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Jours tranquilles à Paris

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21 mars 2020

Coronavirus : plus de 800 millions de personnes appelées à rester chez elles dans le monde

Alors que la pandémie de Covid-19 a fait au moins 11 310 morts, les mesures de confinement se multiplient. Elles concernent désormais cinq Etats américains, la Tunisie et la Polynésie, quand Cuba a fermé ses frontières aux touristes.

Le décompte ne cesse d’augmenter : le coronavirus a fait au moins 11 310 morts depuis son apparition en Chine en décembre, selon un bilan établi par l’université américaine Johns Hopkins, samedi 21 mars à 2 heures (heure de Paris), dont près de 6 000 en Europe.

En réponse, les mesures de confinement se multiplient à travers le monde, portant à plus de 800 millions le nombre de personnes appelées à rester chez elles à l’échelle internationale.

Des mesures plus restrictives envisagées

L’Italie, placée en confinement généralisé depuis une semaine, affiche un bilan particulièrement sinistre : 627 décès ces dernières vingt-quatre heures, un record portant le bilan du pays au-delà de 4 000 morts. Rome envisage d’adopter rapidement de nouvelles mesures plus restrictives, notamment sur les activités de plein air, afin de dissuader encore davantage la population de sortir.

L’Espagne a, elle, dépassé 1 000 décès et se prépare au pire avec près de 20 000 cas.

Le gouvernement britannique a ordonné la fermeture des pubs, restaurants, cinémas, salles de gym et théâtres. La Belgique a décidé de fermer ses frontières pour tout déplacement « non essentiel », mais pas pour le fret. La Bavière, deuxième Etat régional le plus peuplé d’Allemagne (13 millions d’habitants), et la Sarre ont décrété le confinement général.

Des confinements Etat par Etat en Amérique

Emboîtant le pas de la Californie, les Etats de New York, l’Illinois, le New Jersey, la Pennsylvanie, le Connecticut et le Nevada ont décrété, vendredi, l’arrêt de toutes les activités non essentielles pour faire face à la pandémie de coronavirus. Les sept Etats désormais concernés par ces mesures restrictives comptent environ 100 millions de personnes, dont 60 millions pour la Californie et New York.

Malgré ces décisions, le président, Donald Trump, a écarté l’idée d’un confinement au niveau fédéral. « Je ne pense pas que nous jugerons cela nécessaire un jour », a-t-il dit, soulignant que la Californie et New York étaient « deux points chauds ».

Les frontières se ferment à travers le monde

La mesure est décidée ailleurs dans le monde, comme en Tunisie, où les autorités n’ont pas précisé la date de son entrée en vigueur, ni sa durée. Cuba, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ont également fermé leurs frontières. Le couvre-feu a été imposé en Haïti, en République dominicaine voisine, et à partir de samedi en Jordanie.

Le Guatemala a, de son côté, décidé de stopper son industrie « non essentielle », dès lundi. Le président a précisé que les supermarchés, les stations-service, les banques et les autres commerces resteraient ouverts.

En Colombie, le confinement général devient « obligatoire » à partir de mardi et jusqu’au 13 avril.

Des exceptions au confinement

La Suisse a, elle, durci ses mesures, interdisant les rassemblements de plus de cinq personnes. Mais elle a écarté tout confinement, estimant qu’il s’agissait de « politique spectacle ».

Le gouvernement a débloqué 32 milliards de francs suisses (30,4 milliards d’euros) supplémentaires pour soutenir l’économie. Une enveloppe de 10 milliards de francs suisses avait déjà été annoncée il y a une semaine. « Notre économie fonctionne actuellement à environ 80 % de sa capacité et nous devons faire tout notre possible pour maintenir un niveau d’activité suffisant », a déclaré le ministre de l’économie, Guy Parmelin, au cours d’une conférence de presse à Berne.

Aucun cas local en Chine

La Chine n’a enregistré samedi, pour le troisième jour de suite, aucun nouveau cas de contamination d’origine locale au coronavirus, mais les autorités sanitaires ont fait état de 41 cas importés supplémentaires, un record journalier. Le nombre de cas « importés » depuis l’étranger s’élève désormais à 269.

La Chine a recensé au total plus de 81 000 personnes contaminées, dont seules 6 013 sont encore malades, selon les autorités sanitaires.

L’Union européenne lâche la bride budgétaire

Face à cette crise sanitaire, l’Union européenne (UE) a annoncé la suspension de ses règles de discipline budgétaire, une mesure inédite. Concrètement, la Commission a donné son feu vert pour permettre aux Vingt-Sept de déroger temporairement à ce pacte, qui fixe les règles budgétaires aux Etats ayant adopté la monnaie unique. Créée en 2011, en pleine crise de la zone euro, cette clause n’avait jusqu’alors jamais été activée. Parmi les obligations que les Etats membres n’auront plus à respecter figure la fameuse règle imposant que leur déficit public reste inférieur à 3 % de leur produit intérieur brut (PIB).

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21 mars 2020

Caroline Vreeland

caroline vree

21 mars 2020

Festival photo de La Gacilly

Nous vous donnons rendez-vous à La Gacilly en juin pour venir découvrir les artistes de VIVA LATINA ! 17e édition du festival, dédiée à l'Amérique latine et la biodiversité. (e) Cyril Drouhet tirage grands formats depuis les laboratoires de @metropolemedia, des œuvres de @luisadorr exposées cet été

#lagacillyphoto #artcontemporain

gacilly

21 mars 2020

Parasite (Samedi 21 mars à 23 heures sur Canal +, Samedi 28 mars à 20h55 sur Canal + Décalé)

parasite

Il a remporté à lui seul quatre statuettes aux Oscars, dont celle du meilleur film et du meilleur réalisateur. Vous pourrez découvrir ou redécouvrir Parasite, le bijou sud-coréen de Bong Joon-ho, ce samedi à partir de 23 heures. Une comédie noire, qui suit les membres de la famille de Ki-taek, tous au chômage. Ces derniers s’intéressent au mode de vie de la richissime famille Park, jusqu’à ce que, un à un, ils parviennent à se faire employer chez eux. Le début d’un engrenage incontrôlable… Le film avait particulièrement séduit la rédaction de Première, dont la critique est à retrouver par là : "Bong s’amuse donc avec les genres, reprenant les codes du home invasion, construisant un simili film de casse (avec recrutement des membres et mise en place d’un plan infaillible) et troussant une farce où les chamailleries de la famille deviennent le ressort de scènes de comédie d'un film qui est au fond aussi drôle qu'inquiétant. Car, malgré l’humour dévastateur du début, Parasite devient vite un film à suspens où la tragédie le dispute à la bouffonnerie : quand le destin s’abat sur cette maison de rêve le film bifurque vers la métaphysique et l’absurde kafkaïen."

21 mars 2020

Où vais-je aller ?

appartement

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21 mars 2020

Tribune - « Il est maintenant permis d’espérer la sortie de la crise du coronavirus »

Par Lucien Abenhaim, Professeur d’épidémiologie

L’exemple chinois montre qu’il est parfaitement possible d’endiguer complètement l’épidémie en France, à condition que les mesures de confinement généralisé soient fermement appliquées, estime, dans une tribune au « Monde », Lucien Abenhaim, professeur d’épidémiologie et ancien directeur général de la santé.

Grâce aux nouvelles mesures annoncées par l’exécutif en France face au coronavirus, qui vont jusqu’à restreindre sous la contrainte la circulation des personnes – celles-ci devant désormais justifier de tout déplacement hors d’une résidence –, il est maintenant possible d’effectuer quelques prévisions sur la sortie de crise.

Pour cela, on ne dispose certes que des enseignements de trois situations dans lesquelles des mesures de confinement ont été prises depuis quelques semaines, celles de la Chine, celle de la Corée du Sud et de l’Italie. Il est trop tôt pour juger dans ce dernier cas. L’expérience chinoise est en fait multiple car ce pays de plus de 1,4 milliard d’habitants est composé de nombreuses provinces et territoires dont chacun est de taille souvent comparable à celle des grands pays européens. Et, si l’on se fie aux données publiques, il semble bien que l’épidémie y soit maîtrisée partout depuis maintenant plusieurs semaines.

Si l’on rappelle souvent qu’il y a eu en Chine plus de 80 000 cas rapportés de Covid-19 dont plus de 3 250 morts, on doit noter que ce pays a, en fait, connu deux situations distinctes, riches d’enseignements : d’une part la province du Hubei, de près de 60 millions d’habitants, épicentre de l’épidémie où tout, semble-t-il a commencé, et d’autre part la totalité des autres provinces et territoires, y compris Hongkong, qui représentent ensemble plus de 1,3 milliard d’habitants.

« MÊME EN IMAGINANT UNE SOUS-DÉCLARATION IMPORTANTE DE LA MORTALITÉ, IL SEMBLE BIEN QUE LA CHINE AIT ENDIGUÉ L’ÉPIDÉMIE »

Or, 3 150 environ des décès rapportés en Chine sont survenus dans le Hubei (1 résident de cette province sur 20 000) et, à la date du 19 mars, environ 120 ont été déclarés dans le reste du pays (1 résident sur 10 millions !). Même en imaginant une sous-déclaration importante de la mortalité, il semble bien que la Chine ait endigué l’épidémie. Une fois le confinement appliqué avec efficacité, le taux de croissance de l’épidémie est passé rapidement en Chine à moins de 30 % par jour pour atteindre moins de 1 % ou 2 % en quatre semaines une fois ce seuil franchi. L’augmentation de 30 % par jour reflète une transmission en l’absence de réelle contrainte, selon le taux de reproduction (R0) connu de la maladie.

Il faut aussi garder à l’esprit, comme le montre un travail des épidémiologistes chinois publiés cette semaine dans la revue Science, qu’au début de l’épidémie, 95 % des cas sont passés inaperçus. La diffusion pandémique était dès lors inévitable. Par la suite, quand on a mieux compris la situation (après le 24 janvier), ce taux est descendu autour de 30 % et a chuté ensuite exponentiellement. Une situation tout à fait comparable est survenue en Corée du Sud.

Quelques projections

La France ayant maintenant pris des mesures au moins similaires à celles prises dans les provinces chinoises autres que le Hubei (où des mesures de guerre ont été appliquées, que l’on se souvienne des hôpitaux préfabriqués montés en quelques jours ou de la surveillance policière du respect du confinement), il est possible d’estimer à quel moment l’on devrait pouvoir sortir de la crise. Il est certes trop tard pour espérer limiter l’épidémie en France à celle des provinces chinoises hors Hubei, mais on peut faire quelques projections basées sur les expériences chinoise et sud-coréenne. Si la même dynamique est observée en France, l’épidémie pourrait pour l’essentiel être stoppée dans quatre à six semaines, entre la mi et la fin avril. Mais cela ne se fera qu’à plusieurs conditions.

La première condition est que les mesures de confinement généralisé soient bien appliquées. Ce qui demande fermeté et discipline. La fermeté étant nécessaire parce qu’il est rare que la discipline soit spontanément parfaite, du moins dans les pays latins. On ne peut pas compter, en période d’épidémie, sur la compréhension fine des risques par tous et l’information ne suffit pas – les plus résistants à la discipline ne sont d’ailleurs pas toujours les moins éduqués. Seules des mesures fermes peuvent être suivies d’effets dans ces circonstances. La décision d’imposer des contraintes est donc plus que bienvenue. Il faudra sans doute encore en ajouter pour arrêter vraiment l’épidémie en France.

Ne pas se décourager en chemin

La deuxième condition, moins évidente, est qu’il ne faut pas se décourager en chemin devant la multiplication des cas. Il faut comprendre que même si le taux de contamination baissait drastiquement dès aujourd’hui, le nombre de cas va donner l’impression de croître de façon extraordinaire pendant au moins deux ou trois semaines, du fait de l’apparition de cas contaminés avant la prise des mesures de confinement et de la transmission entre personnes confinées. A la fin mars ou au début avril, même si le taux d’augmentation journalier passait à moins de 5 % grâce au confinement, le modèle que nous utilisons prédit qu’il y aurait environ 40 000 ou 50 000 cas en France. Et le chiffre augmenterait encore significativement pendant quelque temps même si l’épidémie elle-même était sur sa fin…

La troisième condition est de croire en la victoire contre l’épidémie. L’exemple chinois montre qu’il est parfaitement possible de l’arrêter et de l’endiguer complètement, si on ne se contente pas de tenter de « l’écrêter » ou de « l’étaler » comme certains chercheurs ont pu le dire ou le préconiser pour l’Europe, ni compter sur une quelconque « immunité de groupe » comme cela a été évoqué un temps par un conseiller scientifique britannique. Il ne faut pas se croire plus malin que le virus. On a vu des théories toutes plus séduisantes les unes que les autres, des modèles mathématiques incroyablement sophistiqués, prévoir l’apocalypse ou expliquer finement qu’il fallait se contenter de gagner des batailles mais que le nombre de cas total était une fatalité. Tout cela est sujet à caution. Les observations réelles suffisent à constater qu’il est possible non seulement d’arrêter l’épidémie mais encore de réduire considérablement le nombre total de victimes. Les mesures contraignantes sont donc parfaitement justifiées et il faudra les maintenir sans céder au découragement car elles fonctionnent.

Lucien Abenhaim, professeur honoraire d’épidémiologie à l’Ecole de santé publique de Londres, est ancien directeur général de la santé et ancien membre du comité exécutif de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS). Il a géré l’épidémie de SRAS, en France, en 2003.

21 mars 2020

Paris confinée, “le cœur de l’Europe a cessé de battre”

corona tour eiffel

Vu de l’étranger - COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Pour faire face à la pandémie de Covid-19, le gouvernement français a annoncé le confinement du pays. Paris, habituellement fourmillante, est aujourd’hui presque à l’arrêt. Dans la presse étrangère, les journalistes sont nombreux à décrire les rues vides de la ville, et à lui rendre hommage avec mélancolie.

“Paris a tout vu. La peste noire et la Révolution. L’occupation et les barricades des étudiants. Les attaques terroristes et l’incendie d’une cathédrale”, décrit El País. Mais “ce que la ville n’avait jamais vu auparavant, c’est le confinement de toute sa population, les rues désertes, les brasseries fermées, les transports publics quasi-vides” et les passants “portant un masque, l’air grave”.

“Eh bien, ce Paris-là existe”, complète La Tribune de Genève. Et “il est devenu le cauchemar des Parisiens” depuis que le pays est entré en confinement pour lutter contre la propagation du Covid-19. Les déplacements sont interdits sauf dans certains cas et avec une attestation (se rendre au travail si on ne peut pas télétravailler, aller chez le médecin, faire ses courses, promener son chien ou encore faire de l’exercice physique, seul).

Une ambiance sépulcrale

Fini le temps où de nombreux Parisiens profitaient inconsciemment du soleil dans les parcs ou sur les bords de Seine, comme ce fut le cas dimanche 16 mars – “un spectacle qui avait révolté les médecins affairés à combattre le virus, dans des hôpitaux au bord de la saturation”, note Le Temps. La capitale est désormais “à l’arrêt”, explique la correspondante en France de Die Welt. “Cela ressemble à une guerre ou à un accident nucléaire.” C’est “si calme”, pour ce journaliste d’El Mundo, que sur les bords de Seine, “on entend l’eau se briser contre les piliers des ponts”.

“À la gare du Nord, l’ambiance est sépulcrale”, renchérit La Tribune de Genève. “Partout, les parcs et jardins sont fermés ‘jusqu’à nouvel ordre’.” Et dans le métro, “les stations sont vides, les quais déserts.”

Sur les vitrines des boulangeries, pharmacies et magasins, relate The Financial Times, des panneaux invitent les personnes à maintenir un mètre de distance entre elles. Dans les supermarchés, précise El Mundo, plusieurs étagères sont vides de produits : les pâtes, le papier toilette, l’alcool et même, le chocolat.

Preuve que les gens sont stressés !”

Des vacances sinistres

De nombreux “Parisiens, qui ont une résidence secondaire à la campagne ou de la famille ailleurs, ont décampé pour attendre la fin de la quarantaine”, rapporte le FT. Une situation qui a parfois été accueillie “avec une certaine froideur” par les habitants des lieux, constate The Guardian.

Mais, interrogée par The Daily Telegraph, une jeune femme justifie : “Avec mon mari, nous vivons dans un appartement de 60 mètres carrés et l’idée d’être enfermés avec trois enfants âgés de huit mois à six ans et demi n’était tout simplement pas possible.” Désormais installée dans la maison de sa mère, en Normandie, elle ajoute :

Si cela peut paraître idyllique, c’est un curieux mélange entre le sentiment d’être en vacances et quelque chose de plus sinistre.”

Fluctuat nec mergitur

À Paris, “ceux qui restent, occupent des appartements souvent exigus”, explique le FT. Et dans cette situation, remarque le correspondant d’El Mundo, “on comprend ce qu’il est bon de vivre. […] Entendre le camion poubelle ou récupérer son journal dans la boîte aux lettres prend désormais une saveur particulière”.

Une sensation qui est la même pour la journaliste de Die Welt. Elle déplore néanmoins, après avoir promené son chien sur “la place vide de la Concorde”, que la situation a “des airs de fin des temps”.

Mais si, “le cœur de l’Europe a cessé de battre”, elle tient quand même à rappeler que, “fidèle à sa devise, Paris tangue mais ne coule pas” (Fluctuat nec mergitur). Peut-être, conclut-elle, qu’“en réalité, la ville est encore plus belle sans la foule”.

21 mars 2020

Plage interdite !

corona plage

21 mars 2020

Pourquoi le sexto peut mener à l'orgasme

Un Français de plus de 18 ans sur deux envoie des sextos. En décrivant des actes sexuels, ces messages font appel à l’imagination et aux souvenirs de l’autre pour l’exciter. Avec ces correspondances érotiques, le smartphone est devenu un nouvel objet déclencheur de jouissance.

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“Les sextos, c’était la vie sexuelle qu’on n’avait pas.” En deux ans et demi de relation, Julie et Pierre* n’ont passé que six mois dans la même ville. Entre Lille et Varsovie, l’étudiante en master et son petit ami ne pouvaient pas faire l’amour autant qu’ils le voulaient. Pour combler le manque, ils échangeaient des sextos. Dans un cadre privé entre deux personnes volontaires - condition nécessaire traçant la frontière entre sexto et harcèlement -, ces messages visent à exciter le destinataire en faisant appel à son imagination. Les mots peuvent être ponctués de photos, vidéos, émojis ou enregistrements vocaux, profitant alors de toutes les possibilités offertes par les smartphones et leurs applications. Le "sexto", une contraction des mots "sexe" et "texto", a remplacé les appels et les lettres érotiques et s’est même imposé comme une pratique sexuelle comme une autre. Elle est répandue, mais pas pratiquée par tout le monde, et reste taboue. On peut maintenant faire jouir son partenaire à distance et en toute discrétion.

Pour les sextoteurs, les utilisateurs de messages sulfureux, c’est une façon de s’assurer d’être sur la même longueur d’onde avant la rencontre, qu’elle se fasse dans quelques heures, plusieurs mois ou qu’elle ne soit pas encore prévue. En moyenne, dans le monde, 67 % des adultes disent envoyer et recevoir des sextos. L’Américaine Amanda Gesselman, docteure en psychologie sociale, explique dans une analyse sur l’usage de la technologie dans la sexualité qu’“envoyer des sextos est en train de devenir une nouvelle étape typique dans une relation amoureuse ou sexuelle”. Cette étude de l’institut américain Kinsey, sortie en août 2017, est la première à s’intéresser aux sextos à l’échelle mondiale. L’institut, spécialisé dans la recherche sur l’amour et la sexualité, a récolté plus de 140 000 réponses provenant de 198 pays différents. L’étude révèle que 54 % des Français de plus de 18 ans en ont déjà envoyé ou reçu. Un chiffre à mi-chemin entre les champions du sexting, les Sud-Africains (77 %), et la Corée du Sud, où seulement un tiers de la population est adepte de cette pratique.

Le sexto n’a pas la même fonction pour tout le monde. Julie et Pierre sont le couple type. Un soir, un peu solitaire, l’une des deux moitiés fait part à l’autre de sa frustration d’être si loin. Entre un timide “Je pense à toi” et un sauvage “Ma queue va exploser”, la conversation peut monter en température en quelques minutes. Mais les messages coquins ou pornographiques agrémentent tous les stades des relations sexuelles ou amoureuses. En avant-goût, pour séduire ou dévoiler ses envies charnelles à travers un jeu. Aux prémices, quand deux personnes ne peuvent plus se détacher. Au quotidien, pour ne pas tomber dans la routine. Et même dans l’après, alors qu’on s’appelle "ex" en public mais qu’on se voit en secret.

Séduire et découvrir l’autre

Les relations qui naissent virtuellement, grâce aux applications de rencontre, sont devenues légion. Un adulte sur trois dans le monde utilise une appli de ce genre, d’après l’étude de l’institut Kinsey. Sur ces plateformes, le sexto est devenu un moyen de "tâter le terrain". Ces dialogues permettent de communiquer, de manière ludique, sur ses désirs et ses préférences. Si ses souvenirs sont bons, Valentine*, 23 ans, a envoyé des sextos à une quinzaine de personnes. Cette étudiante privilégie ce type de messages pour des aventures “pas très sérieuses et éphémères”. Elle n’en éprouve pas l’envie quand elle est dans un couple stable.

Lorsqu’elle échange avec des garçons sur ce terrain glissant, c’est souvent pour “faire monter la mayonnaise”. Un mélange de séduction et de découverte de l’autre qui lui permet de faire du tri. “Quand les messages sont trop crus, alors, le vrai cul avec eux peut aussi ressembler à du mauvais porno. Je ne trouve pas ça très excitant”, s’exclame-t-elle. Selon elle, cela lui évite de mauvaises surprises et désinhibe le duo quand arrive le moment décisif. Alexandre*, lui, s’interdit d’utiliser des mots crus. Il veut que les hommes qui l’intéressent comprennent qu’il recherche moins du sexe sans attache que des histoires très courtes.

“Quand j’écris ‘J’ai envie de te sentir dans mes bras’, si l’autre me répond ‘Fais-moi voir ta bite’, je ne suis pas choqué mais je suis déçu”, fustige ce Parisien de 46 ans. Il a commencé à envoyer des sextos quand il est redevenu célibataire, après avoir passé dix-sept ans en couple. Pour Alexandre, l’érotisme s’est “endormi”. Il n’apprécie pas que certains contacts veuillent “passer directement à l’action”. Les sextos rétablissent la période de séduction et font monter la température. “C’est comme quand on offre un cadeau qui n’est pas emballé. Moi, j’ai besoin de défaire le ruban, de me demander ce que c’est, d’ouvrir le paquet, de découvrir.”

Pourtant, sous ses airs de grand romantique, Alexandre cache une personnalité de dragueur professionnel par SMS. Dans ces moments de séduction, les deux interlocuteurs parlent du corps de l’autre sans le connaître. Alexandre l’admet : “Avec l’habitude, j’ai une technique très au point. Si je tombe sur quelqu’un de pudique, je sais quoi dire pour qu’il m’envoie une photo, et si je tombe sur un timide, je sais quoi dire pour qu’il se lâche un peu. Le grand danger serait que deux personnes se montrent mes sextos parce qu’en effet ils se ressembleraient assez.”

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“Le cerveau est le premier organe sexuel”

Exit l’idée romantique que chaque liaison est unique. Tout est maintenant une affaire de formules : certaines fonctionnent bien pour exciter le destinataire, quel qu’il soit. Florent, lui aussi, accorde de l’importance aux mots employés dans ses sextos. “Il faut que ce soit bien tourné, imagé, pour qu’on puisse éprouver les sensations du moment.” A 34 ans, sa vie de responsable de chantier le pousse à voyager beaucoup pour des périodes de plusieurs mois. Cette situation complique sa vie sentimentale. Pour garder contact avec les femmes qui occupent ses nuits en France, il envoie souvent des sextos depuis sa chambre d’hôtel, à l’autre bout du monde.

Cela provoque en lui des “désirs incontrôlables” et des sensations palpables : “Si c’est bien fait, c’est presque comme si la personne vous touchait.” Aurore Malet Karas, docteure en neurosciences et sexologue, explique cette réaction : “Le cerveau est le premier organe sexuel.” Construire un récit d’ébats avec quelqu’un d’autre permet de passer du fantasme à sa réalisation, même si celle-ci reste virtuelle dans un premier temps. Florent se remémore une conversation par sextos avec une jeune femme, où ils avaient imaginé un acte sexuel dans une cabine d’essayage. Cet échange les avait tellement excités qu’ils ont par la suite réalisé ce fantasme commun.

Les sextos peuvent allumer une flamme en prévision de la prochaine rencontre. Mais une fois que celle-ci a eu lieu, aucune raison de ne pas continuer. Pour la sexologue, “ils renforcent la complicité et amplifient les retrouvailles”. Sofia*, 29 ans, estime que les sextos l’ont rapprochée de celui avec qui elle flirte depuis un an. Ils se sont rencontrés grâce à un ami commun. Dans un premier temps amants occasionnels, ils n’arrivent “plus à se détacher” à présent. Selon elle, les sextos y sont pour beaucoup. Ils s’en envoient pratiquement tous les jours, soit plus souvent qu’ils ne se voient. Que se disent-ils dans ces moments-là ? “Ça peut être de la description : ‘Je vais te faire ci ou ça’, répond Sofia. Ou bien ‘Ce soir, je sors et je ne vais pas porter de culotte’.”

Selon elle, cela participe à leur “bonne entente sexuelle”. Ces conversations facilitent la communication au sujet du sexe “parce que ce qu’on se dit par message, on peut se le dire en face sans gêne”. Aurore Malet Karas encourage l’utilisation des nouvelles technologies pour communiquer sur ce sujet : “Cela permet à des personnes d’être en confiance, de briser la glace. Elles parviennent à savoir si elles vont s’entendre sexuellement ou pas.” Il en va de même pour Gaël*, qui y voit une occasion de faciliter la communication et d’informer l’autre de ses préférences sexuelles.

“Quand ce n’est pas une pratique 100 % classique, on ne va pas le faire la première fois qu’on fait l’amour, raconte ce dirigeant d’une agence immobilière. Via les sextos, on peut tâter le terrain et dire des trucs comme ‘J’ai envie que tu m’étrangles’ ou ‘J’aime me faire pisser dessus’, selon les goûts de chacun.”

Une question de confiance

Sofia conçoit carrément ce type d’échange comme une étape nécessaire pour se sentir bien dans une relation. Bien que ça ne lui soit jamais arrivé, elle ne pourrait pas se “lâcher” complètement si un amant refusait d’en envoyer. La crainte de Sofia, Gaël la vit depuis trois ans. Ce chef d’entreprise parisien de 28 ans n’est plus un sextoteur aguerri depuis qu’il est en couple. Rebutée par l’idée que ses messages ou ses photos fuitent, sa compagne n’a jamais passé le cap, malgré la longévité de leur relation. Gaël assure que “tout se passe bien” dans son couple. Pourtant, il ose glisser après un blanc : “Peut-être que ça se passerait encore mieux si on s’envoyait des sextos.” Il perçoit ce blocage comme un manque de confiance.

Sofia partage cette intimité uniquement avec ceux qui ne se montrent pas insistants. Elle privilégie la plateforme Snapchat, utilisée d’après l’institut Kinsey par neuf sextoteurs sur dix âgés de 18 à 34 ans. C’est avec ce réseau social qu’elle a commencé à envoyer des sextos il y a quatre ans. “Ce sont des conversations qui s’effacent quand on ferme l’application et on sait si l’autre a pris une capture d’écran”, décrit-elle. Mais la sécurité promise par Snapchat n’est pas sans faille. La jeune femme sait que certains ont déjà enregistré ses photos intimes. Elle les a alors priés de les supprimer, ce qu’ils ont fait d’après elle. Par précaution, elle s’assure toujours qu’on ne voit pas son visage.

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Une main sur le téléphone et l’autre dans le pantalon

Quand elle se sent vraiment excitée, elle n’hésite pas à se masturber en même temps. Une main sur le téléphone et l’autre dans le pantalon, elle sait que “ça les stimule plus” lorsqu’elle envoie des photos, des messages vocaux ou des vidéos. Elle n’a pas tort ! “Les hommes sont très réactifs au stimuli visuel, selon Aurore Malet Karas. Lorsqu’on montre des images sexualisées à des hommes, il se passe quelque chose dans leur cerveau.”

La masturbation serait-elle le paroxysme du sexto ? Deux êtres qui jouissent en même temps grâce aux actions de l’autre mais surtout grâce à l’intermédiaire qu’est le téléphone. Pour Aurore Malet Karas, les sextos ne remplaceront jamais “complètement” une relation sexuelle. Pour autant, la masturbation “devient un vrai rapport sexuel parce que l’autre inspire et met des images dans la tête”.

Gaël, lui, ne voit aucun intérêt à la masturbation entraînée par les sextos. S’il les trouve excitants, il estime qu’ils ne sont qu’une passerelle vers une relation physique. Il se souvient d’une fille qu’il avait rencontrée sur Tinder lorsqu’il était en année de césure aux Etats-Unis. Selon lui, elle engageait une conversation lascive exclusivement quand elle avait envie de se masturber. “Je ne comprends pas pourquoi elle ne regardait pas un film porno en fait. Je préfère regarder une vidéo porno qui me plaît et qui dure le temps que je veux, plutôt qu’une paire de seins en photo, alors qu’on aurait pu être en face-à-face si on le voulait vraiment.”

“Un monde” entre les messages et les retrouvailles

Les sextos sont un jeu. Et comme dans tous les jeux, certains trichent. Chloé*, originaire de Reims, est de celles qui bluffent. Elle ne prend “aucun plaisir physique” à en envoyer et pourtant, elle le fait très régulièrement. “Ça me plaît de savoir que je peux exciter l’autre, mais dans mon corps, il ne se passe rien”, se lamente-t-elle. Son plaisir, elle le trouve dans l’efficacité des SMS qu’elle envoie. “Quand un ex m’envoie un message comme ça, j’aime bien le titiller un peu et dire à mon pote : ‘Dans cinq secondes il va nous envoyer une photo de sa bite.’ C’est vraiment de l’amusement.” Recevoir ces photos lui donne l’impression de remporter la partie.

Et ces échanges la rassurent. Grâce aux sextos, cette Rémoise de 25 ans se rappelle qu’elle plaît et qu’elle n’a qu’à “claquer des doigts” pour faire de l’effet. Par ailleurs, la jeune femme ne cache pas l’usage pragmatique qu’elle fait des sextos. Cela lui permet de revoir certains de ses ex quand ils sont de passage, pour une heure ou pour une nuit. Le seul problème : il y a “un monde” entre leurs messages et leurs retrouvailles. Avec un de ses anciens petits amis, la température monte vite par sexto et les promesses sont fortes. “Même pas le temps d’arriver chez toi que je t’aurai déjà sauté dessus”, “Je vais te désaper à peine rentrés dans la voiture”... Puis, arrivés l’un en face de l’autre, les mines rougissantes, un timide “Bonjour, ça va ?”, l’air penaud. Elle se prend à rêver à voix haute : “Si seulement la réalité était à la hauteur de nos sextos !” Chloé, en quelques minutes, n’a presque plus envie de lui.

Dix ans de sextos sans se voir

Difficile de dire si les promesses seraient tenues entre Emma* et Baptiste* puisqu’ils ne se sont jamais vus. Il y a dix ans, alors qu’elle n’avait que 13 ans, Emma, depuis sa chambre d’ado à Strasbourg, traînait sur le chat du site Skyrock quand elle s’est mise à parler à ce garçon de Paris, de cinq ans son aîné. Très vite, ils se sont retrouvés sur MSN, une plateforme de conversations privées très en vogue dans les années 2000, et très vite, leurs discussions sont devenues “sulfureuses”, comme elle les qualifie. “Je ne savais pas du tout à quoi il ressemblait mais ça ne me dérangeait pas.” Aucun d’eux n’avait encore eu d’expérience sexuelle et pourtant, ils décrivaient en détail ce qu’ils feraient s’ils se voyaient : comment s’embrasser, se toucher... “Je ne comprenais pas ce qu’il se passait physiquement en moi, mais c’est à cette période-là que j’ai commencé à partir au contact de mon propre corps”, se souvient Emma.

Le temps s’écoule et les plateformes de discussion changent. Après MSN vient Skype avec la webcam - “c’est là où c’est devenu vraiment réel” -, puis les messages Facebook. Emma continue de grandir, rencontre des garçons au collège et au lycée, mais jamais rien de régulier. Arrivée à l’université, elle se met en couple. C’est assez sérieux pour qu’elle veuille mettre fin à sa relation avec Baptiste. Celui-ci accepte sa décision sans broncher. Mais quelques mois suffisent pour que le copain d’Emma découvre l’existence de Baptiste et de leur passé numérique. “Quand il a lu les conversations, ça l’a déchaîné. Il m’a renvoyé une sale image de moi-même.” Après sa rupture, Emma ne s’attarde pas sur ce sentiment et revient vers Baptiste. Cette fois, les sessions webcam ne s’arrêtent plus aux épaules.

En dix ans et un nombre de sextos incalculables, ils ne se sont jamais vus. “Il fait toujours machine arrière”, regrette-t-elle. La distance n’aide pas. Ils n’ont jamais vécu dans la même ville. Lui habite aujourd’hui à Grenoble, tandis qu’elle vit à Aubervilliers. Mais, ce qui le bloque, selon elle, c’est “la pression de la performance” même si elle assure n’y prêter aucune importance : “C’est pour lui que je veux le rencontrer, plus que pour faire l’amour.” Avec les sextos, “il y a un poids en moins”, d’après Aurore Malet Karas. “On se demande moins à quoi on va ressembler, quel bruit on fait, poursuit-elle. C’est beaucoup moins intimidant.” La pression de la performance, de jouir et de faire jouir l’autre n’existe pas.

Si les conversations ne sont plus aussi sulfureuses qu’à leurs débuts, Emma et Baptiste continuent de se parler régulièrement. Aujourd’hui, cette histoire a la même place dans le cœur de la jeune fille que ses histoires dans la vie réelle. Elle tient à lui et se sent “très épanouie, en partie grâce à cette relation”.

Au cœur d’un paradoxe

Emma n’a parlé de sa liaison avec Baptiste qu’à très peu de personnes. Car les sextos sont au cœur d’un paradoxe. Un adulte sur deux en France en écrit, mais personne ne s’en vante. Emma craint que les réactions soient similaires à celle de son ex. Les autres, Valentine, Sofia, Alexandre, n’en parlent pas à leurs amis, même à ceux avec qui ils discutent de leur vie sexuelle. Aucun d’eux n’a accepté de nous mettre en contact avec leurs partenaires de sextos.

Selon Aurore Malet Karas, ces messages s’inscrivent dans la définition du mot "pornographie". En écrivant des sextos, chacun devient un pornographe, littéralement un auteur de textes obscènes, offensant ouvertement la pudeur. Et ça, c’est quasiment inacceptable dans la société occidentale. Le porno aux pros, son sexe à soi dans la chambre.

Pourtant, les mentalités évoluent : “C’est presque devenu plus louche d’aller draguer dans un bar que de passer par Internet, avance Aurore Malet Karas. Par conséquent, le réseau joue un rôle dans la sexualité. Je m’attends à recevoir dans mon cabinet des gens qui me diront ‘Ça marche très bien en virtuel mais en vrai, je n’y arrive pas.’” Mathilde*, une Lorraine exilée à Montréal de 22 ans, n’y va pas par quatre chemins : “J’ai déjà eu des meilleures baises par sextos qu’avec certains mecs.” Selon elle, rien de plus logique. “Vu que tu connais mieux ton corps que n’importe quelle autre personne, tu devrais être capable de mieux t’en sortir. C’est une sorte d’excitation et de frustration qui monte, monte, monte pendant des dizaines de minutes voire des heures, donc quand ça pète, ça pète fort.” L’écran n’est donc plus une barrière, mais un moyen de plus pour accéder à la jouissance.

*Les prénoms ont été modifiés

21 mars 2020

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corina chien

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