François Fillon, le sixième premier ministre à la barre
Par Henri Seckel
Entre 1999 et 2011, Laurent Fabius, Alain Juppé, Dominique de Villepin, Jacques Chirac et Pierre Mauroy ont également dû répondre d’un délit devant un tribunal.
Un ancien chef du gouvernement sur le banc des prévenus : l’image n’est pas nouvelle, elle n’est même pas tellement rare. De Michel Debré (1959-1962) à Edouard Philippe (depuis 2017), la Ve République a connu vingt-trois premiers ministres. François Fillon est le sixième d’entre eux à devoir répondre d’un délit devant un tribunal.
Laurent Fabius avait été le premier, en 1999, renvoyé pour homicide involontaire dans le cadre de l’affaire du sang contaminé. Le plus jeune premier ministre de France (1984-1986) avait comparu devant la Cour de justice de la République, la juridiction compétente pour les infractions commises par des ministres dans l’exercice de leurs fonctions, les faits qui lui étaient reprochés datant de son passage à Matignon. Au bout d’un procès d’un mois au côté de deux de ses ministres de l’époque, il avait été relaxé. Un an plus tard, il était nommé ministre de l’économie.
En 2004, Alain Juppé avait, lui, été déclaré coupable de prise illégale d’intérêts dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, des faits remontant à la fin des années 1980. Pour la première fois, un ancien premier ministre (1995-1997) était condamné en France : dix-huit mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité en première instance, à Nanterre, peine réduite à quatorze mois avec sursis et un an d’inéligibilité en appel, à Versailles.
Le maire de Bordeaux s’était alors mis en retrait de la vie politique pendant deux ans avant de reprendre la tête de la ville, et de traîner cette sanction judiciaire comme un boulet tout au long de sa carrière.
Edouard Balladur le prochain
Trois ans après la condamnation d’Alain Juppé, Jacques Chirac quittait la présidence de la République et l’immunité qui allait avec. Il aura fallu attendre 2011 pour voir celui qui avait été deux fois premier ministre (1974-1976 puis 1986-1988) comparaître à son tour, à 79 ans, dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. L’ancien maire de la capitale (1977-1995), affaibli, avait été dispensé d’audience, et c’est en son absence qu’il avait été condamné à deux ans de prison avec sursis – le parquet avait requis la relaxe. M. Chirac avait « contesté catégoriquement » cette décision, mais n’avait pas fait appel.
« Je suis ici par la volonté d’un homme. Je suis ici par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française », avait dit Dominique de Villepin à l’ouverture de son procès, en 2009, pour complicité de dénonciation calomnieuse au détriment de son rival dans le cadre de l’affaire Clearstream. Le dernier premier ministre des années Chirac (2005-2007) avait aussi dit : « J’en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français. » Relaxé en première instance puis en appel, en 2011 – du sursis avait été requis –, Dominique de Villepin s’était lancé dans la campagne présidentielle 2012, sans succès : il n’avait pas obtenu les 500 signatures nécessaires.
Enfin, le 15 décembre 2011, jour de la condamnation de Jacques Chirac, Pierre Mauroy avait été définitivement reconnu coupable, à 82 ans, d’abus de confiance dans une affaire d’emploi fictif : l’ancien premier ministre socialiste (1981-1984) avait été condamné à 20 000 euros d’amende avec sursis pour avoir, en 1992, fait bénéficier pendant dix mois Lyne Cohen-Solal d’un emploi fictif d’attachée de presse de la communauté urbaine de Lille, dont il était président, alors qu’elle était également rédactrice en chef de l’hebdomadaire socialiste Vendredi. Pierre Mauroy est le dernier premier ministre à avoir comparu devant un tribunal avant François Fillon.
On connaît déjà, a priori, l’identité du prochain : Edouard Balladur. Le premier ministre de la fin des années Mitterrand (1993-1995) a été renvoyé, en octobre 2019, devant la Cour de justice de la République, pour répondre du délit de complicité d’abus de biens sociaux dans le volet financier de l’affaire Karachi – sa défense a déposé un recours et le procès, s’il a lieu, ne se tiendra pas avant 2021. Il est soupçonné d’être impliqué dans un possible système de rétrocommissions illégales sur des ventes de sous-marins au Pakistan et de frégates à l’Arabie saoudite, entre 1993 et 1995. Rétrocommissions estimées à 2 millions d’euros, qui auraient pu servir à financer sa campagne présidentielle en 1995.
Synthèse - La Corée du Sud, second foyer de contagion du Covid-19 avec 1 146 cas d’infections
En Chine continentale, le coronavirus a contaminé 78 064 personnes et causé 2 715 décès. Pékin a annoncé le plus faible bilan quotidien depuis trois semaines.
Après la Chine, c’est au tour de la Corée du Sud de publier des bilans quotidiens alarmants. Les autorités sanitaires ont annoncé, mercredi 26 février, 169 nouvelles contaminations, pour un total de 1 146, et un onzième décès lié au coronavirus. Il s’agit du niveau d’infection le plus important au monde en dehors de la Chine continentale, où l’épidémie de Covid-19 est apparue en décembre 2019.
La onzième personne à avoir succombé au virus est un homme d’une trentaine d’années originaire de Mongolie, devenu le premier étranger décédé en Corée du Sud, selon un communiqué des Centres de contrôle et de prévention des maladies (KCDC). Il était hospitalisé dans l’attente d’une greffe du foie, précise l’agence de presse Yonhap.
Parmi les personnes contaminées, un soldat américain en poste dans le camp de Carroll, à 30 kilomètres au nord de Daegu, a été testé positif au nouveau coronavirus, ont annoncé les responsables militaires. Premier militaire américain contaminé, il a été placé en auto-quarantaine dans sa résidence située en dehors de la base.
Pas de confinement à Daegu
L’immense majorité des nouveaux cas de contamination – soit 90 % – ont été détectés à Daegu (Sud), quatrième ville du pays et épicentre de l’épidémie en Corée du Sud, et dans la province voisine de Gyeongsang du Nord. A elles deux, la ville et la province représentent 80 % des cas de contamination dans le pays.
Les autorités de Daegu ont appelé la population à se montrer très prudente, en conseillant aux habitants de rester chez eux en cas de fièvre ou de symptômes respiratoires. Elles ont cependant déclaré ne pas envisager le placement en quarantaine de la ville comme l’a fait la Chine avec la mégapole de Wuhan, où le virus est apparu. Le gouvernement entend tout mettre en œuvre pour « permettre un retour à la normale à Daegu dans les quatre prochaines semaines », a-t-il affirmé, estimant que cette semaine sera « déterminante ».
La Corée du Sud possède un système médical de pointe, la presse y est libre et le pays est très transparent, ce qui permet de faire confiance aux chiffres communiqués par les autorités sanitaires, selon des observateurs.
La plupart des cas de contamination ont un lien avec une secte chrétienne, l’Eglise Shincheonji de Jésus, qui compte environ 200 000 fidèles. Le directeur des KCDC a conseillé aux membres de cette Eglise d’éviter « autant que possible » de sortir de leur domicile.
94 passagers d’un avion mis en quarantaine
En Chine, les autorités sanitaires ont annoncé le plus faible bilan quotidien depuis trois semaines, avec 52 morts au cours des dernières vingt-quatre heures – portant le nombre de décès à 2 715 depuis l’apparition de la pneumonie virale en décembre 2019 dans la province du Hubei. Quelque 406 nouveaux cas de contamination ont également été répertoriés, selon la commission nationale de la santé.
Le même jour, les autorités chinoises ont mis en quarantaine 94 personnes présentes sur un vol arrivant à Nankin (est de la Chine) en provenance de Séoul, car trois passagers étaient fiévreux, a rapporté un médiat d’Etat chinois. Des membres du service des douanes sont montés à bord de l’avion peu après son atterrissage afin de détecter d’éventuels symptômes du nouveau coronavirus, et en ont découvert sur trois passagers, tous Chinois, selon la chaîne CCTV.
Ces derniers ont été hospitalisés en vue d’un test de dépistage. Ils ne se sont pas rendus récemment à Wuhan, la capitale du Hubei, où le virus avait fait son apparition, a précisé la chaîne.
D’ex-passagers du « Diamond Princess » ont des symptômes
Quarante-cinq passagers, qui ont débarqué du navire de croisière Diamond Princess touché par le coronavirus, présentent certains types de symptômes, a déclaré, mercredi, le ministre japonais de la santé, Katsunobu Kato. Les autorités ont contacté 813 anciens passagers du paquebot autorisés à en descendre la semaine passée, après avoir été testés négatifs au nouveau coronavirus venu de Chine.
« Nous leur avons demandé de consulter un médecin et de passer des tests » pour vérifier s’ils étaient infectés par le nouveau coronavirus, a précisé le ministre de la santé aux députés, lors d’une session parlementaire. « Nous avions pensé que le suivi était une mesure de précaution, mais maintenant nous le renforçons et vérifions chaque jour » par téléphone.
Le gouvernement japonais défend la façon dont il a géré la mise en quarantaine du Diamond Princess pendant quatorze jours, mais il est vivement critiqué en raison des centaines de cas d’infection au coronavirus qui s’y sont développés. Les reproches ne se sont pas calmés après le débarquement des passagers car, contrairement aux autres pays qui ont imposé une quarantaine supplémentaire à leurs ressortissants, le Japon a laissé rentrer chez eux les passagers par les transports en commun avec de simples consignes, comme porter un masque ou éviter de rencontrer du monde.
Mercredi, au moins deux anciens passagers du navire de croisière avaient, d’ores et déjà, été confirmés infectés après avoir pourtant été testés négatifs avant de débarquer du navire immobilisé près de Yokohama au sud de Tokyo.










