonge. »
Le contact humain
Laurent Tixador est un habitué des performances avec de fortes contraintes. Il essaye régulièrement de rallier un point A à un point B, soit nu soit en ligne droite soit uniquement armé d’une boussole. Pour Nuit Blanche, il a inventé une maison mobile escamotable… Compliquée à créer puis à utiliser, sa maison lui fournira un abri pour passer plusieurs nuits sur les quais parisiens où il ne craint pas les mauvaises rencontres. « Ce n’est pas le Bronx non plus. Mais c’est vrai que d’habitude je travaille plutôt caché. Là, des gens vont venir nous voir, on sera en contact avec différentes populations. »
C’est finalement l’autre point commun de ces artistes de Nuit Blanche. Tous ont hâte de pouvoir échanger avec les passants et jauger leur réaction. « Si quelqu’un passe, me voit et se demande pourquoi je me suis perché comme ça à vingt mètres de haut, mon contrat est rempli » explique Abraham Poincheval. Pierre Delavie espère qu’avec son œuvre « les gens pensent un peu à ce qui les entoure, c’est peu et c’est tout à la fois. » peu importe l’énergie déployée, Estelle Delesalle et Oliver Beer veulent créer un instant hors du temps. Que ce soit en découvrant la richesse du monde sous-marin ou en prenant le temps de s’interroger sur ce que signifie le sentiment amoureux.
Pour la Nuit Blanche le CRAZY HORSE PARIS présente "MUSES"
Performance - Jardin du Petit Palais
Dans le jardin du Petit Palais, une rencontre envoûtante apaise Poliphile. Comme à de nombreuses reprises dans le roman, les nymphes viennent en aide à notre héros éprouvé pour le guider et l’émerveiller. En signe de rupture avec le monde réel, un flash de lumière blanche éblouit les visiteurs qui pénètrent dans l’enceinte du jardin. C’est un monde féerique qu’ils découvrent alors dans ce somptueux décor 1900. Cachées derrière les colonnes du péristyle, les nymphes du Crazy Horse semblent s’être réfugiées en ce lieu enchanteur. Au milieu du bassin central, elles font onduler leurs robes vaporeuses et chuchotent doucement à l’oreille des visiteurs.
Cabaret incontournable des nuits parisiennes, le Crazy Horse fête ses 65 ans. La maison mythique est réputée pour ses danseuses vêtues uniquement de lumière sur scène. En accueillant des metteurs en scène et des créateurs venus de la danse ou de la mode comme Philippe Découflé, Dita Von Teese ou Chantal Thomass, le cabaret renouvelle en permanence sa vision du glamour et de la féminité.
PARIS : La cathédrale orthodoxe va se faire désirer
Quai Branly (VIIe). Tout est prêt pour l’inauguration du centre cultuel et culturel orthodoxe. Tout, excepté la décoration intérieure de l’édifice. Selon Jean-Michel Wilmotte, l’architecte, il faudra encore plusieurs mois de travail. De l’extérieur, l’édifice se laisse admirer. Mais à l’intérieur, les murs sont vierges de tous décors traditionnels.
Le centre cultuel et culturel orthodoxe est fini. Une visite de presse est même organisée ce matin, quai Branly (VII e). Seule la cathédrale, le cœur même du site, nouveau monument dans le paysage de Paris avec ses cinq bulbes, va encore se faire attendre. Et cela, même si l’extérieur se laisse déjà admirer, avec ses larges portes de chêne dont chacun des deux ventaux pèse 400 kg. Les Parisiens qui circulent s’arrêtent. Et se laissent surprendre…
« Regardez comme les quatre bâtiments s’intègrent au quartier. Rien n’a été laissé au hasard. La cathédrale est dans l’axe même du palais de l’Alma que l’on redécouvre », se réjouit Jean-Michel Wilmotte, l’architecte des lieux. Il fait ses dernières visites accompagné des techniciens de Bouygues Construction. La librairie du centre culturel s’ouvrira directement sur le quai Branly. A l’étage, une cafétéria permettra d’avoir une vue sur les bulbes. Elle sera aussi aux premières loges quand les dix cloches en alliage de bronze et d’argent sonneront.
En Russie, les artisans ont encore deux ans de travail
Dans le centre cultuel, l’auditorium de 200 places est un exploit architectural. « Il n’y a aucun pilier dans le foyer. L’ensemble de la structure des gradins est suspendu au plafond », précise un ingénieur. Enfin, l’école, franco-russe n’attend plus que ses 150 élèves de primaire.
« Toutes les façades donnent sur l’avenue Rapp. C’est la continuité de la ville », insiste Jean-Michel Wilmotte qui admire les façades de pierre de Bourgogne rythmées par le verre sur laquelle la lumière joue tout au long de la journée.
Tout est prêt… Sauf la décoration intérieure de la cathédrale. « L’enduit a été spécialement importé de Russie. Il a fallu mettre entre 9 et 13 couches, avec parfois 28 jours de séchage… un exploit », estime un technicien. Sur les 24 m de hauteur, les reliefs ont été savamment préservés afin de donner l’impression du temps. Mais c’est en Russie, maintenant, que les artisans travaillent aux 3 000 m 2 de fresques et de mosaïques. Il faudra encore deux ans de patience pour que tout soit ici achevé. Les ouvertures latérales devraient sublimer le tout. L’acoustique est parfaite. Si l’inauguration officielle a lieu le 19 octobre, il faudra être patient pour admirer les décors traditionnels.
Image de synthèse










