On croyait l’esclavage enfermé dans les livres d’Histoire : ferré aux lettres, aux pages, aux images et sous bonne garde des consciences éduquées. On le disait dispersé comme la poussière de siècles obscurs et révolus. Hélas, au XXIe siècle, l’esclavage est en pleine expansion :« Aujourd’hui encore, des millions de personnes – enfants, hommes et femmes – sont privées de liberté et contraintes à vivre dans des conditions assimilables à l’esclavage », dénonçait le pape François (1) . Des organisations criminelles développent l’esclavage à grande échelle. Ainsi, Boko Haram au Nigéria : des centaines de personnes ont été libérées cette semaine, mais des milliers d’autres restent captives et victimes de leurs crimes. Ainsi, le soi-disant État islamique et son« marché aux esclaves » : « On retrouve des femmes, capturées, sur les marchés de Raqqa et de Mossoul, vendues comme esclaves, avec une pancarte accrochée autour du cou, pour afficher leur prix. » (2) À ce scandale s’ajoutent les trafics d’organes, de migrants qui sont aussi des formes d’esclavage. Nos sociétés de consommation ne sont pas sans reproches : nombre de biens sont fabriqués dans des conditions inhumaines. Pensons aux enfants travaillant dans les mines pour extraire les minerais nécessaires à la fabrication de nos outils électroniques ; pensons aux conditions de travail des habitants des pays pauvres pour fabriquer vêtements, portables… De plus, les pays riches sont de grands consommateurs de drogues. De ce fait, ils financent les trafiquants, leur donnant les moyens de s’armer, de s’organiser pour spolier des terres et forcer les paysans pauvres à travailler pour eux… Indirectement, ils alimentent la guerre des gangs qui fait tant de victimes dans les quartiers de villes immenses et misérables ! L’égoïsme et l’hypocrisie culminent avec la« gestation pour autrui » qui ouvre la porte à un nouveau« marché des femmes » . Pas des femmes riches bien sûr, mais des femmes et des jeunes filles pauvres, très pauvres de notre petite planète. Celles qui louent leurs ventres puis vendront leur bébé uniquement pour tenter d’échapper à la misère !« Aujourd’hui comme hier, déclarait le pape François,à la racine de l’esclavage, il y a une conception de la personne humaine qui admet la possibilité de la traiter comme un moyen et non une fin. » Il est donc indispensable que les Européens prennent conscience des conséquences de leurs modes de vie, de leur responsabilité morale et commerciale. Le pape François appelle toutes les personnes de bonne de volonté de la planète à se mettre en marche,« à ne pas détourner le regard face aux frères et sœurs en humanité, privés de la liberté et de la dignité… La mondialisation de l’indifférence requiert que nous nous fassions tous les artisans d’une mondialisation de la solidarité et de la fraternité qui puisse leur redonner espérance. » Article de Jeanne Emmanuelle Hutin - Ouest France.
(1) Message du Nouvel An. (2) L’État islamique, Samuel Laurent, Le Seuil, page 106.